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Choses vues au Tibet (2).

« Pour le dire dans le langage de mai 68, il faut " foutre le bordel à Pékin". C’est-à -dire que pendant les JO on saute, on court, on nage et en même temps il faut des sportifs citoyens qui disent avec des brassards, avec des foulards orange, symboles de la révolution en Ukraine, leur solidarité avec le Tibet ».
Daniel Cohn Bendit.

Préambule : Sur le Tibet comme sur tant d’autres sujets, ce n’est pas parce que la presse a écrit à foison sur la permanence de la répression du bouddhisme que cela est vrai. Et ce n’est pas parce que nous avons cru et colporté ces informations que nous devons persister, même si c’est plus facile. Pareillement, ce que les médias installés ne disent pas et qui se lit ici n’en est pas pour autant faux.

Dans la journée (la nuit est plus policée), on cherchera vainement à Llassa la présence de forces de l’ordre. Mais si j’écris sans avertissement : « Les grandes artères, les carrefours de Llassa sont gardés par des militaires en armes qui jettent un regard inquisitorial sur les véhicules qui passent. Des chars d’assaut stationnent sur les places, quitte à écraser les massifs de fleurs, tandis que les rues sont arpentées par de petits groupes de policiers, torse bombé et matraque à la ceinture. Les moines rasent les murs et changent de trottoir », chacun me croira, n’est-ce pas ? Par contre, j’en sais qui auront plus de mal à admettre ce qui suit et qui est vrai.

Notre voyage est organisé par les autorités chinoises. On peut aussi écrire « encadré ». C’est un curieux mélange de séjour touristique club Med où les gentils organisateurs prennent en compte tous vos désirs et de visite guidées vers ce qu’il faut savoir. Et ce qu’il ne faut pas savoir, alors ? Facile : nos bibliothèques, nos journaux, nos documentaires télévisés nous en ont parlé, nous en parlent, nous en parleront ad nauseam.

On peut discuter des voyages organisés pour les journalistes. Ce n’est pas une exclusivité chinoise. On en mesure les dangers. Au cours d’un débat à la librairie Ombres Blanches de Toulouse, un vieil Espagnol était intervenu pour prévenir : « Quiconque prend la parole le fait pour accrocher les autres à ses wagons ». Et d’ajouter malicieusement : « Moi-même, en ce moment…  ». L’invitation faite à des journalistes est donc une invitation à venir voir ce qu’il faut voir. Mais c’est les sous-estimer que de croire qu’ils ne savent rien du sujet et qu’ils sont mis dans l’incapacité de trier, de vérifier des informations, de constater que des choses ont été dites qui ne sont pas exactes. Aussi court qu’ait été leur périple, ils peuvent en dire autant que ceux qui n’y sont pas allés et mieux que ceux qui, ayant visité le Tibet avant eux, y puisent ce qui sert un discours et non la vérité. J’en vois la preuve dans la difficulté que tant d’observateurs (et jusqu’à nos lecteurs) éprouvent à parler du Tibet sans y adjoindre un jugement global sur la Chine tout entière, comme pour contrebalancer un constat qui se démarque de l’image commune.

« A beau mentir qui vient de loin ». Dans le cas présent, nous étions cinq, de différents médias (voir http://www.legrandsoir.info/Le-Grand-Soir-au-Tibet.html), groupés dans le même voyage, voyant et entendant les mêmes choses, écoutant et questionnant les mêmes Chinois (Hans et Tibétains). Si cela était nécessaire (le conditionnel évite le procès d’intention), cette contiguïté rendrait difficile la production d’articles appuyés sur des mensonges purs, comme on en lit par ailleurs. Il restera des différences inhérentes à l’analyse propre de chacun et à la ligne éditoriale du média dans lequel il s’exprime, ce qui peut induire des angles d’approches diversifiés. Pourquoi s’en offusquer ? Je parle-là de l’acceptation légitime des différences entre des journaux et non d’un désir de manipulation par des moyens que la déontologie réprouve.

Je renvoie le lecteur à tout ce qui a déjà été écrit sur l’ancienneté de l’appartenance du Tibet à la Chine. Certains d’entre vous sont intervenus ici même sur ce point et d’aucuns prétendent que la France devrait rendre plusieurs de ses provinces dont les dates de rattachement (annexion ? Invasion ?) sont plus récentes que celle du rattachement du Tibet à la Chine. En dehors de mouvements extrémistes bouddhistes et d’organisations antichinoises, il n’existe personne pour remettre en cause l’appartenance du Tibet à la Chine. Aucune organisation internationale, aucun pays (aucun !) ne le fait. Le dalaï lama lui-même manoeuvre en recul et se livre à présent à des circonvolutions sémantiques pour ne plus avoir à poser clairement ce qui reste sa vraie revendication (j’y reviendrai) : l’indépendance, non seulement de la région autonome du Tibet (deux fois la superficie de la France), mais du « Grand Tibet » (5 fois la France), c’est-à -dire l’instauration d’un pouvoir théocratique couvrant un quart de la Chine.

