Réticences américaines, dit-on…

Pourquoi le monde a-t-il besoin de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) ?

Chen Junxia* et Jin Minmin*

Suivant l’exemple du Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie ont décidé d’adhérer à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII). Cette décision courageuse et pourtant rationnelle a révélé l’attractivité et l’influence de la BAII.
Cette décision n’est pourtant pas surprenante si l’on examine les finalités de la BAII. Après de nombreux accomplissements économiques, la Chine souhaite donner un nouvel élan au développement de l’Asie pour renforcer son propre développement. Si la Chine a proposé la création de la BAII, c’est pour compléter les mesures de gouvernance internationale, renforcer la coopération et favoriser la promotion conjointe de la prospérité économique de l’Asie et du monde dans son ensemble.

Partager les fruits du développement en Asie-Pacifique

Pourquoi certains pays européens ont-ils décidé de devenir membres fondateurs de la BAII ? Fondamentalement, ils semblent conscients du fait que la Chine et l’Asie dans son ensemble deviendront sans aucun doute la région la plus dynamique dans le monde. L’Asie est donc devenue une destination d’investissements précieuse sur laquelle aucun pays ne peut lever le nez.

Duncan Freeman, chercheur à l’Institut bruxellois d’études sur la Chine contemporaine, a déclaré aux journalistes que quatre pays européens ont décidé d’adhérer à la BAII "pour prendre part à une initiative économique majeure dans la région avec la croissance la plus rapide dans le monde". L’économie asiatique a pris son envol, et la demande énorme dans le domaine d’infrastructure fait de l’Asie un terrain fertile pour l’investissement.

Dans sa première phase, la BAII se concentrera sur les projets d’infrastructure des pays asiatiques. A l’avenir, la BAII envisagerait également de créer un fonds fiduciaire pour fournir des prêts aux programmes qui ne sont pas garantis par des fonds souverains, d’introduire un modèle de partenariat public-privé (PPP), de mobiliser des fonds souverains, des fonds de pension ainsi que le secteur privé pour investir davantage dans les infrastructures dans les pays en développement asiatiques.
Daniel Gros, directeur du Centre pour les études politiques européennes, a également indiqué que ces quatre pays européens voient également l’influence régionale de la Chine qui peut fournir des "garanties" pour les investissements européens dans la région asiatique. Cela signifie que la Chine joue un rôle important dans la coopération euro-asiatique.

La Chine et les autres pays dans la BAII sont unis par leur désir de partager les bénéfices apportés par la tendance de développement à travers la coopération. Au cours des trente dernières années, la Chine a constamment cherché à collaborer avec plus de partenaires pour se développer et partager des bénéfices. Ainsi, la Chine transforme le "hard power" en "soft power".

Renforcer la gouvernance financière internationale

Objectivement parlant, une banque régionale comme la BAII n’a pas la possibilité de défier la position dominante de la Banque mondiale et d’autres institutions financières régionales existantes en Asie. La BAII constitue un supplément, et n’a pas pour objectif de remplacer ou de défier l’ordre de la gouvernance mondiale.

Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, s’est félicité récemment à Tokyo de la création de la BAII et de l’adhésion du Royaume-Uni à cet institut, notant que la Banque mondiale et la BAII disposent d’un grand potentiel de coopération.
Selon la Banque asiatique de développement (BAD), en 2020, le volume d’investissements dans l’infrastructure en Asie pourrait atteindre 8 trillions de dollars. Avec la capacité financière actuelle, même si la Banque mondiale, la BAD et la BAII renforcent leurs investissements, il demeurera difficile de combler cet écart. Il s’agit donc d’un gâteau assez grand que personne ne peut manger tout seul, et la coopération peut élargir la part de chacun.
En un sens, le rôle joué par la BAII est propice à une réforme des institutions internationales existantes. Certes, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui jouent un rôle principal dans la gouvernance économique mondiale, ont rencontré leur lot de problèmes tels que la hausse de coûts d’exploitation et la baisse d’efficacité.

