32 

Pax Romana et Pax Americana, Pax Sinica et question tibétaine

En guise de réaction à mes chroniques sur le Tibet, une amie de longue date m’a proposé d’écouter l’émission « Soudain le Talmud ! Pourquoi l’Empire n’admettra jamais le tiqqun » par Ivan Segré (émission du 1er mars 2015 toujours disponible sur le Net ; durée : 19 min 28 s). Il y est question d’une discussion talmudique sur l’attitude de la communauté juive du IIe siècle de notre ère face au pouvoir de l’Empire romain. Mon amie m’invitait ainsi, je suppose, à une comparaison entre la politique impériale romaine vis-à-vis des juifs et la politique chinoise vis-à-vis de Tibétains. C’est l’occasion pour moi revenir sur un rapprochement entre deux mondes qui me tiennent à cœur, le monde juif et le monde tibétain, plus subtilement, j’espère, que le médiatique et omniscient Alexandre Adler (1).

Rome et la Judée

Pour bien comprendre ce dont parle Ivan Segré, il faut d’abord définir le mot tiqqun, signifiant dans la tradition talmudique réparation, restitution, rédemption, ce qui recouvre en grande partie la conception juive de la justice sociale. La pratique du tiqqun est destinée à rendre le monde habitable. Pour beaucoup d’historiens, voire la majorité, il apparaît que cette habitabilité du monde a été largement garantie par la Pax Romana. Mais dans la Judée du IIe siècle, cette conviction selon laquelle Rome serait l’instrument du tiqqun faisait l’objet de controverses, comme on peut le voir en comparant la position de trois célèbres érudits de la Torah : Rabbi Yehouda, Rabbi Yosse et Rabbi Shimon. Avec un talent incontestable de de la narration vivante, Ivan Segré rapporte la réponse donnée à cette question sensible par ces trois experts, comme s’il s’était agi d’un débat télévisé.

Pour Rabbi Yehouda, la réponse est oui : rempart contre la barbarie, Rome a apporté le marché (et la paix qui va avec), les thermes (symbole de raffinement culturel) et les ponts (permettant l’aménagement du territoire). « Ils sont bien, les Romains ! », dixit Rabbi Yehouda d’après Ivan Segré.

Pour Rabbi Yosse, c’est ... le silence. Il ne prend pas position.

Rabbi Shimon, lui, se lance dans une vive diatribe contre les Romains : les marchés amènent une forme de prostitution, un asservissement obscène comme dans un rapport sexuel sans relation personnelle ; les thermes ne procurent du plaisir qu’à une minorité (2) ; les ponts servent à prélever des taxes et contrôler la population. En résumé, pour Rabbi Shimon, Rome est synonyme d’oppression sous des dehors civilisés : le contraire du tiqqun.

Comme on pouvait s’y attendre, les autorités romaines, ayant eu vent de ce débat, ne resteront pas les bras croisés. Elles vont faire l’éloge de Rabbi Yehouda, exiler Rabbi Yosse et ... condamner à mort Rabbi Shimon, qui pourra s’enfuir avec son fils, se cacher dans une grotte et devenir l’inventeur de la Kabbale.

Voilà donc résumée une controverse célèbre sur laquelle mon amie a attiré mon attention. Épousant probablement le point de vue de Rabbi Shimon, elle me suggère de l’utiliser comme grille d’analyse de la question tibétaine.

Pax Romana, Pax Sinica et ... Pax Americana

Il n’est certainement pas déplacé de comparer la Pax Romana et la Pax Sinica, dont la première phase, sous la Dynastie Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.), est en partie contemporaine de l’apogée de l’Empire romain. Si la Pax Romana s’est définitivement éteinte avec la chute de l’Empire au 5e siècle, il en ira autrement en Chine qui réussira peu ou prou tout au long de son histoire, malgré des époques de guerres et de troubles, à maintenir et à développer la paix, notamment pendant l’âge d’or de la brillante Dynastie Tang (818-907) ou sous la non moins brillante Dynastie Ming (1368-1644) étendant son rayonnement jusqu’au Moyen-Orient. Il y a eu aussi précédemment la Dynastie mongole Yuan (1279-1368), à propos de laquelle on parle plutôt de Pax Mongolica et, ultérieurement, la Dynastie mandchoue Qing (1644-1912) avec ses siècles de Pax Sinica, savamment nommée Pax Manjurica.

Comme chacun sait, cette dernière dynastie a été balayée par la Révolution de 1911 et l’avènement de la République de Chine en 1912. S’ensuivit une période qui fut tout sauf pacifique : seigneurs de la guerre semant le chaos, puis guerre civile entre les Communistes et le Guomindang et enfin agression japonaise. Il faudra attendre la victoire de Mao Zedong et la proclamation de la RPC (République populaire de Chine) en 1949 pour que l’État retrouve sa consistance d’antan, permettant l’instauration d’une nouvelle forme de paix civique malgré des crises terribles, dont le décevant « Bond en avant » et la folle « Révolution culturelle ».

En 2020, assistons-nous à l’avènement d’une nouvelle ère de Pax Sinica ? Ou bien plutôt, comme beaucoup le pensent en Occident, la RPC ne serait-elle pas à la fois, comme la défunte URSS, un colosse aux pieds d’argile et une menace pour la paix dans le monde ?

Bien sûr, la Chine, comme tout État multiethnique, connaît des difficultés internes et doit combattre des tendances centrifuges. Mais l’équipe dirigeante a retenu la leçon soviétique : la Russie, immense et sous-peuplée, a pu perdre sans risque d’anéantissement, une partie de ses marches ; pour la Chine surpeuplée, à l’étroit dans un territoire largement montagneux et improductif, l’inviolabilité de ses frontières est une condition sine qua non de sa survie. Mieux, une fois réussie sous Deng Xiaoping sa mutation économique, l’heure semble venue pour la Chine de Xi Jinping de retrouver la place et l’éclat de l’ancien Empire du Milieu, notamment par la réactivation des anciennes routes de la soie.

Même si en Occident, et singulièrement aux États-Unis, la montée en puissance de la Chine ressuscite les fantasmes de la guerre froide, les nouvelles routes de la soie sont bien une entreprise pacifique permettant aux pays participants d’entretenir avec la Chine une relation « gagnant-gagnant ». Pas question pour la Chine de se lancer dans une aventure militaire : remarquons d’ailleurs que la RPC, depuis 70 ans, n’est intervenue militairement hors de ses frontières que deux fois (en 1950 en Corée, en 1979 au Vietnam), voire trois fois si l’on compte le bref conflit sino-indien de 1962. La comparaison est éloquente avec les États-Unis : l’article de Wikipédia intitulé « Interventions militaires des États-Unis dans le monde » fait ... quatorze pages. Rien que depuis 1945, on compte une quarantaine d’agressions des États-Unis hors de leurs frontières. D’où l’incompréhension que l’on peut ressentir devant l’attitude des Européens continuant à surévaluer la Pax Americana et déconsidérer la Pax Sinica.

Pékin et Lhassa : tiqqun or no tiqqun ?

Dès que la Chine en 1949 est redevenue devenue un État digne de ce nom, avec une armée et une administration opérationnelles, elle s’est empressée de rétablir son pouvoir dans ses provinces lointaines qui pour un temps avaient plus ou moins échappé à son contrôle : le Xinjiang (à majorité turcophone et musulmane), la Mongolie intérieure (lorgnée par la Russie et le Japon), la Mandchourie (japonisée de 1932 à 1945) et le Tibet (devenu sur papier « indépendant » en 1913, en réalité un protectorat britannique). La reprise en main sur tout le territoire chinois fut menée à bien par la RPC, sauf sur l’île de Taïwan, occupée par les troupes du Guomindang vaincues et désormais « protégée » par la Septième Flotte US.

Il y a lieu de rappeler ici que le Tibet fait partie de la Chine depuis des siècles. S’il a connu une réelle indépendance, c’était il y a bien longtemps, sous la Dynastie des Tubo (622-842). Après la chute de cet empire (quasi simultanée à l’effritement chez nous de l’empire carolingien), le Tibet a connu une longue période d’anarchie jusqu’à ce qu’il entre dans l’orbe chinois au XIIIe siècle. Depuis lors, il n’a plus jamais cessé, avec des liens plus ou moins étroits selon les époques, de faire partie de la Chine.

La question suggérée par mon amie, c’est bien de savoir si, comme le pensait Rabbi Yehouda à propos des Juifs par rapport à l’Empire romain, il est toujours avantageux pour les Tibétains d’être insérés dans l’État chinois ou bien si, au contraire, comme le pensait Rabbi Shimon, ce type d’appartenance est contraire au tiqqun, à la construction d’un monde habitable. En d’autres termes :

1) Le « marché » au Tibet ne serait-il pas synonyme d’asservissement ? Les Tibétains ne seraient-ils pas colonisés par les Chinois Han ?

2) Les « thermes » romains comme symbole du raffinement ne figureraient-ils pas, transposés à la réalité tibétaine, une sorte de « génocide culturel » ?

3) Les « ponts », de même que les routes et les chemins de fer, construits au Tibet, ne serviraient-ils pas d’abord à contrôler la population et à en percevoir un impôt ?

Ces trois questions reçoivent évidemment une réponse positive de toute la nébuleuse « Free Tibet ». Mais, en réalité, qu’en est-il ?

Le Tibet : une colonie chinoise ?

Rien qu’au niveau sémantique, ça n’a pas beaucoup de sens de parler de colonisation chinoise au Tibet, puisque colonisation implique domination d’un pays sur un autre et que le Tibet a fait partie de la Chine... bien avant, par exemple, que le duché de Bretagne, la Corse ou le Comté de Nice ne soient rattachés à la France.

Même dans l’hypothèse – quod non ‒ d’un Tibet qui serait indépendant, l’accusation de colonisation tomberait à plat, qu’il s’agisse de colonie de peuplement ou de colonie d’exploitation.

Il est de « bon » ton en Occident de répéter que la population Han serait en train de submerger le Tibet. Cette accusation fausse, mais répétée à l’envi, serait même devenue chez beaucoup de nos concitoyens une vérité d’évangile à moins qu’elle ne dégénère en prophétie apocalyptique comme chez le médiatique Frédéric Lenoir, qui parle du « jour où il y aura dix fois ou cent fois plus de Chinois au Tibet que de Tibétains »... (3) C’est absurde, mais ça percole dans les cerveaux occidentaux. « Plus le mensonge est gros, plus il passe », comme disait Goebbels. La vérité, c’est que, en RAT (Région autonome du Tibet), les Tibétains représentent 92% de la population, comme doivent bien le reconnaître les universitaires, même celles et ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour les exilés tibétains revanchards (4). Exit donc l’idée d’un Tibet « colonie de peuplement » même si tout récemment encore Sabine Verhest, de La Libre Belgique, parle encore de ... « colonisation démographique » (5).

