La scandaleuse communication yankee des transports en commun lyonnais

La fraude dans les transports en commun comme le métro représente un coût considérable. Et l’on sait que ceux qui s’acquittent de leur titre de transport payent à la place des fraudeurs.

En revanche, les passagers qui bloquent les portes parce qu’ils n’ont pas eu le temps d’entrer complètement dans la rame ne coûtent strictement rien : ils retardent simplement de deux ou trois secondes le départ du métro. Ce qui les place dans leur tort, assurément.

Parfois, on fait ce qu’on peut : il m’est arrivé d’aider des personnes encore plus âgées que moi à se décoincer un bras dans un wagon de la ligne sans conducteur du métro lyonnais car elles n’avaient pas pu entrer avec la célérité requise.

De là à transformer les bloqueurs (volontaires ou non) en délinquants de haut vol, il y a un pas que la société des transports en commun lyonnais a franchi allègrement.

Cette photo est ignoble. Faire payer 150 euros à des passagers qui ne fraudent pas et qui ne mettent pas en péril la sécurité des passagers est scandaleux. TCL est bien dans l’air du temps macronien qui frappe les pauvres.

Et puis, il y a cette mise en scène yankee, très fortement inspirée des films policiers et, pire, de la réalité d’outre-Atlantique. Avec la taille du fraudeur exprimée en mesures anglo-saxonnes.

Enfin cette menace comminatoire : on vous aura !

Cette communication est à vomir.

PS : à propos du métro lyonnais, une aberration à ne pas rater.

COMMENTAIRES  

29/11/2017 21:59 par act

Bonsoir camarade,

Affirmer "l’on sait que ceux qui s’acquittent de leur titre de transport payent à la place des fraudeurs." est une erreur, pardonnable, je vous rassure ;) C’est une propagande souvent utilisée par les sociétés de transports en communs (particulièrement celles qui sont partiellement ou totalement privatisée). Les transports de l’abonné ou du fraudeur sont couverts autant par l’abonné que le fraudeur, le métro étant pratiquement financé par les impôts/la TVA , pas par les billets.
Le fait est que l’abonné paye deux fois, impôts + billet, le fraudeur une seule...

Une étude avait montré que les bénéfices dégagés par les abonnements et billets couvraient à peine les frais que la non "gratuité" implique (impression des billets, portiques, personnels de vente et contrôleurs, etc). dans plusieurs villes la question de la gratuité a été abordée mais généralement abandonnée car selon ses opposants,les utilisateurs "ne respecteraient pas ce qui est gratuit"...C’est surtout le capital qui craint la gratuité !

Concernant la fermeture des portes, vous faites fausse route, il s’agit avant tout de la sécurité des passager et ensuite de ne pas perturber les horaires et cadences :
"contrairement à ce que l’on pourrait croire, la pression de fermeture des portes de métro et de tram est très importante, et peut donc vous blesser, sans parler des dégâts si le véhicule démarre alors qu’un objet est coincé entre les portes. Cet acte qui parait anodin peut vite dégénérer et vous emmener à l’hôpital, vous, ou d’autres voyageurs restés à quai si l’objet calé entre les portes heurte des voyageurs !
La « solidarité du voyageur »
Très souvent également, des voyageurs prennent ce risque pour que d’autres personnes puissent encore monter. Retarder le véhicule pour un voyageur pénalise tout un métro ou un tram. De nouveau, quelques minutes d’attente permettent d’éviter accidents et retards."
https://stibstories.be/2016/12/13/securite-portes-stib/

Régulièrement des accidents, parfois graves, se produisent. Des passagers, parfois très jeunes, sont ainsi entrainés sur le quai, par chance à Bruxelles il y a toujours des conducteurs qui peuvent réagir en temps...

BàV

30/11/2017 08:17 par chb

La fraude dans les transports en commun comme le métro représente un coût considérable.
Sûrement.
Aussi l’entreprise SNCF avait-elle choisi de dépenser une somme tout-à-fait considérable aussi, pour dénoncer et limiter ladite fraude. 20 millions pour les belles affiches, et aussi pléthore de portiques, et plus de caméras, et aussi des contrôleurs en civil (qui sont éventuellement adaptables à toute autre sorte de contrôle ?)...
La fraude, par ailleurs, elle rapporte aux marchands de "sécurité". Je m’en voudrais de faire des rapprochements oiseux et complotistes, mais je pense quand même à la lutte contre les immigrants indésirables, aux renvois à la frontière qui coûtent bien plus que l’entretien des familles expulsées.
L’ignoble affiche à l’américaine, que vous critiquez adéquatement, aurait aussi inspiré Hugo, sans doute.

30/11/2017 10:28 par Georges SPORRI

Vu que la France ( qui devrait être rebaptisée "franchouille" ) est très fière d’être une république, elle s’auto dispense d’être une démocratie ... Les pancartes fallacieuses "sécurité" , "santé publique" , "protection de la jeunesse" , "prévention routière" , ...etc. sont exhibées ad nauseam pour justifier des règlements hyper sévères , des amendes et des taxes délirantes ...etc. // Bien sûr l’hystérie sécuritaire , le délire répressif et le néo puritanisme , se croient très légitimes mais seuls les salauds et les crédules ignorent qu’utiliser l’autorité de l’état pour modifier les habitudes des individus devient illégitime et contre productif si on abuse de ce procédé paternaliste autoritaire ( crypto fasciste et parfois pré-fasciste ).

