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Obama et le nom des femmes

N’étant pas un spécialiste des États-Unis, je ne sais trop où se situe le curseur droite/gauche, et donc si Obama est, pour ce pays, un homme de gauche. En revanche, et même s’il n’écrit pas lui-même ses allocutions, même s’il ne choisit pas toujours forcément les mots qu’il prononce en public, le discours de ses discours est, comme pour tout un chacun, révélateur de sa personnalité profonde.

Lors de son discours sur l’état de l’Union, Obama a déclaré :

« Nous savons que notre économie est plus forte quand nos épouses, nos mères et nos filles peuvent vivre leurs vies libérées de toute discrimination sur leur lieu de travail et de la peur des violences domestiques. » (« We know our economy is stronger when our wives, mothers, and daughters can live their lives free from discrimination in the workplace and free from the fear of domestic violence. »)

Il est clair dans cette phrase que les femmes sont « nôtres », les possesseurs étant les hommes, la société. Les femmes ne sont pas des sujets autonomes, mais des épouses, des mères, des filles qui n’existent que par rapport aux hommes. Lorsqu’il évoque « nos épouses », il s’adresse, plus ou moins consciemment, aux hommes, à qui il parle de leurs femmes. Dans son esprit, les femmes sont « femmes de », « filles de », « mères de ».

Une vision patriarcale, paternaliste.

Ne pas nommer l’autre pour ce qu’il est, c’est lui infliger une souffrance.

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Philippe Bordas. Forcenés. Paris, Fayard 2008.
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Lorsque l’on tente, comme ce fut le cas récemment en France, d’obliger une femme à quitter la Burqa plutôt que de créer les conditions où elle aurait le choix, ce n’est pas une question de libération mais de déshabillage. Cela devient un acte d’humiliation et d’impérialisme culturel. Ce n’est pas une question de Burqa. C’est une question de coercition. Contraindre une femme à quitter une Burqa est autant un acte de coercition que l’obliger à la porter. Considérer le genre sous cet angle, débarrassé de tout contexte social, politique ou économique, c’est le transformer en une question d’identité, une bataille d’accessoires et de costumes. C’est ce qui a permis au gouvernement des Etats-Unis de faire appel à des groupes féministes pour servir de caution morale à l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Sous les Talibans, les femmes afghanes étaient (et sont) dans une situation très difficile. Mais larguer des "faucheuses de marguerites" (bombes particulièrement meurtrières) n’allait pas résoudre leurs problèmes.

Arundhati Roy - Capitalism : A Ghost Story (2014), p. 37

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