On apprend ce jeudi matin que Jean-Jacques Augier - son directeur de campagne de 2012, sans tomber dans le franchement illégal mais dans l’assez discutable, aurait placé en 2008 et 2005 une partie de sa fortune au paradis fiscal que sont les àŽles Caïman. Ca devient dur à avaler pour un électeur contribuable sollicité tous les quatre matins.
En attendant les retombées de cette nouvelle affaire, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault, déjà fort contestés, risquent d’être sur l’étal où trône la tête de Cahuzac alors que l’opinion et l’opposition réclament leur livre de chair. Un remaniement Shakespearien pointe son nez.
Avant d’aller prendre le soleil de Marrakech, Hollande a, pour l’heure, proposé la création d’une « nouvelle » loi visant à « la publication et le contrôle de tous les patrimoines » des ministres et parlementaires. Leurs déclarations de patrimoine pourront rejoindre celle du chef de l’Etat consultable sur internet (http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025844022). Un problème = une loi. Comme sous Sarko.
Il agite aussi le chiffon rouge avec une loi réforme sur l’indépendance de la Justice (qu’on croyait déjà indépendante…) et une autre interdisant à tout élu condamné pour « fraude ou corruption » de jouir d’un mandat public. On attend avec impatience les décrets d’application et leurs résultats…
DECRETS D’APPLICATION
Cette posture pour l’avenir, incontournable dans l’urgence, ne va pas exonérer le gouvernement d’éclaircir le passé récent.
L’opposition demande avec insistance pourquoi Moscovici a choisi pour enquêter sur la situation de son ministre du Budget, mis en cause par la presse puis par la justice, la procédure « assez rare » dite « d’entraide administrative ». Serait-elle bien plus bienveillante et contrôlable que les diligences d’un juge d’instruction ? Allez savoir.
Il est désormais peu probable que l’incendie, démarré dans les services du Budget, ne se propage pas à tout Bercy puis à Matignon.
« Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne », disait Chevènement. Mais un Premier ministre ? Visiblement, ce dernier n’a pas (ou plus) le choix : de Rocard à Fillon jusqu’à Ayrault : ça ferme sa gueule. Héroïque ?
Moi Président, auteur cathodique de la célèbre anaphore (de plus en plus pathétique et un brin mensongère), se livre-t-il non seulement à un examen de conscience vis-à -vis de son attitude face à son « camarade » de Matignon mais aussi à une sérieuse étude sur une vaste opération de délestage.
Dans son intervention télévisée de jeudi dernier, somme toute assez suivie dans les salons français avides d’informations sur la triste situation du pays, il s’était déjà retrouvé habité par l’esprit de son prédécesseur. Presque un cas de possession démoniaque.
Comme Sarko en son temps, Pépère n’avait pas cité une seule fois le nom de son Premier ministre.
RANçON DU PLACARD
L’agité du Qatar, lui, avait un semblant d’excuse lorsqu’il passait sous silence l’existence de son « collaborateur-chef de gouvernement » : la jalousie. Sarko plongeait alors dans les sondages, Fillon vraiment beaucoup moins. La rançon du placard pour celui-ci, sans doute.
Aujourd’hui, Moi Président connaît la même descente aux enfers. Mais il entraîne dans sa chute son Premier ministre. On le voit, le cap ne tient pas. Même si, à la scène, la barre est tenue à quatre mains. Le problème, visiblement, est qu’on a égaré les cartes et perdu les repères. Et ça se sent : tous ont le mal de mer …
Passons très rapidement sur des sondages (réalisés avant l’aveu de Cahuzac) virant du « sceptique » au « déçu » avant de devenir - si ce n’est déjà le cas - franchement « hostile ». Après France 2, un minuscule tiers (31%) des français approuve encore Pépère. Et seul un « gros » tiers (36%) l’action de Jean-Marc Ayrault.
La France jugeait ses têtes comme désorganisées, ses chefs comme de vrais amateurs. Ils sont maintenant taxés d’indélicatesses qualifiables du pénal.
En rassemblant toutes nos forces pour être positif, nous pouvons nous dire que l’affaire Cahuzac pourrait être l’occasion ou jamais de remettre les pendules de cette mandature à l’heure. D’un grand coup de balai qui évacuerait doutes, incompétences et autres erreurs de casting.
Ayrault a déjà tenté pathétiquement de changer son image. Après pas mal d’annonces donnant l’impression de tout, sauf d’être coordonnées avec le « Château » (initiatives de Peillon sur la semaine scolaire, la taxation du gasoil, la circulaire Taubira sur le Mariage pour Tous, le droit de vote des étrangers ou bien encore, plus récemment, le taux d’imposition à 75%) Ayrault a décidé de changer sa com’.
Il a viré son ancien conseiller (Bernard Candiard) au profit d’un ancien conseiller de Pépère passé par le groupe Publicis, Jérôme Batout. On espère pour le Premier ministre que son nouveau collaborateur est spécialiste des situations de crise. Car Pépère va indubitablement faire porter le chapeau à Matignon.
Avec un peu d’habileté (sait-on jamais ?) le président va instiller, qu’en plus du désastre Cahuzac, la politique de gauche-droite - qui conduit, par exemple, à trouver dans l’UMP des alliés objectifs de l’ANI (Accord national interprofessionnel dit de flexicompétitivité) ou du projet d’allongement de l’âge de départ à la retraite - ce n’est pas lui mais bien Jean-Marc Ayrault.
Tous les ministres le savent. Et ceux qui peuvent prétendre à Matignon, au sein de jeux politico-délirants, comme Montebourg, Taubira, Sapin ou même - on en rirait volontiers si ce n’était pas si triste : Bartelone.