« Colonie d’exploitation », alors ? C’est tout aussi faux, même si certains amis du dalaï-lama répètent à l’envi que Pékin ne fait que piller le Haut Plateau. Bien sûr, le Tibet [en chinois Xīzàng, c’est-à-dire (trésor) caché à l’ouest] recèle pas mal de réserves naturelles et souterraines, dont certaines sont exploitées. Mais contrairement à ce qui s’est passé dans les pays colonisés par les Occidentaux (et les Japonais), la richesse produite au Tibet profite à toute la population. Il n’est contesté par personne que le niveau de vie des Tibétains a connu amélioration spectaculaire, avec, pendant des décennies, un accroissement à deux chiffres du PIB.

Mais, objectera-t-on (dans la ligne de Rabbi Shimon) : le confort matériel peut cacher une forme d’asservissement. Il s’agit là d’une vérité générale, qui vaut pour le monde entier. Mais allez demander à un vieux Tibétain qui a connu la misère et la faim s’il regrette l’Ancien Régime ! La première forme d’asservissement, c’est quand, par besoin de survie, on devient taillable et corvéable à merci. Pour accéder à la dignité, l’homme doit d’abord manger à sa faim : c’est une condition nécessaire.

Pas une condition suffisante, c’est aussi vrai. Il ne suffit pas d’avoir l’estomac rempli ; il faut aussi se sentir respecté dans toutes ses dimensions. Et il est très probable qu’en passant d’une société théocratique arriérée (6) à une société communiste moderne, beaucoup de Tibétains ont dû se sentir infériorisés ; c’est que pour sortir d’un millénaire d’obscurantisme et amorcer le développement de leur région, ils ont eu besoin du savoir-faire des Han. Songeons que même l’usage de la roue était inconnu au Tibet sauf pour faire tourner les moulins à prières : toutes les marchandises étaient portées à dos d’hommes ou de yaks.

Mais aujourd’hui, le fossé entre les Tibétains et les Han se comble progressivement grâce à l’instruction obligatoire ; tirant parti des substantielles subventions allouées par Pékin, les Tibétain(e)s sont en train de rattraper leur retard de qualification par rapport aux travailleurs chinois et deviennent de plus en plus compétitifs sur le marché du travail ; nombre d’entre eux et d’entre elles créent leurs propres entreprises et exploitent directement les ressources, notamment touristiques, de leur beau pays.

Le mantra occidental selon lequel la Chine aurait envahi le Tibet et l’asservirait est doublement indécent, parce que d’abord c’est la RPC qui a mis un terme au servage pratiqué dans le Tibet lamaïste, ensuite parce que ce sont les nations occidentales qui, au 19e siècle ont asservi la Chine, en y établissant des comptoirs en lui imposant des contrats léonins, sans compter les odieuses guerres d’opium menées par Londres et même, en 1860, le sac du Palais d’Été par la soldatesque britannique et française...

Et d’ailleurs, beaucoup de pays dans le monde, notamment en Amérique latine, en Afrique et en Asie, victimes de nos colonialismes et de nos néo-colonialismes, seraient heureux de connaître ce soi-disant asservissement imposé au Tibet.

Génocide culturel ?

Rabbi Shimon accusait Rome de déculturer les habitants de la Judée en leur imposant leurs thermes, symbole du raffinement de la métropole. Selon le dalaï-lama, les Tibétains seraient victimes d’un semblable « génocide culturel ». C’est une accusation qu’il répète en boucle devant les micros du monde entier. Ça fait partie des nombreuses fake news dont il est friand (7).

Bien sûr, la Révolution culturelle a provoqué au Tibet des dégâts considérables : personne ne peut nier ce fait regrettable. Mais il faut remarquer tout d’abord que beaucoup de monastères censés avoir été détruits par la Révolution culturelle étaient déjà en ruine. Par exemple, la démolition du monastère de Gyantse date de 1904 : elle a été l’œuvre du Colonel Francis Younghusband. Autre exemple : le monastère de Tengyeling a été complètement rasé en 1914 par le 13e dalaï-lama parce qu’il jugeait ce monastère trop prochinois (8).

Deuxième remarque : malgré ses débordements évidemment critiquables, la Révolution culturelle n’était nullement dirigée contre le peuple tibétain : c’était une campagne de contestation d’abord et d’anéantissement ensuite des élites intellectuelles et artistiques, une campagne qui a submergé la Chine entière, et à laquelle ont d’ailleurs participé activement nombre de Tibétains, tout heureux de se venger d’un millénaire d’humiliation en incendiant des monastères, comme l’avaient fait les paysans lors de la Révolution française.

Troisième remarque : la Révolution culturelle est terminée depuis presque un demi-siècle. La Chine, qui a reconnu ses torts dans les dommages causés et dans ses vaines tentatives pour extirper le bouddhisme, est entrée dans une tout autre phase de son histoire. Ce que tout visiteur de la RAT et des régions limitrophes (Qinghai + une partie du Gansu, du Sichuan et du Yunnan) peut constater aujourd’hui, c’est l’opulence des monastères et l’omniprésence des moines. Le gouvernement consacre des budgets très importants à la reconstruction, à la rénovation et à l’embellissement de nombreux lieux de cultes. Ce qui est combattu par les autorités, ce n’est pas la religion, mais l’instrumentalisation de la religion à des fins séparatistes (9).

Alors que, dans l’ancien Tibet, la langue tibétaine n’était enseignée que dans les monastères, laissant l’immense majorité du peuple dans l’analphabétisme (10), le tibétain est aujourd’hui obligatoirement enseigné dans l’école primaire, pour les garçons et les filles, et souvent pratiqué dans le secondaire ainsi qu’à l’Université du Tibet, ouverte à Lhassa en 1985. Personne ne peut reprocher à Pékin d’encourager sur le Haut Plateau l’apprentissage du mandarin, comme langue de communication d’1 400 000 000 de citoyens, comme on ne peut reprocher aux écoles tibétaines en Inde d’utiliser... l’anglais. Quand on se souvient du traitement infligé dans nos pays aux langues minoritaires, comme le breton, le provençal et l’alsacien en France ou comme le flamand et le wallon en Belgique, on ne peut que se réjouir de la façon dont le tibétain est protégé au sein de la RPC. Même s’il y est ultra-minoritaire avec seulement 0,4% de locuteurs, le tibétain se porte plutôt bien ; sa santé tranche même avec le sort des langues régionales, disparues ou en voie de disparition, dans nos pays qui font la leçon à la Chine.

Il y a au Tibet plusieurs journaux en tibétain et trois chaînes de télévision qui émettent en tibétain.

En Chine, hors Tibet, il existe plusieurs instituts de tibétologie dans lesquels travaillent de nombreux chercheurs. Le Tibet a inauguré à Lhassa un centre dédié à la restauration de manuscrits anciens, actuellement dispersés dans des temples, des bibliothèques, ou encore des centres de recherches ou des musées, parfois même chez des particuliers. (11)

En 2015, la Chine a entamé la publication d’un dictionnaire encyclopédique en tibétain. Au total, le dictionnaire comprendra 13 volumes portant sur des sujets tels que la technologie, la médecine, la phonologie, le bouddhisme, la philosophie, la rhétorique, la phraséologie, la prosodie, le théâtre, l’astrologie, la littérature tibétaine et le Bön (Tibetan Review, 12/01/2015).

Il existe à Xining, la capitale du Qinghai, un magnifique musée entièrement consacré à la médecine tibétaine. En 2018, le bain thérapeutique tibétain Lum a été inscrit au patrimoine de l’Unesco. (12)

La peinture est aussi en plein essor grâce à de jeunes artistes tibétains, créant une interface entre les thangkas traditionnels et la peinture moderne. (13) Le cinéma tibétain n’est pas en reste, avec le célèbre réalisateur Pema Tseden (14), ni l’opéra (15), ni la comédie musicale (16), ni le rap (17).

« Si la culture tibétaine à l’intérieur du Tibet était en train d’être prestement annihilée, comment se fait-il, écrit Robert Barnett (un tibétologue souvent critique vis-à-vis de la Chine), que tant de Tibétains de l’intérieur paraissent malgré tout avoir une vie culturelle plus dynamique – à preuve la centaine de revues littéraires en tibétain – que celle de leurs homologues exilés ? » (18)

À lire aussi l’interview que l’historien tibétain Tsering Shakya a donnée en 2008 à la New Left Review  : il y dresse un tableau détaillé de la vitalité de la culture tibétaine du Tibet (peinture, littérature, historiographie, presse, télévision, éducation). C’est d’autant plus impressionnant que Tsering Shakya fait partie de la diaspora des exilés tibétains. Il enseigne actuellement à l’Université de Colombie Britannique à Vancouver. (19)

Ajoutons encore le respect par les autorités de la coutume séculaire des « Funérailles célestes » consistant à laisser le corps des morts aux vautours. Le Congrès du peuple, organe législatif de la RAT, a même adopté récemment une loi destinée à garantir l’aspect cultuel de ce rite en en tenant écartés les touristes indiscrets (Tibetan Review, 24/01/2015). N’oublions pas non plus la polyandrie et la polygamie interdites aux Han, mais légales en RAT.

On pourrait aisément trouver dans le monde des centaines de minorités qui pleureraient pour être victimes d’un tel « génocide culturel ». C’est dire que les critiques formulées par Rabbi Shimon à l’égard de Rome ne se justifient pas si on voulait les adresser à Pékin.

Pressurer et contrôler la population ?

Pour Rabbi Yehouda les ponts romains avaient la vertu de garantir la paix tandis que pour Rabbi Shimon, ils servaient avant tout à la perception de l’impôt et au contrôle de la population.

