Auteur Rosa LLORENS

10 

Vers un avenir radieux : la contribution de Nanni Moretti à l’effort de guerre de l’OTAN

Rosa LLORENS
Pathétique et écœurant : Vers un avenir radieux est un film de propagande aussi déplorable sur le plan artistique que politique et même intellectuel. On sentait, dans les critiques positives des médias mainstream des réserves ( « ce n’est sans doute pas le meilleur film de Nanni Moretti »), mais on n’était pas préparé à une telle nullité et un parti pris aussi cynique. Le héros, Giovanni (« Nanni » est un diminutif de ce prénom), tourne un film et sa femme Chiara en produit un autre. On (…)

Jeanne du Barry : amours et falbalas

Rosa LLORENS
Curieux objet, que Jeanne du Barry – en tant qu’objet critique encore plus qu’objet cinématographique. Alors que le Festival de Cannes sélectionne de plus en plus de films de femmes, comme le réclame la galaxie féministe, on s’attendrait à ce que le film projeté en ouverture ne suscite que des réactions enthousiastes. Or, au rebours, il essuie des tirs groupés justement du côté féministe. On serait tenté de s’en réjouir, cela montrerait qu’il ne suffit plus d’être une réalisatrice femme (…)

Exodus : Lars von Trier tire son chapeau

Rosa LLORENS
La saison III de l’Hôpital et ses fantômes, Exodus, qu’on peut voir sur Canal+ depuis le mois d’avril, se regarde toujours avec une curiosité haletante, mais n’apporte pas de surprises spectaculaires, et est même moins étoffée que les saisons I et II. Celles-ci pouvaient se lire comme des récits sotériologiques, réécriture du récit christique ou de la saga du Ring de Wagner. Cette dimension manque à la saison III ; en revanche, elle développe la satire anti-suédoise, inaugure un thème (…)

L’Etabli : un intellectuel chez les ouvriers

Rosa LLORENS
L’Etabli raconte l’expérience de Robert, professeur d’Université et militant maoïste, qui se fait embaucher, en 1969, chez Citroën pour organiser des actions de lutte ; le film adapte le livre du même titre de Robert Linhart, qui date de 1978. C’est un film réussi, dans un genre malaisé : les ouvriers au cinéma sont souvent peu vraisemblables, et la rencontre entre ouvriers (ou paysans) et intellectuel est souvent décrite avec arrogance à l’égard des premiers (Le Christ s’est arrêté à (…)

About Kim Sohee : comment dit-on karoshi en coréen ?

Rosa LLORENS
July Jung a à son actif deux films qui se ressemblent beaucoup : dans A girl at my door (2014) comme dans About Kim Sohee, une policière (jouée par la même actrice, Bae Doona) prend sous sa protection une jeune fille persécutée. C’est donc un cinéma très féminin, mais qui ne fait pas de propagande féministe : le sujet de About Kim, c’est les conditions de travail dans notre « société de services ». La mort de l’héroïne, Sohee, n’est pas un féminicide, mais un « sociocide », c’est-à-dire un (…)
11 

Nos soleils (Alcarràs) : une famille paysanne face à la mondialisation

Rosa LLORENS
En général, je ne vais pas voir les films de femmes, œuvres le plus souvent mièvres et médiocres, dont on fait la promotion en guise d’arme de guerre soft contre les pays qui sont censés ne pas donner la même place que nous aux femmes, et qui se trouvent être ceux qui résistent à l’impérialisme étasunien et ses horreurs. Ras le bol des films vus par des yeux de petites filles, avec leurs femmes qui veulent s’émanciper, leur " sororitude ", leurs récriminations contre les hommes qui ne font (…)

Le piège de Huda : la guerre des sexes à Bethléem

Rosa LLORENS
Hany abu Assad a été un cinéaste prometteur : Paradise now (2005) était un débat haletant sur le terrorisme, seule issue laissée aux Palestiniens après la dissolution de l’armée palestinienne. Omar (2013) montrait les efforts d’un jeune Palestinien pour sortir du piège où l’avaient enserré les services secrets israéliens. Dans Huda, c’est une femme qui est prise au piège, mais ici, les cartes sont redistribuées, et l’ennemi n’est plus Israel, mais ces « connards » d’hommes, israéliens et (…)

Laissons-les faire la fête !

Rosa LLORENS
« Provocation », « dérapages », « excès », « c’en est trop », « cette fois, ils sont allés trop loin » ! Ce ne sont que plaintes et jérémiades, y compris officielles, de la part de la FFF, contre les joueurs argentins ; ne dirait-on pas des gamins de maternelle caftant auprès de la maîtresse : « il m’a tapé », « il m’a poussé », « il m’a pris ma poupée ». On parle même (évidemment) de racisme, pourquoi pas d’antisémitisme. Et on oublie que les Argentins réagissent aux propos tenus par Mbappé (…)

Rosa Bonheur au pays de la tautologie

Rosa LLORENS
Pourquoi s’intéresser à une exposition artistique ? Tous les arts sont devenus depuis des décennies de simples véhicules de l’idéologie hégémonique. Or, les productions culturelles modèlent notre imaginaire qui, à son tour, nous prépare à accepter comme une évidence la narrative politique et économique. Une autre fonction, qui lui est liée, des activités culturelles actuelles est de porter au pinacle tout ce qui est médiocre, ce qui nous empêche de reconnaître les vrais créateurs ; en effet, (…)

Le Menu : beaucoup de gastronomie et, à la fin, c’est le hamburger qui gagne.

Rosa LLORENS
Depuis les années 1970 et La Grande Bouffe, la production cinématographique est jalonnée de films culinaires. Cette année, sont sortis presque en même temps, Ariaferma et son détenu cuisinier, et Le Menu, de Mark Mylod. Comparer le rôle de la nourriture, de la bonne ou la grande cuisine au cinéma, de ce côté-ci de l’Atlantique, et de l’autre, permet d’opposer ces deux types de sociétés et de cultures. Dans les films européens, la cuisine tient un rôle soit civilisateur, soit de dénonciation (…)

Ariaferma : de l’air frais dans les prisons, mais aussi dans le cinéma

Rosa LLORENS
Après les années de confinement, le cinéma revivrait-il ? Après les bons, voire grands films de l’automne, suédois et catalan, voici un film italien, ou plutôt sardo-napolitain, Ariaferma, qui réunit, dans les montagnes sardes, trois Napolitains, le réalisateur, Leonardo di Costanzo, et deux monstres sacrés de la scène et de l’écran italiens, Toni Servillo (qu’on ne présente plus) et Silvio Orlando (le subtil cardinal-secrétaire d’État du Jeune Pape). Le titre n ‘a heureusement pas été (…)

Pacifiction : des couchers de soleil romantiques à l’apocalypse nucléaire

Rosa LLORENS
L’intérêt du Catalan Albert Serra pour la culture française et son Histoire n’est pas nouveau ; mais, cette fois, il s’agit d’histoire contemporaine et même brûlante : les essais nucléaires français en Polynésie. Ce n’est pas un film engagé, sa facture est trop poétique ; mais il pose un problème que le contexte guerrier rend encore plus actuel. En prenant possession pour le Roi de France d’Otaïti, Bougainville semblait promettre à cette île un bel avenir littéraire, puisque son Voyage (…)