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Thème : Colonialisme

Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité

Bruno GUIGUE
En déclarant que “la colonisation est un crime contre l'humanité, une véritable barbarie”, Emmanuel Macron a déclenché un torrent d'indignation. On a dit que cette déclaration n'était que pur opportunisme, que le candidat d’”En marche”, comme d’habitude, disait tout et son contraire. En novembre 2016, il déclarait : “Alors oui… en Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”. Certes. Mais si, pour une fois, Emmanuel Macron avait eu raison ? La réaction chauvine suscitée par ses propos, en tout cas, montre que le révisionnisme colonial fait partie de l'ADN de la droite française. Il faut les entendre fulminer, ces humanistes à géométrie variable, lorsque cette page sinistre de l'histoire de France est pointée du doigt. Pour Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, “ces propos constituent une insulte à l’Histoire (…) Lire la suite »
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Choisir sa France, choisir son monde

Amok LeRouge

Dans l’histoire récente de notre pays, on a pu déceler un antagonisme entre deux France ; et c’est la raison pour laquelle, malgré tout ce que les patriotes autoproclamés vous diront, on peut encore choisir celle que l’on aime.

Il y avait eu dans la première, à une certaine époque bénie, un indubitable esprit universaliste, égalitariste, épris de justice et de fraternité. Cette France-là n’était pas, quoi qu’on en dise, celle des élites, semble plus vraiment être dans l’air du temps et est, par voie de conséquence, celle qu’on ne connait que trop peu. Dans la seconde prédominait en revanche un racisme « humaniste », parce que français,(1) très bien porté. Cette France-là, celle de la déchéance de nationalité, des vertus civilisatrices de la colonisation, des responsabilités de la race supérieure, du bruit et de l’odeur, de la double portion de frites et d’autres calembredaines ; celle-là on la connait mieux. On y avouait sa xénophobie, sa misogynie et son racisme, plutôt de droite mais également de gauche, et on en parlait à table d’hôte. Quelquefois, on niait un petit peu. Tout le monde vous engueulait et cela finissait par s’avouer. Et puis, même là, même dans cette France-là, il y avait eu un (…) Lire la suite »

Pascal Blanchard : « La mémoire sans histoire c’est une catastrophe »

Mouâd SALHI

Alohanews s’est rendu à la Maison des Associations de Roubaix pour visiter l’exposition Frères d’armes. Cette dernière raconte l’histoire de ces hommes et femmes issus des colonies qui ont combattu pour la France pendant plus de deux siècles. L’Association Rencontre & Dialogue a invité l’un des instigateurs de cette exposition pour en discuter : Pascal Blanchard, historien spécialiste de l’histoire coloniale française. Rencontre.

L’exposition présente 50 portraits racontés sous forme de récits de personnes issues des colonies qui ont combattu en Europe pendant les deux guerres. Pourquoi avoir mis en place cette exposition « Frères d’armes » ? Ce projet a été lancé par le secrétariat d’État aux anciens combattants. Sur les deux siècles, des centaines de milliers de combattants sont venus des quatre coins du monde se battre pour la France. Ils sont venus de plus de 80 pays. Ils ont combattu pour toutes les guerres mondiales. Ils se sont battus sur le sol français avec les armées alliées. Et c’est cette grande histoire que l’on voulait raconter aux Français, que des hommes et des femmes sont venus répondre à l’appel de la France, pour les défendre, pour résister et combattre pour la liberté. Avec la collaboration de Rachid Bouchareb, on a voulu raconter cette histoire violente, complexe, guerrière, des histoires d’hommes et de femmes extraordinaires. Cela explique bien souvent pourquoi des petits-enfants (…) Lire la suite »

Le néo-colonialisme intellectuel de la gauche européenne

Emir SADER

La gauche européenne a toujours eu de grandes difficultés à comprendre le nationalisme et le libéralisme dans des régions comme l’Amérique Latine. Elle développe des attitudes encore mues par le paternalisme de l’eurocentrisme et se tourne vers l’Amérique Latine non pour apprendre mais avec une posture de professeurs, comme s’ils étaient porteurs de l’ensemble de la connaissance et des expériences victorieuses, à partir desquelles ils donneraient un cours magistral sur nos processus.

