Copenhague : le sommet du "Capitalisme Vert"

Plus la conférence de Copenhague approche, plus il semble évident qu’il s’agira d’un échec. Rien d’étonnant à cela, puisque la communauté internationale s’est enfermée dès le protocole de Kyoto dans des mécanismes inefficaces et dangereux, et refuse obstinément d’en sortir. Mais certains mouvements contestataires portent également une part de responsabilité pour ne pas avoir posé les véritables termes des débats.

Depuis les années 1970, toutes les négociations internationales sur l’environnement obéissent à une loi fondamentale : aucune mesure adoptée ne doit entraver le commerce mondial et la concurrence. Pour cette raison, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre adoptés en 1997 par les pays développés à Kyoto sont dérisoires : 5,2% d’ici fin 2012 par rapport à l’année de référence 1990. Or, pour contenir le changement climatique dans des limites supportables, il faudrait diviser par deux les rejets mondiaux avant 2050.

Rideau de fumée

L’effondrement des économies d’Europe de l’Est permettra peut-être d’atteindre l’objectif de Kyoto. Mais ce résultat est un véritable rideau de fumée. En effet, les émissions des pays riches sur la période ont progressé de 12,8%. Surtout, les émissions mondiales, pays émergents inclus, ont bondi d’au moins 25% entre 1997 et 2006. Logique, puisque les pays occidentaux sont en phase de désindustrialisation, la production étant déplacée dans les pays à bas coût de main d’oeuvre et sans réglementation environnementale grâce aux politiques de libre-échange de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Union européenne.

Pour faire semblant d’agir, les États ont décidé à Kyoto de créer un marché des droits à polluer pour contrôler les gaz à effet de serre. Ils ont donc donné aux entreprises des quotas d’émission comme on donne des quotas de pêche, et ouvert une Bourse du carbone où ces quotas peuvent s’acheter et se vendre. Les acteurs de la finance se sont précipités sur ce nouveau marché porteur, et y spéculent honteusement. En quelques années, les fonds d’investissement spécialisés dans le commerce des droits à polluer se sont multipliés, les marchés à terme ont gonflé, et des produits dérivés sont apparus, reproduisant presque à l’identique le scénario qui a conduit à la crise de septembre 2008 sur le marché des « subprimes ».

Le bilan de Kyoto est déplorable

Le bilan de Kyoto a beau être déplorable, les négociations en cours s’inscrivent dans l’exacte continuité. Le marché du carbone sera conforté, puisqu’on y intègrera progressivement la gestion des forêts, l’agriculture, le transport... Il est tout simplement amené à devenir d’ici trois ou quatre ans le premier marché au monde ! Les prochains objectifs chiffrés de réduction font couler beaucoup d’encre, mais tout indique qu’ils seront bien en deçà du nécessaire. De toute façon, la contrainte juridique qui découle de ce type d’accords est inexistante puisqu’il n’est prévu aucune sanction pour les États qui ne tiendraient pas leurs engagements.

Les gouvernements continueront par contre à promouvoir le « capitalisme vert », c’est-à -dire à servir sur un plateau les profits des technologies faiblement émettrices de carbone aux grandes multinationales. Areva, Suez ou Veolia mettent la main sur les énergies renouvelables. Total ou General Electric testent l’enfouissement du dioxyde de carbone dans d’anciens puits de pétrole ou d’anciens gisements de gaz, largement soutenus par les aides publiques. Grâce à la crise environnementale, le capitalisme est en train de vivre une seconde jeunesse. Et rien de tel que l’argument du climat pour faire tout accepter au public, sans le moindre débat de fond.

Ambigüités des mouvements écologistes et altermondialistes

Malheureusement, les mouvements écologistes et altermondialistes iront à Copenhague avec des mots d’ordre vagues. Ils réclameront des engagements de réduction des gaz à effet de serre élevés et des transferts de fonds vers les pays pauvres pour l’adaptation aux modifications du climat. De bonnes intentions, mais qui oublient l’enjeu majeur : celui du libre-échange et de son corollaire, le productivisme. Que personne ne fasse le lien entre les négociations de l’OMC, qui étendent la mondialisation néolibérale, et celles sur le climat, qui préservent les acquis du libre-échange, est tout à fait regrettable.

Pourtant, dix ans après le contre-sommet altermondialiste de Seattle, l’occasion est belle de dépasser le procès de la mondialisation pour énoncer des revendications concrètes et radicales. D’une part, il faut absolument fermer la Bourse du carbone, qui nous prépare le prochain krach financier et privatise de façon scandaleuse les ressources naturelles. D’autre part, il faut réguler le commerce international en créant des normes, des interdictions, des taxes aux frontières basées sur des critères sociaux et environnementaux. Enfin, pour ne pas pénaliser les populations des pays à bas coût de main d’oeuvre, cette régulation doit s’accompagner de mesures exemplaires de solidarité internationale : annulation de la dette, reconnaissance et remboursement de la dette écologique par les pays du Nord, création d’un statut de réfugié climatique.

