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Thème : Colonialisme

Hollande, la Françafrique et la crise !

Kamal Guerroua

La Françafrique est-elle enterrée ? Le rêve de « l’Afrique sans la France », tel que conçu par l’intellectuel centrafricain Jean-Paul Ngoupandé dans un ouvrage portant le même nom (Albin Michel éditions, 2002) serait-il possible ? Il serait presque une utopie ou une chimère d’y croire.

Et pourtant son annulation est l'une des trente propositions ayant permis à François Hollande d'accéder au palais de l'Élysée en mai 2012 ! En réalité, cette Afrique en pleine effervescence, militarisée à outrance, appauvrie et dessaisie de ses richesses est victime de ses contradictions historiques et la France y est liée tantôt par intérêt stratégique tantôt par esprit de grandeur et d'hégémonie sous couverture humanitaire. Les leaders des États africains post-coloniaux étaient, dès le sommet d'Addis-Abeba en 1963, lequel fut à l'origine de l'instauration de l'organisation de l'unité africaine (O.U.A), ancêtre de l'union africaine (U.A) actuelle très naïfs comme l'a bien analysé le Dr Tlemçani. Car, penser à une unité « formelle » sans une vision globale d'avenir ni un regard clairvoyant sur les rapports à entretenir avec l'ex-puissance colonisatrice est un saut dans l'inconnu. De même, ne pas résoudre les problèmes des frontières hérités de la période coloniale ni (…) Lire la suite »
L’héroïsme face à son passé

Mémoires d’une combattante de l’ALN, zone autonome d’Alger de Zohra Drif

Kaddour M'HAMSADJI

Ici, point de paroles sonores, ni légèreté de pensée, ni jouissance personnelle ; c’est le souvenir de la lutte du droit à la liberté contre la guerre de la politique coloniale...

Que dire de plus ? Des « Mémoires », ces temps-ci, sont de juste circonstance et si utiles qu'ils sont réclamés par tous ceux qui, à tort ou à raison, bien ou mal intentionnés, veulent savoir, entre autres faits historiques, ce qui s'est passé « exactement » dans la Zone Autonome d'Alger (ZAA), structure de l'ALN-FLN, créée le 20 août 1956 et organisée en trois régions, pendant la Lutte de Libération Nationale. Certes, il y a eu des publications importantes (dont le célèbre ouvrage « La Bataille d'Alger » de Yacef Saadi) sur les activités glorieuses de nos combattants révolutionnaires chouhadâ ou vivants dans Alger, la capitale, pour la même période. Pour autant, il reste à connaître toujours davantage en exploitant les archives, souvent hélas, inaccessibles, et en lisant les écrits historiques rédigés par une personnalité qui se donne pour objet le récit de sa propre vie. C'est tout à fait le cas attendu et proposé par Zohra Drif qui a récemment publié un fort volume sous le (…) Lire la suite »

Anschluss : une colonie unter den Linden

Luca CANGIANTI

À propos du livre de Vladimiro Giacché : Anschluss. L’annexion. L’unification de l’Allemagne et l’avenir de l’Europe. (éd. Imprimatur, 2013, 304 p. 18 €).

La République démocratique allemande (RDA), l'Allemagne de l'Est, était un pays du bloc du socialisme réel. A la fin des années 80 du siècle dernier, son économie était en déclin, et elle était sur le point de faire faillite sous le poids de ses dettes. La République fédérale allemande (RFA), l'Allemagne de l'Ouest, tendit généreusement la main à ses compatriotes de l'autre côté du mur, au moyen du Traité d'union monétaire qui entra en vigueur le 1er juillet 1990, permettant aux citoyens est-allemands d'avoir libre accès aux marchandises occidentales. Après l'union politique entrée en vigueur le 3 octobre de la même année, le gouvernement de l'Allemagne unifiée mit en œuvre une politique d'investissements pour reconstruire et intégrer l'économie sinistrée de l'Est. Voilà, en substance, le récit courant et officiel de l'unification allemande que Vladimiro Giacché remet radicalement en cause dans Anschluss, en se fondant sur une vaste documentation pour la plus grande partie (…) Lire la suite »

Au fil des boycotts, Israël perd ses alliés (Middle East Monitor)

Daud ABDULLAH

En faisant durer les négociations, les dirigeants israéliens s’imaginent qu’ils peuvent convaincre tout le monde qu’ils recherchent effectivement la paix. Mais comme le dit l’adage : « on peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ».