L’émergence de la BAII a bouleversé les institutions multilatérales du monde, provoquant des concurrences, ce qui, sans aucun doute, est favorable pour le monde. Cela va améliorer la gouvernance de ces institutions, a estimé le site d’informations Huffington Post dans un commentaire.

Complémentaire, pas confrontationnelle

Certains médias ont estimé que la création de la BAII est un "grand événement historique". Cependant, cet argument ne correspond pas à l’initiative proposée par la Chine. Selon le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei, la BAII est une banque commerciale normale qui ne doit pas devenir un "pion stratégique" entre les pays, et ne doit donc pas être politisée.

La BAII est un complément utile et dans une certaine mesure indispensable aux organismes de prêt internationaux tels que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque asiaque de développement (BAD), dont l’efficacité et les capacités sont insuffisantes. Dans ce contexte, la fondation de la BAII pourrait les aider à faire face à la hausse de la demande et à créer une concurrence cruellement nécessaire dans le système de prêt mondial.

En ce qui concerne les préoccupations américaines sur les normes environnementales et la transparence de la BAII, M. Lou a indiqué qu’il est normal que différents pays partagent des opinions différentes, et que chaque partie a intérêt à échanger sur la question. En tant qu’institution intergouvernementale multilatérale, "la BAII absorbera et apprendra auprès des banques multilatérales de développement existantes, assurera une bonne politique de pratique, et se concentrera sur les problèmes tels que l’environnement et l’immigration", a-t-il souligné.

La BAII ne devrait pas être un théâtre de confrontation entre la Chine et les Etats-Unis. En fait, les deux pays, qui s’efforcent de construire un nouveau modèle de relations entre grandes puissances, ont de vastes intérêts et responsabilités communs, et devraient transformer le "gagnant-prend-tout" en "gagnant-gagnant" et s’efforcer ensemble d’élargir le "gâteau" du développement de l’Asie-Pacifique et de promouvoir la prospérité de la région.

Fred Bergsten, directeur émérite du Peterson Institute for International Economics basé à Washington, a écrit dans son article intitulé "Les Etats-Unis doivent adhérer à la BAII" que les Etats-Unis et la Chine devaient renforcer la coopération au sein de la BAII. Il a indiqué que les États-Unis devraient encourager la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales de prêt existantes à mener une étroite coopération avec la BAII, de sorte que cette dernière pourrait jouer un rôle actif dans l’économie mondiale.

Le monde a besoin de la BAII, et cette dernière a également besoin du monde. Ainsi, l’adhésion des économies développées à la banque est la bienvenue. Le gouvernement chinois a déclaré à maintes reprises que la BAII est conçue pour fournir une plate-forme ouverte, et la Chine se félicite de l’adhésion d’autres pays à cette institution ouverte et inclusive, qui peuvent contribuer au développement économique de l’Asie et du monde entier. Fin

Chen Junxia et Jin Minmin

*Chen Junxia est journaliste du département des informations internationales de l’Agence de presse Chine Nouvelle. Il a travaillé en France pendant 5 ans en tant que journaliste

*Jin Minmin est journaliste économique du département des informations internationales de l’Agence de presse Chine Nouvelle

COMMENTAIRES  

19/03/2015 13:07 par Pierre

Tiens, on dirait que LGS inaugure une nouvelle coopération bilatérale avec le pays du milieu.
Cela a-t-il un lien avec l’article de M. Vivas sur le Tibet que j’ai aperçu en une du Quotidien du Peuple l’autre jour ?

