Auteur Rosa LLORENS

La Nuit de Walenhammes d’Alexis Jenni ou le Nord comme métaphore.

Rosa LLORENS
En parcourant le rayon nouveautés d’une grande enseigne, je suis tombée sur l’événement de la rentrée (bien que le roman soit sorti, à petit bruit sans doute, en mai) : La Nuit de Walenhammes. On est loin de la précédente rentrée, où commençait la promotion du sinistre Soumission, finalement sorti en janvier, le jour même de l’attentat Charlie ! Souhaitons-nous donc une année Walenhammes plutôt qu’une autre année Soumission. Le parallèle entre Houellebecq et Jenni a déjà été fait : tous (…)

La Bataille de la Montagne du Tigre ou comment raconter l’Histoire à la génération vidéo.

Rosa LLORENS
Tsui Hark a depuis longtemps ses fans, qui encensent ses films aux spectaculaires effets spéciaux, comme dans les deux Détective Dee, sortis en France en 2010 et 2014. Mais voilà que les admirateurs du "génie de Hong Kong" font la moue : "on ne sent plus ici l’approche chaotique du monde et du langage cinématographique qui font de Tsui Hark un authentique révolutionnaire du 7e art" (la "révolution" par le chaos, si tristement actuelle, est-ce vraiment l’idéal d’Abusdeciné ?). Pourquoi donc ? (…)

La Loi du marché : la déshumanisation des travailleurs.

Rosa LLORENS
C’est la bonne surprise qu’on attendait dans le cinéma français, un film de qualité (comme La Dilettante ou Quand la mer monte) qui émeut ou séduit et qui marche, sans grosse campagne publicitaire (avant d’être récompensé à Cannes, il avait déjà fait 200 000 entrées). C’est aussi la grosse sensation de la soirée du palmarès de Cannes, le seul moment d’émotion dans cette cérémonie léthargique ou grotesque, marquée par le long laïus lacrymatoire, façon "valise en carton", d’Agnès Varda, le (…)

Howard Zinn ou la violence de la lutte des classes aux Etats-Unis.

Rosa LLORENS
Comme Domenico Losurdo a écrit une Contre-histoire du libéralisme, Howard Zinn avait publié en 1980 une contre-histoire des Etats-Unis (Une histoire populaire des Etats-Unis), en remplaçant l’histoire officielle des élites (les "chasseurs") et leurs triomphes, par celle du peuple (les "lapins") et ses luttes. Comme Balbastre et Kergoat pour Les Nouveaux Chiens de garde de Serge Halimi, Olivier Azam et Daniel Mermet ont transposé ce livre au cinéma. On est surpris (et cela montre à quel (…)

Documentaires : fenêtres ouvertes sur le monde ou écrans de fumée ?

Rosa LLORENS
Ces dernières semaines, plusieurs documentaires étaient censés nous ouvrir des fenêtres sur les Palestiniens de Syrie (Les Chebabs de Yarmouk), la Russie soviétique (Red Army), le Venezuela (Premier Festival de Cinéma vénézuelien à Paris, 4-10 mars 2015) : voilà un éventail intéressant pour réfléchir à ce genre du documentaire. Les Chebabs de Yarmouk, documentaire marocain, d’Axel Salvatori-Sinz (Français dont les organisateurs de la soirée au cinéma La Clef nous ont bien recommandé de ne (…)
10 

"Soumission" de Houellebecq : la peur de l’Islam au service de la soumission à l’Empire.

Rosa LLORENS
Les livres de Houellebecq se lisent toujours aussi facilement, grâce à son écriture blanche hypnotique, et à ses incursions dans le réel quotidien : ses mini-reportages (ici, à Rocamadour) et les adresses réelles et précises attribuées à ses personnages (rue des Arènes, avenue du Cardinal Mercier) offrent le charme de la maquette, on retrouve en petit, au format livres, des lieux proches. Mais ces dehors rassurants cachent (à peine) un pamphlet anti-musulman, à l’unisson de la déferlante (…)

Territoire de la liberté : un film de montagne au service du Poutine bashing.

Rosa LLORENS
Le film de montagne constitue un genre à part, souvent connoté idéologiquement : c’est dans ce genre que s’est d’abord illustrée Leni Riefenstahl, avec La Lumière bleue, de 1932, avant de devenir la grande cinéaste du IIIème Reich. S’il se présente comme un documentaire, Territoire de la liberté sert, lui aussi, une démonstration idéologique, contre la Russie de Poutine. Le titre lui-même est fort clair : le mot liberté, comme le mot démocratie, est un des piliers de notre novlangue ; il (…)

De l’autre côté du mur : un anti-Vie des autres.

Rosa LLORENS
A voir l’affiche du film, on pouvait se demander ce qu’il fallait penser de cette nouvelle "Femme de Checkpoint Charlie", comme on appelle en Allemagne ces édifiants drames de femmes, immigrées de l’Est, qui trouvent le bonheur et la liberté à l’Ouest : le film, selon l’affiche, "évoque La Vie des autres et Barbara, et s’en démarque habilement". En fait, il ne s’agit pas ici de nuances habiles : Westen (titre allemand du film), de Christian Schochow, est un anti-Vie des autres, non au (…)

Offensive contre le Code du Travail : nous sommes en 1775...

Rosa LLORENS
Dans Le Monde Diplomatique de novembre, Gilles Balbastre, co-auteur des Nouveaux Chiens de garde, en 2012, revient sur les attaques contre "la rigidité du Code du Travail" et les initiatives, de droite comme de "gauche", pour le détricoter, qui se succèdent depuis 1980. Mais il faut remonter plus loin. La France a déjà connu une période d’offensive massive, de la part des élites, économiques et médiatico-intellectuelles, contre toute forme de réglementation de l’économie et du travail : (…)

Léviathan : "du grand cinéma" ou du cinéma de propagande ?

Rosa LLORENS
Il y a deux façons de parler du film d’Andréï Zviaguintsev : à partir du contexte ou à partir du film lui-même. Commençons par le contexte cinématographique et politique. Nous recevons un film russe par an, bon an mal an (en 2012, c’était Elena, du même Zviaguintsev), et il en va de même pour les films chinois. Sachant que la culture est intégrée aux activités de propagande et que nous sommes en pleine guerre médiatique contre la Russie (mais aussi, de façon moins virulente, contre la (…)

Near Death experience ou : comment j’ai failli mourir d’ennui.

Rosa LLORENS
Une vague médiatique nous submerge, qui porte aux nues Houellebecq acteur, que ce soit dans L’enlèvement de Michel Houellebecq (passé à la télé pendant les vacances) ou dans Near Death experience, actuellement sur les écrans : a star is born ! non seulement un grand acteur, mais un personnage, une icône, quelque chose comme Max Sennett ou Monsieur Hulot, voire un Hamlet en chair et en os faisant passer son désespoir à travers un humour noir déjanté. On aimerait tellement y croire, on (…)

Siddarth : un néo-réalisme à l’indienne.

Rosa LLORENS
Certes la rentrée n’a pas encore eu lieu, et la minceur de l’Officiel des Spectacles relève encore du régime d’été ; mais on se demande si, il y a 10 ou 15 ans encore, les programmes d’été au cinéma étaient aussi désolants. Toutefois, dans ce désert culturel, il y a (presque) toujours une surprise, voire un miracle : cette semaine, c’est Siddarth, de l’Indo-Canadien Richie Mehta. Qui disait que tout bon roman (ou film) est toujours soit une Iliade, soit une Odyssée ? Siddarth fait partie (…)