Je vous propose de revenir au coeur de notre sujet : le Tibet.

Je le ferai en deux parties :

- la première sera un récit de voyage, les choses vues.

- la deuxième viendra plus tard. Elle portera sur le dalaï lama et sur des éléments essentiels de son programme tel qu’il l’énonce et sur le point de vue des autorités chinoises.

Au lecteur alors de se faire une opinion par ces apports s’inscrivant dans ce qu’il croit connaître et qui peut le conforter dans ses opinions ou l’inciter au contraire à les reconsidérer : je donne à voir, je n’écris pas un tract.

* * * *

Une florissante entreprise tibétaine.

A 49 ans, Da Wa Dun Zhu est directeur de l’entreprise Tibet Dashi Group Co LTD, le 3ème groupe du Tibet. Il nous reçoit dans une tenue tibétaine et chaussé de bottes noires. Il fut enseignant puis camionneur avant de se lancer dans les affaires et de bénéficier d’aides du gouvernement central (Pékin). Parce qu’il est Tibétain ? Oui et non : parce qu’il fait partie d’une minorité ethnique. Le gouvernement accorde des avantages et peut même se substituer aux banques si elles se montrent frileuses.

Un sondage (dont il convient qu’il est partiel) indique que sur 230 commerçants de Llassa, 95 % sont des locaux.

Il est assez fier de sa fulgurante réussite. Son capital est de 1,5 milliard de yuans (1 yuan vaut 0,11 euro), son chiffre d’affaire de 100 millions de yuans, sa croissance annuelle de plus de 35%.

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Chef d’entreprise tibétain

L’entreprise est divisée en quatre groupes : travaux publics, transformation agroalimentaire, eau minérale, produits de médecine tibétaine.

A ma question sur les droits sociaux de ses 2000 employés, horaires de travail, jours de repos, retraite, il répond magistralement à côté et je n’en saurai pas plus. Il sera plus prolixe pour répondre à la question : « D’où vient la colère des moines exprimée le 14 mars 2008 ? ». Je cite en vrac : « 7000 personnes dans la rue sur 2 millions d’habitants, beaucoup de sans emplois, de voleurs déjà condamnés, de gamins, de lycéens, de Hans. Le problème était social, pas ethnique. Il a été attisé par les nobles qui ont fui le Tibet en 1959 et qui ont perdu leurs privilèges ».

La coopérative agricole.

Nous visitons la Coopérative des paysans horticulteurs du district Dui Long de Qin.

M. A Wang Ci Ren en est le président-gestionnaire administratif. Elle produit sous serre des fleurs et des légumes et réunit 300 foyers qui s’échinaient naguère à produire individuellement de l’orge. Ils louent désormais leur terre à la coopérative et reçoivent un salaire (1200 yuans) pour y travailler. Le prix seul de la location, nous dit le responsable, équivaut à ce qu’ils gagnaient auparavant.

La brasserie automatisée et les Allemands.

Nous visitons la brasserie « Bière Barley et Lhasa Beer ».

Ultra-moderne. Du malt australien et de l’orge tibétaine entrent d’un côté dans 6 cuves (made in Germany). Des chaînes automatisées s’occupent du reste : 720 tonnes de bière par jour, 36 000 bouteilles remplies à l’heure. Des techniciens allemands sont sur place pour installer une nouvelle chaîne.

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Brasserie automatisée

Nous avons droit à une dégustation : délicieux.
Les salaires sont de 3000 yuans par mois, pour 7 heures de travail par jour et 5,5 jours par semaine.

Le musée de la région autonome du Tibet.

S’il est vrai (et non nié en Chine) que les gardes rouges de la révolution culturelle se sont acharnés sur tout ce qui pouvait symboliser le passé (bouddhisme inclus), on peut se réjouir que bien des choses aient été préservées. Le musée de Llassa est un impressionnant réceptacle de l’Histoire et de la culture de cette région.

La médecine traditionnelle tibétaine de Llassa.

Elle est à ce point brimée, paraît-il, que le 14 ème dalaï lama a dû créer pour la pérenniser un Institut de médecine et d’astrologie tibétaine en 1961 à Dharamsala, en Inde, où il réside.