L’isolement d’Israël sur le plan international est finalement devenue réalité. Ces dernières semaines, ceci a été illustré par l’absence des principales personnalités politiques israéliennes aux funérailles de Nelson Mandela, immédiatement suivie par l’imposition d’un boycott académique à l’encontre des universités et institutions israéliennes par l’Association des études américaines (ASA). Pour de nombreux observateurs, il semble désormais que les nuages activistes se transforment en un déluge de boycotts. Israël est à court d’alliés. Le simple fait que les journalistes israéliens eux-mêmes évoquent l’augmentation du nombre de boycotts dans leurs articles souligne l’importance des événements actuels. La provocation ouvre la voie à une saine réflexion. Les campagnes de boycott qui ont commencé à voir le jour vers la fin de la seconde Intifada revêtent une toute nouvelle dimension. Loin de se limiter aux produits issus des colonies, ils s’étendent désormais lentement mais (…) Lire la suite »

Les colons se jalousent

Karim BOUALI

Invraisemblable ! Des Israéliens dénoncent le deux poids deux mesures dans le traitement de l’Union européenne vis-à-vis d’Israël.

Leur argument : pourquoi l'Europe exclut les territoires palestiniens occupés des accords avec l'Etat hébreu et inclut le Sahara Occidental dans son accord de pêche avec le Maroc ? Les Israéliens qui établissent ainsi une similitude entre les deux situations reconnaissent donc qu'Israël occupe la Palestine et le Maroc le Sahara Occidental. On comprend leur courroux quand on sait que pour l’UE, les territoires occupés depuis 1967, qu’il s’agisse d’El-Qods et du reste de la Cisjordanie ou du Golan syrien, ne sont pas israéliens. Ils s’en prennent à Catherine Ashton qui est la responsable de la politique étrangère de l'UE. Elle n’y est pourtant pour rien, c’est le Conseil européen qui a décidé, il y a un an, déjà, que tous les accords entre l’UE et Israël doivent indiquer de manière explicite qu’ils ne sont pas applicables aux territoires palestiniens occupés. Israël fait le forcing pour amener la Commission européenne à infléchir sa position et abandonner cette directive qui (…) Lire la suite »

Droit de Réponse à Marion Maréchal Le Pen

Farida Bemba Nabourema

"Dans nos colonies, nous n’avons jamais appliqué l’Apartheid. On peut en faire une fierté " (Marion Maréchal Le Pen)
Mlle Le Pen, je peux écrire 1000 tomes d’un livre d’1 million de pages chacun pour vous relater la politique nauséabonde de votre chère France dans ses anciennes colonies... Je peux peindre avec le sang des dizaines de millions personnes que la France a bombardées, fusillées, pendues, trempées dans de l’acide, brulées vives, décapitées, enterrées vivantes, chacun des millions de murs en France, et toujours manquer de place pour y peindre les larmes qu’ont fait couler et continue à faire couler votre France dans ses anciennes colonies...

Mlle Marion Le Pen, je souhaiterais avant tout vous informer que la France ne possède plus de colonies à moins que vous ne désigniez par-là la Corse ; ce dont je doute. Depuis de nombreuses années que je tombe à chaque fois par hasard sur les déclarations des membres de votre parti le Front National, et plus précisément de ceux de votre famille à savoir votre grand-père Jean-Marie Le Pen et votre tante Marine Le Pen, je n’ai jamais jugé bon de répondre aux multiples inepties que vos proches ont tendance à pondre. Mais cette fois, suite à votre déclaration incongrue qui sans nul doute affiche votre ignorance béante de ce pays que vous prétendez représenter à l’Assemblée Nationale, j’ai décidé de vous répondre car je n’ose pas croire que vous êtes une imbécile pour vous répondre par mon silence comme j’en ai pris l’habitude avec votre tante Marine. Mlle Marion Le Pen, par cette déclaration "Dans nos colonies, nous n’avons jamais appliqué l’Apartheid. On peut en faire une fierté » (…) Lire la suite »
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La diplomatie élyséenne au prisme du continuum colonial

Habiba Chabou

La teinte infâme de la « blague » du Président français procède en réalité moins de l’humour que de la rhétorique impériale forgée sous la IIIe République au sein du parti colonial (1892) et notamment par Jules Ferry dont l’hommage le 15 mai 2012 s’inscrivait déjà dans une démarche de légitimation du système colonial français.