Commençons par le volet fiscal de ce différend, rapporté à la réalité tibétaine. Au « bon vieux temps » de l’Ancien Régime féodal, la majorité des Tibétains étaient au service des monastères et des aristocrates au profit desquels ils devaient acquitter des redevances en nature et en corvée : même si le terme ne plaît pas aux nostalgiques d’un Tibet présenté par le dalaï-lama comme « le pays le plus heureux qui soit » (20), il s’agissait ni plus ni moins de servage : beaucoup de paysans n’avaient aucune chance de rembourser leur dettes et les esclaves fugitifs, quand ils étaient rattrapés, subissaient les pires châtiments : fustigations, amputations, énucléations... (21)

Une des premières mesures prises par le nouveau régime communiste fut l’abolition de ces taxes exorbitantes dont l’accumulation ‒ c’est bon à rappeler ‒ avait permis la constitution d’un fameux trésor au Potala, que les dignitaires cléricaux, par crainte du nouveau régime, avaient réussi en 1950 à exfiltrer et à planquer dans les caves du maharadja du Sikkim. (22)

La révolution communiste, ayant comme objectif une contribution égalitaire à l’édification de la société, ne fut pas, il est vrai, facile à mettre en œuvre, surtout dans un territoire immense, où la population essentiellement paysanne était répartie dans des villages enclavés à très haute altitude, voire dans des campements pour nomades ou semi-nomades. Dans leur volonté de remplacer les corvées et impôts en nature par un système moderne de taxation proportionnelle aux capacités de chacun, le nouveau pouvoir communiste dut faire face à des oppositions cimentées par des fidélités féodales qu’on ne discutait pas. La réforme agraire fut même la cause principale de la révolte qui éclata en 1956 dans le Kham, c’est-à-dire la partie du Sichuan à forte minorité tibétaine, une révolte qui fit tache d’huile jusqu’à provoquer au Tibet proprement dit les émeutes de 1959 et la fuite du dalaï-lama. Autre friction et non des moindres : la collectivisation des terres imposée partout en Chine par le « Grand Bond en Avant » (1958-1962) qui ne profita que très peu aux paysans sans terre et surtout entraîna, dans toutes les campagnes chinoises, une famine épouvantable, au cours de laquelle périrent de dizaines de millions de personnes, le Tibet proprement dit étant toutefois relativement épargné par ce fléau. (23)

L’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1977 allait marquer un tournant dans la gestion politico-économique du Tibet. Désirant mettre la question tibétaine derrière elle, la nouvelle direction chinoise décida d’investir massivement dans sa lointaine province occidentale ; cette orientation s’est poursuivie et même accentuée depuis : on estime que lors des deux dernières décennies, la RAT a bénéficié chaque année d’une subvention de quelque 4 à 5 milliards de dollars

Le dalaï-lama a beau regretter cette perfusion et déclarer qu’ « il faudra rapidement mettre un terme aux subsides chinois » (24) ; les Tibétains du Tibet ne partagent pas cette vision irréaliste sinon irresponsable : confrontés aux réalités du terrain ‒ trois millions d’habitants sur un territoire deux fois et demie supérieur à la France ‒, ils savent bien que sans les subventions allouées par Pékin et redistribuées par les autorités locales, c’en serait fini pour eux des prix garantis de l’orge et de la viande, c’en serait fini des primes à la construction, à l’achat des machines agricoles, aux frais scolaires, etc. C’en serait fini de l’État-Providence. Rien que pour l’entretien de l’infrastructure routière et ferroviaire, la seule force contributive des Tibétains serait nettement insuffisante, sans compter les cinq aéroports de la RAT dont le plus important, celui de Lhassa-Gonggar, assure la liaison avec une dizaine de villes chinoises, plus Katmandou au Népal.

Mais précisément, diront les contempteurs de la Chine – dans la ligne de Rabbi Shimon contempteur de l’Empire romain ‒ les ponts, les tunnels, les viaducs, les transports aériens, à quoi servent-ils sinon à contrôler la population ? C’est là une accusation fréquemment portée contre la Chine en général (25), encore renforcée par sa gestion rigoureuse de la crise sanitaire.

S’agissant particulièrement du Tibet, ça fait des années que l’ONG newyorkaise HRW (Human Rights Watch) a enfourché ce cheval de bataille de la « sédentarisation forcée » des nomades qui aurait pour but de les contrôler. Chacun sait pourtant, ou devrait savoir, qu’il s’agit essentiellement de semi-nomades, fréquentant les alpages en été et regagnant leur village en hiver. Chacun sait aussi, ou devrait savoir, qu’à cause de la raréfaction des pâturages, due à l’accroissement de la population humaine et du cheptel ainsi qu’au réchauffement climatique, une diversification des activités économiques s’impose pour ceux qui n’ont plus de quoi vivre du seul pastoralisme. (26) Remarquons aussi que, sans ces regroupements, l’instruction obligatoire resterait un vœu pieux et que la bataille contre l’analphabétisme au Tibet n’est pas encore définitivement gagnée. Ceux qui s’indignent du taux encore trop élevé d’analphabétisme au Tibet sont aussi ceux qui protestent contre la construction de villages où peut s’établir une école : cherchez l’erreur.

D’autre part, quand on sait qu’il existe au Tibet des mouvements indépendantistes, le gouvernement local n’aurait-il pas le droit de les contrôler, surtout lorsqu’ils sont entretenus de l’étranger ? Imagine-t-on, par exemple, que le Gouvernement espagnol pourrait ne pas contrôler les agissements des indépendantistes catalans ? Quand on sait aussi que certains monastères abritent des foyers de sédition (27), les autorités politiques n’auraient-elles pas le droit de les surveiller ? En particulier, les adeptes du dalaï-lama s’indignent des cours de civisme imposés aux moines ; jamais pourtant cette mesure n’aurait été nécessaire si, ici et là, le pouvoir religieux ne s’était érigé en État dans l’État.

Ajoutons encore une dimension géopolitique au droit que détient la Chine de contrôler le Tibet. « Par sa position de haut plateau dominant la région, le Tibet est à la Chine ce que le plateau du Golan (surplombant les plaines de Damas et de Galilée) est à Israël : un verrou et un mirador », écrit le chercheur Alexis Baconnet. (28) La seule « petite » différence, c’est que le Plateau du Golan est occupé par Israël au mépris du droit international (avec l’accord tacite des États-Unis), alors que l’appartenance du Tibet à la Chine n’est contestée par aucun État. Même les États-Unis, quand ils étaient au faîte de leur puissance et que la Chine était encore un pays déchiré, ont reconnu que le Tibet en faisait bien partie (29). Comme tous les autres États du monde, la RPC a le droit, et ses dirigeants ont même le devoir, de garantir l’intégrité du territoire et d’en contrôler les frontières.

Si, au IIe siècle, Rabbi Shimon, dans une vision biblique de l’histoire, se sentait autorisé à critiquer le contrôle de l’Empire romain sur sa province de Judée, il ne peut en être de même au 21e siècle à propos du contrôle du Tibet par la RPC, sauf peut-être pour les croyants au mythe du Tibet comme « Terre promise », que Donald S. Lopez appelle Prisoners of Shangri-la (30).

Dans l’esprit de ces derniers, on imagine sans peine ce que pourrait donner une comparaison simpliste entre le sort réservé par l’Empire romain à nos trois talmudistes et l’attitude du gouvernement chinois vis-à-vis des patriotes tibétains : Rabbi Shimon pourrait ainsi figurer les Tibétains condamnés à mort, Rabi Yosse symboliserait les exilés et Rabbi Yehouda représenterait les « collaborateurs » de l’occupant.

Des Tibétains condamnés à mort ?

Ce n’est un secret pour personne que la peine de mort est toujours d’application en Chine. Il n’est pas question ici de justifier cette pratique. Tout au plus, signalons que, si c’est en Chine qu’il y a le plus d’exécutions capitales, elle arrive loin derrière d’autres pays (comme Singapour, le Vietnam, le Kirghizistan, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite) si l’on tient compte du nombre d’habitants. Signalons aussi que les exécutions capitales en Chine ont tendance à se raréfier (31) et que la question de l’abolition de la peine de mort y est désormais ouvertement envisagée (32). Il n’est même pas idiot d’imaginer que la peine de mort soit abolie un jour en Chine avant de l’être complètement aux États-Unis où 50 % de l’opinion reste en faveur de son maintien : il suffirait pour cela que l’Assemblée populaire nationale décide de rayer la peine capitale du code pénal. Ce n’est sans doute pas ma génération (née avant la Deuxième Guerre mondiale) qui assistera à cet événement ‒ qui devra bien arriver un jour...

Quoi qu’il en soit, au Tibet les exécutions capitales sont rarissimes. Selon nos informations, les dernières ont eu lieu à la suite des émeutes de 2008. Le 27 octobre 2009, le gouvernement chinois a officiellement annoncé l’exécution de deux Tibétains, après les émeutes de Lhassa au printemps 2008. Pour rappel, le 4 mars 2008 à Lhassa, des Tibétains avaient saccagé et incendié de nombreux édifices privés et publics ; selon les sources, il y a eu de 19 à 22 morts, presque tous Chinois Han ou Hui qui ont été battus, brûlés vifs, déchiquetés ou lapidés, et des centaines de blessés (33).

L’exécution des deux émeutiers en 2009 rappelle l’exécution, quarante ans plus tôt, d’une autre personnalité tibétaine responsable de crimes de sang, à savoir la nonne Trinle Chödrön qui, se croyant investie d’une mission surnaturelle, avait pris la tête d’une faction particulièrement cruelle de Gardes rouges tibétains. Elle a été exécutée pour ses crimes en 1969 (34).

Qu’il y a ait eu, de plus, des exécutions sommaires au Tibet dans les années 50-60, cela ne fait aucun doute. Encore faut-il se souvenir qu’elles ont eu lieu pendant une guerre déclenchée par la croisade anticommuniste dont même Pierre-Antoine Donnet écrit qu’elle a été d’une « sauvagerie extrême » (35).

Pour l’époque plus contemporaine, les exécutions de prisonniers d’opinion au Tibet devraient se compter sur les doigts d’une seule main. D’après une liste composée sur base des témoignages de proches (36), en plus des 33 prisonniers libérés et des 8 encore emprisonnés, il y aurait eu 8 prisonniers tibétains « décédés ou exécutés », parmi lesquels un seul, Lobsang Dhondup, reconnu coupable d’un attentat à la bombe dans un centre commercial de Chengdu, est signalé comme ayant été exécuté en 2003 (d’après le MRAP, c’est-à-dire le Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples), alors que la peine de mort de son complice Tenzin Delek a été commuée en internement à perpétuité.

Encore une fois, il ne s’agit pas ici de justifier la peine de mort, ni même des peines de prisons lorsqu’elles sont exagérément longues, surtout si, comme cela est à plusieurs reprises signalé, ces sanctions ont pu s’accompagner de tortures. Mon propos est seulement d’indiquer qu’à ma connaissance aucun Tibétain n’a été condamné à mort pour avoir contesté, par la parole ou par l’écrit, le pouvoir en place, comme cela est arrivé à Rabbi Shimon.

Des Tibétains condamnés à l’exil ?

Quand on associe Tibet et exil, on pense immanquablement au dalaï-lama et aux dizaines de milliers de Tibétains qui l’ont accompagné en Inde suite aux événements de 1959. Et immanquablement on pense qu’il s’est agi d’un exil forcé par l’occupant, alors qu’en réalité ce fut une fuite décidée par le pontife tibétain et organisée par ... la CIA (37). Depuis que les archives britanniques et étatsuniennes ont été « déclassifiées », il s’agit là de faits avérés.

