Variable d’ajustement

30 juillet. 20 heures. Je m’arrête dans un restaurant d’une aire d’autoroute entre Limoges et Toulouse.

Nous sommes 5 ou 6 clients. En plein pic estival, les touristes et autres automobilistes ne fréquentent quasiment plus les restos. Seuls les établissements de luxe et les parcs d’attraction s’en sortent.

La serveuse est épuisée : elle travaille depuis six jours, de 14 heures à 1 heure du matin. Pourquoi ? Parce que les bénéfices devant demeurer si possible constants, la chaîne a licencié du personnel. Ceux qui n’ont pas été dégraissés (c’est drôle : il y a 30 ou 40 ans, on aurait dit "lock-outés" : pour signifier l’horreur, on emploie des termes au sémantisme peu clair) travaillent beaucoup plus pour à peine plus.

Je débarrasse moi-même ma table. A part témoigner pour Le Grand Soir, c’est tout ce que je peux faire pour exprimer ma solidarité.

COMMENTAIRES  

01/08/2008 16:34 par BENBARA Abdallah

Le témoignage est le début d’une action ,il faut sans cesse dénoncer ce qui est injuste et révoltant.

01/08/2008 17:45 par alain girard

le lock-out est un dispositif patronal qui vise à fermer l’entreprise dans une période de grèves pour opposer les salariés entre eux rien à voir avec les licenciements collectifs ce qui n’empêche pas la nécessite de lutter qui peut aboutir au lock-out avec une large indemnité de l’UIMM par exemple comme à Citroën Aulnay.
Le terme de dégraissage permet au moins de voir que le patron veut nous en faire suer.
Et comme le disait si bien un communiste
CHE (lettre d’adieu à ses enfants)

" Soyez surtout capables de ressentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle vertu d’un révolutionnaire."

encore faut-il être révolutionnaire

02/08/2008 13:57 par Anonyme

cher Alain puisque nous sommes dans les approfondissements linguistiques liés à des "pratiques" prolétariennes, sais-tu qui a inventé le lock out ? C’est brunelleschi bâtissant le dome de Florence. Jusque là les ouvriers étaient des artistes- artisans, des compagnons ayant des années de formation, vivant entre eux et trés solidaires. Brunelleschi quand il a fait le dome de Florence a employé une technique "révolutionnaire" avec suppression des échauffaudages en bois, assises de briques disposées en arrêtes de poisson, tout tient par des calcules de l’architecte et plus le savoir des compagnons, quand les artisans ont exigé leurs droits habituels, paye, jours chomés, gratifications, etc... Il les a fichu dehors et a engagé des paysans venus du sud.
Cela dit c’est le grand tournant de l’architecture, il invente la portée ou plutôt la reconstitue à partir de ce qu’on sait de l’antiquité et son dome ne pèse plus sur l’édifice et se déploie à la manière dont Nemeyer sait déployer une forme.

Il n’empêche cet architecte là venait d’inventer un type de répression et de travail aliéné qui aurait de l’avenir...
Encore lui avait du génie et il nous a laissé de magnifiques oeuvres mais il est des gens qui n’ont ni génie, ni oeuvre.

Danielle Bleitrach

03/08/2008 13:34 par HNK

Bonjour,

Il se trouve que, dans une autre vie, j’ai suivi des études d’histoire de l’art. Bien évidemment, on ne m’a jamais parlé de cet aspect des choses.

La nature humaine est ainsi faite que le génie artistique et/ou scientifique n’est pas du tout incompatible, loin s’en faut, avec le fait d’être un salopard fini. (L’exemple le plus caricatural reste celui de Richard Wagner, qui, pendant la plus grande partie de sa vie, n’a été qu’une triste ordure). D’ailleurs, si l’on en croit Noam Chomsky, le fait d’avoir reçu un niveau d’éducation supérieur à celui que reçoivent la plupart des gens prédispose à accepter sans discuter les paroles des puissants et à assimiler leurs valeurs : plus on se trouve haut dans l’échelle sociale, plus on est intoxiqué et conditionné. Si l’on en croit ce que vous rapportez sur Brunelleschi, cet état de fait ne date pas d’hier.

Le système éducatif n’est rien d’autre qu’un vaste système d’endoctrinement ; contrairement à ce que croient la plupart des gens, l’endoctrinement ne concerne que marginalement les enfants les plus jeunes, et se renforce au fur et à mesure que l’on monte les échelons du système, pour atteindre son maximum dans les universités et les grandes écoles. Il ne faut surtout pas croire que ceux qui se situent dans les plus hautes sphères du pouvoir soient des gens cyniques et dissimulateurs ; au contraire, ce sont des fanatiques de la pire espèce, qui, comme tout les fanatiques, le sont sincèrement. En tant que tels, ils ne sont que d’autant plus dangereux ; il est en effet plus difficile de faire entendre raison à un fanatique qu’à un cynique qui malgré tout tend à comprendre quand ses intérêts sont en jeu.

C’est dire si Sarkozy et sa clique sont des gens dangereux.

02/08/2008 21:56 par williamoff

Ce témoignage peut faire réfléchir, mais n’est-ce pas là en fait une forme de "Story telling", bien à la mode dans les milieux de la communication politique mais dont la valeur scientifique est nulle, puisque la situation décrite n’est peut-être qu’une exception. Seul les chiffres d’affaires estivaux corrélés avec ceux du nombre de clients servis le tout comparé aux chiffres des années précédentes peut donner du poids au témoignage...C’est dommage car l’émotion prend alors le pas sur l’information...comme sur TF1 !

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