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Ces armes sont interdites lors d’un conflit armé selon les conventions internationales.

Gaz lacrymogène, une passion française

Au commencement fut l’usage militaire. Puis d’un théâtre des opérations (Guerre de 14-18) à d’autres (conflits coloniaux dans les années 20), puis d’un type de combat à l’autre, les gaz lacrymogènes sont devenus l’arme de première intention des États dans le maintien de l’ordre établi.

Cette arme a comme vertu première d’être duale : elle assure « en même temps » la dispersion et la dissuasion collectives.

Si le terme « lacrymogène » n’apparaît qu’en 1915 (cf. Le Robert), il y a eu en France une « commission secrète sur des substances puantes » en 1905. En 1912, l’armée et la police adoptèrent un produit suffocant (l’éther bromacétique, classé dans la catégorie des substances corrosives – non interdites par les conventions de La Haye de 1899 et 1907). Contrairement à la version officielle, la guerre chimique n’a pas commencé le 22 avril 1915 à Ypres avec l’armée allemande, mais avec l’armée française dès 1914. Mais comme l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs (malheur aux vaincus !), c’est la date d’Ypres qui a été retenue. (cf. 1)

Dans l’Humanité du 30 avril 1920, on pouvait lire : «  Protestation – La Commission administrative de la C.G.T. proteste contre les mesures terroristes prises par le gouvernement, d’accord avec les autorités militaires, mesures dont l’objet n’a jamais été justifié. Elle constate que ces mesures, qui arment le bras du soldat contre ses frères de travail procèdent aussi bien du sentiment de haine que de raisonnements ridicules. Le mal dont souffre notre pays ne sera pas amélioré par des gaz lacrymogènes, et des bombes asphyxiantes. »

‘‘Dans son numéro du 6 novembre 1921, la revue Gas Age-Record dresse un portrait extasié du général Fries. On peut y lire que le « chef dynamique » du CWS [ Chemical Warfare Service, service de la guerre chimique des États-Unis] a « étudié de près la question de l’usage du gaz et des fumées pour affronter les foules et les sauvages. Il est sincèrement convaincu que lorsque les officiers de police et les administrateurs coloniaux seront familiarisés avec le gaz en tant que moyen de maintenir l’ordre et de protéger le pouvoir, les désordres sociaux et les insurrections sauvages diminueront jusqu’à disparaître totalement. (...) Les gaz lacrymogènes paraissent admirablement appropriés pour isoler l’individu de l’esprit de la foule. (...) L’un des avantages de cette forme adoucie de gaz de combat tient au fait que, dans son rapport à la foule, l’officier de police n’hésitera pas à s’en servir ». [...] L’engouement pour les gaz lacrymogènes sur un marché qui, jusque-là, ne connaissait que la matraque et le fusil doit beaucoup à cet art de réconcilier les antagonismes. Le gaz s’évapore. La police peut enfin disperser une manifestation avec « un minimum de publicité négative », sans laisser dans son sillage du sang et des ecchymoses. Au lieu d’être perçu comme une forme de torture physique et psychologique, le « lacrymo » s’impose dans les esprits comme une forme « humaine » de violence d’État. ’’
(Gaz lacrymogène, des larmes en or, Anna Feigenbaum, Le Monde diplomatique, mai 2018, cf. note 2)

Dans l’Humanité du 25 septembre 1921, on trouvait, sous le titre «  Les grèves de la Virginie – les gaz asphyxiants contre les ouvriers », le texte : « Ce qui s’est passé en Virginie occidentale est d’une extrême gravité. Les journaux bourgeois ont évidemment essayé d’étouffer l’affaire ou de la réduire [...] Les mineurs qui avaient pris possession des mines s’étaient retranchés sur leur position, et le gouvernement employa pour les réduire tous les moyens les plus perfectionnés de la technique militaire. [...] C’est ainsi qu’ils n’hésitèrent pas à faire jeter par leurs aéroplanes des bombes de gaz lacrymogènes et asphyxiants qui firent de nombreuses victimes. »

De même, dans l’Humanité du 30 juillet 1932, on pouvait lire : «  C’est à l’aide des tanks, mitrailleuses et gaz lacrymogène que la bourgeoisie américaine a répondu aux demandes des anciens combattants assemblés à Washington. »