Dès 1951, l’ambassadeur des États-Unis à Delhi avait écrit au jeune dalaï-lama : « partez du Tibet, nous vous donnerons de l’argent pour vous et 100 personnes de votre suite et nous soutiendrons une résistance armée » (38).

Et ce qui devait arriver arriva : suite à de fausses rumeurs faisant état de menaces d’emprisonnement du dalaï-lama, une émeute éclata à Lhassa le 10 mars 1959. Le dalaï-lama s’est senti menacé moins par l’APL que par la Khampas contre-révolutionnaires. Affolé par deux explosions dans les environs du Norbulingka et craignant pour sa vie, il prit la décision de quitter Lhassa le 17 mars après que l’oracle de Nechung lui eut enjoint de partir immédiatement (39).

On ne peut plus ignorer aujourd’hui qu’il a bénéficié dans sa fuite de la protection de la CIA qui lui a parachuté armes, provisions et argent tout en mitraillant les positions chinoises. On doit aussi savoir que, si l’importante caravane des fuyards, lourdement chargée d’objets d’art et de pièces d’or, a pu franchir sans encombres les cols de l’Himalaya, c’est grâce à la retenue des Chinois ne voulant pas risquer d’attenter à la personne du dalaï-lama, car Mao Zedong comptait toujours sur lui pour moderniser le Tibet en douceur (40).

Hélas ‒ pour les Chinois, mais surtout pour la population tibétaine ‒ le jeune dalaï-lama, qui avait été reçu en grand pompe à Pékin par Mao et Zhou Enlai en 1954, s’était fait « retourner » dès son retour à Lhassa par sa famille et par d’autres dignitaires de l’Ancien régime, viscéralement anticommunistes. Et c’est ainsi que l’ « Océan de sagesse » et futur Nobel de la Paix, est devenu l’icône du « monde libre » pour avoir préféré les sirènes de l’Oncle Sam à l’émancipation et à la prospérité de ses concitoyens.

La comparaison entre l’exil du dalaï-lama, voulu par lui et par son entourage familial, n’est donc en rien comparable à celui que les autorités romaines ont imposé à Rabbi Yosse pour le punir de son refus de trancher en faveur de Rome la question soumise à controverse. Si comparaison il devait y avoir, ce serait plutôt entre Rabbi Yosse et un autre rabbi ayant enseigné en Judée un siècle plus tôt ; à la question-piège qui lui était posée, ce dernier avait répondu : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (41)

Loyautés tibétaines

Des trois rabbis impliqués dans la controverse sur les rapports entre l’Empire romain et le judaïsme, Rabbi Yehouda me paraît le plus inspirant dans la mesure où il affirme clairement qu’on peut être à la fois juif et citoyen romain (42). Amin Maalouf aurait pu s’en inspirer pour sa dénonciation des « identités meurtrières », ce poison qui cause tant de dommages dans le monde, y compris au Tibet ‒ dont les leaders « spirituels » déconseillent les mariages mixtes pour « garder pure la race tibétaine » (43).

J’ai encore en mémoire une conversation impromptue que mes compagnons de voyage et moi-même avons eue avec deux jeunes Tibétains lors d’un voyage en août 2009 sur le Haut Plateau. Comme ils se plaignaient de leur sort dans un excellent anglais, nous leur avons fait remarquer d’abord qu’ils n’avaient pas trop à se plaindre vu leur niveau d’instruction et ensuite qu’on pouvait être Bretons et Français, Wallons et Belges, Québécois et Canadiens et donc Tibétains et Chinois. Réponse qui nous a glacés : « You can’t mix ink and milk ! » (on ne peut mélanger l’encre et le lait). Ça se passait à Tongren, une ville du Qinghai célèbre pour son immense monastère bouddhiste Longwu et ses nombreux ateliers de peinture de thangkas.

Ce type de slogan, probablement entendu dans le monastère proche, a très heureusement de moins en moins de succès au Tibet, grâce à des hommes de la trempe de Tashi Tsering – qu’il m’a semblé opportun de comparer à Rabbi Yehouda, au-delà des différences de lieu et de temps. Qu’on me pardonne ce raccourci que d’aucuns jugeront peut-être trop audacieux.

Les deux hommes en question ont vu le jour dans des familles dont la religion, judaïque pour l’un et bouddhiste pour l’autre, constituait de manière incontestable la trame de l’existence. Rabbi Yehouda est né à Ousha, une bourgade de Galilée à environ 150 km de la ville sainte de Jérusalem ; Tashi Tsering est né à Guchok un village situé à quelque 200 km de la ville sainte de Lhassa. Ce sont tous deux des intellectuels reconnus : le premier pour avoir produit des commentaires bibliques qui ont fait école, le second pour avoir rédigé un dictionnaire trilingue anglais-tibétain-chinois, largement diffusé par Pékin.

Ce sont aussi de fortes personnalités qui ont eu maille à partir avec le pouvoir politique : suite aux répressions décidées par l’Empereur Hadrien, la tradition rapporte que Rabbi Yehouda a dû s’enfuir et rester caché pendant trois ans, le temps que le calme revienne ; Tashi Tsering, lui, pris dans le maelström de la Révolution culturelle, a passé onze ans en prison ou en résidence surveillée avant d’être complètement réhabilité et même dédommagé après l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping.

Rabbi Yehouda a été reconnu comme porte-parole de sa communauté. Selon une tradition, rapporte Wikipédia, cet honneur lui a été conféré par ses pairs qui reconnaissaient son autorité dans la transmission des enseignements oraux ; selon une autre tradition, il s’agit d’un titre octroyé par les Romains après que Rabbi Yehouda eut vanté leurs vertus technologiques et civilisatrices. Quoiqu’il en soit, Rabbi Yehouda semble avoir bénéficié d’un grand prestige tant chez ses coreligionnaires qu’auprès du pouvoir politique. Ici aussi, la comparaison avec Tashi Tsering s’impose, lui qui a su se gagner l’appui des autorités politiques pour réaliser son rêve : la construction de plus d’une cinquantaine d’écoles pour des milliers de petits Tibétains et de petites Tibétaines. En me promenant avec lui dans les rues de Lhassa, en 2009 et 2012, j’ai pu mesurer à quel point il était connu et apprécié par ses compatriotes tibétains ; et les Chinois ne sont pas en reste : le réalisateur Wu Xingyuan, lui a consacré en 2006 un documentaire de 50 minutes pour faire connaître son histoire à travers toute la Chine.

La Chine compte 55 minorités ethniques qui toutes ensemble ne constituent que 8 % de la population totale. C’est dire que pour vivre harmonieusement et prospérer, elles ont besoin d’un État central solide. Les Tibétains ne font pas exception : 9e minorité par nombre de ressortissants (44), ils savent aujourd’hui qu’ils ont tout à gagner à rester arrimés au vaste paquebot chinois. Tashi Tsering a été un des premiers Tibétains à le comprendre et à engager ses compatriotes dans la voie de la Pax Sinica. Une position, certes inconfortable (45), comme a dû l’être celle de Rabbi Yehouda face à la Pax Romana. Mais une position réaliste et finalement profitable à la toute grande majorité de leur communauté respective.