La gauche européenne a été essentiellement socialiste – ou social-démocrate – et communiste. Elle avait comme composantes essentielles les syndicats et les partis politiques – avec une représentation parlementaire, participant aux des élections, alliés entre eux. Et des groupes plus radicaux, en général trotskistes qui faisaient partie du même scénario politique et idéologique. Une de ses composantes – qui allait devenir problématique – à savoir le nationalisme, fut classé comme une idéologie de droite à cause de son caractère chauviniste en Europe. La responsabilité attribuée aux nationalismes dans les deux guerres mondiales a renforcé cette classification. Sur d’autres continents, particulièrement en Amérique Latine, cette classification apparaissait comme schématique, mécanique. L’inadéquation est devenue de plus en plus claire alors que surgissaient des forces et des leaderships nationalistes. En Europe, l’idéologie de la bourgeoisie montante fut le libéralisme, par (…) Lire la suite »
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Afrique : Du devoir des Africains de redresser un continent entièrement chamboulé.

Komla KPOGLI

Reconfigurés* progressivement par les divers peuples qui les ont dominés depuis l’Egypte pharaonique, les Africains sont engagés dans la voie du non-retour du renoncement à soi au VIIème siècle avec l’islamisation avancée de leurs terres. Avec l’avènement des razzias négrières transatlantiques au XVème siècle, les Africains avaient touché le fond du renoncement à soi.

Du matriarcat, la société africaine est devenue patriarcale. Du pouvoir fondé sur des chartes sociales en étroite liaison avec les ancêtres et les problèmes à résoudre dans le présent et dans l’avenir, l’Afrique est passée à une nouvelle légitimité calquée sur l’absolutisme royaliste du type occidental. D’une terre non commercialisable vouée une agriculture orientée vers les besoins intérieurs, l’Afrique est passée prioritairement aux cultures intensives d’exportation. Transformés en collaborateurs et en messager-consommateurs par leurs différents conquérants, les Africains sont pourvus de nouvelles religions, d’une nouvelle morale, de nouvelles institutions, de nouvelles langues... Ainsi, renoncent-ils lentement mais sûrement à leur propre génie linguistique qui se trouve relégué au rang de vernaculaires incapables d’être modernisées, et donc condamnées à une mort lente. Pour preuve, les parents africains laminés et refaits eux-mêmes, brillent de fierté de savoir et de faire (…) Lire la suite »

René Vautier « Les attardés du colonialisme me poursuivent encore de leur vindicte »

Entretien réalisé en 2009 avec René Vautier par Rosa Rosa Moussaoui. À quatre-vingt-un ans, le cinéaste René Vautier reste plus que jamais fidèle à ses convictions et à son combat anticolonialiste.

Comment expliquer que des films comme Afrique 50 et Avoir vingt ans dans les Aurès soient encore aujourd'hui la cible de violentes attaques des tenants de l'idéologie colonialiste ? René Vautier. J'ai fait Afrique 50 à l'âge de vingt et un ans. Mon seul but était de montrer la vérité sur le quotidien des paysans noirs en Afrique occidentale française. J'ai simplement filmé ce que je voyais. On a alors tenté de m'empêcher de filmer. Les choses se sont très mal passées avec les colons. Ce film, auquel la Cinémathèque française a rendu il y a quelques années un élogieux hommage, m'a valu, à l'époque, de sérieux ennuis. Avoir vingt ans dans les Aurès a reçu, en 1972, le prix de la critique internationale au Festival de Cannes. En dépit de cette récompense, le film a dû attendre douze ans avant d'être diffusé sur une chaîne de télévision française. Certains y voyaient une insupportable mise en cause des prétendus bienfaits de la présence française dans les colonies. Ces films (…) Lire la suite »

La valise ou le cercueil.

Ahouansou SÉYIVÉ

L’affaire fut, dès le départ, cousue de fil blanc.
Il y eu d’abord l’opération Serval lancée en janvier 2013, sensée sauver les Maliens des islamistes, puis vint le temps de l’opération Barkhane déclenchée cet été en vue de sécuriser le Sahel, mais dont l’objectif véritable visait évidemment à repositionner la France dans cette région d’Afrique et de pérenniser sa présence militaire.

Aussi, comme au bon vieux temps du partage de la Conférence de Berlin et des conquêtes coloniales, le souci du bien-être des populations locales avait été mis au centre d'une rhétorique justifiant l'incongrue présence de militaires français sur le sol africain, en ce début de XXIème siècle. Malgré quelques réticences d'un exécutif malien faiblard, sans forces de défense dignes de ce nom, et ne devant sa bonne fortune qu'à l'interventionnisme du gouvernement français, l'ouverture d'une base française à Tessalit avait été entérinée par un accord de « Partenariat de défense » signé à la mi-juillet 2014 (Lire ici). Lisant entre les lignes, nous annoncions un retour en force et durable d'une France, à genoux économiquement, sur le sol africain. Les dialectiques de la lutte contre le terrorisme, de celle de l'aide au développement et de la lutte contre le trafic de drogue nous apparaissaient alors comme le minuscule cache-sexe d'ambitions néocoloniales. Les dernières décisions et (…) Lire la suite »