30/11/2017 14:23 par Toff de Aix

Je pense qu’il ne faut pas tout mélanger : la vie en collectivité implique des efforts, du civisme, et de ne pas regarder que son intérêt personnel, même au prétexte d’aider quelqu’un d’autre. Car bloquer une rame entière, mettre en retard par ricochet des centaines de personnes, oui ça a un coût, et au final et quoiqu’en dise l’auteur, c’est soit bête si c’est involontaire soit profondément égoïste si c’est fait volontairement.

Après, que l’état et les collectivités aient une tendance marquée à tout interdite et pénaliser, menacer à la moindre tête qui dépasse c’est aussi un fait, et de ce point de vue l’affiche est vraiment imbécile (mais qu’attendre d’autre de la part d’un publicitaire ?).

Ce que cette campagne de pub nous montre, c’est une affiche qui reprend les codes du cinéma hollywoodien car elle s’adresse à une cible qui les a pleinement intégrés : les "jeunes", sous-entendu les jeunes "difficiles", "des cités", ceux qui s’amusent justement en faisant ce genre d’incivilités. L’auteur ne semble pas l’avoir compris, mais c’’est bien eux la "cible"’ de cette "communication". Cela en dit d’ailleurs très long sur l’état d’esprit des publicitaires et de ceux qui les paient : vouloir croire qu’une affiche permettra de rattraper la faillite d’une société (faillite éducative et civique, essentiellement due à 30 années de consumérisme et d’égoïsme forcené), c’est comme croire encore a la théorie du ruissellement et à "la main invisible du marché" en 2017...

Et dire qu’on paie grassement des publicitaires (car c’est avec l’argent du contribuable que ces parasites pro rolex sont payés !) pour sortir ce genre de truc, selon moi c’est plutôt ça le VRAI scandale !

30/11/2017 18:15 par chb

A bas le crypto- et le pré-fascime, vive le transport (local) gratuit pour tous. Plusieurs villes y ont pensé, peu ont sauté le pas. Pourtant, supprimer les frais de contrôle et d’édition des billets, c’est économiser plus de la moitié de la facture. Du côté pollution et encombrement des villes, voir l’efficacité en Suisse où bien des gens n’utilisent leur auto qu’en vacances.
N’en parlez pas à Hulot, il serait capable d’enterrer le dossier.

01/12/2017 11:13 par Assimbonanga

Et en même temps, Lyon c’est la fête des lumières devenue commerciale, l’évêché, Fourvières, Wauquiez présidant la région, de grandes valeurs. De droite.

03/12/2017 08:30 par morvan

Voui. Sans atteindre ce niveau effectivement "yankee" d’agressivité, les transports en commun de Lille (Transpole) ne font pas non plus dans la dentelle vis à vis des fraudeurs potentiels, la tonalité du verbiage en est tout aussi insupportable. Avec - peut-être, je ne connais pas le cheminement de la validation des titres de transport à Lyon - un particularisme, celui de considérer comme "fraude", depuis le passage au titre pucé "Pass-Pass il y a quelques années, .... le fait de ne pas "valider" son titre quel qu’il soit sur les machines du métro = je suis donc une fraudeuse selon leurs termes, puisque prenant systématiquement un titre d’un mois, étant donc toujours "en règle", je ne valide mon passage que dans les bus où j’ai une personne humaine conductrice face à moi, mais je me refuse à dialoguer avec un zinzin dont il est patent qu’il piste l’usager, et que la vente des listes de ceux-ci, et de leurs déplacements, croisées à d’autres fichiers, seraient (sont ? ) un juteux complément de bénéfices (avant "Pass-Pass", les titres étaient en carton).
Je note que ces deux "métropoles" (on n’a pas fini d’en baver non plus avec ça) ont l’une et l’autre choisi KEOLIS, et que c’est ce monstre là qui me paraît insuffler ce doux relent d’agressivité à la relation avec l’usager. KEOLIS ferait peut-être bien d’être rappelée à ses propres devoirs, - la CNIL, ce qui reste assez exceptionnel, l’a fait il y a un bon bout de temps pour le passage au titre informatisé dans une grosse commune de l’ouest (Nantes ?) = la CNIL notait qu’être parvenu à seulement une 50taine de cartes support "déclaratives" (c’est à dire où l’usager ne donne d’autre renseignement au départ que son nom), contre plus d’une centaine de milliers déclinant elles tout le pédigree y compris adresse bancaire, de l’usager, tenait d’un exploit somme toute un peu suspect. Pour avoir moi-même bagarré pour obtenir à Lille cette carte "déclarative", je confirme - j’ajoute que je serais ravie de pouvoir mettre mon nez dans les comptes KEOLIS de l’opération lilloise "Pass-Pass", qui me semble toujours particulièrement bien nommée.

04/12/2017 12:53 par Olivier RUBENS

Bonjour,

Sans vouloir trop me livrer à de l’autopromotion, j’ai commis dans le numéro 36 d’"Etincelles", revue théorique du PRCF un article consacré aux affiches "antifraudeur" présentes dans le métro parisien. Le choix effectué par Pécresse relevait plus de la stigmatisation du diable que de l’univers de la répression carcérale mais la logique était la même.

On peut évidemment remercier les "séries " américaines qui à longueur d’écran font à toutes les polices une publicité gratuite et proclament l’éternité du modèle de l’enfermement comme idéal social.

Il y aurait toute une réflexion à construire sur la violence technologique qui découle logiquement d’une automatisation deshumanisante sans oublier les objectifs poursuivis en termes d’économies pour le Sytral et de taux de profit pour Kéolis. Une réinterprétation marxiste de la réflexion de Gilbert Simondon (aujourd’hui largement cité par Bernar Stiegler) pourrait être utilement convoquée à cet effet.

Au-delà de la légitime protestation, une réflexion est à poursuivre sur les liens intimes entre néolibéralisme, criminalisation du citoyen et hyper répression...

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