"Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" de Hervé Kempf

Le titre claque comme un slogan que l’on clamerait volontiers avec allégresse. Quel immense dommage que si peu de Vert(-e)s adhèrent à ce credo radical, préférant, à l’image de Dominique Voynet Daniel Cohn-Bendit ou Alain Lipietz, quelques commodes replâtrages ! Les déprédations gravissimes de l’environnement découlent d’un mode de production uniquement mû par « la maximisation du profit ». La crise économique actuelle, corollaire des turbulences qui ont frappé la bulle des hedge funds et des subprimes, l’auteur l’avait prédite dans son précédent essai (1). Il préconise d’inscrire « l’urgence écologique et la justice sociale au coeur du projet politique ». Oui, mais qui pour promouvoir ce dernier ? Comment, insiste Hervé Kempf, qui rejette également les éoliennes et les agro-carburants, oser estampiller le nucléaire « d’énergie du futur », alors qu’il demeure éminemment dangereux et génère des volumes colossaux de déchets fortement radioactifs ? Nos dirigeants, que la collusion avec les lobbies les plus influents et les grands groupes industriels n’ont jamais rebutés, excluent sciemment une réduction drastique de la consommation. Celles et ceux qui préconisent des solutions viables, aux antipodes de la doxa dominante, comme par exemple une redistribution équitable des richesses, les pseudo-« penseurs » choyés par les médias les raillent à tout va. Ainsi, l’inénarrable Jacques Attali avait postillonné, le 16 octobre 2007, sur France Inter, « la meilleure façon de ne pas polluer est de revenir à l’âge de pierre ». Crétinisme d’un de ces « intouchables », qui ne risquent guère une confrontation avec des contradicteurs sur les ondes et plateaux de télévision !... Si l’on se contente de rehausser la grisaille du statu quo d’une touche de chlorophylle, le boostage des énergies renouvelables n’apparaît que comme une mesurette-alibi. Le fondateur de Reporterre (2) n’hésite pas à réclamer la taxation des hauts revenus, voire le ponctionnement du patrimoine détenu par les plus fortuné(-e)s, afin de financer des activités socialement utiles et à faible impact environnemental. Il conviendrait, ajoute-t-il, de tendre vers davantage de « sobriété », de « frugalité », « une adaptation de la demande aux ressources », de « goûter la lenteur », de s’engager sur la voie de « la décroissance ». Une telle révolution des us et coutumes supposerait que nous démontions au préalable « des archétypes culturels » et que nous nous départissions impérativement du « conditionnement psychique » propagé notamment par la publicité. Et « l’acmé de l’aliénation capitaliste intervient quand l’humain lui-même devient marchandise ». Le journaliste met en garde : attention de ne pas tarder, « hébétés », jusqu’à ce que ce système délétère « se transmue en despotisme » !... Il doit se sentir assez isolé au sein de la rédaction du Monde, « le quotidien vespéral des marchés », comme l’ont baptisé les sardons de Pour lire pas lu, devenu, depuis mars 2006, Le Plan B, lequel paraît bimestriellement.

Éditions du Seuil, Paris, janvier 2009, 167 pages, 14 euros.

(1) Comment les riches détruisent la planète, Le Seuil, janvier 2007, 147 pages, 14 euros.
(2) Magazine lancé en 1989, uniquement disponible en ligne depuis 2006.

René HAMM
Bischoffsheim
(Alsace)
Le 16 avril 2009

COMMENTAIRES  

15/01/2010 08:48 par Melissa

Bonjour,

Tout récemment, à Copenhague il y a eu la signature de la première convention "zéro carbonne" qui lie Rhône Alpes à Ferlo, au Sénégal. Soucieux de l’environnement, Jean Jack Queyranne parle de l’investissement de la Région pour rendre le transport en commun plus accessible et agréable et n’a pas lésiné sur les moyens pour mettre en circulation des trains supplémentaires, de nouvelles lignes etc. C’est ainsi que le nombre de personnes prennant le TER a augmenté par 1.5 en 6 ans.
Plus d’info le site qu’il a lancé dans le cadre de sa campagne pour les elections regionales en Rhone Alpes : http://www.uneregion-davance.fr

13/12/2014 20:15 par babelouest

Pour sortir du capitalisme, il ne faut pas hésiter une seconde : il faut en tuer les mécanismes, en emprisonner les "têtes". Y compris la petite dizaine de banquiers qui en sont "l’âme". Qui osera ?

