Auteur Rosa LLORENS

Camus ou la bonne conscience coloniale, en Algérie comme en Palestine.

Rosa LLORENS
Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2013), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus (…)

La Voix de Hind Rajab donne enfin une voix aux Palestiniens

Rosa LLORENS
Les faits : à la fin de la deuxième semaine de février 2024, pendant l’agression d’Israel contre Gaza, on trouve le corps décomposé d’une petite fille de 6 ans, Hind Rajab, aux côtés de six membres de sa famille, dans une voiture criblée de 355 balles ; près de là, l’ambulance qui devait la secourir a été détruite, avec ses deux ambulanciers. Le film de la Tunisienne Kaouther ben Hania met en scène les dernières heures de la vie de Hind, pendant lesquelles elle a été en contact par téléphone (…)

Ozon : un Etranger mis au goût du jour et travesti

Rosa LLORENS
Pourquoi adapter l’Etranger de Camus aujourd’hui ? Ozon avait-il quelque chose à en dire ? Le film montre bien l’inanité de l’entreprise : si on oublie nos souvenirs de lycéens, et la révérence qu’on est tenu de sentir à l’égard d’un écrivain vache sacrée panthéonisable (la famille a refusé ce transfert souhaité par Macron), on doit bien constater que le roman aujourd’hui est insupportable, ce que les trahisons bien intentionnées d’Ozon rendent évident. Rien ne fonctionne, dans le film, et (…)

Sirat : film mystique ou film creux ?

Rosa LLORENS
Sirat bénéficie d’une sortie digne d’un blockbuster : 27 salles à Paris plus 45 en Banlieue ! Pourquoi un tel engouement ? se demandent les Inrockuptibles. Le film a été un grand succès en Espagne, et il démarre en force en France. Tenons-nous là la pépite de la rentrée, « l’événement inattendu du cinéma d’auteur » ? (les Inrocks). Le film commence par une rave party, dont la musique éprouvante nous accompagnera presque constamment (et c’est avec surprise qu’on découvre que le film a reçu (…)

Palombella rossa : le jeune Nanni portait déjà en germe le vieux Moretti

Rosa LLORENS
Ayant vu Palombella rossa à sa sortie en France, fin 89, immergée dans des événements qui semblaient se succéder en accéléré, je me demandais, après avoir vu le grotesque Vers un avenir radieux, si ma réaction aujourd’hui serait aussi positive, sachant tout ce qui allait découler de la chute du mur de Berlin. Justement, Palombella rossa est ressortie sur les écrans (et ce n’est pas un hasard), le moment de la vérité est donc venu. Bien sûr, Palombella Rossa est pleine de fantaisie et (…)

Fantôme utile ou la mémoire des luttes collectives

Rosa LLORENS
Il ne faut pas se laisser leurrer par les synopsis qu’on peut lire (par exemple dans l’Officiel des Spectacles) : Fantôme utile n’est pas une comédie déjantée, « délicieusement absurde », ou une histoire d’amour entre un homme et un aspirateur. C’est en réalité un film politique et engagé sur l’histoire récente de la Thaïlande. Une remarque d’abord sur les noms thaïlandais, difficiles à mémoriser : pour Apichatpong Weerasethakul, je me sers d’une formule mnémotechnique qui s’est toujours (…)

Défilés militaires et cinéma montrent la détermination de la Russie et la Chine

Rosa LLORENS
Je m'aperçois que mon texte rejoint sur bien des points celui de Djamel Labidi, et je m'en réjouis ; je présente néanmoins le mien parce qu'il est écrit d'un autre point de vue. Après l’équipée des trois zigotos du train de Kiev, des images d’autres trios se sont imposées, à Tianjin et à Pékin, nous permettant de faire des comparaisons suggestives. D’un côté, trois potaches « volontaires », grimaçant et s’agitant en rond pour meubler le vide ; on a même pu entendre (…)

Enzo : du touche-pipi à la propagande guerrière

Rosa LLORENS
Le film Enzo nous est présenté comme un pieux hommage posthume de Robin Campillo qui, après la mort de Laurent Cantet, a repris son projet. On comprend l’utilité de ce chantage sentimental sur le spectateur en lisant le synopsis : Enzo, un ado « transfuge social » de la bourgeoisie est sexuellement attiré par un « collègue » (le terme propre serait « camarade ») de chantier ukrainien, Vlad : « cinéma social et humaniste » (selon Le Bleu du miroir) ou film de propagande sociétale et guerrière (…)

Trois hommes enfermés dans un train, le monde libre sur la Place Rouge.

Rosa LLORENS
Que font les conseillers en image de Macron ? Peut-on imaginer symbole plus désastreux que ces trois zigotos, Macron-Merz-Starmer, et un mouchoir, isolés dans un train de nuit roulant vers Kiyiiv, le jour même, le 9 mai, où les deux tiers du monde célébraient à Moscou la victoire sur le cauchemar nazi ? Si l’image du Titanic est maintenant courante pour se référer à l’Europe, le train comporte des connotations tout aussi déplorables. La première impression produite par la vidéo de ces (…)

Apocalypse, une expo “ light ” à l’américaine.

Rosa LLORENS
L’expo “ Apocalypse. Hier et demain ” reflète bien l’appauvrissement de notre monde culturel. Elle est pauvre en matériel iconographique, en commentaires sur ce matériau, en présentation des diverses sections, en organisation, mais, surtout, en réflexion sur son sujet. Mais le problème, c’est, justement, le choix du sujet, qui laisse pressentir une inspiration étasunienne et même hollywoodienne : la fascination morbide pour la catastrophe, et une vision simpliste et irrationnelle de (…)
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Thucydide a-t-il vraiment condamné (par avance) Trump ?

Rosa LLORENS
Le Point a publié, sous la plume de Christophe Ono-Dit-Biot (ODB par la suite) un article intitulé : “ L’administration Trump et la « liberté d’expression » : la mise en garde de Thucydide. ” Il convient de rester circonspect devant ces audacieux rapprochements qui sautent par-dessus les millénaires. Non qu’on ne puisse tirer des leçons de l’Histoire, mais à condition de remettre les références antiques dans leur contexte, sinon, il est facile de se lancer dans des contre-sens. Ce sera aussi (…)

Arsenic, vieilles dentelles et canal de Panama

Rosa LLORENS
Arsenic et vieilles dentelles (1944), de Frank Capra, est un chef d’œuvre du cinéma comique (Arsenic and Old Lace). C’est une farce macabre et désopilante à la mode Halloween, avec un Cary Grant déchaîné en meneur de revue. Mais le film rejoint aujourd’hui l’actualité brûlante, grâce à un personnage qui se prend pour le Président Theodore Roosevelt, promoteur du canal de Panama, et qu’on pourrait présenter comme l’inspirateur de Trump. Le film est situé dans un contexte historique précis. (…)