19/03/2015 13:41 par Maxime Vivas

@ Pierre
Pas de bi-latéralisme, mais un constat : LGS traite assez largement les affaires françaises, états-uniennes, latino-américaines, européennes, africaines, mais accorde une place congrue à un pays où vit 1/5ème de l’humanité, qui va devenir la première puissance au monde demain matin (ou après-demain). Et qui n’est pas un pays ennemi (La Chine n’a pas de base militaire en Europe et n’a jamais envahi la France, ni bombardé Belgrade...).
Sur ce pays, LGS remplit mal la mission d’information qu’il revendique en rupture avec les infos (ou propagande) des autres médias. Il va falloir que nous affrontions l’accusation d’être pro-Pékin (après avoir été pro-La Havane, pro-Damas, pro-Téhéran...) afin de pouvoir informer ses lecteurs sur des réalités chinoises occultées par nos confrères, ou insuffisamment traitées.
Cela dit, je suis depuis des années en contact avec des journalistes chinois qui semblent s’être donnés le mot ces jours-ci pour m’interviewer au sujet de mon livre sur le dalaï lama. Livre qui pourrait avoir une sorte de suite, assez brève.

19/03/2015 18:44 par Pierre

@ Maxime Vivas : ce n’était pas du tout un reproche, simplement pour vous taquiner un petit peu ! J’ai été réellement surpris de voir votre article en une du Quotidien l’autre jour.

Par ailleurs je m’intéresse beaucoup à ce pays, et je suis content que LGS lui accorde une place plus importante. Je suis comme vous stupéfait de voir la façon dont on traite 1/5 de l’humanité dans les médias français.

19/03/2015 19:14 par Antar

Ah ! je comprends donc pourquoi dans les chancelleries occidentales on parle de moins en moins de la situation des droits de l’Homme en Chine. Le bonheur est dans le ’’prêt’’ et ça s’appelle BAII et au diable le Dalai Lama... Mais une question reste entière, si Londres, Paris et Berlin ne bougent pas le petit doigt avant de consulter Washington et prennent souvent des décisions qui vont à l’encontre de leurs propres intérêts pour plaire à l’Oncle Sam, sur ce coups-ci ils n’ont pas hésité à aller de l’avant au risque d’importuner le maître. Faut dire également que Paris et Berlin sont allés à Minsk pour rencontrer le méchant Moscou sans avoir demandé le feu vert de Washington. Est-ce un sursaut fortuit et passager de lucidité ou le début de la fin de la tutelle étasunienne sur l’UE !!??

19/03/2015 20:55 par Geb.

Est-ce un sursaut fortuit et passager de lucidité ou le début de la fin de la tutelle étasunienne sur l’UE !!??

En réalité c’est que le Capitalisme impérialiste occidental dans sa toute puissance éclairée (???) met toujours au moins deux fers au feu... Au cas où !

Et plus si affinités.

Reste à savoir si le deuxième fer ne lui pétera pas dans la gueule cette fois.

Que les âmes de Confucius, Buddah, Marx, et Mao, réunis puissent guider nos Camarades chinois dans cette lourde tâche. LOL !!!

Et même s’ils ne sont plus "communistes" comme certains le prétendent, (Ce qui, si on connaît les méandres de la Dialectique des Mandarins, contrairement aux apparences n’est pas un fait acquis), avant qu’ils n’atteignent le degré de déliquescence de nos Capitalistes à nous, ça laissera à la Planète le temps de respirer quelques décennies.

20/03/2015 06:18 par Maxime Vivas

@ Pierre

ce n’était pas du tout un reproche, simplement pour vous taquiner un petit peu ! J’ai été réellement surpris de voir votre article en une du Quotidien l’autre jour.

J’ai bien vu votre sourire derrière vos mots. Mais vous m’avez permis de faire une annonce.
Quant à l’article du Quotidien du Peuple, auriez-vous les références ? Je ne l’ai pas su.

20/03/2015 10:58 par Pierre

@ Maxime Vivas

Voici l’article dont je parlais (daté du 02/03/2015). Effectivement il n’est plus en première page, mais je l’ai retrouvé en faisant une recherche sur le site :
http://french.peopledaily.com.cn/Tourisme/n/2015/0302/c31361-8855496.html

Je viens d’en découvrir un second, qui est daté du 11/03.
http://french.peopledaily.com.cn/Chine/n/2015/0311/c31354-8861510.html

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