(1) Voir http://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-dans-le-monde/525-quand-le-tibet-s-eveillera-passe-au-crible-alexandre-adler-un-curieux-expert.
Voir aussi
http://tibetdoc.org/index.php/politique/geopolitique/536-un-axe-dharamsala-jerusalem,
http://tibetdoc.org/index.php/politique/geopolitique/248-palestiniens-et-tibetains-meme-combat,
http://tibetdoc.org/index.php/politique/geopolitique/424-palestiniens-et-tibetains-meme-combat-actualisation,
http://tibetdoc.org/index.php/politique/geopolitique/186-le-centre-simon-wiesenthal-et-le-dalai-lama.
(2) Ivan Segré cite ici la phrase de Walter Benjamin : « Il n’est pas de document de culture qui ne soit en même temps un document de barbarie. »
(3) Frédéric Lenoir, Tibet, le moment de vérité, Plon, 2008, p. 219.
(4) comme l’ethnologue et tibétologue française Katia Buffetrille (voir son article « Xi-Jinping, le Covid-19 et les Tibétains » paru dans Libération le 15/05/2020).
(5) Voir http://euradio.be/2020/12/01/geopolis-tibet/. Interview de Sabine Verhest par Ulrich Huygevelde sur les ondes de Géopolis-euradio » (01/12/2020).
(6) De multiples exemples en sont donnés par Albert Ettinger dans son livre Tibet, paradis perdu ? Régime politique, société et idéologie sous le règne des lamas, China Intercontinental Press, 2014. Recension : http://tibetdoc.org/index.php/histoire/periode-bouddhiste/483-tibet-paradis-perdu-ou-enfer-demasque.
(7) La liste en est longue : j’en ai relevé quatorze. Voir Dharamsalades. Les masques tombent, éd. Amalthée, 2019, pp. 7-28.
(8) Plus de détails dans http://tibetdoc.org/index.php/histoire/20eme-siecle/357-des-temples-bouddhistes-saccages-avant-la-revolution-culturelle.
(9) D’après l’intéressant documentaire suisse, datant de 1999 :(https://youtube.com/watch?v=ucJiGjsi2Wk), le Gouvernement accordait déjà, il y a plus de vingt ans, 15.000 $ pour la remise en état de chaque monastère. Ce documentaire de très haut niveau journalistique et de grand intérêt ethnologique est toujours disponible sur le net.
(10) Grosse différence avec le monde juif qui a toujours accordé la priorité à l’enseignement des textes sacrés au sein des communautés.
(11) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/langue-litterature/28-ouverture-d-un-centre-de-restauration-des-manuscrits-anciens et http://tibetdoc.org/index.php/politique/mediatisation/419-le-tibet-vu-et-revu-par-geo-5e-et-derniere-partie-un-certain-regard-sur-la-culture.
(12) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/patrimoine-traditions/469-le-bain-therapeutique-tibetain-lum-inscrit-au-patrimoine-de-l-unesco
(13) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/16-le-collectif-gedun-choephel-artist-s-guild et http://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/11-le-peintre-ngangsang-expose-a-lhassahttp://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/11-le-peintre-ngangsang-expose-a-lhassa.
(14) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/15-tournage-du-nouveau-film-de-pema-tseden.
(15) L’opéra tibétain a été inscrit en 2009 dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Voir aussi http://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/13-dorjee-tsering-un-pavarotti-tibetain.
(16) Voir, sur le site tibet.cn Une comédie musicale tibétaine montre l’histoire de la culture Labrang (15/06/2020).
(17) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/arts-plastiques/10-le-rap-au-tibet-une-tradition-seculaire.
(18) Thunder for Tibet, compte rendu du livre de Pico Iyer, The Open Road : The Global Journey of the Fourteenth Dalai Lama, Knopf, in The New York Review of Books, vol. 55, number 9, May 29, 2008.
(19) Voir http://tibetdoc.org/index.php/culture/langue-litterature/9-2le-renouveau-de-la-litterature-tibetaine.
(20) « (...) I am sure that Tibet was among the happiest of lands. » (Dalaï-lama, My Land and My People, The Original Autobiography of His Holiness the Dalai Lama of Tibet, New York, Warner Books Edition, 1997, p. 46). Propos largement contredit par tous les témoins (Gonbojab Tsebekovitch Tsybikov, Ekai Kawaguchi, Alexandra David-Néel, Heinrich Harrer, etc.).
(21) Nombreux exemples dans le livre cité d’Albert Ettinger, regroupés dans des chapitres aux titres assez parlants : « Apparat féodal pour le haut clergé, bâton et fouet pour les croyants », « Fantasmes sadiques – les seize enfers du lamaïsme », « Un véritable règne de la terreur », etc.
(22) Voir le récit rocambolesque de cette fameuse évasion fiscale par Tashi Tsering, qui en fut témoin et même acteur, aux pp. 72-73 de Mon combat pour un Tibet moderne. Récit de vie de Tashi Tsering, éd. Golias, 2010.
(23) D’après Barry Sautman, Contemporary Tibet : politics, development, and society in a disputed region, M. E. Sharpe, 2006.
(24) Mémorandum adressé au Gouvernement chinois, novembre 2008, website CTA (Gouvernement tibétain en exil). Cité dans l’excellent petit livre qui n’a rien perdu de son actualité Tibet : au-delà de l’illusion de Jean-Paul Desimpelaere († 2013) et de sa veuve Élisabeth Martens, éd. Aden, 2009.
(25) Voir notamment le documentaire d’Arte-France « 7 milliards de suspects », diffusé notamment sur La Une (RTBF) le 26/03/2020 et le décryptage magistral qu’en a donné Emmanuel Wathelet sur son « blog du radis » du 16/05/2020.
(26) Voir notamment http://tibetdoc.org/index.php/societe/habitat/336-delocalisation-des-nomades-au-tibet.
(27) Voir les travaux de Enze Han et Christopher Paik : Our results indicate that the spread and frequency of protests are significantly associated with the number of government-registered Buddhist sites in particular locales (Résumé de l’étude Reversal toward Repression and Changing Dynamics of Ethnic Demography : Evidence from Tibet in The China Quarterly ).
(28) Alexis Baconnet, “Tibet, la géopolitique a ses raisons que la morale ignore” dans Monde chinois, n° 19, automne 2009, p. 91. Cité dans Inde-Chine : concurrence dans le voisinage de Tanguy Struye de Swielande (UCL), Notes d’Analyse, 8, juin 2010.
(29) Voir le télégramme que Roosevelt a adressé au Guomindang en 1943 : I then said [to Churchill] that Tibet had been part of China since imperial times and it is now part of the Republic of China, which had nothing to do with Britain (publié par l’université Stanford, 2009).
(30) Titre-choc de son ouvrage fameux, publié en 1998 par l’Université de Chicago, édulcoré dans sa traduction française en Fascination tibétaine, éd. Autrement, 2003.
(31) « Deux faits demeurent cependant certains : la Chine est le pays qui exécute le plus de prisonniers dans le monde et les exécutions ont tendance à diminuer depuis quelques années » : citation de l’article de Wikipédia Peine de mort en république populaire de Chine.
(32) Voir Zhang Ning, Le débat sur la peine de mort en Chine, janvier 2010
(http://journals.openedition.org/perspectiveschinoises/912).
(33) Voir http://tibetdoc.org/index.php/politique/conflits/387-5-questions-a-propos-du-soulevement-au-tibet. Une vidéo de 2 min 24 s est encore visible sur YouTube : on y distingue nettement des moines parmi les émeutiers...
(34) Cette histoire est racontée en détail dans On the Cultural Revolution in Tibet : The Nyemo Incident of 1969 de Melvyn Goldstein, 2009, University of California Press. Albert Ettinger en fournit un excellent résumé dans http://tibetdoc.org/index.php/accueil/recension/105-critique-de-la-chronologie-detaillee-du-tibet-etablie-par-la-campagne-internationale-en-faveur-du-dalai-lama.
(35) dans Tibet mort ou vif, Gallimard, 1990, p. 53. Cet ouvrage, pour le moins tendancieux, a été réédité en 2019, ce qui a provoqué chez Albert Ettinger une mise au point particulièrement sévère : http://tibetdoc.org/index.php/politique/mediatisation/487-une-reedition-superflue-d-un-livre-partisan-et-obsolete.
(36) Voir, sur Wikipédia, Liste de prisonniers d’opinion tibétains. Une autre liste reproduite par Wikipédia sous le titre Catégorie : prisonnier d’opinion tibétain mentionne 69 noms par ordre alphabétique, couvrant, semble-t-il, toute le dernier demi-siècle, puisqu’on y retrouve notamment cité mon ami Tashi Tsering, en prison et puis en résidence surveillée de 1967 à 1978.
(37) Voir Kenneth Conboy et James Morrisson, The CIA’s Secret War in Tibet, University Press of Kansas, Modern War Studies, 2002.
(38) Melvyn Goldstein, A History of Modern Tibet, volume II, 1951-1955,The Calm before the Storm, University of California Press, 2007, pp. 231-232.
(39) Précisions apportées par Albert Ettinger dans http://tibetdoc.org/index.php/histoire/histoire-en-general/105-critique-de-la-chronologie-detaillee-du-tibet-etablie-par-la-campagne-internationale-en-faveur-du-dalai-lama-3.
(40) Voir Timothy D. Allman, A Myth foisted on the Western World in Nation Review, January, 1974).
(41) Selon les trois évangiles synoptiques : Marc 12, 13-17, Matthieu 22, 15-22 et Luc 20, 20-26.
(42) On sait que le titre de citoyen romain était assez généreusement accordé aux ressortissants des territoires pacifiés de l’Empire. Parmi les juifs citoyens romains, on connaît, par exemple, l’historiographe Flavius Josèphe et l’apôtre Paul.
(43) Interview de l’ancien « premier ministre » du « gouvernement en exil » Samdhong Rinpoché dans le South China Morning Post du 30/08/2003.
(44) après les Zhuangs, les Mandchous, les Hui, les Miao, les Ouïghours, les Tujas, les Yi et les Mongols.
(45) Pour rentrer au pays se mettre au service de son peuple, Tashi Tsering a dû quitter son confort d’étudiant bien intégré dans la communauté des étudiants tibétains à Seattle. Puis, il a dû résister à la tentation de se laisser acheter par le frère aîné du dalaï-lama lui promettant un emploi bien rémunéré s’il se mettait au service des exilés réactionnaires. Et,last but not least, accusé pendant la Révolution culturelle d’être un espion à la solde des États-Unis, il a connu les procès publics et la prison.

COMMENTAIRES  

17/12/2020 23:06 par charclot

rien de nouveau sous le soleil en somme... En fait, le papa de Goebbels, Hitler, disait : "Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois il devient une vérité." Cette procédure est utilisée par tous les gouvernements de tous les pays dans la mesure où ils ont des conneries à cacher... Je veux bien être un gentil petit garçon, mais je ne crois pas que la Chine soit pire que les autres ni meilleure. Par contre ce qui est sur c’est qu’elle a une histoire plurimillenaire et qu’à ce compte , il est vrai que certains de ces territoires n’ont peut être pas encore digéré l’anschluss. Cette remarque reste cependant valable pour l’ensemble des empires contemporains en présence à savoir la Russie , les Etats Unis, le Canada, le Brésil, l’Inde, l’Europe... Comme nous sommes dans la continuité d’une volonté suprémaciste, chacune des parts de ce fromage fonctionne au clientélisme et met en action ce que disait un charmant philosophe du 16/17° Francis Bacon : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Mais, en miroir, à cette citation une autre d’un charmant petit bonhomme du 18/19° Talleyrand " Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. " La vérité , cette chose que nous proposons aux autres en étant incapable de l’accepter pour nous même... Olé

18/12/2020 07:08 par Xiao Pignouf

Merci pour ce texte M. Lacroix, j’ai quelques amis qui devraient le lire.

Cependant, gaffe...

nombre d’entre eux et d’entre elles créent leurs propres entreprises et exploitent directement les ressources, notamment touristiques, de leur beau pays.

... certains pourraient tirer avantage de cette coquille en y voyant un lapsus : le Tibet est une province et non un pays.

18/12/2020 16:11 par J.J.

. certains pourraient tirer avantage de cette coquille en y voyant un lapsus : le Tibet est une province et non un pays.
C’est vrai qu’il faut toujours se méfier des pinailleurs, surtout quand il sont de mauvaises foi et mal intentionnés.

Pour "d’honnêtes gens", ça ne prête pas à confusion, par exemple, quand dans ma région on parle du Pays Bas de Cognac, ou du pays de Retz, en Vendée, ou du Pays de la Truffe, en Dordogne, ou de la région des Pays de Loire, on n’aurait pas l’idée de donner à ces territoires des velléités d’autonomie, il en est donc de même pour le Tibet..

18/12/2020 18:06 par charclot

@ J.J.
chez moi on dit pays de cons mais ça doit être le même, entre Jonzac et Castillon !

18/12/2020 21:18 par Xiao Pignouf

@J.J

Vous avez raison, le pays, c’est d’abord le « territoire d’une nation » mais le glissement sémantique, par métonymie, a fixé le terme sur la deuxième partie. Malgré toutes les traces qu’on trouve chez nous.

En chinois, « pays » se traduit par « guójiā » (国家), littéralement « pays-foyer », ainsi chaque pays comporte le caractère « guó » (国) : la Chine, « zhōngguó » (中国), littéralement « pays du milieu », la France, « fàguó » (法国), littéralement « pays de la loi », USA : « měiguó » (美国), Allemagne : « déguó » (德国), etc.

Alors que le Tibet se traduira par « xīzàng » (西藏), littéralement « trésor de l’ouest ».

19/12/2020 11:12 par charclot

@Xiao
non seulement t’es taquin mais en plus t’es pointu du coup j’hésite entre poinquin, tatu, quinpoin, tuta, tapoin et pointa... La langue française manque parfois un peu de souplesse mais pas de finesse souvent mal utilisée... Merci en tout cas pour ce bref cours sinophile et qui m’a bien fait rire quand j’ai su que la France était le pays de la loi... Z’avaient pas du lire les codes....