Dans le Figaro du 10 février 1933 : «  L’utilisation des gaz de combat dans la garde nationale américaine – L’histoire de la garde nationale aux États-Unis montre qu’une grande partie de son activité a été utilisée par le gouvernement pour le maintien de l’ordre. [...] Pour disperser la foule et briser dans l’œuf les émeutes, l’emploi des gaz lacrymogènes apparaît d’une efficacité certaine. Aucune foule ne peut résister au gaz lacrymogène, et les manifestants sont obligés de céder rapidement le terrain et de chercher leur protection dans la fuite. Pour désagréable qu’il soit, le gaz lacrymogène n’est pas dangereux, il ne tue pas et ne peut occasionner d’infirmités durables. Son emploi judicieux évite d’avoir recours au tir des armes à feu. C’est donc un moyen de combat expéditif, peu coûteux, inoffensif et sûr. »

« Il ne tue pas », c’est vite dit ! Dans un milieu confiné, si.

Il « n’est pas dangereux », cela reste à voir sur le long terme.

Dans la «  Notice au sujet de la protection contre les gaz asphyxiants » de 1916 (disponible sur gallica.bnf.fr) : « Il est bon de faire observer ce qu’a de schématique la classification des gaz [ gaz suffocants ou asphyxiants, gaz toxiques, gaz à actions localisées sur le revêtement cutanéo-muqueux – gaz lacrymogènes]. Ainsi le chlore agit surtout sur les voies respiratoires, mais il est également dans une certaine mesure lacrymogène. Les lacrymogènes sont tous irritants pour les voies respiratoires. »

Dans « Le journal des veuves de guerre  », juin 1930 : « Gaz asphyxiants, gaz vésicants, gaz irritants, gaz lacrymogènes, gaz sternutatoires, tous ont chacun une action particulièrement nuisible sur l’organisme et les intoxiqués, même ceux qui seront en apparence les moins touchés, pourront être considérés comme de grands malades ayant perdu à tout jamais leur santé. »

L’emploi du terme « gaz lacrymogène » n’est pas neutre, n’est pas anodin : cela fait presque penser à des gaz hilarants mais pas drôles. Or les agents chimiques irritants se trouvent sous forme de gouttelettes et non de gaz ; le composant utilisé en France est le 2-chlorobenzylidène malonitrile ; il y a un soupçon de présence de cyanure dans le sang des gazés (ce poison ne reste détectable que quelques dizaines de minutes). Donc, pas drôles du tout avec vomissements, perte de connaissance, désorientation, brûlure de la peau à la clé !

Le plus surprenant dans tout cela, le plus terrifiant même : ces armes sont interdites lors d’un conflit armé selon les conventions internationales, mais légales pour le maintien de l’ordre.

En France, les autorités ont poussé le vice jusqu’à interdire aux manifestants le port de protection individuelle (lunettes de plongée, masques) : c’est assurément la marque d’un gouvernement progressiste qui utilise, de manière profuse et sans scrupules (dosage du gaz 25 fois plus élevé qu’aux États-Unis, 5 fois plus qu’au Royaume-Uni), les produits du passé, mais en changeant les règles à son avantage !

Un lanceur d’alerte, Alexander Samuel, biologiste, qui s’est intéressé, de trop près, au cyanure dans le sang des manifestants gazés a eu droit à sa petite garde à vue. «  La communauté scientifique considère l’empoisonnement au cyanure à partir de 0,5 mg par litre de sang et sa dose mortelle à 1 mg. Parmi les personnes testées, deux affichent des taux voisins de 0,7 mg par litre.  » (Humanité du 5 novembre 2019). Avec ce gouvernement, peu avare en mesures arbitraires, mener des recherches, c’est déjà suspect.

Comment faire reconnaître, en cas de séquelles, son statut de victime ? Comment prouver dans quelques années, qu’untel a été gazé lors d’une manifestation ? Alors que les victimes de l’amiante ont déjà toutes les peines du monde pour avoir gain de cause.

Le gaz lacrymogène reste donc une passion française. Une violence d’État parfaite comme il est des crimes parfaits sans traces.

Au fait, le premier sens de passion, c’est souffrance. C’est pourquoi il n’y a pas et il n’y aura pas d’étude épidémiologique sur les manifestants et les gardiens de la paix.

