Auteur Rosa LLORENS

Jimmy’s Hall : une petite musique à contre-temps.

Rosa LLORENS
La critique aux ordres du régime libéral ne remplit pas seulement son rôle en portant aux nues les navets hollywoodiens et les films du politiquement correct le plus académique (éternels films sur juifs et nazis, biopic Hanna Arendt, sempiternelles histoires d’homos ou lesbiennes), et en démolissant ou ignorant les vrais grands films, porteurs d’une vision lucide de notre société et d’émotions authentiques (récemment Offline de Peter Monsaert, L’absence de Mama Keita, La Demora de Rodrigo (…)

Adieu au langage ou : le système technique contre le bonheur.

Rosa LLORENS
Après une participation à un film de commande de la ville de Guimaraes, désignée capitale culturelle européenne, 3x3D, Godard expérimente de nouveau cette technique dans Adieu au langage, sans doute pour jouer avec elle, mais aussi pour nous donner son analyse sur la question. Car, même si certains parlent de fatras, le dernier film de Godard fait passer un message tout à fait clair, au niveau cinématographique, mais aussi politique et philosophique. La syntaxe godardienne, qui joue d’une (…)

Deux Jours, une nuit, ou le prix d’un être humain.

Rosa LLORENS
Les responsables du Festival de Cannes, conscients de la débilité de leur sélection (voire son caractère provoquant, dans le cas du film de propagande anti-russe de Hazanavicius, The Search), ont, semble-t-il, demandé un brevet de vertu cinéphilique à trois réalisateurs indiscutables, icônes aussi bien du cinéma esthète (Godard) que du cinéma social (Ken Loach et les frères Dardenne). Aussi pouvait-on aborder Deux Jours, une nuit avec une pointe de scepticisme, corroborée par 3 (…)

El Impenetrable : une enquête sur l’histoire du Paraguay.

Rosa LLORENS
El Impenetrable, nom de la partie Nord du Chaco, n’est pas seulement un beau documentaire, mais un des plus grands films de cette année (qui ne passe, hélas, qu’à certaines heures, dans deux cinémas, dont La Clef). Encore un film pathétique sur l’expropriation des Indiens d’Amérique du Sud ? dira-t-on ; hé ! bien, non : celui-ci tient le pathétique à l’écart, et on peut aller le voir sans crainte d’en ressortir déprimé, car, tout en passant en revue de lourds problèmes politiques, (…)

Paris nous appartient : où nous mène le Grand Paris ?

Rosa LLORENS
Pendant que les candidats aux municipales, bientôt aux européennes, battent l’estrade, les choses sérieuses se décident en coulisses, et dans un parfait consensus entre droite et gauche (depuis l’accord de janvier 2011) : le Grand Paris tisse sa trame, étendant l’urbanisation de l’Ile de France, aux dépens de riches terres agricoles, et repoussant ouvriers et classes moyennes toujours plus loin. La Mairie de Paris a ouvert une exposition sur le Grand Paris non loin de la Bastille : mais (…)

Sacro Gra, pauvre Graal.

Rosa LLORENS
Le Gra (Grande Raccordo Anulare), périphérique de Rome, était déjà un héros de cinéma : Fellini, dans Roma, y faisait défiler, dans une ambiance carnavalesque de chants et décorations de Noël, un assemblage baroque de véhicules, dont le camion de son équipe de tournage ; Comencini, dans Le Grand Embouteillage, en faisait la métaphore des problèmes de Rome et la société de consommation. On attendait donc beaucoup de Sacro Gra, Lion d’or au dernier festival de Venise, d’autant plus qu’en une (…)

La Femme du ferrailleur : ça bouge en Bosnie.

Rosa LLORENS
Bien qu’il nous parvienne avec deux ans de retard, le film de Danis Tanovic (auteur en 2001 de No Man’s Land) est d’une actualité brûlante ; au milieu de grandes manoeuvres dans l’Est, il nous ouvre une fenêtre sur un pays-fantôme, qui avait à peu près disparu des medias depuis le démantèlement de la Yougoslavie et son annexion, morceau par morceau, par l’UE grâce aux accords de Dayton en 1995. En pleine crise ukrainienne, c’est l’occasion de voir ce que signifie concrètement le (…)

Viva la libertà ou la vacance du pouvoir.

Rosa LLORENS
Viva la libertà, de Roberto Andò, n’est pas un film abouti, mais c’est, comme Habemus Papam en 2011, un signal d’alarme, le symptôme d’une société déboussolée, et même orpheline. Ce n’est plus : Le Roi est nu, mais : Le trône est vide, titre du roman dont l’auteur, Andò, a fait un film (avec un titre beaucoup plus léger). En Italie, la renonciation de Benoît XVI, l’an dernier, a coïncidé avec une crise ministérielle, cependant que le Président, Giorgio Napolitano (depuis réélu) était en (…)

Nymphomaniac, volume 2 : Le choix de Joe.

Rosa LLORENS
Le deuxième volume (malgré le gag des cuillères, emprunté à la noce de Melancholia) est moins léger que le premier, non qu’il y ait du sexe plus hard (comme le prétendaient les critiques), mais justement parce qu’il y a moins de sexe : du fait des conséquences de ses abus sexuels, Joe doit se limiter, et le film se recentre sur l’aspect psychologique, le dialogue avec Seligman, et ses nouvelles expériences, conjugale, maternelle, professionnelle et amoureuse. Ce détachement de Joe à (…)

L’Absence de Mama Keita : une course contre la mort et l’oubli à travers Dakar.

Rosa LLORENS
Selon France Info, nous pouvons fermer les yeux pendant l’année 2014 : les grands blockbusters américains ne sont prévus que pour 2015 ! Considérons plutôt la pauvreté actuelle des programmes (du moins jusqu’à la sortie de Nymphomaniac vol.2) comme une chance ; dans les interstices, de bons films peuvent se glisser. Le cinéma La Clef programme plusieurs films sur les problèmes de l’émigration : L’Escale, Ceuta, douce prison, et L’Absence. L’an dernier, on a pu découvrir la réalité (…)

Deux expositions antithétiques : L’Art Déco, reflet de la réalité, J. Fontcuberta, critique de la réalité.

Rosa LLORENS
L’expo Art Déco est conçue sur le mode triomphal : tout part de l’Exposition internationale de 1925, celle où l’Art Déco, et la France, ont "conquis le monde", non seulement à un style artistique, mais à un nouvel art de vivre (et de consommer). L’enthousiasme se déchaîne tout spécialement dans la célébration de la femme Art Déco, la garçonne aux cheveux courts, à la robe fuseau effaçant les formes, qui joue au tennis (Suzanne Lenglen), "qui fume, conduit, pilote des avions et choisit son (…)

Les Sorcières de Zugarramurdi : un film où l’on rit !

Rosa LLORENS
Alex de la Iglesia est plus populaire en Espagne qu’Almodovar. Il y a deux ans, il s’était fourvoyé dans le genre sérieux, essayant d’appliquer son humour à l’Histoire, celle de la Guerre civile, mais n’aboutissant qu’à renvoyer dos à dos républicains et franquistes. Ses films purement comiques donnent en fait des critiques bien plus pertinentes et percutantes. Dans le cinéma populaire, il représente un comique grotesque et même brutal qui rit de tout, y compris de sujets tabous (…)