Auteur Rosa LLORENS

La meilleure et la pire Italie.

Rosa LLORENS
Deux grands films italiens sont actuellement sur les écrans, l’un, César doit mourir, traduisant un optimisme humaniste, l’autre, Piazza Fontana, dévoilant impitoyablement les cloaques de la raison d’Etat, la lâcheté et la haine de ses serviteurs et ses instruments. L’Italie retrouve ainsi la place centrale qui était la sienne dans le cinéma des années 60-70, dans la tradition de l’engagement citoyen (plus que de la création formelle, certes). Les frères Taviani, à 80 ans, sont plus (…)

Elections catalanes et indépendantisme.

Rosa LLORENS
Au lendemain des élections catalanes (le 26 novembre), El Periodico (journal basé à Barcelone et paraissant en double édition, espagnole et catalane, mais de tendance "socialiste") titrait : "Le coup de massue", présentant un Artur Mas sonné par la défaite : c’est une analyse pour le moins sommaire. Tout se passe comme si on voulait punir Mas pour l’audace de son projet indépendantiste ; la punition, du reste, avait commencé avant les élections, avec la campagne de discrédit lancée depuis (…)

Palestiniens massacrés là -bas, Palestiniens manipulés ici.

Rosa LLORENS
Pendant qu’Israel écrase les Palestiniens sous les bombes à Gaza, certains groupes mènent une lutte idéologique à Paris et en Cisjordanie. Diverses organisations pro-palestiniennes appelaient à manifester le 18 novembre à l’Opéra, contre l’agression sur Gaza. Une fois sur place, on pouvait remarquer quelques jeunes agitant des pancartes à la gloire de la Syrie "libre", celle des mercenaires ; sur les marches de l’Opéra, bien au centre, et sous la grande banderole de l’UJFP (Union des Juifs (…)

Edward Hopper ou l’inhabitable capital.

Rosa LLORENS
Il y a de jolies expos séduisantes, mais hors de propos, comme les expos Canaletto et Guardi, sur une Venise qui n’est plus depuis longtemps (la Venise d’aujourd’hui, submergée par les eaux et les touristes, est beaucoup moins pimpante) ; et il y a de grandes expositions qui arrivent à leur heure : c’est le cas de Hopper au Grand Palais. Il y a longtemps qu’on le reconnaît comme un maître ; mais aujourd’hui, sa vision de l’Amérique, avec son réalisme halluciné, résonne de multiples échos. (…)

Le 11 novembre : commémoration du sacrifice des Poilus, ou des opérations militaires de la France et de l’Otan ?

Rosa LLORENS
Le changement se poursuit, de plus en plus imparable ! En 2011, Sarkozy décidait d’associer au 11 novembre tous les soldats morts en service dans n’importe quelle opération militaire ? En 2012, Hollande, emporté par l’élan du changement, confirme la décision. Elle signifie d’abord la négation de l’opposition fondamentale entre guerre de défense et guerre d’agression, mise en avant par les Humanistes pour définir la notion de guerre juste. C’est ainsi que, sur France-info, un petit-fils de (…)

Sombras, d’O. Canals : un hommage aux victimes africaines de l’immigration.

Rosa LLORENS
Les "ombres" dont parle le titre existent, je les ai rencontrées, un jour, à Lleida : j’avais suivi la grande avenue commerciale et touristique qui aboutit à la citadelle où se dresse l’ancienne cathédrale ; au retour, m’étant perdue, j’ai pris un autre itinéraire, et me suis retrouvée dans une tout autre ville : une ville morte, pétrifiée, où je ne croisais que des Noirs, ou groupes de Noirs, tous des hommes, assis ou allongés devant les maisons ou sur les bancs. C’était la traduction (…)

Zindeeq, de Michel Khleifi, ou : L’Etranger.

Rosa LLORENS
Au milieu des films israéliens ou Israel-friendly toujours plus nombreux sur nos écrans, l’apparition d’un film palestinien mérite toujours attention. Zindeeq pose cependant une question curieuse : les Palestiniens devaient-ils rester, en 1948, lors de l’instauration de l’Etat d’Israel ? Les critiques sont généralement déçus par le film qui, "entre lyrisme assumé et engagement politique revendiqué" (Le Monde), fonctionne mal. Mais qu’est-ce qui au juste dysfonctionne ? Ce ne sont pas les (…)

Reality, de Matteo Garrone, ou Le Meilleur des Mondes.

Rosa LLORENS
D’après les medias, le Grand Prix du Jury de Reality serait usurpé, le thème de la télé-réalité serait déjà suffisamment traité (comme s’il y avait un quota : tant de films par sujet) et dépassé. Et si la télé-réalité n’était pas le thème principal ? La réflexion est en fait plus large : il s’agit de l’expérience du réel, ou de son impossibilité, dans notre société de l’entertainment (ce qui renvoie à la thématique de la Caverne, source d’interprétations toujours renouvelées depuis Platon). (…)

Captive : l’islamophobie peut aussi fleurir dans la jungle philippine.

Rosa LLORENS
Le dernier film de Brillante Mendoza, Captive, a beau être désordonné (reproche qui revient souvent dans les critiques), il est de bout en bout cohérent sur un point : c’est un pamphlet anti-musulman, qui semble trop bien coordonné avec l’offensive qui a éclaté de façon scandaleuse avec L’Innocence des musulmans pour être fortuit. Les scènes d’affrontement avec l’armée ont été tournées, "dans un souci de vérité", avec de vrais soldats de l’armée philippine, qui apparaît au générique - mais (…)

La Vierge, les Coptes et moi ou : les Coptes vus par le Qatar.

Rosa LLORENS
La rentrée, pas encore effectuée, a déjà apporté son premier film "d’intervention culturelle" (pour ne pas dire : de propagande). La Vierge, les Coptes et moi, de Namir Abdel Messeeh, n’est pas un film agressif, méprisant et grotesque (comme le sinistre Cochon de Gaza, dont le titre était déjà tout un programme) ; mais il s’inscrit dans un véritable projet de contrôle des images et des représentations concernant l’Egypte : il s’agit de fournir une grille de lecture pré-digérée où la réalité (…)

Le refus du politique dans l’exposition J. M. Sert.

Rosa LLORENS
Un article du Monde diplomatique de juillet analyse la réflexion de Gramsci sur les causes de l’échec de la Révolution en Europe, après 1917 : alors qu’en Russie on a pu se contenter de s’emparer du pouvoir politique, dans les autres pays, la présence d’une société civile structurée exigeait au préalable de lancer une bataille idéologique, pour libérer les ouvriers de l’emprise de la bourgeoisie. Malheureusement, Gramsci a aussi été lu par la classe dominante, qui applique ces idées, et (…)

Ich bin eine Terroristin ou : les cendres de Rosa Luxemburg.

Rosa LLORENS
Le film de Valérie Gaudissart, Ich bin eine Terroristin, est bien sympathique ; il vous permet d’abord, quand la caissière vous demande quel film vous voulez voir, de faire une profession de foi défoulante : « Ich bin eine Terroristin ! », sans qu’on appelle la police pour fouiller votre sac. Le sujet de départ est plein de bonnes idées, dans l’air du temps. Le cliché veut que les enfants soient des révoltés, étouffés par des parents et aïeux réacs. Aujourd’hui, depuis la mort des "grands (…)