PERSONNE
Illustration : La guerre – Otto Dix http://www.androgon.com/24525/kultur/otto-dix-der-krieg

(1) Pour les détails, lire : http://www.guerredesgaz.fr/these/Introduction/introduction.htm
(2) https://www.monde-diplomatique.fr/2018/05/FEIGENBAUM/58627

COMMENTAIRES  

08/11/2019 15:44 par Daniel BESSON

J’ai été l’un des premiers à citer l’utilisation des gaz de combat par l’armée Française en 1914 lors de la " bataille des frontières " sur mon blogue en citant ( 1 ) , ceci lors des projets de bombardement sur Damas .
L’autre point qu’il faut souligner est que des centaines de milliers d’appelés - dont moi même - ont été soumis de 1919 à 1990 à un gaz de combat , le bromure de benzyle . C’est le gaz étalon pour l’entrainement à la guerre NBC .
Il faut AUSSI toutefois noter que c’est sous l’impulsion de Léon Blum que ces gaz ont été employés par la Police Nationale de manière systématique dans le MDO ! C’était au soir de la fusillade de Clichy , le 16 mars 1937 . Ce jour là la " police républicaine " a ouvert le feu sur les " méchanfâchiss " .
Son intervention du soir du 23 mars 1937 à l’ AN est retranscrite dans "l" Huma "du 24 mars 1937 que le camarade " Personne " peut consulter aussi sur Gallica.fr :
" … la sélection des chefs sur qui pèsent ces responsabilités [ du MDO ] et la substitution aux armes à feu
par des moyens modernes empruntés à la technique moderne "
Le camarade " Personne " a du louper un numéro dans sa recherche ?????? On s’étonne de pouvoir encore s’étonner . ..
Quand à fin aout 1914 , ce sont des ministres et des responsables politiques issus de la gauche et de la " gauche radicale parlementaire " de l’époque qui ont donné le feu vert politique à l’emploi par l’armée Française des moyens misa au point par la " brigade des gaz " de la PP entre 1905 et 1912 .Le Ministre de la Guerre qui fut responsable de la première utilisation sur un champ de bataille d’un gaz de combat était , bon sang ne saurait mentir , un Radical-Socialiste : Adolphe Messimy , Ministre de la Guerre du 13 juin au 26 août 1914 dans le gouvernement René Viviani, Républicain-Socialiste . Ce n’étaient certes pas des anarchistes , presque tous - pas tous - ralliés à la guerre d’ailleurs , mais la " gauche de la gauche " d’alors !

08/11/2019 17:46 par Daniel BESSON

Complément à mon premier envoi !
Le gaz utilisé par l’armée Française pour l’entrainement des recrues du SN était le bromure de benzyle .
La formation au combat en milieu contaminé par un gaz toxique était un classique de feu le Service National . Elle consistait à enfermer du personnel dans une salle étanche ou un conteneur métallique, à lui faire mettre son ANP et à le faire évoluer au milieu d’une atmosphère contaminée par une capsule libérant ce gaz lacrymogène .

Cet entrainement donnait même lieu à un gag assez sympa : La salle était " aérée " , la section était rassemblée lorsque le sergent instructeur après avoir parcouru une centaine de mètres s’apercevait qu’il avait " oublié " son stylo . Il demandait aussitôt au plus neuneu de la section , repéré depuis 2 ou 3 semaines d’instruction , d’aller chercher ce stylo "oublié " dans la salle d’entrainement . Les effets du gaz ne s’étant pas dissipés malgrè l’aération , le brave neuneu qui s’était précipité pour rapporter le stylo de son sergent préféré revenait les yeux larmoyants et en suffocant ;0) Sans avoir trouvé le moindre stylo bien sûr !
Une variante lors du PESO - Peloton d’Elèves Sous-Officiers - consistait à instituer le jeu du masque musical ou jeu de l’ ANP musical que tout le monde devinera par analogie avec le jeu de la chaise musicale ! En espérant que mon post initial etce complément ne soient pas modérés !

08/11/2019 19:01 par pauvre 2

Une excellente interview du lanceur d’alerte Alexander Samuel par Le Média. vous pouvez sauter, ou pas les 45 1ères secondes. https://www.youtube.com/watch?v=srTONzjxLb4

08/11/2019 19:59 par Assimbonanga

Gaz lacrymogène, une passion française ! J’ai idée que c’est une passion partagée dans de nombreux pays à travers le monde... Le lacrymo est une valeur montante. Les usines qui en produisent doivent engranger les profits dans ce monde de grand n’importe quoi généralisé.
Sur le plan simplement écolo, y a problème quand même. Quid des déchets, cartouches vides qui s’amoncellent dans les décharges ? Et quid des composants qui se dissipent dans l’atmosphère, et sur les sols ?
Lacrymogène hilarant ? Non, larmoyant. On retrouve le mot dans les passions du christ, dans le domaine de la musique classique. Stabat Mater dolorosa iuxta crucem lacrimosa, dum pendebat Filius.