Décision superfétatoire puisque nous allons assister à Llassa à une causerie du professeur Zhan Dui, directeur de l’Institut de Recherche sur la médecine traditionnelle tibétaine, dans un complexe hospitalier qui compte également une usine de fabrication de médicaments.

Avec un effectif de 600 personnes, 38 médecins dispensent 280 000 consultations par an. 8 professeurs forment les futurs médecins.

L’art en vigueur ici est parvenu au Tibet il y a 2300 ans par le Népal et l’Inde. A quatre grands principes classiques (tantras médicaux) définis au IVème siècle, des chercheurs tibétains ont ajouté des découvertes qu’ils ont illustrées en 80 thangkas (tableaux). Un médecin tibétain en blouse blanche, M. Ci Wang Deng Ba, va nous en expliquer quelques-uns. Chacun peut approuver quand il explique que le corps est un tout, que l’esprit n’en est pas déconnecté et que soigner un organe sans s’intéresser au reste n’est pas l’idéal. Quand il nous montre comment prendre le pouls pour mesurer d’un seul coup l’état du coeur, de l’estomac et des reins, on tousse in petto. Quand il nous dit que l’examen olfactif de l’urine permet des diagnostics, il est permis de tiquer. A la fin, on se prend à douter de l’infaillibilité d’un appareillage minimal formé de trois doigts et de deux narines. Quand il nous révèle qu’un des gestes médicaux fréquents est la saignée, on pense à Molière et à la mortalité précoce à la cour du roi à Versailles quand des Diafoirus purgeaient ainsi les patients de leurs humeurs, sources supposées de leur tourment.

Mais le pire est à venir.

L’institut emploie 6 astrologues (« Vous voulez dire "astronomes" ? », hasarde un de mes confrères incrédule), dont deux, vêtus de blouses blanches, vont nous faire une démonstration de leur savoir. Sur des plateaux de bois à minces rebords disposés devant eux, ils versent une fine couche de terre ocre qu’ils étalent ensuite du bout des doigts, dessinant des traînées, des sillons, aplatissant ensuite le tout d’un air inspiré avant d’y ciseler quelques arabesques avec une tige. Ils s’arrêtent : la terre (dont Pétain a dit qu’elle ne ment pas) a parlé comme parlaient chez les Romains les entrailles de poulets. On ne saura pas ce qu’elle a dit ce jour-là , mais ses discours donnent naissance à des livres qui sont vendus à qui veut savoir de quoi demain sera fait et le jour idéal pour semer le blé et récolter les concombres. Il paraît même que nos gratouilleurs de terre avaient prévu le tremblement de terre du Sichuan.

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Médecins

Hélas, l’Institut, est subventionné par le gouvernement central (Beijing), tandis que chez nous ferment les hôpitaux de proximité où les médecins n’appliquent ni n’enseignent des méthodes à ranger au rayon du charlatanisme et de l’obscurantisme. J’imagine bien qu’il existe une autre médecine tibétaine basée sur d’autres savoirs ancestraux. Mais ce que j’ai vu là avec mes confrères prouve l’inexistence d’un Ordre des médecins capable d’agir au Tibet comme il le ferait chez nous.

Que chacun lise bien que je ne fais pas le procès global et rapide d’une autre école, mais celui des oracles, des visionnaires, des astrologues, des devins, des renifleurs, des saigneurs. Il n’est pour cela nul besoin d’adhérer à quelque système politique que ce soit : il s’agit seulement de ne pas surestimer l’empirisme ni de mésestimer l’utilité du rationalisme, de ne pas jeter tout d’un bloc l’allopathie, de ne pas nier les savoirs scientifiques des médecins et des ingénieurs météorologistes.

Le glacier Kharola, sur la route de Shigatse (deuxième ville du Tibet).

On fait une halte sur un parking. Pas trop d’oxygène. Il faut mesurer ses efforts. Le bas du glacier est à quelques mètres de nous, à une altitude, dit un panneau, de 5560 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les guides touristiques le voient moins haut. Des tibétains abordent les touristes pour leur vendre leurs productions artisanes, des souvenirs et pour se faire photographier moyennant quelques yuans.

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Drapeaux de prière

On nous l’a dit et répété : le gouvernement central veut faire du Tibet la "barrière écologique de la Chine". Par suite logique, l’usage des sacs en plastique qui parsèment les paysages les plus magnifiques dans tant de pays pauvres est interdit depuis vingt ans dans la Région autonome du Tibet.

