12 

Le marché fascine la nouvelle gauche

Accédant à une demande du patronat, le président François Hollande a décidé de rajouter 10 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales aux 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité-emploi (Cice). Ce sont 30 milliards d’euros d’économies (fin des cotisations familiales) offertes aux entreprises à l’horizon 2017.

Ce train de mesures est destiné à accroître la compétitivité de l’économie française plombée par les cotisations sociales, si l’on en croit les chantres du néolibéralisme français.

Plus profond est, par ailleurs, le tournant pris par le président Hollande dans sa reconversion abrupte à la loi de l’offre qui, à ses yeux, conditionne la croissance de la production.

L’idée a été énoncée au cours de sa conférence de presse du 14 janvier dernier dans les termes suivants :

« Le temps est venu de régler le principal problème de la France : sa production. (…) C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande. »

Michel Santi, économiste français, n’y voit rien de moins qu’une haute trahison des nobles idéaux de la gauche  : une observation simple de la conjoncture française aurait pourtant montré que le travail et que l’investissement y sont déficients, non du fait d’un manque de ressources ou de biens produits, mais bien du fait d’une consommation et d’une demande agrégée anémiques (*).

François Hollande s’appuie sur ce que les économistes appellent la loi de Say (ou loi des débouchés), qui énonce que « tout ce qui est produit a vocation à être vendu, et que tout ce qui est vendu donne naissance à des revenus monétaires qui seront dépensés », de sorte qu’« il ne peut y avoir de distorsion durable entre l’offre et la demande » (Alternatives économiques).

La loi de Say, qui fonde la doctrine libérale en économie, peut se résumer à la logique suivante : il suffit de laisser faire ceux qui souhaitent produire, et l’ensemble des mécanismes économiques suivront.

Ce qui fait dire à Michel Santi : « En réalité, cette reconversion abrupte du Président français à la loi de l’offre est surtout époustouflante, car François Hollande conditionne la croissance à la production. En d’autres termes, il part du principe selon lequel la croissance ne repartira que dès lors que les entreprises produiront plus et adopte ainsi les enseignements, pour le moins controversés, de Jean-Baptiste Say (1767-1832) selon lesquels seules l’offre et la production stimulent la croissance. La demande, quant à elle, étant supposée suivre nécessairement…

Ce faisant, François Hollande dépasse sur sa droite les néoclassiques comme John Stuart Mill, qui reconnaissait dans ses Principes d’économie politique qu’il n’était possible de doubler les capacités de production d’un pays qu’en doublant le pouvoir d’achat des consommateurs !

De même que plus tard, Keynes y a vu le principal obstacle à la compréhension des crises contemporaines, marquées selon lui, non par un freinage de l’offre, mais par une insuffisance de la demande.

« On sait pourtant depuis Keynes, qu’une économie peut bel et bien souffrir d’un effondrement généralisé de sa consommation et de son investissement et que la dépense publique n’est nullement en compétition avec la dépense privée. Au contraire, le tassement de la dépense publique conduit nécessairement à une régression de la dépense privée, dans le cadre de crises aiguës comme celle que nous traversons aujourd’hui. Comme Hollande, nombre d’intellectuels français qui se recrutent, y compris au sein de la gauche, voient dans le marché la voie idoine pour l’émancipation.

C’est notamment la thèse défendue par la chercheuse Laurence Fontaine, dans son dernier livre Le marché. Histoire et usages d’une conquête sociale (**). Le marché n’est plus une source d’inégalités, de destruction et de crises à répétition, mais une conquête sociale à encourager. Laurence Fontaine croit en un modèle idéal de marché émancipateur à l’instar de Max Weber, soutenant que « le marché rend libre ».
Le marché est présenté aussi comme un lieu qui permet d’acquérir des droits, un instrument de libération, même s’il souffre de nombreux maux : les fraudes, les monopoles, le pouvoir politique des marchands et l’incapacité à penser le long terme.
Mieux que tout autre observateur, Paul Krugman, prix Nobel d’économie, nous rappelle dans une de ses dernières chroniques hebdomadaires (elles paraissent tous les lundis dans le New York Times) :