19/12/2020 16:36 par Pierre Bouchart

Un texte qui est un exercice intéressant surtout par ses références et comparaison entre le Tibet et la Chine par rapport aux romains de l’empire et la Judée ancienne. Façon d’attirer les "mécréants" qui ont pris leurs distances avec toutes les gauches.

Ainsi, la gauche occidentale qui contrairement à ses prétentions baigne dans le noyau religieux du christianisme et qui y trouve une grande partie de son existence est incapable dans son principe rationnel de voir tous ses dogmes qui ne sont qu’incontestables.

La révolution française de 1789 qui rend possible la gauche libérale puis après la gauche socialiste et plus tard encore par sa spécificité celle du communisme a on le sait promis le paradis sur terre plutôt qu’au ciel. L’inspiration gréco-latine dans l’humanisme et la future gauche s’est faite dans un rapport d’amour-haine avec la chrétienté d’autant que les sectes protestantes toujours christique ont permis au moins en Europe la sortie croissante de l’église et de la lourde papauté vue aujourd’hui encore.

D’où parle la gauche, d’où parle les gauches ? En 2020, la question devrait se poser plus que jamais.

La gauche libérale n’est pas en totale rupture avec la gauche sociale ni avec la nouvelle gauche des minorités qui celle là prétend à l’hégémonie proche de la libérale ou de l’illibérale à la Macron.

Si LGS est d’une gauche sociale qui a un fond castriste ou socialiste de fibre latino-américaine capable de considérer l’indépendance nationale de ces peuples dont Cuba a donné l’exemple. Ici l’indépendance ou la grande autonomie du Tibet ne retient pas l’attention tout comme la Chine semble exempt d’une faculté impérialiste par l’économie pourtant vérifiée de jour en jour tout comme le contrôle de la population par l’État chinois ne fait pas partie du sujet ce qui ne veut pas dire que le régime chinois vit sans équations difficiles.

Le sujet c’est le Tibet et la Chine, des éléments vrais en ressortent tout en mettant de côté ce qui dérange plus comme dans tout média de droite ou gauche. On n’en sortira pas évidemment.

La critique du féodalisme tibétain traditionnel se défend sans doute sans oublier que les mafias de nos jours en est une suite d’une façon que les oligarchies capitalistes n’en sont pas en rupture totale du mafieux. Que modernisme et traditions ne se réduisent pas à une pure opposition certes réelle distincte entre bien et mal. Que l’humain est un prédateur comme pour toute espèce vivante que c’est une donnée évacuée au nom du progressisme multiforme et pourtant nous ne sommes pas des anges que la gauche devrait plus philosopher par ce constat que l’espèce humaine n’est même pas la plus solidaire du règne du vivant.

On aurait pu parler du cas de la Gaule antique romanisée qui a de fait par Rome liquéfiée la culture celte dans sa plus grande partie dont celle de ses élites et de ses divinités laissant au peuple gallo-romanisée paysan la capacité avant la haute chrétienté
pré-Renaissance de maintenir ses coutumes dont la musique encore que la Bretagne anglaise a mieux fait pour cette conservation que la Bretagne française. Et que les Gaulois aient pratiqués le sacrifice humain n’évacue pas le sujet complètement par rapport à la romanisation et la christianisation future. Sans réduire à rien les coutumes cruelles sans être profondément multiculturaliste, vraiment pas.

Il faut tout de même voir la réalité des génocides culturels comme celle pire des génocides physiques de leur réalité dans l’histoire et au futur dans notre époque troublée que LGS regarde plus ou moins s’en tenant à l’édification du socialisme en Amérique Latine, autrement en Chine. En conclusion de façon récente comme pour le Tibet, on aurait pu mentionner le Canada, les É.U comme foyer de marginalisation réussie des autochtones amérindiens comme essentiellement de la présence du français au Canada en nombre majoritaire par la seule province du Québec du fait du bannissement historique du français dans le pays contre les francophones canadiens devenus québécois qui ont droits à une amélioration de condition au Québec comme supposément les Tibétains sans le féodalisme au 20ème siècle mais qui voient la réduction maintenant du poids démographique francophone en dessous de 82% vers 77% et plus n’étant d’une immigration de langue française contestée par une autre anglophone.

La stricte horreur n’est pas le sujet n’empêche les peuples ont le droit de se maintenir et face à la gauche des minorités woke américaine et française, la gauche libérale idem franco-américaine Macron-Biden-Harris il faut lire cette haine des nations c’est l’actualité.

20/12/2020 12:06 par Assimbonanga

@Xiao : le Tibet se traduira par « xīzàng » (西藏), littéralement « trésor de l’ouest ». Ça pourrait bien s’avérer encore plus vrai avec la guerre de l’eau... La Chine aimerait s’annexer la faculté d’arrosage contenue là-haut, en sources, ou en nuages...

20/12/2020 14:50 par legrandsoir

Sur 193 pays membres de l’ONU, il n’y en a pas un pays (pas même les USA) qui n’admette que le Tibet est en Chine. Pareillement, la Bretagne, la Corse, la Savoie, etc., sont en France.
La Chine n’a donc pas à "annexer" ce qui est à elle et chez elle.
MV

20/12/2020 15:24 par Assimbonanga

@LGS, sans problème, je retire le mot annexer.
Par contre, lorsque l’eau est retirée d’un bassin versant, elle n’y revient pas. Et lorsque ce n’est plus hydraté naturellement, il arrive pas mal de problème.
Ça peut bien être entre gens de la même nationalité. Là où j’habite nos sources sont captées pour alimenter des villes plus bas : nos ruisseaux perdent leur débit. Les trop-plein ne sont même pas restitués en haut du captage, mais en gaspillage en bas.
Je n’oublie pas que la guerre de l’eau est partout. Ce n’est pas un reproche pour dénigrer les Chinois, que nenni. Les Turcs font un cirque avec l’eau. On prend quelque part, on vend à d’autres : on assèche les zones naturelles, on désertifie, on crée du préjudice. C’est la marque du XXIè siècle.

20/12/2020 18:01 par Xiao Pignouf

@Charclot

C’est facile d’en foutre plein la vue avec quelques caractères chinois bien sentis, mais en regard du nombre d’années que j’y ai passé, mes connaissances en cette matière sont plutôt à considérer comme pauvres. Ce que j’ai mentionné dans mon commentaire précédent, c’est comme qui dirait la base. Mais ça n’empêche que c’est intéressant, c’est vrai.

21/12/2020 10:02 par Assimbonanga

Bon enfin bref, le Tibet est peut-être bien un château d’eau et selon comme l’on "gère" cette eau, elle va profiter plutôt à la Chine ou plutôt à l’autre versant du Tibet. Donc, dossier à surveiller.
Déjà sur France Inter, j’ai capté un bref reportage sur l’art de faire tomber la pluie des nuages par des moyens technologiques. Si vous arrêtez un nuage dans son processus, c’est une intervention pas anodine et pas sans conséquences surtout pour la zone où tombent généralement ces nuages...
On n’est plus dans un problème spécifiquement chinois. C’est l’action de l’Homme sur la nature.

22/12/2020 01:32 par paulo d.

Xīzàng 西藏 ne signifie pas trésor.
西 ouest
藏 dépôt / lieu de stockage

le même caractère 藏 cáng, prononcé cáng, a effectivement le sens de cacher, mais pour le Tibet c bien 藏 zàng qui est employé

Bref il rien de caché, et il n’y a aucun trésor (dans le nom s’entende)

22/12/2020 01:44 par paulo d.

il y a beaucoup de pays qui n’ont pas le caractère
国 guó dans leur nom en nouach :
西班牙 Espagne
意大利 Italie
墨西哥 Mexique
阿尔及利亚 Zemmourland

22/12/2020 01:54 par paulo d.

Le livre d’Albert Ettinger est un trésor
Il existe aussi le livre de Michael Parenti en anglais, de mémoire, Friendly Feudalism, qui a peut-être 20 ans mais il y avait déjà tout

22/12/2020 09:05 par charclot

@paulo d.jusqu’à preuve du contraire et à moins de faire preuve de mauvaise fois personne ne veut renvoyer Machin chez ces pauvres algériens qui ont bien assez de misére comme ça depuis qu’ils ont des gaz... Le vrai pays de Machin, c’est le PAF, entre le département C pas nouveau et reuteuleu....mais les précisions et subtilités linguistiques ouvrent un panorama intéressant.
En ayant un bref aperçu de l’histoire de la Chine, les Han restent quand même des conquérants et n’ont pas acquis le Tibet en épousant un dalaï-lama. Que la désinformation soit de mise c’est normal, c’est endémique mais pax américana ou pac china n’est pas paix mais soumission par la force et colonisation... vous me réciterez trois paté et deux bavé

22/12/2020 09:10 par Xiao Pignouf

@paulo d

Le fait de traduire le caractère 藏, cáng par « lieu de stockage », ne signifie pas qu’il conserve ce sens, ni la même prononciation, associé à un autre. Le sens que j’en donne n’est pas de moi mais c’est celui qu’en donne Gao Xingjian dans son roman La Montagne de l’âme.

Pour le reste vous avez raison, je n’aurais pas dû dire « chaque pays ». En effet, beaucoup de pays ne comportent pas le caractère 国, guó, comme le Japon ou la Corée du nord, et souvent parce que c’est une transcription phonétique de leur nom, comme l’Italie, l’Espagne ou l’Algérie... Zemmourland ? C’est pas drôle...

22/12/2020 14:39 par T 34

Chanson sur le développement du Tibet Serfs, Arisen, Sing in Praise (avec sous titres)

Il y a un texte en dessous en chinois, voici ce que cela donne passé au traducteur automatique :

Pendant des milliers d’années, le Tibet a été une société de serfs féodaux gouvernée par la dictature des moines et des nobles sous"l’Unité du gouvernement et de la religion". les figures représentatives de son système sont le Dalaï Lama et d’autres religieux de haut niveau figures.In avril 1951, la délégation du gouvernement local Tibétain, dirigée par Abhay Awang Jinmei (Tibetan))))))))), finalement arrivé à Pékin à la fin de 1951 pour négocier.Le 23 mai de la même année, les représentants plénipotentiaires du gouvernement populaire Central et du gouvernement local du Tibet ont signé à Beijing l’accord entre le gouvernement populaire Central et le gouvernement local du Tibet sur les mesures de libération pacifique du Tibet (appelé "accord de L’Article 17"), proclamant la libération pacifique du Tibet et contrecarrant les États-Unis et la Grande-Bretagne negotiations.In 1955, le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet a été established.At dans le même temps, le grand public a proposé une réforme démocratique et certaines classes moyennes et supérieures ont exprimé une réforme globale de l’ancien système social du Tibet.