Le massacre de Thiaroye, Sénégal, 1er décembre 1944 ; une synthèse

Armelle MABON

Avant que le président de la République François Hollande n’évoque Thiaroye comme une répression sanglante [1], Thiaroye était le plus souvent présenté comme une mutinerie et une rébellion armée d’ex-prisonniers de guerre ayant nécessité une riposte armée des Troupes coloniales. Ces ex-prisonniers avaient passé quatre années de captivité dans les frontstalags (camps de prisonniers situés à l’extérieur des frontières du Reich) en métropole à travailler, pour le plus grand nombre, en Arbeitkommandos. C’était le premier contingent de tirailleurs dits « sénégalais » libérés par les Alliés ou les Forces françaises de l’intérieur (FFI) à rejoindre l’Afrique occidentale française (AOF) où ils devaient être démobilisés. Le bilan officiel retenu à ce jour de cette mutinerie est de 35 morts, 35 blessés et 34 condamnations.

Deux enquêtes ont été menées par les pouvoirs publics, la première par le général de Périer des Troupes coloniales (5 février 1945), la deuxième par l’inspecteur de 1ère classe du ministère des Colonies Louis Mérat (15 mars 1945). Malgré les demandes d’élus d’outre-mer notamment Lamine Guèye [2], aucune enquête parlementaire n’a été diligentée. Tout historien qui se plonge dans les archives sur Thiaroye en commençant par le service historique de la Défense (SHD) et les Archives nationales d’outre-mer (ANOM) perçoit d’emblée le mouvement de contestation des ex-prisonniers de guerre suivi d’une rébellion armée que l’Armée française a essayé de contenir par une démonstration de force. C’est la banale recherche d’un télégramme du 18 novembre 1944 cité mais introuvable dans les archives qui a déclenché un doute sur la présentation officielle de l’événement renforcé par l’impossibilité de trouver les circulaires qui permettaient de connaître les droits de ces rapatriés. Il a été (…) Lire la suite »

Bernard-Henri Lévy & Geneviève de Fontenay, même (ultime) combat !?

Daniel VANHOVE
Il y a quelques jours, Bernard-Henri Lévy passait comme invité principal à l’émission On n’est pas couché animée par Laurent Ruquier et ses deux chroniqueurs Léa Salamé et Aymeric Caron. Lors de sa prestation – dont à peu de choses près, on connaît par avance la teneur – BHL a été interpellé par les deux chroniqueurs de l’émission à travers certaines questions relatives à son intervention calamiteuse et irresponsable en Libye, ainsi que sur la situation dramatique à Gaza suite à la énième déferlante militaire du soi-disant démocratique Etat israélien. J’écris « soi-disant démocratique » tant les infractions à tout ce qui s’apparente à une réelle démocratie qui se respecte y sont innombrables. Dans les deux cas soulevés par Léa Salamé et A. Caron – mais qui en eût douté – le maniéré du Café de Flore a gesticulé sur son siège pour défendre ses prises de position que l’on connaît : point d’erreur d’évaluation et justification des frappes dans la situation libyenne, et un soutien (…) Lire la suite »
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L’Afrique contre les clichés

Bertrand TAPPOLET

La Compagnie de théâtre de rue Trois Points de suspension offre un inoubliable voyage en continent africain et une exposition didactique au ton décalé agitant et subvertissant nombre de clichés et d’idées reçues. Le spectacle « Nie qui tamola » est un brulot d’intelligence politique documentaire et de noire ironie dramaturgique.

Dans un esprit de comédie politique rappelant dans la veine du stand up moliéresque N’Dongo revient signé du Genevois Dominique Ziegler, la production en deux volets, Nie qui tamola (« l’œil voyageur » en bambara) et La Grande Saga de la Françafrique emprunte à plusieurs sources. Comme dans le meilleur de l’œuvre d’un Céline, la morosité est battue en brèche par la dérision qui le plus souvent équilibre voire occulte le désespoir. L’optimisme tragique de la narration épique ne se dément presque jamais. La gamme du rire est ici extraordinairement étendue et repose sur des techniques et des procédés nombreux. Certain d’entre eux semblent l’apparenter au comique rabelaisien (invention verbale, humour du ventre et du corps), d’autres plutôt à l’opérette, l’opéra-bouffe ou le vaudeville 1900 (burlesque, parodie, sous-entendu), d’autres à la farce ubuesque (caricature, absurdité, hyperbole). Ce comique rarement gratuit dénonce la « comédie humaine » sur un mode fréquemment (…) Lire la suite »