17/01/2021 19:11 par Ernesto

"Très bien...mais "sortez du capitalisme" pour aller ou ? Dans une vague "nuit debout" ? Vers la confusion dans laquelle a aboutit le mouvement "gilets jaunes" ? Vers une naïve espérance en une confluence générale des esprits vers quelque chose qui n’est pas défini, et qui s’effritera en miettes ou sera confisqué, comme les "révolutions" sans programme ni parti des pays arabes, ces soulèvements sans lendemain, car à part rejeter un pouvoir discrédité, aucun projet clair de gouvernement et de société n’est construit ni présenté ?
Une sorte d’auto-censure semble occulter, sur ce site comme ailleurs, le sujet essentiel et urgent de l’humanité : comment notre société qui se veut civilisée résoudra le problème (vu que les moyens existent évidemment) d’empêcher ses membres de mourir par dizaines de millions chaque année de faim, de soif et de maladies curables, et des centaines de millions d’autres de souffrir toute leur vie dans la misère et la détresse.
Ce système qu’il faut mettre en oeuvre serait - amélioré évidemment en tirant les leçons des erreurs et travers constatés dans l’histoire - le communisme, la propriété collective des grands moyens de production et d’échange.
Il existe ; des amendements indispensables seraient sans doute à apporter, comme la révocabilité des représentants du peuple, des mandats courts, rémunérés au salaire moyen et sans aucun avantages indu, l’abolition du salariat privé, et d’autres dispositions sans doute qui sont à élaborer. Pas facile, mais pas impossible, n’est-ce pas.
On dénonce, on déplore, on s’oppose, on révèle les mensonges, la cupidité, la violence institutionnelle..oui, il le faut, mais par quoi remplacer ce système ? Laisser faire le hasard, "le peuple", la "démocratie" qui fait élire des voleurs et des criminels ?...
Comment se fait-il qu’aucun parti qui se dit révolutionnaire (POI, LO), ni aucun site de gauche ou progressiste (comme LGS) ne fait aucun effort pour mettre ce projet évident au clair, point par point - sans que ce soit un dogme mais au moins un projet précis, disons projet de gouvernement ou de société, structuré et aussi exhaustif que possible (évidemment pas à 100 pour cent) et pour le propager et le faire vaincre les pouvoirs réactionnaires, cette oligarchie mafieuse de voyous millionnaires ?
A mon avis, même les esprits éclairés sont pour une grande part paralysés en une sorte de sidération, en raison d’une propagande tellement omniprésente et insidieuse, qui imprègne tout ce qu’on lit, entend et voit...qu’ils s’effraient eux-mêmes de proclamer ce que l’humanité à pourtant réussi à élaborer, après des millénaires de luttes, de drames, de guerres, et d’erreurs : le chemin de la civilisation conduit à un système politique collectiviste servant l’intérêt général, qui a vocation à éradiquer ceux fondés sur la loi des plus forts, des plus malins et des plus riches.

18/01/2021 01:06 par babelouest

@ Ernesto
Comment ça, il n’y a rien, aucune proposition ? Et ça ?
https://ti1ca.com/t8oqg46m-Anarchie-A5-2018-08-Anarchie-A5-2018-08.pdf.html

(écrit en ayant "en bruit de fond" dans le cerveau le bouquin de Marie C Farca, Terre)

05/09/2025 15:27 par Zéro...

Devoir sortir du capitalisme et de sa mondialisation me semble une évidence pour sauver la Planète car ils se nourrissent de l’hyperconsommation qui la pollue directement et indirectement - extraction et transport des matières premières, production, transport et distribution des produits manufacturés et élimination souvent problématique des montagnes de déchets.

Sans parler des conséquences des délocalisations liées à la recherche effrénée de profits que permet (et pour laquelle existe) la mondialisation : pertes d’emplois dans les pays développés avec des conventions sociales plus ou moins protectrices, donc avec un coût, selon les pays - mais l’UE s’occupe de les démanteler en les nivelant par le bas -, exploitation des travailleurs de pays lointains, sous-payés et sans aucun droit du Travail...

Le capitalisme était une plaie ; la mondialisation est sa gangrène - une nouvelle forme d’exploitation coloniale du Monde.

Quant aux Ecologistes, tout est dit sur eux et le fait qu’il ne faut rien en attendre lorsqu’on voit qu’ils soutiennent l’importation de pétrole et gaz des magnifiques USA par de très polluants (et coûteux) transports maritimes plutôt que les importer de l’horrible Russie par de propres pipelines et gazoducs...

Le nucléaire est l’actuelle solution de facilité énergétique et on attend, là encore, les escrologistes sur la terrible pollution dont vont hériter les générations futures...

Les autres énergies ne peuvent être que des compléments car dépendantes de conditions climatiques : moins de vent et plus de nuages et adieu l’éolien et le solaire !!

La solution à une production illimitée, propre (autant qu’il se peut, sachant qu’il faut les construire...) et invariable d’énergie électrique vient sans doute des usines marémotrices.

Une première solution est bien entendu la décroissance, ce qui ne signifie pas la régression comme le prétend Attali avec sa légendaire mauvaise foi, mais une consommation raisonnée de produits faits pour durer et la fin de la course à la modernité ; ma voiture, mes ordinateur, téléviseur, smartphone, etc... fonctionnent bien, pourquoi m’en faudrait-il d’autres qui fonctionne(rai)ent mieux ?!!

Le ridicule du "plus blanc que blanc ", on (devrait) connait(re) depuis Coluche...

Décroissance ET contrôle de la natalité : nous sommes sur une Planète finie, avec des ressources nécessairement finies, il faut admettre de devoir ne pas laisser croître sans fin la population mondiale ; besoin d’autant plus nécessaire qu’il va falloir prévoir de l’espace pour les réfugiés climatiques...

Et c’est là que les capitalistes et leurs relais n’adhèrent plus : consommer moins, en étant moins nombreux, c’est aussi moins de profits !!

Insupportable.

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