En 1934, le célèbre magazine de photographie, Vu, créé par Lucien Vogel en 1928, illustre en Une un photomontage représentant un jeune homme africain torse nu portant sur la tête, dans un grand plat traditionnel, une usine et des gratte-ciel, célébrant à qui mieux mieux le caractère civilisationnel [2] de l'entreprise coloniale française dans le cadre de la domination impériale [3]. Les signes de ce progrès sont tout autant l'urbanisation et l'industrialisation des sociétés colonisées dans le contexte de la célébration du centenaire de la présence française en Algérie dont le point d'orgue est l'Exposition coloniale de Paris de 1930. Mutatis mutandis, l'assertion du Président français François Hollande, « ...il [Manuel Valls] en revient [d'Algérie], sain et sauf, c'est déjà beaucoup... », prononcée lors d'un dîner à l'Élysée rassemblant notamment les principaux représentants du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) le lundi 16 décembre 2013, présente à (…) Lire la suite »

Cette « école française » de la guerre contre-révolutionnaire

Mustapha Benfodil

Sollicitée par nos soins pour décrypter le « cas » Aussaresses, Malika Rahal, historienne, chargée de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS), mettra, avant tout, en exergue la complexité du personnage.

« La figure du général Aussaresses, témoin rare de l’usage de la torture et des méthodes contre-insurrectionnelles durant la guerre d’indépendance, me semble finalement assez complexe. D’une part du fait de la personnalité de l’homme : il existait chez lui une dimension bravache et ‘‘plastronneuse’’ (…) qui jette une ombre de suspicion sur son témoignage. Compte tenu des relations entre les officiers parachutistes, et notamment entre Paul Aussaresses et Jacques Massu, il n’est pas entièrement à exclure, à mon sens, qu’Aussaresses ait endossé des responsabilités et des actes revenant à d’autres. (…) Mais sur le fond, cette répartition des responsabilités ne change rien, et l’éventuel “serment de silence” entre eux ne recouvre désormais que les cas individuels – même s’ils sont parfois infiniment douloureux », analyse-t-elle. L’auteur de Ali Boumendjel, Une affaire française, une histoire algérienne (Barzakh, 2011) dissèque avec précision le dispositif politico-militaire qui a (…) Lire la suite »

Le jour où Mandela nous a quittés

Djamel LABIDI

Le jour où Nelson Mandela nous quittait la France intervenait militairement en Centrafrique. Gêne des médias français devant cette coïncidence historique qui les met soudain devant un événement à la dimension entièrement opposée. Le lendemain se tenait le sommet franco-africain. Même difficulté des participants qui peinent à trouver un trait commun à deux événements aux antipodes, là aussi, l’un de l’autre.

Il y a quelque chose de choquant et d'anachronique de voir ces chefs d'État et de gouvernement africains se rendre à la convocation d'un seul pays, plus d'un demi siècle après la fin officielle du colonialisme et des tutelles. On se demande ce qui les fait courir ainsi, l'intérêt de leur pays ou celui de leur régime. Comme pour mieux souligner le caractère impérial désuet de ce sommet, le sommet franco-africain se tient au palais de l'Élysée. On devine quelle aurait été la réaction de Nelson Mandela aussi bien sur ce sommet que sur cette 4éme guerre, en moins de trois ans, que mène la France en Afrique. Cette intervention en République centrafricaine est présentée comme " humanitaire", comme ce fut le cas en Libye, puis en Côte d'Ivoire, puis au Mali. C'est omettre que la République centrafricaine a d'énormes ressources naturelles, qu'elle est riche en pétrole, en diamants, en uranium, en or, en pétrole, en ressources hydrauliques, en bois. Mais il suffit de regarder les (…) Lire la suite »
Fadhila Boumendjel-Chitour analyse le sombre « Héritage » du tortionnaire

Paul Aussaresses est-il vraiment mort ?

Mustapha Benfodil

Nous sommes le 23 mars 1957. Ali Boumendjel, un brillant avocat de 38 ans, membre du collectif de défense du FLN et conseillé politique de Abane Ramdane, est jeté du haut d’un immeuble à El Biar.

Il avait été arrêté le 9 février 1957 et avait subi les pires supplices durant ses quarante-trois jours de détention. La thèse du suicide est aussitôt avancée, comme avec Ben M’hidi, pour camoufler ce crime d’État. On avait même prétendu qu’il avait tenté de se couper les veines avec ses lunettes, comme le rapporte son épouse, l’admirable Malika Boumendjel, dans une interview accordée à Florence Beaugé (Le Monde du 2 mai 2001). Il s’avèrera que c’est Aussaresses qui avait donné l’ordre de le précipiter dans le vide. Dans son livre Services spéciaux, Algérie 1955-1957, le para tortionnaire passe aux aveux. Il raconte par le menu comment il avait utilisé un de ses subalternes, un certain Lieutenant D., pour accomplir son forfait. Au lieutenant qui demande : « Mon commandant, expliquez-moi exactement ce que je dois faire », Aussaresses rétorque : « Très simple : vous allez chercher votre prisonnier et, pour le transférer dans le bâtiment voisin, vous empruntez la passerelle du 6e (…) Lire la suite »