Auteur Rosa LLORENS

Le Cent Quatre : un service public au service des morts et des vivants.

Rosa LLORENS
Vendredi 1er juin, l’Union Syndicale CGT des services publics proposait, à L’annexe Eugène Varlin de la Bourse du Travail, un film sur les transformations du 104 : La mort en Seine, de Cathy Bruno-Capvert. Ce bâtiment du 104 de l’ancienne rue des Vertus, devenue rue d’Aubervilliers, construit en 1874, sous le contrôle de Baltard, a abrité, pendant plus d’un siècle, le Service des Pompes Funèbres, d’abord religieux, puis, depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1905, (…)

Cannes 2012 : réticences des medias face à un palmarès européen

Rosa LLORENS
A Cannes, il y a des années avec une bonne sélection et un mauvais palmarès, cette année on aura eu une mauvaise sélection avec un bon palmarès. Vu la médiocrité ou la nullité des "grands" films (essentiellement français et anglo-saxons) portés aux nues par les medias, le jury n’avait qu’une solution : se jeter sur les "petits" films des "petits" pays. C’est ce qu’il a fait (sauf pour la palme d’or, dont il semble entendu qu’elle doit revenir à un "grand" film académique). On a donc cette (…)

Cosmopolis : une limousine proustée pour beaucoup de temps perdu.

Rosa LLORENS
Dans le premier sketch de Cher Journal (en 1994), Nanni Moretti se moquait des acrobaties verbales et intellectuelles que devaient s’imposer les critiques pour écrire des articles dithyrambiques sur des films d’action américains, sombres navets où pleuvaient les coups de poing et giclait l’hémoglobine ; pour se défouler, il imaginait qu’il se glissait la nuit dans la chambre de l’un d’eux et le torturait en lui lisant des extraits de ses propres articles. On aurait bien envie d’en faire (…)

Un Prophète : une vision cynique de la société.

Rosa LLORENS
Cannes 2012 laisse déjà une impression de déjà vu : la sélection française bat le rappel des vétérans (Amour et Vous n’avez encore rien vu), dans un ressassement complaisant, on retrouve des histoires d’amour du 4e âge (Amour) ou avec handicapée (De rouille et d’os), la sélection anglo-saxonne nous ressert des histoires de cow-boys ou de truands et des contes à la guimauve, Vinterberg creuse le sillon pédophilique, Kiarostami a enfin trouvé le bon titre (Like somebody in love) pour son (…)

Miss Bala, "la plus belle du cartel" ?

Rosa LLORENS
Ainsi présentée par E. Neuhoff, critique au Figaro, Miss Bala entre dans la catégorie "cinéma poudre aux yeux" : à la manière hollywoodienne, Gerardo Naranjo s’empare d’un sujet grave, ici le narco-trafic au Mexique, pour se légitimer et donner bonne conscience aux critiques et au public, et le traite en jouant du pathos (l’héroïne a un petit frère et un vieux père), d’une avalanche de scènes violentes et d’un rythme échevelé, tout en prenant soin de rester toujours en surface. Il est vrai (…)

Le retour des ouvriers sur les écrans, annonce de leur retour sur la scène sociale ?

Rosa LLORENS
Les intellectuels et sociologues sérieux (pas les chiens de garde) ont beau rappeler, comme O. Todd ou Ch. Guilluy, que les travailleurs, ouvriers et employés, constituent toujours plus de 50% de la population active, l’idéologie dominante tente, depuis 30 ans, de les rendre invisibles et de nous convaincre que les ouvriers, et donc la lutte des classes, ont disparu : le titre du nouveau film de Christine Thépénier et Jean-François Priester : Disparaissez les ouvriers ! dénonce cette (…)

Impunité, ou la guerre séculaire contre les paysans sud-américains

Rosa LLORENS
L’enlèvement du journaliste Romeo Langlois dirige de nouveau les projecteurs sur les Farc. Cependant, les conditions de sa disparition (il était "embarqué" dans une opération militaire officiellement destinée à détruire des laboratoires de cocaïne) devraient nous rappeler une réalité bien plus meurtrière : la politique anti-drogue du régime colombien (téléguidé par l’agence anti-drogue des Etats-Unis) sert de couverture à la guerre demi-millénaire que les grands propriétaires, les (…)
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L’Etranger de Camus : humanisme universel ou solipsisme pied-noir ?

Rosa LLORENS
Début avril, la librairie L’Harmattan organisait un hommage à Henri Curiel, fondateur de Solidarité, une organisation d’aide aux mouvements d’indépendance et anti-fascistes, autour d’un film-enquête sur son assassinat (jamais élucidé) en 1978 : Emilie Raffoul et Jean-Charles Deniau, les auteurs de : Henri Curiel, un crime politique, ont pu apporter de nouveaux éléments simplement en prenant au sérieux la revendication du meurtre par le groupe Delta, émanation de l’OAS ; Henri Curiel a (…)

Solidarités anti-colonialistes et anti-fascistes

Rosa LLORENS
Sarkozy, pourtant très "mémoriel" dans d’autres domaines, refuse de commémorer le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Cela ressemble plus à une bouderie d’enfant gâté qu’à l’attitude d’un chef de l’Etat français, qui devrait avoir à coeur de resserrer les liens avec un partenaire commercial, et partenaire en francophonie, aussi important que l’Algérie. Il enfonce ainsi les catégories de Français qu’il prétend protéger dans le déni et la rancoeur et donne raison à Alexis Jenni (…)

Du pain sur la planche pour Acrimed.

Rosa LLORENS
Ce dimanche, 25 mars, Michel Serres, qui est passé des analyses absconses des années 1970 à des chroniques de café-philo sur France-Info, méditait sur les vertus : il donne de loin la préférence au courage (qui affronte les risques de la vie les mains nues) sur la prudence, qui enferme l’homme dans les réseaux de la médecine publique, de la Sécurité Sociale et du principe de précaution. Si les Nouveaux Chiens de garde (de Serge Halimi) sont les journalistes, les anciens, que dénonçait Paul (…)

Sciascia et les techniques de la manipulation

Rosa LLORENS
Au milieu de sa décadence morale et intellectuelle, l’Europe a encore (ou a eu récemment) de grands écrivains et intellectuels engagés, même s’ils sont peu présents dans les medias (quand ils ne subissent pas la censure, comme Peter Handke). Leonardo Sciascia est mort en 1989, mais son oeuvre est toujours très actuelle. Il a toujours mis en scène la société italienne, et plus précisément sicilienne ; mais l’Italie a souvent été un pays précurseur, dans le domaine politique et social : elle a (…)

Elena, un film investi par les fantasmes anti-communistes des critiques

Rosa LLORENS
On voit peu de films russes en France, alors que l’URSS/Russie est le pays au monde qui a la tradition cinématographique la plus prestigieuse et que le peu que nous en voyons montre qu’il a toujours de grands cinéastes : il suffira de citer deux noms : A. Konchalovsky, dont on a pu voir en 1994 Riaba ma poule, et P. Lounguine, mieux distribué, avec La Noce (2000), L’Ile (2006), Tsar (2009). Mais ce cinéma souffre de deux "handicaps" très graves en France : il est baroque (on a reproché à (…)