« Je prête peu d’attention à François Hollande, le Président de la France, depuis qu’il est devenu clair qu’il n’allait pas rompre avec la politique européenne orthodoxe et destructrice d’austérité. Mais maintenant, il entreprend quelque chose de vraiment scandaleux. Je ne parle pas bien sûr de sa prétendue liaison avec une actrice, qui, même si elle est vraie, n’est ni surprenante (hey, c’est la France), ni inquiétante. Non, ce qui est choquant, c’est son étreinte des doctrines économiques éculées de droite. Il nous revient en mémoire que les difficultés économiques en cours en Europe, ne peuvent pas être attribuées uniquement aux mauvaises idées de la droite. Oui, les dérives aberrantes des conservateurs ont été le moteur de la politique, mais elles ont été rendues possibles et encouragées par de veules et brouillons politiciens de la gauche modérée ».

Et de lui asséner la leçon suivante : « Oh, mon garçon. Toutes les preuves indiquent que la France déborde de ressources productives, à la fois en travail et en capital, qui sont au ralenti parce que la demande est insuffisante ».

Le quotidien l’Humanité ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit : « Les propos tenus et les décisions présentées par le président de la République sont largement connotés. Les principales réponses économiques inspirées du Medef sont utilisées depuis au moins trois décennies, sans que la situation du pays ne s’améliore, pire elle s’aggrave. Dans ces conditions, les axes forts du cap politique s’identifient à une orientation libérale. Le terme de social-libéralisme est de plus en plus employé pour qualifier certains partis pris idéologiques. Est-ce un nouveau courant d’idées ou une adaptation, voire une intégration de la social-démocratie au libéralisme ? ».

Ammar Belhimer

(*) Michel Santi, “ Le fossoyeur de la gauche française ”, Marianne, mardi 28 janvier 2014 .(**) Laurence Fontaine. Le marché. Histoire et usages d’une conquête sociale, Nrf essais, Gallimard, 2014.

(***) Paul Krugman, “ Scandal in France ”, New York Times, 16 janvier 2014.

 http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/02/04/article.php?sid=159972&cid=8

COMMENTAIRES  

07/02/2014 09:54 par résistant

« le tournant pris par le président Hollande dans sa reconversion abrupte à la loi de l’offre »

Quelle reconversion ?
Arrêtons donc de nous focaliser sur ces marionnettes, ce ne sont pas les politiciens qui décident, ils ne sont que des récitants. Hollande ne "fait" rien du tout. Il parade pour détourner l’attention du peuple des véritables décideurs : les grands industriels et banquiers qui ont créé et controlent complètement les organismes non-démocratiques qui nous gouvernent : banque de France, commission européenne, BCE...

07/02/2014 10:44 par gérard

J’avais cru lire comme titre : « le marché fascise la nouvelle gauche »...mais je dois avoir l’esprit mal tourné...c’est la faute à Vals !
Un débat, plutôt une communion de vue, entre économistes et un banquier sur le système bancaire est des plus intéressantes à "subir"(faut faire un effort c’est long et complexe à suivre) :
http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/02/01/reflechissons-ensemble-avec-de-carmoy-bechade-delamarche-et-berruyer-thinkerview/
D’accord avec l’article, à une seule condition : le contrôle des banques et de la création monétaire est impératif, il faut "désarmer l’adversaire" !
Et c’est loin d’être gagné !
Kikadi : "mon ennemi c’est la Finance" ?

