De nombreuses erreurs de casting se produisent ces derniers jours au sommet de l'État haïtien. Loin d'être hasardeuses, elles sont profondément révélatrices et dénotent que la médiocrité qui a pris le pouvoir en Haïti est en train de se transformer en un monstre hideux qui, déshumanisant tout, ne sait plus jusqu'où s'arrêter dans l'horreur. C'est désormais un État fossoyeur qui prend forme et émerge. Poussé par les basses eaux de la médiocrité des élites, irrigué et canalisé par l'expertise internationale, il dérive à tout va, nu dans ses haillons et gluant dans sa pestilence, jusqu’au bout de l'indigence.
Un immense volcan vient d'embraser Haïti les 6 et 7 juillet 2018. Aux quatre coins du pays de nombreux foyers de feu dégagent de longues colonnes de fumée qui viennent épaissir l'enfumage des politiques conduites par le pouvoir d'essence macoute soutenu, à bras le corps, par la comunauté internationale depuis 2011. Des mesures inflationnistes sur le carburant prises par le gouvernement, en échange d'un hypothétique prêt de 95 millions de dollars du FMI, ont mis le feu à la poudrière. À l'heure des premiers bilans, il est utile de demander qui assumera les responsabilités ? Comment un pouvoir qui a dilapidé quelque 3 milliards de dollars de PetroCaribe en 3 ans avec l'aide de la communauté internationale peut-il s'aliéner la colère du peuple pour si peu ? Suffira-t-il aussi d'abandonner ces mesures pour que tout rentre dans l'ordre ? Ne faudra-t-il pas que les décideurs assument la responsabilité des conséquences de leur décision et démissionnent pour donner un semblant de normalité à ce pays combien déjà martyrisé ?
Ah, qu'elle est belle, la scène haïtienne, quand elle brille sous les feux des projecteurs des agences internationales ! Quand elle se présente dans sa volonté de réforme, qu'elle est efficace la collaboration entre les acteurs étatiques nationaux, éternels gardiens de l'opacité, et les partenaires internationaux de l'échec, éternels experts de l'urgence humanitaire qui dévoie et mutile ! Ainsi pendant 48 heures, l'État haïtien et ses indéfectibles partenaires techniques et financiers internationaux ont fait le show en nous mettant plein la vue sur cette réforme qui va moderniser l'administration publique haïtienne par le biais de recrutements de cadres compétents et d'un hypothétique régime méritocratique. Et comme on pouvait s'y attendre, en bons rois de la scène, ils ont assuré. Mais le bal étant fini, les rideaux tirés il est de bonne méthode d'arpenter les lieux d’où émergeront cette réforme pour livrer une analyse objective et lucide à partir des exigences du système de management de la qualité et des enjeux stratégiques d'une vraie réforme de l'État en Haïti.
Mais quelle heureuse coïncidence que cette douce rumeur qui s’est répandue dans Port au prince en la journée internationale des droits des femmes ! Un juge haïtien courageux vient de faire un clin d’œil aux femmes d’Haïti en faisant tomber, par le couperet de la justice, la tête d’un puissant homme d’affaires. Une façon symbolique de relier dans une mystique de la célébration des droits des femmes la dignité et la justice. Comme pour dire que c’est au fil de la lame scintillante du couperet de la justice que se trouve la dignité dont Haïti a besoin pour s’éclairer et naviguer au-delà des eaux indigentes.