Le petit macarnon est un minable. Il s’enorgueillit de l’ouverture d’un 11ème parc national. Bon d’accord c’est mieux que rien, mais ça aurait eu de la gueule de faire à Notre-Dame-des-Landes un site pilote, un lieu d’expérimentation. Au lieu de ça, il a envoyé la soldatesque ( 2500 gendarmes !) et fait répandre des mètres cubes de grenades en tous genres qui jonchaient les prés jusque-là maintenus en parfait état. Lamentable. Il aurait pu être un grand homme. Ben non. Faut dire qu’avec des conseillers comme Benalla...

Non, vraiment, personne ne peut croire un seul instant que ce gouvernement soit nanti de la moindre fibre écolo. Et s’ils ont arrêté Europa-city, c’est surement pas par conviction mais pour des tas d’autres raisons mélangées.

09/11/2019 09:52 par Le kamarade "Personne"

À Daniel BESSON, « Déroulédien , voire plutôt Cartieriste ( cela existe ! ) » (c’est ainsi que vous vous êtes défini le 25/09/17 sur LGS)

Son intervention du soir du 23 mars 1937 à l’ AN est retranscrite dans "l" Huma "du 24 mars 1937 que le camarade " Personne " peut consulter aussi sur Gallica.fr :
" … la sélection des chefs sur qui pèsent ces responsabilités [ du MDO ] et la substitution aux armes à feu par des moyens modernes empruntés à la technique moderne "
Le camarade " Personne " a du louper un numéro dans sa recherche ?????? On s’étonne de pouvoir encore s’étonner

Comme « traduire, c’est trahir », on peut dire que tronquer (une citation), c’est manipuler. En effet, dans l’Humanité que vous citez, on lit :

‘‘Blum ignore qui a tiré les premiers coups de feu ; il constate seulement que tout s’est passé comme si « on » voulait avoir une bagarre sanglante. Les incidents les plus graves furent ceux qui se produisirent à l’arrivée des cars. Blum et Dormoy estiment que les agents tirèrent sans ordre, en vertu de réflexes individuels. Mais Blum s’empresse d’ajouter : « J’estime, pour ma part, que pour une troupe formée et commandée, le droit de légitime défense individuel ne doit pas exister, et c’est la noblesse de sa mission. Dans les troubles publics, un moment peut venir où le souci de préserver les vies humaines impose le recours aux armes à ceux qui commandent, mais la décision ne peut appartenir qu’à ceux-ci. C’est en fonction de ces principes que doit être constitué et réorganisé, s’il le faut, le service d’ordre. À cet égard, la sélection des chefs sur qui pèsent ces responsabilités et la substitution aux armes à feu de moyens empruntés à la technique moderne seront étudiés. »’’

Le terme « lacrymogène » (que j’ai recherché sur gallica.bnf.fr) est absent de ce numéro de l’Humanité : je n’ai donc rien loupé !!! Comme je n’ai cité aucun nom de politicien français, pourquoi aurais-je dû citer Blum ?

09/11/2019 09:58 par J.J.

Assimbonanga :" Et s’ils ont arrêté Europa-city, c’est surement pas par conviction mais pour des tas d’autres raisons mélangées."
Comme par exemple commencer à pétocher sévère, les municipales ne sont pas loin et les Gilets Jaunes et autres "trublions" en phase de réveil.

Le camarade Besson vient juste de découvrir que les gouvernements, qu’il soient de droite ou de gauche, ou s’en revendiquant,sont la plupart du temps des ennemis du peuple ?

09/11/2019 15:52 par LAR

Du cyanure dans les gaz lacrymogènes utilisés pour le maintien de l’ordre ? Le gouvernement empoisonnerait la population ?

Article paru dans l’Humanité du mardi 5 novembre :
Alexander Samuel : « Les gaz lacrymo empoisonnent »

Lanceur d’alerte. Le jeune biologiste niçois met en lumière des doses importantes de cyanure dans le sang des manifestants exposés à cette arme chimique.

« Du cyanure dans les gaz lacrymogènes utilisés pour le maintien de l’ordre ? Le gouvernement empoisonnerait la population ? Impensable ! » C’est la première réaction d’Alexander Samuel, enseignant en mathématiques et docteur en biologie, lorsque le gilet jaune Julien Chaize, en avril 2019, lui demande d’étudier cette hypothèse. Six mois plus tard, le jeune scientifique niçois en est persuadé, des doses non négligeables de poison circulent dans le sang des manifestants gazés.