07/02/2014 11:44 par Cunegonde Godot

"Nouvelle gauche" ? Elle est bonne, celle-là.
Il n’y a pas de nouvelle gauche. Toute la gauche ou presque toute (nouvelle ou ancienne) s’est couchée devant l’ "Europe", c’est-à-dire devant le capital, ou le "marché". M. Hollande, de gauche, de droite, d’ailleurs ou de derrière les fagots, etc. applique scrupuleusement les directives de la Commission européenne. Point. Qu’il soit social-démocrate ou quoi que ce soit d’autre n’est que bavasseries pour les esprits discutailleurs de la caste politico-journalistique.
A l’intérieur du cadre "européen" (européiste), aucun dirigeant élu (ou qui ne le serait d’ailleurs pas) ne possède la moindre marge de manœuvre en matière de gestion économique – hormis les dirigeants allemands au service du capital allemand pour qui l’ "Europe" a été "fabriquée" de toute pièce. Ex. : la France est ligotée par un euro trop cher d’au moins 15 à 20%. M. Hollande le sait, comme le sait tout l’éventail politique de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.
M. Hollande, élu par le peuple français mais au service exclusif de la Commission européenne (au service exclusif du capitalisme mondialiste), fasciné ou non par le "marché" (phraséologie pseudo-naïve confinant au ridicule) obéit. Toutes ses décisions sont "européennes" (européistes). Toutes. Même et y compris les décisions dites sociétales (et que toute la gauchedelagauche "officielle" approuve d’ailleurs)...

07/02/2014 15:06 par legrandsoir

Rassurez-vous, la gauche commence à se réveiller.
(+1 point Godwin "Europe" quand même. )

07/02/2014 17:05 par gérard

@ Cunegonde Godot
Il est vrai que "la nouvelle gauche" ça paraît un peu étrange comme terme...
Je suis d’accord sur pas mal de chose quant à ton analyse sur notre pseudo "gouvernement de gauche", sur l’Allemagne qui confond "Allemagne européenne et Europe allemande, vieil atavisme sans doute, sur l’Euro qui est sur-évalué pour l’économie française et à mon avis de bien plus de 20%...
Jusque là, je suis d’accord mais dire :
« que toute la gauchedelagauche "officielle" approuve d’ailleurs », là je m’insurge !
Laissons de côté le PC, encore que la base n’aurait peut-être pas tout à fait les même positions sur l’Europe et sur l’Euro que ses "chefs". Voir par exemple : http://www.pcfbassin.fr/
Quant au Parti de Gauche, là c’est une toute autre histoire.
Il faut absolument avant de porter un jugement :
1°) Bien étudier les propositions et analyses de Jacques Généreux.
2°) Concevoir que Mélenchon est prisonnier du Parti Communiste sur le sujet de mener un projet, une action ou non, en vue de sortir de l’Euro.
3°) Quel est l’état de l’opinion française sur le sujet (sortir de l’Euro).
4°) Bien être conscient que sortir de l’Euro ne serait pas une partie de plaisir du tout et qu’il faudrait une grande cohésion nationale...et entre riches et pauvres elle n’est pas évidente à opérer !
5°) Sortir de l’Euro, la France seule ou bien une sortie en force de plusieurs pays d’Europe pour faire bloc, et continuer une Europe de coopération entre les nations...La solution de deux Euros par exemple.
6°) La situation financière mondiale est catastrophique : la BCE fait marcher (en douce, si !) la « planche à billet » pour sous-tenir les banques, la FED on en parle pas, le Japon a fait de même. Les banques "systémiques" sont bourrés de fonds propres pourris et une gigantesque bulle financière en déphasage total avec l’Économie Réelle est toujours sur le point d’exploser...A part ça tout va bien...
Alors je ne répondrai qu’à un seul point, il faut étudier attentivement ce que dit Jacques Généreux et se dire que Mélenchon est (officieusement cause PC) sur la même ligne :
http://www.europaforum.public.lu/fr/actualites/2013/05/genereux-conf-lenk/index.html
et anciennement :
http://www.miltha.lautre.net/2012/04/19/14-questions-a-j-genereux-retranscription/14-questions-a-jacques-genereux-11/
http://www.dailymotion.com/video/xday9w_j-genereux-lesprit-de-munich-a-enva_news