Bien que le gouvernement central ait signé l’accord de 17 articles avec l’ancien gouvernement local du Tibet, le système social du Tibet est toujours une société de serfs féodaux sous la dictature des moines et des nobles sous"l’Unité du gouvernement et de la religion".L’Article 4 de l’accord de 17 articles stipule :"le gouvernement central ne changera pas le système politique actuel au Tibet.Le statut et l’autorité inhérents du Dalaï Lama ne seront pas modifiés par le gouvernement central.Les fonctionnaires à tous les niveaux servent comme d’habitude.L’Article 11 stipule que " le gouvernement central ne doit pas obliger le transfert de toutes les questions de haut niveau liées au Tibet."Le gouvernement local au Tibet procédera automatiquement à la réforme, et lorsque le peuple présentera ses demandes de réforme, il pourra les résoudre en consultant les principaux membres du Tibet.」

Avant la réforme démocratique de 1959, le Tibet avait longtemps été dans une société de servage féodal sous l’Unité du gouvernement et de la religion, la dictature des moines et des nobles, qui était plus sombre et cruel que le système de servage dans l’Europe médiévale.Les 13e et 16e codes, en circulation depuis des centaines d & apos ; années dans l & apos ; ancien Tibet, divisent la population en trois et neuf niveaux et stipulent clairement que le statut juridique de la population est inégal.Les données historiques conservées par les archives tibétaines montrent que les serfs tels que les fonctionnaires, les nobles et les moines monastiques supérieurs, qui représentaient moins de 5% de la population du Vieux Tibet, représentaient presque toutes les terres arables, les pâturages, les forêts, les montagnes et les rivières du Tibet, ainsi que la plupart du bétail du Tibet.Plus de 90% de la population du Vieux Tibet était traitée comme une propriété privée par les propriétaires serfs et pouvait être achetée, transférée, donnée, payée et échangée à volonté.Les propriétaires de serfs peuvent également créer des prisons privées sur leurs domaines.La punition comprend couper l’œil,couper l’oreille,casser la main,couper le pied, crampes, jeter de l’eau, etc.

Rien qu’à cette époque, il y avait plus de 200 types d’impôts différentiels perçus par le gouvernement local au Tibet.Serfs pour la branche principale serf de la différence, le nom "URA", représentant plus de 50% du travail domestique serf, élevé jusqu’à 70% à 80%.Serfs ont travaillé dur pendant de nombreuses années, mais même la nourriture et les vêtements ne peuvent pas être garantis, comptent souvent sur l’usure à peine joindre les deux bouts, usure taux d’intérêt annuel allant jusqu’à 20% à 30%, de sorte que les emprunteurs rouler des bénéfices, ce qui entraîne sans fin"descendants de la dette"et au prêteur et garantLe proverbe Tibétain décrit : "les serfs ont trois couteaux, beaucoup de pauvres, un loyer lourd, un profit élevé ; les serfs ont trois routes devant eux, fuyant, esclaves et mendiant."

Au Tibet dans la première moitié du 20ème siècle, la lutte contre le patriotisme anti-impérialiste et la trahison pro-impérialiste était entrelacée, principalement entre la classe serf et la classe serf féodale. c’était une lutte entre les forces progressistes sociales représentant les forces productives avancées et les forces démodées qui tentaient de maintenir une production en retard relations.In Tibet, le système de serfs féodaux utilisé pour remplacer l’esclavage en tant que système social relativement avancé, et avec le développement continu de la société tibétaine, il a progressivement dégénéré en un système arriéré, décadent et démodé qui entrave le développement des forces productives sociales et le progrès social.

En conséquence, le groupe réactionnaire des propriétaires de serfs supérieurs, dirigé par le Dalaï-Lama, a délibérément saboté l’accord depuis la libération du Tibet dans le but de préserver le servage pour toujours.Bien que Mao Zedong ait écrit au Dalaï-Lama en 1956 pour dire qu’il n’était pas prêt à mener une réforme démocratique immédiate au Tibet, le Dalaï-Lama et d’autres groupes de la classe supérieure du Vieux Tibet et certains serfs ont lancé une rébellion armée en mars 1959 pour déchirer l’accord de 17 articles.Sous la bannière de"contre le peuple Han", ils ont conspiré pour diviser la patrie et s’opposer à la Réforme sociale fortement réclamée par des millions de serfs Tibétains.Cependant, leur rébellion a rapidement été réprimée par l’Armée populaire de libération avec le soutien et la coopération du grand nombre de serfs, et le Dalaï-Lama lui-même s’est enfui en Inde et a établi un"gouvernement en exil"."De nombreux participants à l’événement"3 • 14" étaient des jeunes qui ne connaissaient pas la vérité", a rappelé Shan zengquza, un nouveau magazine des députés de l’actuel Congrès du peuple.」

Le 28 mars 1959, le gouvernement central a annoncé la dissolution du gouvernement local au Tibet, et le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet a exercé les fonctions et les pouvoirs du gouvernement local au Tibet, a officiellement lancé une réforme démocratique au Tibet, a aboli le système féodal de serfs"d’Unité de gouvernement et de religion", afin que des millions de serfs et d’esclaves puissent acquérir la liberté personnelle, partager la terre et jouir des droits politiques prescrits par la loi.

La réforme démocratique se fait par étapes et par étapes.

La première étape consiste à réaliser les " trois révoltes "(contre la rébellion, contre le système de service URA, contre le système d’attachement personnel) et la réduction des loyers et des taux d’intérêt campaign.In la campagne, la Politique de "qui grandit et qui reçoit" pour la terre des Seigneurs rebelles ; pour la terre des Seigneurs non rebelles, la mise en œuvre de la "réduction de loyer 28" (Le Seigneur en obtient deux, le locataire en obtient huit). en même temps, libérez les esclaves familiaux et abolissez les personnels attachment.In dans les zones pastorales, le bétail qui participe aux bergers rebelles est pâturé par les anciens pasteurs et le revenu appartient aux pasteurs ; le bétail qui ne participe pas aux pasteurs rebelles appartient toujours aux pasteurs, mais l’exploitation des pasteurs est réduite et le revenu des pasteurs est augmenté."À cette époque, les gens ont retiré le titre de propriété de leurs maisons et l’ont brûlé ensemble, puis ont sauté autour du feu toute la nuit.」

La deuxième étape consiste à confisquer les moyens de production des Seigneurs qui ont participé à la rébellion et à les distribuer aux agriculteurs et aux bergers pauvres ; pour les seigneurs qui n’ont pas participé à la rébellion, la Politique de rançon est adoptée et l’État paie leurs moyens de production, qui sont distribués gratuitement aux agriculteurs et aux bergers pauvres, et les agriculteurs et les bergers reçoivent également une part des moyens de production.

Étant donné que ces politiques, méthodes et mesures ont été formulées sur la base des conditions réelles, elles ont été bien accueillies par les gens de tous les horizons, en premier lieu les serfs et les esclaves pauvres, et ont acquis la compréhension et la coopération de plus de personnes de niveau supérieur, afin d’assurer le bon déroulement de la réforme démocratique Tibet.By à la fin de 1960, le Tibet avait pratiquement achevé la réforme agraire, et des organisations de masse telles que des associations d’agriculteurs et de bergers sous la direction du Parti communiste et des comités de contre-insurrection et de Protection des animaux avaient été créées dans toute la région, et le pouvoir populaire à tous les niveaux avait été établi sur cette base.

Le mouvement de réforme agraire démocratique a été le changement social le plus vaste, le plus profond et le plus important de l’histoire du Tibet. depuis lors, le Tibet a aboli le sombre système féodal des serfs, établi un nouveau système social et des millions de serfs ont été libérés.Pendant des milliers d’années, les serfs et les esclaves, traités comme des"bovins et des chevaux parlants", se sont libérés de leurs chaînes, sont devenus des"gens"au vrai sens du terme, sont devenus maîtres de leur propre destin et de la société tibétaine, ont ouvert une nouvelle ère de propriété par le peuple tibétain et ont écrit un chapitre glorieux

Depuis la réforme démocratique,avec le soin du gouvernement populaire Central et le soutien du peuple de tous les groupes ethniques du Tibet, le peuple de tous les groupes ethniques du Tibet a, en tant que maîtres, déclenché un grand enthousiasme pour créer une vie meilleure, favorisé le développement économique et social du Tibet à pas de géant et réalisé des réalisations historiques dans diverses entreprises qui ont attiré l’attention du monde entier.Le 19 janvier 2009, le président du Comité permanent du Congrès populaire de la région autonome du Tibet, Li Zhen (列 确ས 常ོོ 列), a annoncé que 382 délégués participant à la deuxième session de la neuvième session du Congrès populaire de la région autonome du Tibet ont voté à l’unanimité pour fixer le 28 mars de chaque année comme"anniversaire de la libération de millions de paysans et d’esclaves au Tibet"pour commémorer les réformes démocratiques menées au Tibet il y a 50 ans.L’anniversaire de la libération de millions de paysans et d’esclaves au Tibet.Avant le vote, le projet de décision(projet) du Congrès populaire de la région autonome du Tibet sur l’établissement de l’anniversaire de la libération de millions de paysans et d’esclaves au Tibet a été lu en tibétain et en chinois, respectivement.

"Turn over the serf singing "est composé par Li Kun et Yan Fei, à l’origine la chanson thème du documentaire" Tibet today", créé en 1959, par Cai Dan zhoma ())) 主 主 主 主 主 主 主) chanteur principal.Le Central News Record film studio a filmé un documentaire "Tibet today" reflétant les grands changements au Tibet. le réalisateur Li Kun et le compositeur Yan Fei ont collaboré pour écrire une chanson thème pour le film, nommée "turn over the serfs singing".Après cela, Li Kun a entendu dire que le Conservatoire de musique de Shanghai avait une étudiante tibétaine nommée Cai Dan Zhuoma, il a rapidement contacté l’école, espérant que Cai Dan Zhuoma puisse chanter la chanson.Parce que la langue chinoise de Cai Dan Zhuoma n’était pas très bonne à l’époque, Wang pinsu, professeur au Conservatoire de musique de Shanghai, a enseigné à Cai Dan Zhuoma toutes les paroles et a encouragé Cai Dan Zhuoma à enregistrer hardiment à Pékin.Après cela, il a terminé avec succès l’enregistrement de la chanson à Beijing .en mai 2009, la chanson a été sélectionnée comme"100 chansons patriotiques recommandées par le Département de la propagande du Comité Central du Parti Communiste Chinois".