Cette conviction dérange. Samedi 2 novembre, Alexander a été placé en garde à vue au motif qu’il serait impliqué dans une attaque symbolique, à la peinture bio, d’une banque. Il s’en défend mais reste enfermé quarante-huit heures. Son domicile est perquisitionné. Son matériel informatique et de nombreux documents sont minutieusement inspectés. Un manuel militaire de 1957, « sur la protection contre les gaz de combat », est saisi et détruit.
À l’écart, il observe les violences

Cet épisode n’est apparemment pas lié à ses recherches sur les gaz lacrymogènes. Quoi qu’il en soit, le biologiste a déjà compilé ses travaux dans un rapport. Il sera publié dans les prochains jours par l’Association Toxicologie Chimie, fondée par André Picot, directeur honoraire de l’unité de prévention du risque chimique au CNRS. Ce dernier sera cosignataire de la publication d’Alexander, aux côtés d’autres chercheurs et médecins.

Rien ne laissait présager un tel résultat quand, au début du printemps, Alexander se rend pour la première fois à une manifestation de gilets jaunes. « J’étais méfiant, avoue-t-il. Dans les Alpes-Maritimes, l’extrême droite était très présente au début du mouvement et mes convictions écologistes étaient en contradiction avec les revendications liées aux taxes sur le carburant. » Curieux, il se rend cependant au rassemblement organisé le 23 mars, à Nice.

À l’écart, il observe les violentes charges de police au cours desquelles la responsable d’Attac, Geneviève Legay, est gravement blessée. Alexander n’assiste pas directement à la scène mais il voit les street medics, ces secouristes militants qui interviennent lors des manifestations, empêchés d’intervenir et se faire interpeller. Alexander filme. Il est immédiatement placé en garde à vue. C’est sa première fois.

« J’ai été choqué, confie le scientifique. Les conditions de ma détention, les mensonges d’Emmanuel Macron et du procureur concernant Geneviève Legay ont fait que je me suis solidarisé avec le mouvement. » Il décide de rassembler tout ce qui pourrait permettre de rétablir la vérité et de le transmettre à des gilets jaunes qui entendent saisir l’ONU. Parmi eux, Julien Chaize veut le convaincre de se pencher sur le cas d’une manifestante qui, à la suite d’une exposition aux gaz lacrymogènes, affichait un taux anormalement élevé dans le sang de thiocyanate, molécule formée après l’assimilation du cyanure par le foie.

C’est un cas isolé. Impossible pour Alexander d’y voir la preuve d’un empoisonnement massif de la population. Incrédule, il participe cependant à d’autres manifestations et observe les réactions des personnes exposées aux gaz. Vomissements, irritations, désorientation, perte de connaissance… ces fumées ne font pas seulement pleurer.

Alexander consulte la littérature scientifique. Le composant lacrymogène utilisé en France est le 2-Chlorobenzylidène malonitrile. Comme il est considéré comme arme chimique, son emploi est interdit dans le cadre de conflits armés. Pas pour le maintien de l’ordre. Pour le biologiste, le verdict est clair, cette molécule, une fois présente dans le sang, libère du cyanure. Plusieurs études, depuis 1950, l’affirment. Aucune ne dit le contraire. Mais ce poison est également présent dans les cigarettes et dans une multitude d’aliments. Sa dangerosité est donc une question de dosage. Comment le mesurer ?

Alexander et trois médecins gilets jaunes proposent alors aux manifestants de faire analyser leur sang afin de déterminer un taux de thiocyanate. Mais ce marqueur n’est pas assez fiable. Il faut quantifier le cyanure. Or, le poison n’est détectable dans le sang que pendant quelques dizaines de minutes. Munis de kit d’analyses, d’ordonnances et de formulaires à faire signer par les candidats à un examen, ils décident de faire des prises de sang et d’urine directement pendant les manifestations du 20 avril et du 1er Mai.
Les résultats sont édifiants

Les résultats des premiers prélèvements confirment bien la présence importante de cyanure, mais n’en donnent pas le dosage précis. Le 8 juin, à Montpellier, l’équipe perfectionne son protocole. Alexander, les trois médecins et quelques complices se font eux-mêmes cobayes de leur expérience. Ils testent leur sang avant la manifestation puis après. Les résultats sont édifiants. La communauté scientifique considère l’empoisonnement au cyanure à partir de 0,5 mg par litre de sang et sa dose mortelle à 1 mg. Parmi les personnes testées, deux affichent des taux voisins de 0,7 mg par litre.