07/02/2014 18:29 par Cunégonde Godot

Gérard : 1°) Bien étudier les propositions et analyses de Jacques Généreux.
2°) Concevoir que Mélenchon est prisonnier du Parti Communiste sur le sujet de mener un projet, une action ou non, en vue de sortir de l’Euro.
3°) Quel est l’état de l’opinion française sur le sujet (sortir de l’Euro).
4°) Bien être conscient que sortir de l’Euro ne serait pas une partie de plaisir du tout et qu’il faudrait une grande cohésion nationale...et entre riches et pauvres elle n’est pas évidente à opérer !
5°) Sortir de l’Euro, la France seule ou bien une sortie en force de plusieurs pays d’Europe pour faire bloc, et continuer une Europe de coopération entre les nations...La solution de deux Euros par exemple.
6°) La situation financière mondiale est catastrophique : la BCE fait marcher (en douce, si !) la « planche à billet » pour sous-tenir les banques, la FED on en parle pas, le Japon a fait de même. Les banques "systémiques" sont bourrés de fonds propres pourris et une gigantesque bulle financière en déphasage total avec l’Économie Réelle est toujours sur le point d’exploser...A part ça tout va bien...
Alors je ne répondrai qu’à un seul point, il faut étudier attentivement ce que dit Jacques Généreux et se dire que Mélenchon est (officieusement cause PC) sur la même ligne :

1) M. Généreux est un "européen convaincu". Jusqu’à plus ample informé, cela consiste, dans les faits, à être un capitaliste convaincu. Pour adoucir l’amère et masochiste pilule européiste, M. Généreux veut changer des traités européens que les soi-disant "progressistes" socialistes français et européens ont approuvé et signé des deux mains avec ferveur et empressement, et que jamais il ne sera possible de faire signer à l’Allemagne entre autre. M. Généreux est un capitaliste. Rien d’autre.
2) M. Mélenchon, "européen" convaincu, n’est pas prisonnier du parti communiste, mais du parti socialiste qu’il n’a que virtuellement quitté. Coucou installé dans le nid de l’extrême-gauche (communiste mais pas seulement), M. Mélenchon est en train de s’en faire doucement mais fermement éjecter.
3) Il est possible de passer d’une monnaie unique à une monnaie commune, monnaie commune qui permettrait à chaque Etat de moduler sa parité en fonction de ses intérêts propres (M. Chevènement est bien plus convaincant que M. Généreux sur ce point). L’opinion est tout à fait capable d’assimiler ce processus. L’euro pour tous ne profite jusqu’à présent qu’à l’Allemagne et aux spéculateurs (la finance apatride qui nous a mis à sa botte). C’est un fait !
4) Vous renverser la question : c’est de conserver la monnaie unique qui n’est déjà et ne sera pas une partie de plaisir, et même une catastrophe à terme. Il faudrait peut-être arrêter une fois pour toutes de tomber dans la rhétorique de l’adversaire.
5) Voir 3.
6) Voir 1 et 2.

Devenue une religion, l’ "Europe" est le tabou des tabous qui obstrue toute pensée cohérente à gauche. Sur ce sujet fondamental, la gauche ne se "réveille" pas car elle ne s’est jamais endormie. Partie prenante en l’espèce depuis toujours, elle a trahi depuis le début, voilà tout, comme le dit M. Généreux, sans en tirer aucune des conséquences (M. Généreux était pour le Traité de Maastricht si ma mémoire est bonne, traité fondamental dans lequel tout, absolument était dit, et prédit, pour ceux qui étaient en capacité de le lire attentivement, bien entendu, et M. Généreux l’était).