Voilà le premier pas à faire pour casser le chantage aux délocalisations pratiqué par les grandes firmes, amorcer une relocalisation et une mutation écologique de l’économie et, au final, imposer une sérieuse redistribution des richesses. Bien-sûr, l’OMC et l’Union européenne condamneront ces initiatives. Il faudra donc passer outre.

Aurélien Bernier
secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)
auteur du livre « Le climat, otage de la finance », 2008, Mille-et-une-nuits

Cette tribune a été publiée dans le n° 188 de L’Humanité Dimanche

COMMENTAIRES  

07/12/2009 12:51 par Xav

Rideau de fumée... le mot est lâché.

Il est temps d’aller voir ce qui se cache derrière tout cela.

LGS va-t-il enfin nous parler du "climate-gate" ?

La gauche va-t-elle comprendre que le capitalisme est soluble dans le CO2 et qu’elle le réclame ?

Al Gore a terrifié le monde occidental avec SA vérité. Ce film est un bel exemple de propagande.
LGS va-t-il permettre à ses lecteurs de comprendre pourquoi ?

Les auteurs de ce magnifique journal sont lucides et critiques face aux "capitalistes de gauche".
Pourquoi cette lucidité n’a-t-elle pas encore servi à gratter la couche de vernis vert que l’on nous sert ?

07/12/2009 12:57 par legrandsoir

Parce qu’on ne peut pas être au four et au moulin, on compte aussi un peu beaucoup énormément sur nos lecteurs pour nous alerter...

07/12/2009 18:52 par Anonyme

Bonjour à toutes et à tous

Je ne sais pas si le terme mouvements contestataires peut s’appliquer aux adeptes d’un capitalisme vert !
Toujours est il qu’il existe heureusement une mouvance écolo radicale qui est anti capitaliste . Vous n’en entendrez bien pas parler par les merdias mercenaires mais elle existe belle et bien .
Je vous mets en lien un texte qui est on ne peut plus clair.
En effet le changement climatique est une question politique

07/12/2009 18:55 par Xav

Merci pour cette réponse.

Une piste ici peut-être ?
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=CHO20091207&articleId=16435

Vive LGS

09/12/2009 15:05 par misraf

Je suis entiérement d’accord avec ton approche sur le sujet .bien sur l’ecologie a pour homonymes ; le profit ;la hantise de la rentabilité et de la productivité ; la propriété privée sur les principaux moyens de productions ; l’anarchie de la production ; et beaucoup d’autres parametres economiques arbitrairements utilisés pour mesurer La « santé economique » ou en terme moderne « efficacité economique » ou l’ etre humain se trouve tres loin de ces considerations. En verité il s’agit d’imposer de nouvelles normes de productions et de vendre les nouveaux equipements qui sont encore sous le couvert du brevet industiel que seuls les pays riches possedent. Comment l’ Inde et la Chine, si ils se soumettraient aux exigences occidentales , feraient ils face a leur besoins de plus en plus croissant . ??????. Alors si on donne gracieusement le savoir faire des nouvelles technologies, il n’ y aura pas de probleme , mais si on veut encore une domination comme pour le medicament , cela ne marchera pas ... Voila l’ enjeu que personne ici n’ a fais allusion.Et oui c’est dramatique que l’on nous fasse payer l’air qu’on respire juste parceque c’est un nouveau produit prometeur a la bourse, mais camarade moi je remarque que ceux sont les memes qui hier faisaient partout des contres sommets pour revendiquer la taxe tobin ,qui sont haujourd’hui a la pointe de la revendication du capitalisme vert ,rien n’a changé en definitive,on efface tout,on prends les memes et on recommence.C’est ce niveau de pauvreté intellectuelle
qui est malheureusement le signe des temps et la marque de la civilisation.

13/12/2009 12:34 par JMichel Masson

A propos de Copenhague, il faut clarifier les choses. Ceux qui s’appuient sur le "climategate" devraient se poser plusieurs questions dont l’essentielle est de savoir si le climat est menacé ou pas par les rejets de GES.D’après les données scientifiques disponibles je pense que oui et la remise en cause du travail du GIEC me paraît assez dangereuse.Il ne faut pas confondre avec les utilisations de ce travail par le "business vert" .Actuellement , en Fance , on assiste à un développement des émissions et publications anti-giec dont les arguments sont les mêmes que ceux mis en avant par le délégué de l’Arabie-Saoudite à Copenhague, par les républicains lobbyistes du pétrole aux USA. Je pense qu’il y a une campagne anti-Giec qui empêche de se poser les vraies questions : quels systèmes économiques pour une société plus juste envers les hommes et plus respectueuse des limites naturelles ?
Il ne faut pas se tromper de cible.

20/12/2009 22:56 par Elfetouaki

Au terme de la conférence sur le climat tenue à Copenhague , les pays riches ont mis à découvert leurs vraies intentions en s’adressant aux pays non industrialisés : laissez -nous polluer pour protéger et développer davantage notre industie tout en entretenant notre développement ; on vous donnera en conséquence une aide pour entretenir, un tant soit peu ,votre pauvreté .
Evidemment, ces aides seront soigneuseent récupérées sur le prix de reveient des produits manufacturés vendus aux pays pauvres.

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