Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie II) : le digne chavisme de M. Bourdin

« Et que dites-vous de Luisa Ortega, la procureure générale, c’est une chaviste digne ! » : L’émission touche à sa fin et pour Jean-Jacques Bourdin comme pour tant de « journalistes », c’est le moment de glisser une énième peau de banane sous les pieds de Jean-Luc Mélenchon. Luisa Ortega ! La caution de gauche parfaite, puisque, venue du camp bolivarien, elle dénonce à présent la « dictature » de Nicolas Maduro !

Reposons aujourd’hui la question à Mr. Bourdin et à ceux qui tenaient enfin leur pasionaria du chavisme critique : « Et que dites-vous de Luisa Ortega ? » Si le droit de suite existait encore, on découvrirait le surprenant itinéraire d’un fantôme qui travaille aujourd’hui avec les États-Unis (1) selon le Miami Herald – après avoir fui le Venezuela dès qu’un coin de voile s’est levé sur l’important réseau mafieux qu’elle organisait depuis ses bureaux à Caracas. La justice vénézuélienne s’intéresse en particulier aux contrats de la frange pétrolière de l’Orénoque, à la destruction de preuves de corruptions moyennant commission des entrepreneurs concernés, et dans les derniers mois de 2017, aux nombreux cas d’impunité de casseurs ou d’assassins d’extrême droite, arrêtés par la police mais relâchés sur ordre de Mme Ortega « faute de preuves ». Une situation critique de laxisme judiciaire qui favorisa l’explosion des violences meurtrières et obligea pour un temps l’Etat vénézuélien à déférer les prévenus vers une autre instance – la Justice militaire. La fuite d’Ortega et la nomination à son poste de l’ex-défenseur des droits du citoyen Tarek William Saab a permis depuis de transférer ces cas devant les tribunaux civils.

Le nouveau Procureur Saab a informé le 22 septembre qu’il commençait les démarches pour obtenir le rapatriement de plus de 200 millions de dollars détournés au préjudice de l’Etat vénézuélien grâce à des contrats illégaux en faveur de 10 entreprises de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque- 41.000 de ces contrats environ représenteraient plus de 35.000 millions de dollars de pertes pour le pays : « Rien que sur 1000 contrats, nous avons détecté une surfacturation de plus de 230%, ce qui a causé un dommage au patrimoine de la République de 200 millions de dollars. Nous devons aller jusqu’au bout pour qu’en plus de la saisie des biens et de l’arrestation des responsables présumés, on puisse rapatrier l’argent pillé à la nation. »

L’enquête a permis la mise en examen d’une dizaine de hauts dirigeants de la compagnie pétrolière nationale PDVSA et de ses filiales, mais ce réseau semble n’être que la pointe de l’iceberg. D’autres affaires, que la droite accusait jusqu’ici le gouvernement Maduro d’étouffer, ont été rouvertes. Comme l’impunité sur les fraudes massives dans l’octroi de dizaines de millions de dollars via CADIVI, CENCOEX, organismes publics, à des entreprises privées qui n’ont pas respecté leur engagement d’en user pour importer des biens vitaux– médicaments, nourriture, etc… Ou les dossiers de près de 200 paysans assassinés par les grands propriétaires dans le cadre de la réforme agraire, eux aussi mis sous le boisseau par Luisa Ortega et les juges qu’elle avait nommés.

Son amour immodéré de l’argent, visible dans le luxe de son domicile à Caracas, amenait la procureure générale Ortega à effectuer de fréquents voyages à Paris, comme sur cette photo, où on la voit (de dos, à gauche) en compagnie de José Rafael Parra Saluzzo (à droite), un des « blanchisseurs » du réseau d’extorsion et avocat de l’organisateur des violences d’extrême droite Leopoldo Lopez (2).

C’est probablement en découvrant les nombreux comptes bancaires ouverts par Luisa Ortega à travers Parra Saluzzo ou son époux German Ferrer aux Bahamas et aux Etats-Unis que la CIA a pu exercer un chantage sur le couple, et monnayer son opposition très médiatisée à la « dictature » de Nicolas Maduro. 

Conclusion

Le manque d’information du terrain allié au besoin de prendre ses distances à travers une critique de gauche, a conduit des militants à monter sur le lierre de Mr. Bourdin (3). Un « chavisme critique » populaire existe pourtant, sur place, qui offre des enseignements utiles pour d’autres processus de transformation. C’est pourquoi il est invisibilisé par les médias. Comme le rappelait il y a peu le sociologue altermondialiste Boaventura de Souza Santos « Je pense qu’il faut lutter pour la qualité de la démocratie. Mais encore faut-il se mettre d’accord sur ce que l’on entend par démocratie. Par exemple, il existe aujourd’hui au Venezuela une structure très importante qui s’appelle le Pouvoir Communal, à laquelle participent des gens très critiques vis-à-vis des politiques de Maduro et qui essaient de construire depuis la base un pouvoir communal qui est un pouvoir participatif, pas nécessairement représentatif en termes de démocratie représentative. » (4)

Thierry Deronne
Caracas, le 26 septembre 2017

Lire la première partie de ce dossier : Mensonges médiatiques contre France insoumise, partie I : « Maduro a fermé 49 médias ». 4 septembre 2017