07/02/2014 22:40 par gérard

@ Cunégonde Godot
Depuis quand sous prétexte comme tu dis que « M. Généreux est » (serait) « un européen convaincu » il ne pourrait être que « capitaliste convaincu » ?
La transition automatique m’échappe complètement...
« Qu’un européen convaincu » soit obligatoirement un « capitaliste convaincu » me laisse sans voix...
Il faut absolument relire et bien faire une analyse de texte de tout ce que dit Généreux, car j’ai le sentiment qu’elle n’a pas été faite ou mal :
http://www.europaforum.public.lu/fr/actualites/2013/05/genereux-conf-lenk/index.html
Voir ce qu’il dit dans sa conclusion : il se situe pourune Europe de la coopération, alors là, moi je dis top là, je suis d’accord... et je serais donc un « capitaliste convaincu » ?
Mais bien sûr qu’il faut absolument une « Europe de la coopération » et ce pour au moins deux raisons :
- une Europe des nationalismes (surtout comme ils s’agitent en ce moment) n’est pas vraiment des plus sécurisantes, le siècle dernier l’a prouvé...
- mais avant tout c’est le but ultime des anglo-saxons d’affaiblir, de balkaniser tous ceux qui s’opposent à eux, le Moyen Orient par la Force, l’Europe par la crise financière, la Russie par l’encerclement et par la déstabilisation de l’Ukraine par exemple.
Les États d’Amérique du Sud se lancent bien dans la coopération, avec la CELAC, non ?
En Europe on serait trop cons pour en faire autant ?
Il y a un côté "joueur de poker" chez Jacques Généreux je le reconnais ; s’il est effectivement exact qu’il ne se dit pas clairement favorable immédiatement à la sortie de l’Euro et de l’Europe, la politique qu’il préconise amènerait inévitablement au même résultat ; la grosse différence serait qu’aux yeux de l’opinion publique française (et celle du sud de l’Europe), la France apparaîtrait dans son droit en se déclarant quand même de bonne foi en voulant rester dans l’union européenne ; les "agresseurs" seraient les "autres", ceux qui voudraient l’exclure en raison de ses "transgressions", et entre autre principalement l’Allemagne (pour changer !)...
Mais Généreux explique mieux ses objectifs que moi, et ils sont assez clairs pourtant...
Quelle autre solution tu proposes ?
Ok, la France décide unilatéralement seule de quitter l’Europe et l’Euro, programme FN (si on peut appeler ça "programme" !), et d’un seul coup d’un seul quitter le système capitaliste (pour le FN ???), tant qu’on y est faut pas faire dans le détail ! et je le redis elle devra le faire toute seule ; pour se suicider étant donné que nous possédons l’arme atomique, ce serait plus rapide et moins douloureux de l’utiliser...

07/02/2014 23:15 par Dwaabala

@ Cunégonde Godot

Votre point 5) :

monnaie commune qui permettrait à chaque Etat de moduler sa parité en fonction de ses intérêts propres

ne dit-il pas que chaque État doit retourner à sa propre monnaie ? Sinon, que dit-il ?
S’il s’agit bien du retour à la monnaie nationale qui serait propre à satisfaire les intérêts de chaque État, en quoi une sortie de l’euro, quelle que soit sa forme, ou de l’UE, règlerait-elle le problème de la domination sans nuance de la finance internationale ? Qui va, dans les faits, se trouver encore renforcée d’un bon cran avec le Traité transatlantique de libre-échange.
La force de résistance, car il s’agit de cela, ne serait-elle pas plus grande et efficace si elle réussit, au lieu d’échafauder des plans qui se multiplient, la littérature est surabondante sur cette question, à se former dans chaque État et, en même temps, à se coordonner à l’échelle de l’Europe ?
Ne vaut-il pas mieux reconnaître, sur la question de l’Europe, que les peuples concernés n’ont absolument pas la main à l’heure actuelle ?
Que l’internationale est celle du capital, qui accomplit une œuvre historique progressiste, mais aux dépens des peuples ? Que dans cette situation, la seule chose possible est de les éclairer et de les rassembler sur ce point ?
Ce qui correspond grosso modo à ce que fait le FdG ? Et à l’international, le PGE ?
Remarquez, Cunégonde Godot, que je ne cherche pas à asséner une vérité militante ou partisane, mais simplement à comprendre.

08/02/2014 10:38 par Cunegonde Godot

Dwaabala : Votre point 5) :
monnaie commune qui permettrait à chaque Etat de moduler sa parité en fonction de ses intérêts propresne dit-il pas que chaque État doit retourner à sa propre monnaie ? Sinon, que dit-il ?
S’il s’agit bien du retour à la monnaie nationale qui serait propre à satisfaire les intérêts de chaque État, en quoi une sortie de l’euro, quelle que soit sa forme, ou de l’UE, règlerait-elle le problème de la domination sans nuance de la finance internationale ? Qui va, dans les faits, se trouver encore renforcée d’un bon cran avec le Traité transatlantique de libre-échange. 
La force de résistance, car il s’agit de cela, ne serait-elle pas plus grande et efficace si elle réussit, au lieu d’échafauder des plans qui se multiplient, la littérature est surabondante sur cette question, à se former dans chaque État et, en même temps, à se coordonner à l’échelle de l’Europe ? 
Ne vaut-il pas mieux reconnaître, sur la question de l’Europe, que les peuples concernés n’ont absolument pas la main à l’heure actuelle ? 
Que , qui accomplit une œuvre historique progressiste, mais aux dépens des peuples ? Que dans cette situation, la seule chose possible est de les éclairer et de les rassembler sur ce point ? 
Ce qui correspond grosso modo à ce que fait le FdG ? Et à l’international, le PGE ?
Remarquez, Cunégonde Godot, que je ne cherche pas à asséner une vérité militante ou partisane, mais simplement à comprendre.

