A l'heure où Haïti sombre sous le poids d'une insoutenable indigence, il est devenu urgent, à l'aube de cette nouvelle année 2018, de questionner les fondements de l'intelligence haïtienne pour comprendre quelle est la fonction du savoir dans le devenir d'un peuple. Comme toujours, je n'ai pas de fleurs à offrir, mais des épines à partager, car le bilan du patrimoine culturel de mon pays, combien lourd d'un passif d'indignité, n'autorise guère à la complaisance et aux pseudo-congratulations. Du reste, le paysage humain et institutionnel haïtien interdit de célébrer une quelconque réussite qui eut pu justifier l'attribution de lauriers. Et ceux qui croient avoir des raisons de célébrer leur succès doivent humainement se questionner....... Oui, comme vous vous en doutez, il n’y aura pas de trêve même en cette saison de supercherie festive. Certaines batailles exigent la permanence de la pugnacité, car c’est la constance qui donne la légitimité.
Alors qu'il est inculpé et suspecté de blanchiment d'argent, alors que son administration et son cabinet sont peuplés de personnes recherchées par la justice et / ou épinglées par des rapports officiels dénonçant de nombreux cas de corruption, le président haïtien vient de faire une nouvelle provocation en disant qu'il est le seul à avoir la solution contre la corruption en Haïti. Serait-ce un aveu qui confirme l’implication de l'état haïtien au plus haut niveau dans les pratiques mafieuses comme le dénonce le rapport de la commission sénatoriale sur les malversations des fonds de PetroCaribe ? Ou serait-ce une manière de banaliser l'initiative de ceux qui cherchent à se mobiliser contre la corruption ? Qu'importe le sens de cette affirmation, elle renforce l'idée de l'improbable capacité de la société haïtienne à se mobiliser pour lutter contre la corruption comme le prouve l''échec de la marche contre la corruption au regard du succès de la procession de l'église catholique consacrée à Marie.
Tandis qu'Haïti meurt,comme un bateau de mauvais équipage, soulevé par la marée haute et dérivant au gré des vagues et des vents, les indigences se succèdent. La MINUSTAH s'en va, la MINUSJUSTH s'en vient. Vingt-quatre ans que cela dure, si l'on se ramène à 1993. Pourtant, à l'horizon, le même bordel institutionnel qui fait la fortune d'une certaine expertise internationale douteuse et obsolète. S'il faut blâmer la communauté internationale qui s'oriente toujours vers les choix les plus simplistes au nom des intérêts de ceux qui, parmi les puissants d'ici et d'ailleurs, croient qu’Haïti leur appartient ; les Haïtiens sont en partie aussi responsables de leur déchéance à force de vivre dans l'imposture, l'abandon et la soumission. Alors, il faut oser espérer qu'une nouvelle génération naitra et aidera Haïti a passer de l'indigence à l'intelligence.
Haïti vit un contexte politique, économique et social de plus en plus précaire. Les interventions de la communauté internationale entre 1994 et 2017, pour restaurer l'état de droit, n'ont fait que stabiliser et structurer le dysfonctionnement institutionnel. La nouvelle législature issue des élections de 2016, acquise à la cause de l’exécutif, qui lui-même n'est qu'un relais des grandes ambassades étrangères et des intérêts du secteur privé des affaires, vote des lois qui agresse fiscalement et étouffe économiquement une population déjà si appauvrie et combien meurtrie par de nombreuses catastrophes naturelles. Devant la complicité de cette assemblée de crapules qu'est devenue l'état haïtien, si le citoyen élève la voix pour dénoncer et caricaturer l'imposture des hommes politiques, il est vite assimilé à un chacal qui veut faire la peau d'un élu qui se transforme pour l'occasion en un mouton paré pour un sacrifice expiatoire. Ainsi, l'état de passe-droit instauré en Haïti livre des accents de mélodrame où tel sénateur, ayant en horreur l'humour et se découvrant peureux des chiens, rejoue Hector suppliant Achille de ne pas livrer son corps aux chacals...
Comment expliquer qu'un peuple avec tant de talents individuels arrive à générer collectivement cet échec qu' est HAÏTI sur 213 ans d'histoire. C'est un vrai paradoxe qui ne s'explique que par une médiocrité plurielle collectivement partagée. La corruption des élites, la médiocrité humaine et éthique des classes moyennes et l'adaptation des classes populaires à l'indigence pour survivre forment une même médiocrité qui structure Haïti en une inébranlable résilience célébrée par cette partie de la communauté internationale qui ne vit que de l'échec des peuples.