RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

La dérive national-capitaliste en Europe

Les partis d’extrême droite gagnent, avec la complicité des partis traditionnels, en respectabilité. Sous couvert de populisme, un processus de normalisation de l’extrême droite est engagé. Y a-t-il une différence de nature ou une simple différence d’ordre tactique entre les partis d’extrême droite et les partis populistes ?

Le terme de populisme qui s’est imposé dans le discours politique contemporain se caractérise par son approximation sémantique. Il est employé dans des circonstances complètement opposées.

Il faut bien faire le départ. D’une part, cette qualification peut être utilisée par l’establishment pour manifester son mépris envers les classes défavorisées qui menacent l’équilibre politique usuel et discréditer leurs dirigeants. Hugo Chavez est qualifié très souvent de leader populiste. L’assise du mouvement bolivarien est de fait populaire : Chavez représente l’intérêt des masses populaires au préjudice des élites oligarchiques qui oeuvrent contre les intérêts nationaux.

D’autre part, on utilise le terme de populisme pour désigner les mouvements d’extrême droite qui essaiment un peu partout en Europe (UDC en Suisse, FN et UMP à travers la structure de la Droite populaire en France, N-VA en Flandre, DF au Danemark, SD en Suède, Ligue du Nord en Italie, PVV au Pays-Bas,… ) sans revendiquer un lien explicite avec le nazisme ou le fascisme. Le populisme en ce sens se réfère à la culture démagogique de ces partis qui capitalisent sur le désarroi de la petite et moyenne bourgeoisie ainsi que du prolétariat face à la dégradation de leur condition de vie. Cette qualification lénifiante joue un rôle de légitimation démocratique. L’identité d’un mouvement politique s’apprécie à la lecture de ses objectifs réels et non de ses intentions affichées. Le changement d’appellation ou le grimage rhétorique de l’extrême droite ne change rien à son essence profonde. Le réajustement tactique du FN sous la présidence de Marine Le Pen ne le rend que plus redoutable.

Là où les partis d’extrême droite classique étaient tenus à distance, les partis dits populistes accèdent aux médias et aux instances gouvernementales. Leurs idéologues -éditorialistes, chroniqueurs, «  experts »- se déchaînent à l’envi dans la presse et la télévision pour fustiger les chômeurs, les jeunes, les grévistes, les Noirs, les Arabes si ce n’est pour magnifier les guerres impérialistes.

Malgré leurs diatribes contre le système, ces partis en sont les chiens de garde. Ces mouvements présentent tous, sans nier leurs spécificités (régionaliste, intégriste religieux, islamophobe,…), un programme idéologiquement réactionnaire et socio-économiquement ultralibéral fondé sur l’autorité et l’identité. Ils sont devenus le fer de lance de la politique néolibérale en matière de prestations sociales et de dépenses publiques. Ils préconisent une dérégulation intégrale du marché accompagnée de mesures coercitives vis-à -vis du prolétariat et plus particulièrement des populations immigrées.

Ce type de populisme est un avatar du fascisme au sens générique du terme. Cela ne signifie pas que point par point les caractéristiques du national-capitalisme contemporain coïncident avec le fascisme historique mais ils prospèrent, dans des contextes de crise économique, sociale et politique, en impulsant des instincts primaires sur base de craintes et de ressentiments diffus : repli identitaire, sentiment d’insécurité, explication schématique de la situation socio-économique, exaltation de la volonté,… Ironie de l’histoire, Israël représente une source d’inspiration pour l’extrême droite européenne en tant que bastion contre la déferlante islamiste et idéal d’homogénéité ethnico-religieux.

La société est segmentée de la sorte entre un groupe qui représente le bien et un autre (une région, un groupe social, une minorité, des immigrés) qui personnifie le mal. Principalement, l’ Autre est l’immigré extra-européen mais cela peut être aussi le Wallon ou le ressortissant du Mezzogiorno. En période de crise a fortiori, les maux de la société sont imputés aux immigrés en tant que facteur de désordre, accapareur d’emplois, charge pour la collectivité,… Ce procédé a l’insigne avantage de substituer la conscience nationale à la conscience de classe, de créer des dissensions interclasses ou régionales, de stimuler des oppositions apparentes en lieu et place des oppositions fondamentales.

La percée de l’extrême droite se manifeste, outre leurs succès électoraux, par la droitisation des partis libéraux et conservateurs qui s’enlisent dans la gangue raciste et démagogique. En imposant ses propres thèmes, l’extrême droite a déjà fait main basse sur le débat public. Même si les partis traditionnels paraissent parfois offusqués par les outrances discursives de l’extrême droite, ils ne manquent pas de mettre à profit les circonstances pour radicaliser leur ligne politique et mener une offensive rétrograde et antisociale.

On ne lutte pas contre les idées de l’extrême droite en véhiculant leurs revendications mais en dévoilant leur duplicité et en démontrant le simplisme et la fausseté de leurs thèses.

Emrah Kaynak

URL de cet article 14308
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Même Thème
Histoire du fascisme aux États-Unis
Larry Lee Portis
Deux tendances contradictoires se côtoient dans l’évolution politique du pays : la préservation des “ libertés fondamentales” et la tentative de bafouer celles-ci dès que la “ nation” semble menacée. Entre mythe et réalité, les États-Unis se désignent comme les champions de la « démocratie » alors que la conformité et la répression dominent la culture politique. Depuis la création des États-Unis et son idéologie nationaliste jusqu’à George W. Bush et la droite chrétienne, en passant par les milices privées, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Toute manifestation à Cuba (ou à Miami, d’ailleurs) qui ne commence pas par "Abajo el bloqueo" (quoi qu’on dise ensuite) est une escroquerie ou une croisade de fous. Et brandir un drapeau états-unien à Cuba, c’est comme brandir un drapeau israélien à Gaza.

Viktor Dedaj

Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
19 
Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
43 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.