(Par ce message, je réponds également à Gérard)

« Retourner à sa propre monnaie » : Le système monnaie commune consiste à conserver pour chaque Etat européen dans l’ "Europe" ce qui justement caractérise un Etat : la possibilité d’ajuster sa parité monétaire en fonction de ses intérêts économiques (possibilité que se réserve tout Etat digne de ce nom comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni pourtant dans l’ Europe", le Danemark, Israël, etc.). La monnaie d’échange européenne (l’euro), commune, et non plus unique, reflétant ces ajustements paritaires.

Cela dit, je ne donnais cet exemple que pour le comparer à ce que propose M. Généreux qui consiste, selon moi, à pédaler dans la semoule. L’ "Europe", en l’état, n’est pas réformable, bien que cela ne fait que trente ans qu’on nous le répète. Le Traité atlantique – d’essence capitaliste et monopolistique – dont vous faites à juste titre grand cas ne peut s’élaborer que parce que l’UE en est la matrice. Il est impensable sans cette base européo-mondialiste.

Bien sûr que les peuples européens n’ "ont absolument pas la main actuellement". Quel scoop ! Dans l’ "Europe", les "peuples concernés" ont d’autant moins la main qu’ils ont commencé à disparaître en tant que peuples, subsidiarisés qu’ils sont et seront davantage encore en entités fédéralistes métropolisées, dans lesquelles ils auront tout loisir de se regrouper en peuplades ethno-culturelles (ou régionales), sexuelles, religieuses et mafieuses, sous la surveillance étroite et si bienveillante de leurs clercs auto-désignés. Bref, la néo-féodalité pour tous dont rêvaient les nazis…

« Force de résistance ». Il ne s’agit pas de résister pour résister (il faudrait d’abord bien définir à quoi résister). Pour un Etat européen (européen car placé géopolitiquement à cet endroit de la planète) ou non, exercer sa souveraineté ne se réduit pas seulement à se « coordonner à l’échelle de l’Europe » (échelle floue à barreaux mobiles) comme un évêché au saint-empire. Au reste, l’Allemagne, tout en mettant en place depuis un siècle sa "chose européenne" destinée à son marché local européen (ex. : la monnaie européenne n’a jamais été que le prolongement de son mark avec sa parité adaptée d"abord et avant tout à l’économie allemande), s’est bien gardé de ne jouer qu’à l’échelle du continent européen. Le capital allemand a toujours joué au niveau mondial. De même, il n’est nul besoin pour une France (qui se voudrait) souveraine d’être avant toute chose "européenne" (obsession quasi superstitieuse), ce dont s’exonèrent sans état d’âme p.ex. le Royaume-Uni ou la Suède, dans l’ "Europe" sans abandonner leur souveraineté monétaire puisqu’ils ont conservé leur monnaie nationale.

La phrase « l’internationale est celle du capital » est une contradiction dans les termes, car l’argent n’a par définition aucune frontière (pas plus qu’il n’a d’odeur) et donc ne se veut appartenir qu’à lui-même. Dans international, il y a nation. Ambivalent, l’Etat-nation souverain moderne s’est constitué avec, mais aussi contre le capital, apatride par nature. Le capital contemporain est plus que jamais sans frontières (il peut jouir sans entraves), avant tout parce que des Etats comme la France mais pas seulement la France ont délibérément renoncé à conserver les leurs. C’est même de cette seule façon, la mondialisation, que le capital résout et qu’il a cherché à résoudre, toujours provisoirement, son vice congénital : la surproduction, par temps de paix (relative), ou par temps de guerre (et par-là toujours plus "mondiale").

