Auteur Rosa LLORENS

Jeune pape, nouveau pape : bis repetita non placent.

Rosa LLORENS
Dans Youth, Paolo Sorrentino mettait dans la bouche de Jane Fonda, refusant un rôle dans le film en projet d’un des héros, une apologie des séries : les films, c’est ringard, et les séries télé payent beaucoup mieux. C’était un plaidoyer pro domo, puisque le cinéaste devait déjà négocier, ou avoir signé, avec Canal Plus. Si Sorrentino y a sans doute économiquement gagné, le spectateur peut-il se féliciter de cette nouvelle donne ? Y a-t-il quelque chose à attendre des séries ? The Young (…)
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Emmanuel Todd et la lutte des classes

Rosa LLORENS
Il est réconfortant, après que le PCF a renoncé à la lutte de classe (mais pas les capitalistes !) de voir un grand bourgeois intellectuel comme Emmanuel Todd reprendre ce concept. Son dernier ouvrage, Les Luttes de classes en France au XXIe siècle (qui pourrait aussi s’appeler : Où en sommes-nous après le mouvement des Gilets Jaunes ) est en effet écrit sous l’égide de Marx et de ses deux livres sur la France d’après la Monarchie de Juillet, Les luttes de classes en France, sur la IIe (…)

Les Misérables : un film formellement réussi mais idéologiquement décevant.

Rosa LLORENS
On avait beau y aller plein d’a priori (encore un film de banlieue, un remake de La Haine vingt ans après...), Les Misérables se révèle comme un excellent film, justifiant bien son prix à Cannes. Cependant, on est troublé, dans son enthousiasme, par le chœur de louanges des médias. On prend alors conscience que, malgré la violence, caractéristique des films de banlieue, celui-ci comme les autres, Les Misérables n’a rien de subversif : c’est sur ce plan, idéologique, qu’on peut faire des (…)

Adults in the Room : un film engagé, estimable mais boiteux

Rosa LLORENS
Le film de Costa-Gavras a le mérite de remettre les projecteurs sur la Grèce et la catastrophe qu’elle vit depuis près de dix ans, et de nous montrer le vrai visage des institutions européennes. Mais c’est un film peu élaboré sur le plan formel, et on reste frustré par le point de vue adopté. « Et ceci se passait dans des temps très anciens » : depuis l’échec de l’expérience Syriza et la mise au pas de la Grèce, le silence médiatique pourrait faire croire que la Grèce a été « sauvée », (…)

Après la campagne électorale. Impressions d’Espagne

Rosa LLORENS
« Victoire des socialistes de Pedro Sánchez » : c’était l ’analyse des élections du 10 novembre en Espagne selon France Info ; c’était court, mais tout faux : les partisans du PSOE de Sánchez ne sont pas socialistes et le PSOE n’a pas gagné. Sánchez avait voulu de nouvelles élections pour renforcer ses positions, au lieu de quoi, il perd trois députés et rend le pays encore plus ingouvernable. Du reste, qui a gagné ? Tous les partis espagnols (sauf Podemos, qui reste dans l’ambiguïté, ni (…)

La Cordillère des Songes : sortir du labyrinthe néo-libéral pour retrouver les "grandes alamedas" du Peuple.

Rosa LLORENS
Après des décennies de silence médiatique (l’ordre est rétabli, circulez, y’a rien à voir), le Chili fait de nouveau parler de lui : 17 ans de dictature et 30 ans de néo-libéralisme n’ont pas anéanti la capacité de lutte du peuple chilien, qui est de nouveau dans la rue. Ainsi, le film de Patricio Guzmán arrive au moment opportun, non seulement pour joindre sa voix à celles des révoltés, mais aussi pour montrer comment la génération actuelle a pu recueillir le témoin de la génération (…)

Handke Prix Nobel ; le travail de la transparence contre l’opacité de la langue médiatique

Rosa LLORENS
Coup de tonnerre dans le ciel serein des Nobel : après 20 ans de Purgatoire (depuis qu’en 1996 il a commencé à défendre la Serbie contre « la communauté internationale »), Peter Handke accède au Paradis du Nobel ! Les haines qu’il a déchaînées ne désarment pas pour autant, mais cette reconnaissance officielle permet de reparler de la guerre médiatique déchaînée, aussi criminellement que celle des bombes, contre la Yougoslavie, et de mesurer la grandeur de l’écrivain. Journaux et revues, (…)

De sable et de feu : sous le péplum, la propagande

Rosa LLORENS
De sable et de feu, de Souheïl ben Barka, est un objet étonnant : film maroco-italien à gros budget (le plus gros investissement de l’histoire du cinéma marocain), il raconte l’histoire d’un Catalan, officier de la Couronne d’Espagne, Domingo Badia, chargé, vers 1800, de gagner la confiance de l’anglophile Sultan Moulay Slimane, sous le pseudonyme d’Ali Bey, de façon à fomenter, en sous-main, une révolte des tribus, et à le remplacer par un sultan acquis aux intérêts espagnols. Pourquoi (…)

Bacurau ou la révolte du peuple

Rosa LLORENS
Les films récompensés ces dernières années à Cannes laissent souvent peu de souvenirs, difficile surtout de se rappeler de quoi ils parlent. On devrait donc accueillir avec enthousiasme un film présentant un enjeu clair et actuel (non, pas le climat, ou indirectement) comme Bacurau, de Kleber Mendonça Filho. Mais les critiques négatives ont l’avantage de mettre l’accent justement sur les points forts du film, son ancrage historique et culturel brésilien, et la réalité politique et économique (…)
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Féminicides, fait social ? Accidents du travail, faits divers ?

Rosa LLORENS
Après Greta, après le foot féminin, les médias ont ouvert un nouveau front, lancé une nouvelle campagne : le féminicide. Impossible d’y échapper, le féminicide est partout – du moins en paroles, car, dans les faits, voyons-nous, chaque matin, nos rues jonchées de cadavres féminins ? Est-ce vraiment le problème le plus massif et le plus angoissant pour tous les Français et les Françaises ? Les Françaises sont-elles, dans la République, une population à part, menacée par l’espèce des mâles (…)
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Encore deux ou trois choses sur Greta

Rosa LLORENS
Après avoir parlé à la COP24 en décembre dernier, puis à l’ONU, et s’être entretenue avec le Pape, tous deux se congratulant mutuellement, Greta a reçu dimanche dernier, 21 juillet, le Prix Liberté à Caen, en lien avec les commémorations du Débarquement et de la Libération (par les Américains bien sûr). Greta est une sorte de Cassandre à l’envers : la jeune Troyenne annonçait des catastrophes auxquelles personne ne voulait croire ; la jeune Suédoise voit ses prédictions apocalyptiques (…)

Avec la mort d’Andrea Camilleri, c’est le plaisir de la lecture qui s’appauvrit encore

Rosa LLORENS
Andrea Camilleri est mort le 17 juillet à 93 ans, actif jusqu’au bout (son dernier roman, Le cuisinier de l’Alcyon, est sorti il y a quelques mois). Avec le Grec Petros Markaris, il maintenait vivante la tradition du polar sociologique, opposée à la ligne nordique, germano-suédo-islandaise, dérivation du polar vers le thriller, qui recherche d’autant plus le macabre que ses héros sont ternes et conventionnels. Camilleri a créé en 1994 le personnage du commissaire Salvo Montalbano, dont (…)