Leur démarche inquiète certains gilets jaunes et dérange les autorités. Alexander et les trois médecins font, depuis mai, l’objet d’une enquête préliminaire pour « violence aggravée et mise en danger de la vie d’autrui ». L’affaire suit son cours. Les chercheurs-suspects ont même été entendus, pendant l’été, par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Alexander a subi une nouvelle garde à vue au mois de septembre. Ils ont reçu de nombreuses menaces. Mais rien ne les a empêchés de continuer. La population doit être informée. Les policiers, eux-mêmes exposés, doivent savoir. La vérité doit éclater.
Émilien Urbach

Source : https://www.humanite.fr/alexander-samuel-les-gaz-lacrymo-empoisonnent-679765

10/11/2019 10:04 par echoes

Eloge du progrès.
Les FDO, protégées par l’appareil d’état (police-justice-IGPN) bénéficient des derniers développements scientifiques dédiés au contrôle des manifestants : LBD 40,
quoique la matraque, instrument prisé pour fracturer les os crâniens ou autres, demeure (lointain héritage de la massue préhistorique) l’outil de prédilection des brutes opérant en bandes sous uniforme,
histoire de ne pas perdre la main et de s’offrir quelques instants de relaxation-défoulement.
Tout ceci bien évidemment sans susciter la moindre réaction de nos élites pétitionnaires : intellectuels et chroniqueurs de service, artistes, peoples, sportifs, journalistes, rédacteurs chef, directeurs de presse à la morale ostentatoire du milieu qui les entretient et les protège.

10/11/2019 23:59 par Daniel BESSON

Au camarade " Personne "
Raymond Cartier était anticolonialiste et plus que jamais " La Corrèze plutôt que le Zambèze " est d’actualité ! Aujourd’hui , faute de l’avoir écouté , c’est le Zambèze qui colonise la Corrèze !
Cit : [ Comme « traduire, c’est trahir », on peut dire que tronquer (une citation), c’est manipuler. En effet, dans l’Humanité que vous citez, on lit ]
J’ai donné à tout le monde les références exactes , celles qui vous ont permis de trouver l’intervention en entier .
On notera les pudibonderies du cht’i père Blum ! Il préfère parler de moyens techniques nouveaux plutôt que de gaz . Faut le comprendre … Grillé auprès des " Croix de Feu " il l’aurait été auprès de ses propres troupes , celles de l’ ARAC , avec le terme " gaz " !
Cit : [ Le terme « lacrymogène » (que j’ai recherché sur gallica.bnf.fr) est absent de ce numéro de l’Humanité : je n’ai donc rien loupé !!! Comme je n’ai cité aucun nom de politicien français, pourquoi aurais-je dû citer Blum ?]
Par ce que le sujet traite de la spécificité Française dans ce domaine avec les travaux de la PP dés 1905 , l’emploi des gaz dés 1914 et la volonté d’employer des gaz mortels dés janvier 1915 .
Le sujet ce n’est pas la répression des vétérans de la " Bonus Army " par Douglas Mac Arthur dans les jardins de la Maison-Blanche .
On peut rajouter au crédit de Blum et de ses ministres en ce qui concerne le MDO :
1- La première utilisation de blindés dans le MDO
2- La création de la police politique des Rensignements Généraux
Si vous ne possédez pas une collec’ de " VU " ou " REGARDS " et que vous ne disposez pas de 40 euros pour acheter un numéro d’époque , demandez à la camarade Clémentine "Titine " AUTAIN qu’elle vous laisse un accès libre à ses archives . C’est de l’excellente presse magazine , elle est communiste ! C’est pas du Raymond Cartier …

11/11/2019 20:51 par Le Kamarade "Personne"

À Daniel BESSON,

Si vous ne possédez pas une collec’ de " VU " ou " REGARDS " et que vous ne disposez pas de 40 euros pour acheter un numéro d’époque , demandez à la camarade Clémentine "Titine " AUTAIN qu’elle vous laisse un accès libre à ses archives . C’est de l’excellente presse magazine , elle est communiste ! C’est pas du Raymond Cartier …

Pourquoi ne pas m’indiquer, plutôt, la référence du texte de Raymond Cartier où apparaît la formule " La Corrèze plutôt que le Zambèze " ?

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