Auteur Rosa LLORENS

Une Pluie sans fin : un coup de tonnerre dans un été aride

Rosa LLORENS
Une Pluie sans fin, de Dong Yue, vous laisse saisi d’admiration, mais perplexe : sous quel angle considérer le film ? une métaphore de la société chinoise post-Mao ? un film de genre (policier) à dimension métaphysique ? un chef-d’oeuvre formel ? un coup de tonnerre qui annonce (ce qui se rapprocherait du titre anglais Looming Storm) la fin de l’hégémonie hollywoodienne ? Le blog du cinéma (Une pluie sans fin : le polar de l’été, article signé : Aurélien) contextualise le film : "Le cinéma (…)

En Guerre : Stéphane Brizé, le Ken Loach français.

Rosa LLORENS
Malgré le proverbe cannois “ Á mauvaise sélection, bon palmarès ” et vice versa, cette année, c’est : mauvaise sélection et mauvais palmarès – même si, il faut le reconnaître, les jurys cannois évitent souvent le pire (comme Les Filles du soleil, film de propagande pour légitimer le dépeçage programmé de la Syrie en présentant un pseudo bataillon de femmes comme le fer de lance des troupes kurdes – féminisme et impérialisme font très bon ménage). On avait donc le choix (si l’on peut dire) (…)

Wajib ou la vie quotidienne à Nazareth

Rosa LLORENS
Wajib est un film agréable mais qui ne convainc pas : Anne-Marie Jacir avait-elle vraiment quelque chose à dire ? Que peut-on lui reprocher ? A priori, rien. Au cours du périple urbain d’ Abu Shadi et Shadi, le père et le fils, on entrevoit tous les problèmes des Palestiniens de Nazareth, depuis l’enlèvement (insuffisant) des ordures par la municipalité (arabe), jusqu’à l’arrivée de terroristes de Daech, rapatriés par Israël et soignés dans les hôpitaux de Haïfa, en passant par (…)

El Presidente ou la démocratie à huis clos

Rosa LLORENS
Qu’arrive-t-il donc aux réalisateurs qu’on tenait pour des valeurs sûres ? Raoul Peck, auteur de l’anti-colonialiste Lumumba en 2000, plus récemment de I am not your Negro, réflexion sur le racisme consubstantiel aux Etats-Unis, a commis un Jeune Karl Marx, sorti cet automne, où notre Charly forme avec Jenny sa femme (parité oblige !) et Freddy (Friedrich Engels) un trio de joyeux lurons dont le slogan est "Je triompherai et [accessoirement] je changerai le monde". On y apprend (…)

Ce que les Catalans doivent à Cuba et à Fidel Castro

Rosa LLORENS
Selon Eric Hobsbaum, le "court XXe siècle" commence en 1917 et s’achève en 1989 : on pourrait avancer cette dernière date jusqu’au 25 novembre 2016, presque un siècle après le début de l’Age des Révolutions. Fidel Castro est le dernier géant de cet âge des Révolutions : sa mort révèle toute sa stature et réduit à l’insignifiance les gesticulations des pantins qui s’agitent ici sous nos yeux. Fidel a dirigé une petite île, mais sa mort est un événement mondial, qui touche tous les peuples (…)

Ici, les aubes sont calmes : un film d’actualité sur la Deuxième Guerre mondiale

Rosa LLORENS
Que peut-­on faire quand on est cinq filles jeunes et dynamiques ? Chahuter avec les garçons, aller voir un match de foot, revendiquer contre des parents grincheux son droit à s’éclater par tous les bouts, dans un film franco­turc, Mustang. S’engager dans l’armée, suivre une formation comme spécialiste de DCA, se battre pour sauver sa patrie de la barbarie nazie, dans le film de Renat Davletiarov, Ici, les aubes sont calmes. Le Festival de cinéma russe qui se déroule au cinéma Arlequin, (…)

Sous-sols : U. Seidl nous enferme à la cave (avec notre consentement).

Rosa LLORENS
Après deux films de fiction sur le tourisme sexuel au féminin et l’intégrisme catholique, Seidl interroge cette fois les désirs inavouables dans un documentaire, d’une froideur entomologiste accrue. La comparaison animalière s’impose dès la première séquence, où un cobaye et un boa s’observent dans un terrarium, sous les yeux d’une femme immobile.Le cobaye s’enhardit, s’approche pour jouer avec le boa, mais celui-ci, d’une détente, le happe. C’est de l’humour noir, pour nous annoncer, (ou (…)

Much loved : qui sont les hypocrites ?

Rosa LLORENS
La cause semble entendue : Nabil Ayouch est un cinéaste courageux, qui a fait un film magnifique, qui brise les tabous, ce qui lui attire la haine des fanatiques. Une avalanche de critiques dégoulinantes de beaux sentiments et nobles principes s’est ainsi déversée sur Much loved. A lui seul, Télérama nous offre un florilège de clichés : les quatre héroïnes prostituées sont seules contre tous, « les flics corrompus, et bien sûr, les clients, tartuffes, prédateurs et frustrés imprévisibles (…)

“ Nous venons en amis ” : le cauchemar du Soudan du Sud.

Rosa LLORENS
Après Le Cauchemar de Darwin en 2006, Hubert Sauper continue son voyage autour du Nil blanc : de Tanzanie (où se trouve le fameux Lac Victoria sinistré par l’élevage des perches du Nil), il passe, un peu plus au Nord, au Soudan du Sud, pour poursuivre sa dénonciation des effets meurtriers de la mondialisation. Hubert Sauper est aujourd’hui une référence en matière de documentaires (et l’on pourrait être fiers que, comme Peter Handke, il ait choisi la France pour y vivre), aussi les (…)

Youth ou : Toute l’Europe n’est qu’un Spa pour pays retraités de l’Histoire.

Rosa LLORENS
"Sorrentino est vulgaire, il est arrogant" : ces critiques (qui sont celles par exemple de Jacques Mandelbaum, dans Le Monde), Sorrentino s’en moque en les faisant répéter par son héros porte-parole, le chef d’orchestre retraité, mais au faîte de sa gloire, Fred Ballinger. Et quand bien même elles seraient justifiées, qu’est-ce que ça peut faire ? "Il n’y a que les émotions qui comptent", dit l’ami et complice de Fred, le vieux cinéaste Mick Boyle, – et le plaisir qu’elles procurent, (…)

La Isla mínima inaugure un nouveau genre : le film-Podemos.

Rosa LLORENS
Le film d’Alberto Rodriguez est bien parti au box office, dépassant fin juillet les 150000 entrées ; et fin août encore, la salle où je l’ai vu était pleine, ce qui est remarquable pour un film espagnol portant une signature presque inconnue en France. On peut se féliciter de cette dynamique : La Isla mínima est un bon film, et un bon spectacle, et il était temps de tourner la page du cinéma de papa, le cinéma-Almodovar. Mais on peut se demander, comme le blog La Passeur critique, ce qu’il (…)

Dheepan en salle : oui, c’est bien un film "dégueulasse".

Rosa LLORENS
Marianne a une section "Dégonflons les baudruches", qui, peut-être, ne s’en prend qu’aux têtes de Turc du politiquement correct. Une baudruche qu’il serait, en tout cas, d’utilité publique de dégonfler, c’est Jacques Audiard. Du reste, au moment où le pathétique Festival de Cannes sacre Audiard, les critiques, eux, semblent mettre la pédale douce : Dheepan n’est pas son film le plus réussi, on semble d’accord là-dessus, et même dans les critiques positives, on sent des réserves, voire de la (…)