Auteur Rosa LLORENS

Paradis : Foi ou comment l’individualisme conduit à la haine.

Rosa LLORENS
Quelles que soient les opinions sur la récente trilogie d’Ulrich Seidl, il faut reconnaître qu’il s’est imposé dans le paysage cinématographique. Le deuxième volet, Paradis : Espoir (qui a finalement été présenté comme conclusion de l’ensemble) a été plutôt bien accueilli, pour sa "gentillesse", par opposition à la violence de Paradis : Amour (on peut se demander si on l’a bien regardé). Par contre, Paradis : Foi renoue avec la violence du premier épisode. Les critiques font d’Anna Maria, (…)

La Grande Bellezza : un grand cinéaste est né.

Rosa LLORENS
Paolo Sorrentino s’affirme (plus exactement) comme un grand nom du cinéma, de même envergure, sur le plan esthétique, que Lars von Trier. Son cinéma est addictif : on tombe amoureux de ses mouvements de caméra et de son rythme et, après avoir vu un de ses films, on se trouve bientôt en manque ; c’est le cas pour Il Divo (Prix du jury à Cannes en 2008). Ce n’est pourtant pas un film de divertissement, mais au contraire du cinéma engagé, un réquisitoire contre un pilier de la démocratie (…)
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Cannes, de plus en plus loin de la réalité.

Rosa LLORENS
Dans La Volonté de savoir (1976), Michel Foucault s’étonnait qu’on n’ait jamais autant parlé du sexe que depuis qu’on dénonce sa répression et son statut de sujet tabou : "Par quelle spirale en sommes-nous arrivés à affirmer que le sexe est nié, à montrer ostensiblement que nous le cachons, à dire que nous le taisons –, et ceci en le formulant en mots explicites, en cherchant à le faire voir dans sa réalité la plus nue (...) " ? Son introduction pourrait servir d’exergue à La Vie (…)

L’Esprit de 45 contre le démon du libéralisme.

Rosa LLORENS
Dans une interview accordée au magazine Trois couleurs, Ken Loach observe qu’il parle de son film au moment où se déroulent les funérailles de Thatcher ; on peut y voir une justice poétique : elle finit sous le regard caustique de son adversaire. Dans le film, cela donne une malice de montage vengeresse : un ancien mineur dénonce la violence et l’acharnement des policiers contre les manifestants et demande : "mais qui, qui donnait ces ordres ?". L’image suivante montre une Thatcher Sainte (…)

De l’Allemagne : entre Romantisme et productivisme

Rosa LLORENS
De l’Allemagne, l’essai de Madame de Staël, écrit de 1807 à 1810, mais publié en 1813, en pleine déroute des armées napoléoniennes, fut à l’époque un véritable brûlot : il osait remettre en cause la supériorité du Classicisme et des Lumières français, et leur opposer, avec enthousiasme, la nouvelle littérature et la nouvelle philosophie romantiques. Celles-ci, nées en Angleterre et en Allemagne, se sont étendues en France grâce à une première génération d’émigrés, représentés par (…)

Le cinéma sud-américain, entre Hollywood et la tradition humaniste.

Rosa LLORENS
Parmi les films sud-américains qu’on peut voir en ce moment, No, du Chilien Pablo Larrain, et La Demora, de l’Uruguayen Rodrigo Pla, illustrent ces deux directions ; tout les oppose : l’un est superficiel et boursouflé, l’autre tout en retenue et intériorité ; l’un a la faveur des critiques (4 pages dans Les Cahiers du Cinéma) et est généreusement distribué, l’autre a vite été relégué aux horaires chiches des salles à programmation multiple (mais on peut encore voir La Demora le jeudi, à 12h (…)

Les amants passagers : atterrissage raté pour Almodovar.

Rosa LLORENS
Après plusieurs années d’errances mélodramatiques, à la recherche d’un nouveau souffle, Almodovar revient à la comédie, avec un nouvel épisode de la série américaine Pan Am, version cage aux folles : l’action se centre sur deux pilotes bisexuels et surtout un trio de stewards homosexuels. Almodovar poursuit ainsi une trajectoire marquée par l’évitement des réalités socio-politiques et un réductionnisme sexuel qui, dans les années 70, pouvait sembler audacieux, mais qui, aujourd’hui, n’est (…)

Argo ou Dark Tchador.

Rosa LLORENS
Argo vient une nouvelle fois illustrer la stratégie élaborée par Hollywood pour traiter l’histoire récente des Etats-Unis : certes, elle n’est pas occultée (les Etats-Unis ont plus souvent traité de la guerre du Viet-Nam que les Français de la guerre d’Algérie), mais ils la réécrivent à leur façon (selon Apocalypse now, les Américains n’ont perdu la guerre que parce qu’ils ont refusé de se montrer aussi cruels que les Viet-Namiens !). Le but, ici, était de cicatriser les blessures (…)

Blanche-Neige et les 6 millions de chômeurs.

Rosa LLORENS
Vous avez trouvé The Artist insipide ? Blanca Nieves exaucera vos rêves les plus fous d’insignifiance. Voici quelques années, Pascal Fioretto avait parodié les grands noms du best-seller français (BHL, Nothomb, Marc Lévy, B. Werber, Christine Angot...) dans un petit livre appelé : Et si c’était niais ? Cette question impertinente, il faudrait la garder à l’esprit chaque fois qu’on va voir un film encensé par les medias (pour Blanca Nieves, seuls les Cahiers du Cinéma gardent leur lucidité, (…)

Comme un lion : quand les lions du Sénégal rencontrent le lion de Peugeot.

Rosa LLORENS
Coïncidence ou symptôme, en même temps que l’actualité militaire, l’actualité culturelle tourne notre attention vers l’Afrique et les diverses exploitations dont elle fait l’objet. Sombras, d’Oriol Canals, donnait un visage aux immigrés africains venus récolter les fruits en Catalogne ; Paradis : amour attire l’attention sur l’exploitation des beach boys kenyans par des Européennes d’âge mûr en mal d’amour ; et, en même temps qu’Aujourd’hui nous guide dans Dakar, Comme un lion, de Samuel (…)

Paradis amour ou : les ex-soixante-huitardes font du tourisme sexuel.

Rosa LLORENS
L’hédonisme, devenu depuis mai 68 l’idéologie officielle de notre société, mène-t-il au bonheur ? la "tolérance" face à toutes les conduites sexuelles ne serait-elle que du nihilisme ? Ulrich Seidl a son avis là -dessus, et Paradis : amour en apporte une démonstration percutante. La presse a souvent stigmatisé le film, son voyeurisme, son cynisme, son goût pour l’abjection (tandis qu’elle s’extasiait volontiers sur le talent de Haneke et d’Emmanuelle Riva, octogénaire filmée sous la douche (…)

Royal Affair, un film en costumes, reflet fidèle de l'Europe du XXIe siècle.

Rosa LLORENS
Royal Affair s’intègre bien dans l’atmosphère actuelle d’auto-satisfaction européenne : notre oligarchie, en manque de prouesses contemporaines, veut s’auto-célébrer en se référant au mythe des Lumières, - qu’il serait temps de ramener à sa réalité prosaïque, une campagne médiatique internationale, orchestrée par des publicistes comme Voltaire ou Grimm, pour imposer partout en Europe une révolution libérale, des moeurs comme de l’économie. Le scénario du film (récompensé au Festival de (…)