Auteur Viktor DEDAJ

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 7/13 - Julio Larramendi

Viktor DEDAJ
Carnet de bord. Extrait. Il fait encore nuit lorsque le camion s’arrête devant la maison. Je grimpe sur le plateau arrière pour rejoindre une vingtaine d’ouvriers agricoles qui se serrent pour me laisser monter. Aujourd’hui, je me suis porté volontaire pour « donner ma force de travail » à la coopérative Blas Roca – les « tontons-macoutes de la révolution cubaine » selon le terme abject employé par le quotidien Libération (en référence aux escadrons de la mort en Haïti). Nous roulons à (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 6/13 - José Loyola Fernandez

Viktor DEDAJ
Carnet de bord. Extrait. En s’approchant de la voiture garée à l’ombre, nous remarquons une flaque sous le réservoir d’essence. Le carburant fuit lentement à travers la rouille. Après un rapide échange, nous concluons qu’il y un certain danger. Qu’à cela ne tienne. Dans le coffre, nous extirpons un gros bidon vide. Avec un tube, nous vidons le réservoir dans le bidon. Nous arrachons ensuite le tuyau qui arrive au réservoir et nous l’introduisons dans le bidon. Et voilà, un réservoir (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 5/13 - Emilio Comas

Viktor DEDAJ
Carnet de bord. Extrait. Un soir, après un exposé sur l’histoire de la Révolution cubaine, je demande à Ibrahim ce qu’il répond aux critiques formulées contre Cuba par la gauche européenne. Il réfléchit et prend son temps avant de répondre. « Que ce soit bien clair : nous avons commis des erreurs, évidemment. Et nous en commettrons d’autres. Mais je peux te dire une chose : jamais nous n’abandonnerons le combat pour un monde meilleur, jamais nous ne baisserons la garde devant l’Empire, (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 4/13 - Edel Morales

Viktor DEDAJ
Carnet de bord. Extrait. Ce soir-là, la famille est rassemblée autour du téléviseur. Le journal télévisé cubain diffuse des images d’une manifestation en France. Ma présence a sans doute réveillé leur intérêt pour des « événements se déroulant en France ». Je reconnais les images de manifestations pour sauver les retraites. Ils me questionnent. Ils manifestent pour sauver leurs retraites ? - Oui. - Tu crois qu’ils vont gagner ? - Honnêtement ? Je pense que non. Quelqu’un murmure « (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 3/13 - Cesar Perez Leon

Viktor DEDAJ
Carnet de bord, extrait. La nuit tombe. Ibrahim semble inquiet. « Tu crois qu’elle est morte ? » me demande-t-il. Je ne sais pas. Vu la façon que tu l’as traitée, ça ne m’étonnerait pas. « Les Cubains ont le sang chaud » tente-t-il de se justifier. Je propose d’abandonner sa carcasse dans un fossé et de rentrer à pied. On reviendra demain pour la récupérer. « La police risque de la trouver avant... » soupire-t-il, avant de rajouter « c’est toujours la même chose, tu crois que tout est (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - 2/13 - Carlos Mendez Tovar

Viktor DEDAJ
Carnet de bord, extrait. Je ne crois pas aux miracles, je ne crois pas aux contes de fées. Mais quand un petit bonhomme surgit avec une boite à outils apparemment récupérée dans l’épave d’un galion espagnol, tu te poses forcément des questions. Qui l’a appelé, comment a-t-il su ? Ca fait longtemps que je ne cherche plus à comprendre cette capacité des Cubains à communiquer dans ton dos, à faire passer un message à l’autre bout de l’île alors que toi t’en es encore à filer des coups au (…)

« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - Préambule - 1/13

Viktor DEDAJ
PREAMBULE « Un microphone ? Hum... » Ca y’est, deux jours à la Havane et je commence à me sentir comme un fucking Chevalier de la Table Ronde à la recherche du Graal. Oui, j’ai besoin d’un microphone, avec une petite prise, pour le brancher là. « Tu veux acheter un microphone ? » Ben oui, à peine arrivé, le mien est tombé en panne, alors j’ai besoin d’un microphone. « Oui, oui, je comprends. Un microphone... ». Je suis dans un centre culturel. Un grand centre culturel. J’ai l’impression de (…)

Les "libéraux" et leur "amour de l’entreprise" (ou la nostalgie des plantations de coton)

Viktor DEDAJ
La blague court qu’un consultant, c’est quelqu’un que vous payez très cher pour lui exposer ce dont vous avez besoin et qui vous expliquera en retour comment vous en passer. C’est exagéré, bien-sûr. En réalité, un consultant, c’est quelqu’un que vous appelez à la rescousse lorsque vous avez un problème A, qui vous proposera un plan pour résoudre B tout en mettant en œuvre la solution à C – après quoi tout le monde découvrira que la bonne réponse était D. Ce qu’un vague employé avec 30 ans (…)
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Le « home run » de la diplomatie cubaine.

Viktor DEDAJ
Le « home run » est au base-ball ce que le but marqué d’une reprise de volée sur une passe parfaite est au foot. Le geste impeccable, réalisé dans le feu de l’action et que tous les supporters attendent et espèrent. Et qui n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un long entraînement et d’un esprit d’équipe. Et d’autant plus méritoire lorsqu’on affronte pieds nus un adversaire en surnombre, connu pour ses tricheries et la violence de son jeu. Sans parler des arbitres munis (…)

Ma journée avec René, du haut de ses 15 ans.

Viktor DEDAJ
C’est bien connu : la Fête de l’Huma, c’est l’odeur des merguez mais aussi un lieu de rencontres. René, ça fait à peu près quinze ans que le connais. Je dirais bien qu’il n’a pas changé, mais ce serait inexact. Pour sûr qu’il a changé, le René. Les cheveux plus gris, plus épars, tout ça. Pour le reste, non, je ne vois pas. C’est bien René. Lui ne me connaît pas, mais ça ne fait rien. René nous connaît sans nous connaître. Disons qu’il ne nous connaît pas mais qu’il sait qui nous sommes. René (…)
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Cet irrésistible besoin d’Antisémitisme

Viktor DEDAJ
Si un jour un représentant des forces de l’ordre me demande « Où étiez-vous dans la nuit du 19 juillet 2014 entre 20h00 et 20h30 ? », je sais que même dans cent ans, je n’aurai aucun mal à fournir un alibi : « Je regardais le journal télévisé de France 2 » (*) Oui, je sais, mes fans seront déçus, mais une fois n’est pas coutume. Et arrêter de regarder les « informations » à la télévision, ce n’est pas comme arrêter de fumer. Il n’y a aucune dépendance et on ne « rechute » pas. Au contraire, (…)
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Lettre inachevée aux générations futures (modeste contribution au bordel politique actuel)

Viktor DEDAJ
Quand j’étais jeune, je m’imaginais souvent en conversation avec le moi du futur. Aujourd’hui, on cause toujours mais généralement en sens inverse. Le scénario est bien rodé : après un échange d’amabilités, ponctué par des traits d’ironie, la conversion vire rapidement au bilan, ponctuée par des « Si t’avais su hier ce que je sais aujourd’hui ». Lorsque l’un d’entre nous a bu, ça sombre dans l’empoignade. Là, il faut voir ce qu’il prend le jeunot. Tiens, prends ça, et ça. Et puis ça aussi. (…)