Auteur Rosa LLORENS

Amador, un film sensible et chaleureux sur l’immigration

Rosa LLORENS
Les Cahiers du cinéma de mars pointent le problème d’embouteillage de films intéressants sur certaines dates, ce qui laisse peu de chances à ceux qui ne bénéficient pas d’une campagne publicitaire agressive (comme c’est le cas pour The Artist, film insignifiant pourtant et même incongru dans le contexte actuel - mais il est vrai que l’âge d’or d’Hollywood et de ses films guimauve a coïncidé avec la Grande Dépression). Parmi les films qui auraient mérité plus d’attention, il y a Amador (…)
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La Désintégration ou : Comment devenir un bon musulman en 78 minutes.

Rosa LLORENS
Les compliments pleuvent sur La Désintégration, de Philippe Faucon. Pour Jacques Mandelbaum, du Monde, ce film serait une réponse à Claude Guéant, il se voit donc attribuer la mission de dire le droit, indiquer le juste milieu : condamner les "dérives" islamiques tout en évitant le racisme et, bien sûr, les idées reçues. Il est légitime de suspecter ces manifestations d’unanimité, surtout lorsqu’un Européen félicite un autre Européen d’avoir évité les clichés et les partis-pris sur un sujet (…)

Il n’y a pas de rapport sexuel ou : le porno sans voiles.

Rosa LLORENS
Dans les années 1970, Perpignan a joui d’un prestige extraordinaire auprès de la petite-bourgeoisie catalane (Dali avait bien raison alors de dire que la gare de Perpignan était le nombril du monde !) : il suffisait de traverser la frontière pour voir les films porno interdits en Espagne, et manifester à moindres frais son opposition au régime franquiste. Le porno a donc bénéficié de l’aura de la transgression morale et politique. Quarante ans après, peut-on encore lier porno et liberté ? (…)

Tahrir cinéma (3) : la Révolution en chantier

Rosa LLORENS
Le festival de cinéma égyptien se poursuit : mardi 7 février, on pouvait voir aux 3Luxembourg un court-métrage d’Emad Ernest (réalisateur de Fauteuils en cuir) et un film de Samir Abdallah, Au Caire de la Révolution. Dans le premier, My dark waters, les réactions des Egyptiens après les dernières élections de Moubarak, en 2006, étaient symbolisées par un entassement de chaises vides et délabrées, sur un fond de bruits d’eau ; ce grondement s’élevait progressivement jusqu’à devenir (…)

Tahrir cinéma (2) : la résistance continue

Rosa LLORENS
A l’heure où les nouveaux chiens de garde nous mitraillent de plus belle, à propos de la Syrie (jumelant les nouvelles sur les manifestants égyptiens et les mercenaires syriens - mais, s’il y a symétrie, pourquoi les journalistes réclament-ils, heure après heure, une intervention armée contre Bachar el Assad et pas contre le Maréchal Tantaoui ?), on guette les fenêtres par lesquelles on pourrait voir ce qui se passe vraiment : radios et télévisions ne diffusant plus que de la propagande, il (…)

Tahrir : la Révolution filmée par un Italien.

Rosa LLORENS
Le cinéma indépendant fête le premier anniversaire de la Révolution égyptienne. Reflet Médicis a inauguré le Festival mercredi 25 avec un film italien de Stefano Savona, Tahrir, Place de la Libération. L’événement a fait salle comble, une salle chauffée par un bel Egyptien à la chemise immaculée, surmonté d’un casque de cheveux bouclés et muni d’un grand mouchoir dans le style Oum Kalthoum, qui a fermement invité le public à battre des mains au rythme de ses chansons, très théâtralement (…)

Le capitaine du Costa Concordia, un Lord Jim post-moderne

Rosa LLORENS
On sent bien que le naufrage du Costa Concordia, 100 ans après le Titanic, est plus qu’un fait divers. Philippe Arnaud y voit la métaphore du naufrage de l’économie capitaliste. Mais il y a une autre coïncidence : la réalité semble répéter la fiction, celle du plus célèbre roman de J. Conrad, Lord Jim, paru en 1900 ; mais le caractère des "héros" des deux naufrages est bien différent. Dans Lord Jim, le Patna, raffiot rouillé transportant 800 pèlerins asiatiques vers La Mecque, heurte une (…)
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Les Nouveaux Chiens de garde : un film désopilant à ne pas manquer

Rosa LLORENS
Selon certains, la dénonciation de la pensée unique des médias et de leur collusion avec les intérêts économiques dominants serait un sujet usé. Pourtant, le but d’une dénonciation est de provoquer la prise de conscience d’un problème et un changement de situation ; or, on a beau entendre dire et lire que les journalistes n’ont plus aucune compétence professionnelle ni déontologie (les plus célèbres d’entre eux , Elkabbach, Poivre d’Arvor, Pujadas, Ockrent ... ont été mis en cause pour des (…)

Le Havre : l’anti-Intouchables ou le cinéma de la grâce

Rosa LLORENS
Le Festival de Cannes a réservé un sort bien différent à deux films symétriques : Le Havre, hommage d’un cinéaste finlandais au cinéma français, a été ignoré par le jury, tandis que The Artist, hommage d’un Français au cinéma américain, a été récompensé par un prix d’interprétation masculine. Cannes s’abaissait ainsi à n’être qu’une annexe de Hollywood, puisque les oscars récompensent ce qu’on appelle des performances d’acteurs, c’est-à -dire des numéros de cirque : déguisement, (…)

Où en est le cinéma palestinien ?

Rosa LLORENS
Au cours des dernières décennies, le cinéma israélien a occulté le cinéma palestinien, au même rythme que les colonies juives empiétaient sur le territoire physique palestinien. On ne pouvait donc que se réjouir de voir, dans le cadre de la quinzaine du cinéma du Proche-Orient, aux 3 Luxembourg, 5 journées consacrées à Gaza, la Palestine, Jérusalem (même si cette dissociation pouvait déjà faire tiquer). Mais la journée du 10 décembre, sur la Palestine, a illustré une tendance ( qui se (…)
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Les Intouchables : une "métaphore sociale"

Rosa LLORENS
On reste perplexe devant les gros succès de films français, partagé entre : "c’est certainement un film démago" et : "si tant de gens aiment, il doit y avoir une bonne raison". Dans le cas d’Intouchables, la perplexité s’accroît devant les réactions des revues les plus libéralement correctes, Les ’Inrocks et Libé : curieusement, leurs critiques ont, à la vue de ce film, redécouvert la lutte des classes et se sont scandalisés de le voir occulter la violence des rapports de classe ! A vrai (…)

Les Balkans comme métaphore : à propos de La Nuit morave de Peter Handke

Rosa LLORENS
A l’heure où l’Allemagne se prépare, dans l’effervescence, à célébrer le 300ème anniversaire de la naissance de Frédéric II, le roi qui a fait de la Prusse une grande puissance européenne, l’Europe du Sud et de l’Est, vassalisée, sombre dans l’angoisse et la précarité. La Nuit morave, de l’Autrichien P. Handke, nous donne un tableau de cette déliquescence en même temps qu’il tente de trouver la force morale d’y résister (en attendant peut-être des résistances plus concrètes). (…)