Dès lors, on chanterait volontiers avec Jean Ferrat : « Mon Dieu, que la montagne est belle » sans une débauche de « drapeaux de prière » qui la défigurent et affirment l’arrogante suprématie d’une religion sur toutes les autres. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monastère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en tendant des centaines de mètres de fil dans la montagne, en y accrochant des carrés de tissu portant des « soutras » (textes religieux), la caresse d’un vent coreligionnaire les diffuserait vers Qui de droit.

En maints endroits, sur la route de montagne que nous avons empruntée, s’étirent des centaines et des centaines de mètres, des kilomètres de drapeaux de prière tendus là depuis des mois, voire des années, empoussiérés, déchiquetés, sans que personne, ni un autochtone, ni un responsable des lieux ou du gouvernement central n’ose le geste sacrilège de les retirer et de rendre à la nature l’éclat de sa beauté originelle, vierge de toute pollution visuelle et débarrassée de l’expression d’une croyance sûre d’elle et dominatrice qui ne saurait tolérer qu’une autre s’affiche avec autant d’ostentation, qui semble nier à la face du ciel qu’il existe d’autres êtres vivants (y compris au Tibet), qui ne croient pas et qui, tout en se fichant des lambeaux de bannières sales, des bouddhas géants maquillés à la feuille d’or, des tentures, des bougies, des moulins à prière, de l’odeur de la cire et de l’encens, parviennent à marcher droit, sans les béquilles d’une idéologie qui recourt aux appeaux de la sorcellerie et qui appelle le moyen-âge comme un paradis perdu. Je sais, je blasphème, c’est le privilège tranquille des mécréants.

Mais ce n’est pas tout. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monastère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en peignant sur la roche des échelles blanches, l’âme en userait illico pour grimper au ciel sans se fatiguer. Cette grotesque faribole est responsable des tags les plus hauts du monde, les plus laids aussi, dépourvus qu’ils sont de toute fantaisie artistique qui pourrait supposément rendre les barreaux bancals, et périlleuse la céleste ascension. Nous sommes dans un pays où la religion a des droits qu’elle n’a pas en France. Chez nous, qu’un fidèle, qu’un prêtre, s’avisent à peindre des croix blanches géantes sur les rochers de nos montagnes, et quelques lois leur seront rappelées par les autorités. Et il ne viendrait à l’idée de personne, hors du périmètre restreint de Saint-Nicolas du Chardonnet, de bramer que le catholicisme est ainsi persécuté.

A Shigatse au monastère de Tashilhunpo.

Monastère ? En fait, c’est un village où vivent 600 moines autour d’un temple rénové au début des années 1990. Wang La, le moine érudit qui nous sert de guide est âgé de 26 ans et il a choisi sa voie à 10 ans. Il nous fait visiter le village et nous pénétrons à sa suite dans le temple. Il est malheureusement interdit d’y prendre des photos. Vous auriez pu voir un bouddha géant de 30 mètres dont chaque narine est assez grosse, là -haut, « pour y loger le corps d’un bébé ».

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Journalistes et guide tibétain

La rénovation d’un autel géant a nécessité « 600 kilos d’or offerts par le gouvernement central ». Puis, Wang La nous entraîne vers un enclos entouré de murs d’où jaillissent des clameurs de cour de récréation. Nous y pénétrons librement, au milieu de dizaines de jeunes moines réunis là pour une sorte d’exercice intellectuel apparenté à la maïeutique socratique. Un moine en choisit un autre en se plaçant devant lui, frappe dans ses mains dans un geste spectaculaire accompagné d’un mouvement du corps et pose une question sur quelque matière qui leur a été enseignée. Le tout ressemble à un jeu ponctué de sourires, mais il s’agit d’un exercice. Le tableau est assez agréable, les jeunes gens ne s’offusquent pas d’être photographiés. Ils nous remarquent à peine et ne se laissent pas distraire, tout à leur activité à laquelle ils se livrent avec un plaisir évident.

L’espace naturel réservé.

M. Jiang Bai, directeur général-adjoint du bureau régional pour la protection de l’environnement, nous reçoit au bord d’un espace de plus de 6 km2 ( 12 km2 si on y ajoute les espaces environnants) qui est devenu une réserve naturelle en 2009. Marais, herbe, pâturage. Objectif : préserver la nappe phréatique et fabriquer de l’oxygène. Des habitations et usines qui y étaient installés ont été déplacées. Au fond, au pied d’une montagne elle-même protégée, on aperçoit quelques immeubles bas. Ils seront également déplacés. Au milieu, un bosquet : c’est un lieu intouché de prières traditionnelles.

