L’anglais de Macron

Á plusieurs reprises, le président de la République française a fait des déclarations officielles en anglais. Cela pose évidemment de nombreux problèmes. Rien ne l’y obligeait. Le français est une langue officielle dans les instances internationales et, plus généralement, il est d’usage, dans la diplomatie, que les chefs d’État s’expriment dans leur propre langue. Sauf si, par courtoisie (voir De Gaulle au Mexique), ils veulent faire plaisir à des peuples qui les reçoivent chaleureusement. Par delà sa petite vanité personnelle (« Écoutez, moi l’ancien élève de la Pro à Amiens, comme je parle bien anglais »), Macron affiche sa soumission à l’hégémonie impérialiste étasunienne et à celle de l’argent. On note cependant qu’il parle de manière très sourde, un peu comme s’il avait honte, et de son anglais dont il sait qu’il n’est pas parfait, et de son obédience.

Face à ces allocutions, la merdiacratie française a fait des flaques, admirant ce « formidable coup de com’ », ce « discours appelé à rester dans les annales ».

Je me crois autorisé à évaluer la pratique de l’anglais de Macron : j’ai enseigné cette langue pendant quarante ans et j’ai siégé aux jurys du CAPES et de l’agrégation interne.

Écoutons ici et ici.

« Today, the President of the United States, Donald (a prononcé à la française) Trump, announced (pas correctement diphtongué) his decision to withdraw the United States from the Paris agreement (le a de Paris n’est pas assez ouvert et la syllabe Pa n’est pas assez accentuée). It is a mistake, both (le o n’est pas diphtongué) for the United States and for our planet. If we do nothing, our children will know (le o n’est pas assez diphtongué) a world of migrations, of wars (le a n’est pas assez fermé), of shortages, a dangerous (le an n’est pas diphtongué) world.

 Make our planet great again. France (il prononce France à l’américaine alors que son accent est bien plus anglais qu’étasunien) will not (le o est prononcé à la française) give up the fight. I call you (tournure bizarre, calque du français ; un anglophone aurait dit « I urge you ») to remain confident. We will succeed (syllabe pas assez accentuée). Because we are (le r est prononcé à la française) fully committed (accentue la première syllabe au lieu de la seconde). Because wherever (accentue la première syllabe au lieu de la seconde) we live, whoever (on n’entend pas le h) we are, we all share the same responsibility (ce dernier mot est plutôt bien prononcé, ce qui est rare chez les locuteurs français) ».

Bien sûr, nous sommes à cent coudées au-dessus de la pratique sarkozyste invraisemblable de l’anglais (on se souvient de Merkel, bouche bée devant Sarkozy qui, lui montrant le soleil, lui dit : « Beautiful time, isn’t it ? ») et celle très médiocre de Hollande qui avait dû sécher les cours d’anglais à l’ENA. L’anglais de Macron est globalement bon pour un homme politique français mais il commet typiquement les fautes des Français pour qui la langue de Shakespeare – hum !, disons celle des affaires) n’est pas et ne sera jamais naturelle. Des fautes commises il y a 25 ans n’ont pas été corrigées et se sont fossilisées. On note en particulier les erreurs de diphtongues, dont la langue française n’est pas friande, et d’accentuation qui, comme aurait dit George Orwell, le « marquent en tant que Français au fer rouge sur la langue »).

COMMENTAIRES  

10/07/2017 15:34 par Assimbonanga

Et toc. Bien envoyé, et mérité. Qu’on se le dise !

(Au fait, j’ai remis à mon médecin traitant, en mains propres, personnellement, votre entretien avec la fille d’Ambroise Croizat. Et mon médecin en ignorait l’existence. Je pense avoir mieux fait de lui avoir parlé de vive voix plutôt que de laisser les feuillets à disposition dans la salle d’attente. Les gens qui sont là ont d’autres préoccupations dans ces moments-là... N’empêche, un texte remanié de format compact 21X29,7 serait opportun pour le faire circuler de mains en mains)

10/07/2017 16:40 par calame julia

Nulle en anglais parlé, j’ai cependant un bagage de quelques années qui me fait le lire (de moins en moins, les langues
latines, leurs dialectes et patois me prenant plus de temps) et, en l’écoutant prononcer son discours, je m’étais fait
la réflexion : il hésite. Et les lauriers qui avaient suivi sur son anglais, m’avaient surprise.
Pardon B. Gensane de ne pas honorer votre pratique.

10/07/2017 17:32 par Chris

Effectivement, même s’il n’est pas parfait (alors que nos médias sont en pâmoison à chacune de ses interventions) on ne peut faire de grief à l’anglais parlé par notre président jupitérien, surtout si on le compare à celui de ses prédécesseurs comme le fait si bien remarquer B.Gensane.

" Macron affiche sa soumission à l’hégémonie impérialiste étasunienne et à celle de l’argent."Préférer l’usage de l’anglais au français lorsqu’il s’adresse à un public international est bien une manifestation (une de plus) pour caresser dans le sens du poil tous les lobbys et forces atlantistes et européïstes. C’est aussi dans une certaine mesure affaiblir le rayonnement de la France et de la francophonie (je m’excuse pour le gros mot employé...).
Toutes les occasions sont bonnes pour Macron pour gommer toujours davantage les oripeaux de ce qu’il reste à l’Etat Français. En ces temps devenus mondialisés, il n’est plus de bon ton de mettre en exergue les singularités de ce que représente notre Etat.

10/07/2017 18:27 par legrandsoir

De Gaulle au Mexique s’était risqué à quelques mots dont (à mourir de rire) : "La mano en la mano" (la main dans la main) en accentuant fortement la deuxième syllabe (au lieu de la première) et en la faisant traîner : "la maNOOO" alors qu’elle doit être presque escamotée.
MV

11/07/2017 16:13 par Vivas

Pourquoi devrait-on avoir honte de nous exprimer en Français,notre très belle langue mérite d’être promulguée aux plus échelons par nos politiques,de même que l’Anglais ( brexit) ne devrait plus être la langue employée au sein du parlement européen, seule la langue d’un pays faisant parti de cette communauté est permise.

11/07/2017 21:17 par legrandsoir

@ Vivas.
Nous sommes plusieurs ici à porter ce nom. Moi c’est Maxime et, si j’approuve votre commentaire, l’honnêteté m’oblige à préciser que je n’en suis pas l’auteur.
MV

09/12/2018 15:07 par Agnès PANZANI

Sans parler de sa façon de prononcer les "th", bien qu’il ait les dents qui rayent le parquet, ses incisives ne sont pas encore suffisamment longues pour les prononcer correctement. Il a le mérite d’essayer et d’être meilleur que ses prédécesseurs, mais son anglais est loin d’être parfait, et il ne bluffe que les nuls en anglais. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

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