  1. http://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/venezuela/article168752747.html
  2. « Leopoldo Lopez, la presse française lâchée par sa source ?  », http://wp.me/p2ahp2-20J
  3. « Comment redescendre du lierre de Mr. Bourdin et cultiver notre propre jardin  », http://wp.me/p2ahp2-2y8
  4. « Boaventura de Souza Santos : pourquoi je continue à défendre la révolution bolivarienne au Venezuela »,
 https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/26/mensonges-mediatiques-contre-france-insoumise-partie-ii-le-digne-chavism

COMMENTAIRES  

02/10/2017 22:24 par Georges SPORRI

Le problème de la propagande, de la désinformation et des interprétations putassières c’est leur quantité et leur rythme : c’est une série de tsunamis auxquels il faut bien sûr répondre (utilité marginale) , mais on répond toujours trop tard et trop compliqué, et on peut se heurter à l’indifférence si tel ou tel sujet de "bruit" est devenu un lointain souvenir (dans quelques semaines le discours de Mélenchon qui a déclenché de curieuses idées de concernement - délire interprétatif - sera oublié et les plus crétins des Vosges auront sub-mémorisé que Mélenchon a dérapé). Il faut donc répondre à cette violence symbolique par des techniques de contre violence symbolique ... Par exemple : ne pas répondre aux contenus des délires interprétatifs mais les diagnostiquer ... Ne pas hésiter à utiliser l’adjectif "putassier" ... etc.

03/10/2017 07:56 par irae

D’ailleurs alors qu’émerge lentement la réalité vénézuelienne entendez-vous le silence assourissant qui se fait dans les merdias ?
Quant au personnage allègrement campé sur sa réputation et tout cela parce qu’il somme ses "invités" d’apporter des réponses à ses questions amplement préparées (on aimerait bien le voir mis dans la même situation) avec toutes fois une empathie marquée pour le camp libéral allant du ps au fn, distribue chaque jour les anathèmes et satisfecits sur tous les sujets.
Un suppôt de la classe dominante parmi les plus dangereux.

03/10/2017 10:11 par gelmad

Vous remarquerez que la « médiacratie » a crié à l’illégalité pour l’organisation du référendum catalan , chose qu’elle n’avait pas faite pour le Vénézuela où il s’agissait d’un acte de « démocratie » de la part de l’opposition de ce pays !
Seulement le président Maduro a su répondre avec intelligence à ce défi. Intelligence dont ne dispose pas Rajoy !

03/10/2017 14:24 par Assimbonanga

Au secours ! Thierry Deronne, Victor Dedaj, Maurice Lemoine, Romain Migus, Marco Terrugi, Maxime Vivas, Jean Ortiz, écoutez ça : https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-03-octobre-2017
Jean Lebrun en service commandé. L’odeur du souffre transperce à travers le poste de radio. La France est édifiée.

03/10/2017 20:31 par depassage

- Assimbonanga
Tous les corps peuvent tomber malade ou rentrer dans un dysfonctionnement, corps créés par la nature ou corps que nous créons avec l’aide de la nature (ou de Dieu). Votre lien revoie à une émission qui s’appelle marche de l’histoire pour faire dans le recul de l’histoire. Les seuls mots ou expression : la religion civique, vous donne toute la latitude de comprendre qu’ils ne savent pas de quoi ils parlaient. Ils veulent violer une femme à qui le destin a donné le choix de la survie humaine en la tirant par les cheveux et la forcer à accepter de la féconder. l’histoire n’est pas une affaire de petits siècles mais de millions d’années.

04/10/2017 12:53 par Jérôme Dufaur

Nous ne remercierons jamais assez Thierry DERONNE pour la qualité de son travail, son engagement et son intégrité. Je ne manque jamais une occasion de partager ses articles en expliquant à mes proches que ce que fait Thierry DERONNE mérite le nom de travail journalistique (contrairement à la plupart de ce qui est produit, ou plutôt commis, à propos du Venezuela par des "possesseurs" de la carte de presse).
Cependant le cas de Luisa ORTEGA pose un problème de fond : lorsqu’elle soutenait le chavisme officiel/présidentiel, elle était tout aussi corrompue et le chavisme officiel/présidentiel, sauf erreur de ma part, n’y voyait pas d’inconvénient. Tout le problème de la corruption (au Venezuela ou en France) est résumé par ce constat : pour les politiciens claniques, ne peut véritablement être corrompu que mon adversaire politique !

04/10/2017 22:00 par Vania

@J. Dufaur
Je pense que le problème de la corruption est un problème d’une grande complexité.Je me permets d’écrire quelques réflexions 1) En effet, lors de la prise de pouvoir d’un gouvernement révolutionnaire, il faut trouver des fonctionnaires pour combler des postes.Dans un premier temps, le gouvernement révolutionnaire compte avec des juristes, fonctionnaires etc qui ne sont pas toujours fiables et des traîtres peuvent se faufiler pour démonter le processus révolutionnaire. 2) Dans le contexte de guerre économique et de violence qui sévit au Venezuela,l’énergie est surtout déployée pour contrer l’ultra-droite national et international. 3) Dans le contexte international de valeurs capitalistes,inculquer l’éthique révolutionnaire socialiste, de façon démocratique, est une tâche immense.
Mais cette tâche n’est pas impossible. Voici l’intervention de M. Isabel Diaz ,à l’Assemblé Constituante, pour la mise en place des lois de justice /paix véritablement révolutionnaires(en espagnol)
https://www.youtube.com/watch?v=dc2H-ligF90

07/10/2017 16:14 par Jérôme Dufaur

Merci Vania pour vos compléments d’informations et pour votre commentaire auquel je souscris pleinement.

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