23/12/2020 16:28 par Paulo D.

Paulo a toujours raison. (j’ai sept ans de chinois au compteur, et comme j’en fais jour et nuit on peut dire que ça fait quatorze ans).

藏 cáng et 藏 zàng sont deux mots différents en chinois, avec les sens respectifs que je disais, noyez le poisson si vous voulez, mais pas le pauvre petit chat. C’est comme si vous disiez Aiguës-Mortes au lieu d’Aigues-Mortes. La prononciation change, le sens change.
En chinois il y a énormément de caractères qui ont deux (ou trois, ou quatre) prononciations, et le sens change.
行 xíng marcher ≠ 行 háng profession
大 dà grand ≠ 大 dài docteur
发 fā envoyer ≠ 发 fà cheveux (ici, c’est juste le ton qui change)
乐 lè content ≠ 乐 yuè musique
重 chóng à nouveau ≠ 重 zhòng lourd
pour les plus courants

Pour revenir à nos moutons, en 2018 j’étais en Chine. Je suis allé à Xining, dans le Qinghai, considéré le début du pays tibétain culturellement parlant. Vous voyez des moines tibétains partout. Ils vaquent à leurs occupations, sans sembler vivre le martyre. Mais au milieu de Xining, en plein centre ville, il y a une immense mosquée. Les fidèles vont et viennent, enquiquinés par les touristes (comme moi) il est vrai, avec un tel naturel... C’est aussi ça la Chine. Ils ne se prennent pas la tête. J’ai vu des moines bouddhistes manger dans un restaurant où étaient à l’entrée les deux fameux caractères 清真, qui signifient musulman, et donc hallal, et que l’on voit de toute part dans ces régions, dans le Gansu c’est pareil. J’imagine que les moines se moquaient que la viande fût hallal ou pas, puisqu’ils n’y touchent pas, enfin en principe... En tout cas ils ont la grandeur de demander un plat végétarien dans un commerce qui fait ostentation d’une autre préférence religieuse. Ça c’est du vivre ensemble. Allez, puisqu’on est dans le sujet, bon Noël à tous !

23/12/2020 23:25 par Xiao Pignouf

@Paulo d

Loin de moi l’idée de vous donner des leçons de chinois que vous semblez maîtriser beaucoup mieux que moi, ni de noyer le poisson je ne sais trop comment. Je vous répète que cette traduction est celle d’un romancier chinois et elle correspond bien à la tendance des Chinois à poétiser les noms, notamment de lieux.

Cela dit après quelques recherches, il semblerait qu’il y ait controverse à propos de son sens.

24/12/2020 09:21 par Xiao Pignouf

@Paulo d

J’avais pas vu celle-là :

Paulo a toujours raison

Je ne pense pas. En tout cas si vous apprenez le chinois, vous n’avez pas l’air d’avoir l’humilité qui va avec.

Je ne vais pas me lancer dans un débat sur la langue chinoise avec vous et comme je l’ai dit, vous paraissez en connaître plus que moi en tout cas à l’écrit. Cela dit Paulo, j’y ai vécu 10 ans, et je connais aussi un peu le mandarin, davantage oral qu’écrit c’est vrai, mais vos exemples comportent tout de même quelques approximations ou au moins quelques simplifications excessives, servant j’imagine votre propos.

Mieux même, ma compagne (chinoise) et ma fille (parlant et lisant le chinois couramment) confirment ce que je disais : effectivement, et c’est en gros ce que vous avez dit, dans un dictionnaire, un caractère aura plusieurs entrées possibles (à l’instar d’un mot français) différant en matière de prononciation et de signification. Mais, et c’est précisément ce que j’ai dit, ces variations de sens et d’accents sont conditionnées à l’association à d’autres caractères. C’est facile à comprendre pour nous puisqu’il se passe un processus similaire avec certains mots français, changeant de sens (mais pas de prononciation) en fonction du contexte...

24/12/2020 11:06 par charclot

@Paulo D
Fin d’article aussi drole que polémique et qui peut déclencher de nouvelles guerres de religions, chose dont nous délectons en France... Noyé Joël ! En plus comme c’est bien a droite le grand soir dans dix secondes les staliniens déboulent sur leurs traîneaux suivi des trotskistes et des anarcho-syndicalistes de tout poil et bord, pour exercer leurs droits de fermes ta gueule et mettre en place un cordon sanitaire dialectique...Après c’est compréhensible vu qu’on a pas la date et que ce qu’on fête là est la retranscription d’une fête romaine Dies Natalis Solis Invicti et donc païenne mis en place par l’église au 4°siècle...Vous auriez aussi pu souhaiter la nouvelle année, la Yule mais comme elle est aussi devenu nazi entre temps...Ah, l’histoire que de joyeuses contractions mentales n’a t’elle pas engendré...
Du coup bonne nouvelle année à tous !

24/12/2020 11:40 par charclot

"le tiqqun c’est rendre le monde habitable"

C’est extrait de la vidéo citée en exergue... Franchement , quel empire , quel système rend le monde habitable aujourd’hui ? Nous sommes tous assis au pied du même arbre, nous en mangeons les fruits, nous dormons dans son feuillage et nous nous apprêtons à le scier pour en faire de yoyos....!
"Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : “Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré.” L 7, 31-35

24/12/2020 17:58 par André LACROIX

Je suis enchanté de constater que mon article a suscité tant de commentaires savants et intéressants : dommage que leurs auteurs utilisent des pseudonymes… J’aurais aimé les placer dans ma liste de contacts.
.

25/12/2020 11:06 par Assimbonanga

@André LACROIX, si vous êtes en lien direct avec les administrateurs du GS, ils pourront vous communiquer nos mails, si nous donnons ici notre accord préalablement...
J’ai récemment reçu une pub pour la promotion du livre de Maxime VIVAS, directement dans ma boîte mail, d’une certaine Lina que je ne connais pas. C’est bien signe que nos adresses électroniques sont transférables. Bon, pas de problème pour l’intrusion de Lina, ça m’a un peu surprise sur le coup et je n’ai pas pris le risque de cliquer "répondre" mais je pense que ce n’était pas un spam ni un hameçonnage de hacker.

Euh, avant de donner mon accord pour vous communiquer mon adresse-mail, qui êtes-vous vite-fait André LACROIX ? En trois lignes, globalement.

25/12/2020 18:44 par André LACROIX

En deux mots, je suis un professeur belge retraité de longue date. Depuis un quart de siècle, je m’intéresse au Tibet. J’y ai fait trois grands voyages. En 2009, j’ai rencontré à Lhassa un Tibétain hors du commun dont j’ai traduit (de l’anglais) les mémoires qui ont été publiés sous le titre Mon combat pour un Tibet moderne. Récit de vie de Tashi Tsering, éd. Golias, 2010. Je suis aussi l’auteur d’un petit essai intitulé Dharamsalades. Les masques tombent , éd. Amalthée, 2019, ainsi que d’une vingtaine d’articles pour le site "Le Grand Soir" (que je ne dois pas vous recommander) et d’une centaine d’articles pour le site "www.tibetdoc.org" (que je vous recommande.
Cordialement.

25/12/2020 20:58 par Paulo D.

Paulo se rend en rase campagne, en humour, en rigueur, il ne l’a pas volé.
0. Merci pour ces puissants éclairages, provenant laborieusement de si haut.
1. Fais-toi confirmer par ton précieux entourage que Tibet se dit 西藏 Xīzàng et non 西藏 Xīcáng, la consonne et le ton sont différents.
2. Fais-toi confirmer par ton précieux entourage que 藏 zàng ne signifie pas "cacher".
3. Les noms poétiques je veux bien, pourquoi pas, et c’est pas seulement chinois, et tant qu’on y est "Sénégal" ça veut dire "Les Lions hospitaliers", mais c’est un autre sujet, qui se dilatant ne hâte pas le Grand Soir. N’est pas García Lorca qui veut.
4. Tu peux passer ta vie en Chine, comme Israël Epstein, ou deux semaines à Sānyà, ça ne change pas la toponymie, modeste tu le sauras.

Puisque je parle d’Israël, je donne mon mail pour Monsieur Lacroix (qui voudra bien m’épargner le sort d’Isaïe) :
PASCALTOULOUSEPARISCHINE@YAHOO.FR

25/12/2020 22:54 par Xiao Pignouf

@Paulo d.

Alors relis mon com, voilà ce que je dis :

Alors que le Tibet se traduira par « xīzàng » (西藏), littéralement « trésor de l’ouest »

26/12/2020 09:11 par paulo d.

Paulo se met au tibétain
藏 zàng ne signifie ni cacher ni trésor.
Quand tu l’admettras je me serai éloigné de ce débat, tu es trop loin sous l’eau pour que je puisse te secourir.
Pour l’illustration des lecteurs qui voudraient se délester de si pesantes bûches et avancer :
De Xīníng un professeur qui parle plusieurs langues m’explique qu’en tibétain le mot གཙང་ (correspondant au fameux 藏 zàng, et qui anciennement nommait une partie du pays tibétain) signifie « propre », « pure », allez carrément « immaculé », mais ni « trésor » ni « caché », bref prends le sujet comme tu veux...

26/12/2020 09:33 par Xiao Pignouf

Bon, je n’aurais pas non plus dû employer l’adverbe "littéralement", mais plutôt dire "que certains traduisent par"

26/12/2020 11:06 par Assimbonanga

@André LACROIX.
Merci pour Tibetdoc ! Quel travail ! Je vois qu’Elisabeth Martens y tient une bonne place. Cela n’est pas pour me déplaire.
Je veux bien que LGS vous communique mon adresse mail attachée à ce commentaire quoique je ne fasse peut-être pas partie des "commentaires savants et intéressants"...

26/12/2020 11:47 par Xiao Pignouf

Quand tu l’admettras je me serai éloigné de ce débat, tu es trop loin sous l’eau pour que je puisse te secourir

Me secourir de quoi ??? J’ai vraiment beaucoup de mal à comprendre comment on peut avoir un tel melon... tu ne lis pas correctement les réponses que je fais tout absorbé que tu es de ta personne.

Combien de fois t’ai-je dit que cette traduction ou cette interprétation n’est pas de moi ? Et elle est avérée, bien qu’elle soit effectivement contestée.

http://tibetdoc.org/index.php/environnement/ressources-naturelles/545-exploitations-minieres-au-tibet-les-tresors-de-l-ouest
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gion_autonome_du_Tibet

Je ne nie pas que tu aies raison, je te l’ai répété plusieurs fois déjà, mais tu essaies de mettre dans ma bouche des mots que je n’ai pas dit en feignant ignorer que j’ai reconnu une erreur possible.

(Commentaires désactivés)