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Réserve écologique

Il existe 23 autres réserves analogues sur une superficie de 150 Km2 dans les 7 districts qui entourent Llassa.

L’Institut de recherches photovoltaïque.

C’est un lieu d’essai des productions de matériels utilisant l’énergie solaire. Dans la cour, des chauffe-eau à poser sur les toits, des panneaux solaires orientables, un lampadaire solaire et un engin bizarre et sommaire. Il s’agit de plaques de tôle en forme de conque et recouvertes d’aluminium. Au milieu, une tige monte qui se termine par un cercle de fer où l’on peut poser une bouilloire pour le thé. Par temps ensoleillé, l’eau est chaude en 20 minutes. Le prix de vente est de 400 yuans, mais, nous dit-on, il est distribué gratuitement aux Tibétains. Je doute un peu de cette prodigalité généralisée jusqu’à ce que, entre les 300 km de route qui séparent Llassa et Shigatse, je remarque cet appareil solaire devant bien des maisons modestes au bord de la route.

Danses et chants folkloriques.

Nous assistons à un spectacle folklorique où des artistes, en grandes tenues tibétaines, dansent et chantent dans une salle de restaurant, accompagnés par un orchestre aux instruments traditionnels.

L’université de Llassa.

Nous rencontrons MM. Yun Dan Jia Cuo, directeur-adjoint et Professeur, Mi Ma Ci Ren (bibliothécaire) et le jeune professeur Ren Qing Nuo Bu (informatique).

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Ecran tibétain

Les étudiants disposent d’une bibliothèque abritant 100 000 ouvrages classiques dont certains ont 8 siècles, écrits en tibétain. Avec leurs professeurs, ils ont mis au point un programme informatique qui permet de travailler sur ordinateur en usant de l’écriture tibétaine. Ils cherchent à étendre cette possibilité aux téléphones portables.

Le monastère de Jokhiang à Llassa.

Au fond d’une place bordée par des marchands. Le temple, vue par un impie, ressemble aux autres. On s’y perd, on confond. Dans une semi obscurité qui est la règle et qui messied aux claustrophobes, des moines assis sur des banquettes de tissu sale psalmodient en se balançant un chant monotone.

Ici, comme dans les autres temples visités, on voit les fidèles, des liasses à la main, poser ou jeter des billets de banque en offrande. Il y en a partout : dans des niches, des autels, devant des gravures, sur des coussins, par terre, dans de grands récipients que les moines viennent vider par brassées. Ce sont souvent (pas toujours) des petites coupures qui permettent de n’oublier aucun endroit.

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Prière dans la rue

Dehors, sur le parvis, des pèlerins se prosternent en se jetant à terre, pour une prière qui exige cinq points de contact avec la terre (les pieds, les mains, la tête). Les plus avisés disposent d’un petit matelas qui amortit la rudesse du contact et, pour les mains, de coussins dont la partie inférieure lisse permet le glissement jusqu’à allongement complet du corps. Ils vont répéter ce geste des dizaines et des dizaines de fois, comme dans une inlassable transe spectaculaire (qui me désole, mais vous avez deviné mon allergie à tous les mysticismes).

L’Institut de tibétologie de Beijing.

Nous rentrons épuisés de Llassa par avion, via Chengdu où nous avons raté la correspondance. Le voyage a duré une journée et nous filons directement, moites et froissés, au prestigieux Beijing International Hotel pour une réunion et dîner avec M. Dong Yunhu, Vice-ministre, Professeur et chercheur à l’Université du P.C. Chinois (j’y reviendrai dans le prochain article).

Après quoi, les organisateurs nous rappellent que le lendemain, dernier jour en Chine, l’avion décolle à 13H35, mais que le lever est prévu à 6 H pour une visite à l’Institut de tibétologie. S’inspirant de l’exemple fameux des Bleus refusant de s’entraîner en Afrique du Sud, les Français sollicitent et obtiennent l’annulation de cette ultime visite qui devait probablement être une conclusion utile à ce que nous avions appris.

Parfois, "Les héros sont fatigués" et assez douillets pour préférer une nuit de sommeil à une possible saignée revigorante.

Maxime Vivas

A suivre…

(Photos : M.V.)

Les trois parties :

- « Le Grand Soir » au Tibet : http://www.legrandsoir.info/Le-Grand-Soir-au-Tibet.html

- Choses vues au Tibet : http://www.legrandsoir.info/Choses-vues-au-Tibet-2.html

- Tibet : un pacifiste chez les bouddhistes : http://www.legrandsoir.info/Tibet-un-pacifiste-chez-les-bouddhistes-3.html

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