L’Histoire le montre, la mondialisation ne peut être considérée en tant que progrès que maîtrisée et régulée par les Etats-nations et leurs peuples souverains. Exactement le contraire de ce qui se passe en "Europe" depuis 1940 (avec une pause en France entre 1947 et 1969, à l’époque où le gaullisme et le PCF ne cherchaient pas à se la jouer européistes pour tous), où elle est un regrès. Le FDG, en s’inscrivant dans cette logique européo-mondialiste (renoncement à l’Etat-nation), même en la baptisant pompeusement "progressiste", signe son impuissance et ne fait que suivre les événements. Le FDG est inoffensif (comme le trotskysme dont il porte les stigmates) pour le capital européo-mondialiste, c’est pourquoi ses clercs sont si souvent invités à causer dans le poste, et que l’on y est même prêt si spontanément à les mettre en scène…

08/02/2014 12:49 par Dwaabala

@ Cunégonde Godot
Alors, concrètement, que faire ? Refuser les médias, pour prouver son caractère révolutionnaire ? Mais alors à qui le prouver ?
Scoop pour scoop, répéter sans fin que l’Europe est celle de la finance n’est pas mal non plus.
Par contre, constater un rapport de faiblesse actuel des forces populaires et adapter la stratégie aux circonstances, relève du simple bon sens.
Dire que l’État nation moderne s’est constitué contre le capital (souligné par vous), alors qu’il a été celui d’un compromis entre le capital, dominant et à l’initiative saufs brefs épisodes, et la classe ouvrière est curieux. Il s’agit là de l’idéal fasciste, qui en tant que tel ne s’est réalisé nulle part.

L’Histoire le montre, la mondialisation ne peut être considérée en tant que progrès que maîtrisée et régulée par les Etats-nations et leurs peuples souverains.

Là, force est de vous laisser aux leçons que vous tirez de l’Histoire.
Parce que c’est nier que le monde se trouve confronté à une nouvelle phase de développement du capitalisme.
Pour tirer un exemple de l’Histoire, l’analyse du premier conflit mondial ne pouvait s’appuyer sur celle du conflit franco-prussien de 1870, car déjà là aussi le capital était parvenu à de nouvelles formes.

08/02/2014 16:57 par Cunegonde Godot

Dwaabala : "Il s’agit là de l’idéal fasciste"

Ben voyons ! C’est M. Moscovici qui vous a inspiré ce commentaire ?

Permettez-moi de reproduire ma phrase en entier : « Ambivalent, l’Etat-nation souverain moderne s’est constitué avec, mais aussi contre le capital, apatride par nature. »

Inutile d’en rajouter. Bon week-end...

08/02/2014 19:16 par Dwaabala

@ Cunégonde Godot
- En vous reprenant, je me suis appuyé sur ce que vous aviez souligné, mais que vous ne soulignez plus en vous citant.
Fasciste, ici, n’est pas une insulte. Il s’agit d’une catégorie politique qui est analysée avec profondeur par l’historien des idées Zeev Sternhell.
- Votre phrase laisse sur l’idée qu’en fin de compte l’État, qui s’est constitué de manière conflictuelle, est anticapitaliste, alors que d’un bout à l’autre de son histoire il est l’instrument, raffiné, de domination de la classe capitaliste sur le travail. Son mode de construction, avec aussi du "contre", n’enlève rien à cette réalité.
- Cet État, sous sa forme héritée de l’histoire, ne répondait plus aux besoins du capital au stade d’internationalisation où sont arrivés ses représentants : il tend de plus en plus à se décharger de ses responsabilités décisives sur des instances supérieures ; ceci entre autres choses, lui permettant de rendre plus difficile l’exercice de la souveraineté populaire.
- Enfin, la polémique échevelée devenant affrontement entre personnalités a pour avantage de noyer le poisson sur la question clé du rapport des forces et des tâches possibles pour les porte-parole des exploités dans la conjoncture.

(Commentaires désactivés)