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Siné Hebdo, un nouveau-né borgne et ridé.

De Coluche : « Il n’y a que les Belges et les Suisses pour ne pas voir que leurs pays, c’est pareil. Franchement, ça valait pas le coup d’en faire deux ! »

Quand Philippe Val, écrasant du talon la tronche du professeur Choron, franchit un nouveau degré, ignominieux celui-là , dans son ascension du mont Trahison en collant sur le front de Siné l’étiquette « antisémite », nombreux furent ceux qui trouvèrent que trop, c’est trop.

Même Plantu, propre sur lui comme pas deux, y alla de son haut-le-coeur dans l’Express en croquant Val costumé en officier nazi, bras tendu, ranger levé.

Siné viré, nous fûmes ravis de sa riposte : la création de Siné Hebdo dont on supputait qu’il serait une sorte de Charlie Hebdo d’avant Val, féroce envers les cons, envers l’égoïsme des puissants et même (pourquoi pas ?) envers les islamophobes. Et traversé, comme le fut Charlie Hebdo, d’enivrants effluves aux senteurs inconnues.

26 numéros plus tard, la déception, diffuse, longtemps inavouable pour cause de solidarité, est là et bien là .

D’Hara-Kiri de Choron, de Charlie Hebdo de Cavanna, Siné Hebdo a gardé la dénonciation des gouvernants, de la police, de la Justice, des religions. Le Père Peinard, hebdomadaire anarchiste, en faisait tout autant, dès la fin du 19ème siècle. Siné Hebdo aurait dû naître en 1890.

D’Hara-Kiri de Choron, de Charlie Hebdo de Cavanna, Siné Hebdo a gardé plein de bites, de couilles, de seins et de gros mots. Hélas, ce qui choquait hier est de nos jours banal et seulement racoleur. Siné Hebdo aurait dû naître en 1960.

Hara-Kiri de Choron, Charlie Hebdo de Cavanna se vautrèrent dans la provocation iconoclaste contre un ordre moral arrivé à bout de souffle et, par là , contribuèrent au délaçage du corset de Marianne. Qu’en reste-t-il dans Siné Hebdo ? La provocation iconoclaste qui pédale à vide. Siné Hebdo, c’est le bac à sable où l’on s’ébaudit d’avoir dit prout-caca-boudin et zizi avec 40 ans de retard. Philippe Bouvard s’en régale, tressautant de rire, bouche fermée, joues gonflées. Siné Hebdo n’aurait jamais dû paraître sans avoir entendu parler de ce qu’il y avait de neuf dans mai 68.

Quand Cavanna déplore que, dans le Charlie Hebdo de Val, « L’humour est toléré, la bouche en cerise, le cul béant, des gros mots et des grosses bites tant que vous en voudrez, mais attention, politiquement correct », il pourrait étendre le constat à Siné Hebdo, simple poil à gratter du système, sévèrement concurrencé dans la gaudriole par « Les Grosses têtes » et dans l’audace par Stéphane Guillon et Didier Porte.

Le Charlie Hebdo de Cavanna avait créé un genre, innové sur le fond, inventé un style journalistique, débusqué des sujets d’indignation, déniché des idées inédites. Siné Hebdo vit sur le stock ancien. Imaginons un visionnaire réclamant l’instauration de la République quatre décennies après la décollation de Louis XVI, un notaire prônant l’usage du stylo-bille quand les plumes Sergent-major sont devenues antiquités, un Résistant criant « Vive Manouchian ! » le jour où François Mitterrand prend la main d’Helmut Kohl dans la sienne, une pacifiste appelant à l’armistice quand la paix est signée. Après lecture de certains articles de cet hebdo, on se retrouve instruit comme au sortir du « Café du Commerce » où un pochtron vient d’expliquer comment roder les soupapes de la Simca 1000.

La détestation des chasseurs et des corridas ? On aura du mal à trouver cela primordial en ces temps où des salariés mendient leurs repas aux Restaurants du coeur et couchent sous des cartons ou dans leur voiture tandis que les chômeurs sont traités de fainéants, les quadragénaires licenciés, les jeunes surexploités, la police déchaînée. Si l’on regarde au-dehors, on voit que pleuvent des bombes « intelligentes » sur des civils, sur des écoles, sur des ambulances et des hôpitaux, tandis que l’Afrique recrute des enfants soldats, que voguent toujours des prisons secrètes sur des navires affrétés par la CIA.
La dénonciation (obsessionnelle) d’une chose n’empêche pas celle d’une autre ? Oui, certes, et au prorata de l’horreur, si possible. Révérence gardée envers les bovins d’Estramadure et les gallinettes cendrées du Bouchonnois !

La boutique misogyne est partagée en parts égales entre les deux hebdos divorcés : une salope ici, une pute là , un vagin pour l’un, un trou avec des poils autour pour l’autre. Oui, on y redécouvre la provoc de feu Hara-Kiri. Ce n’est pas original, mais au moins, ça ose. Siné dessine sa « femme idéale » : une abrutie monstrueusement fessue et mamelue, juchée sur les hauts talons de ses cuissardes noires. Un « garage à bites ». C’est du second degré, on l’accepte donc en ces temps où les humoristes sont ligotés par les ligues bien-pensantes. L’imprimatur est donné par Isabelle Alonso, ex-« chienne de garde », vigilante pourfendeuse du sexisme et du machisme. On sait qu’elle ne tolèrerait pas de ce journal où elle écrit ce qu’elle condamnerait dans d’autres où elle n’écrit pas, sauf s’ils affichent leur diplôme de second degré.

Aujourd’hui, la vraie différence entre Charlie Hebdo et Siné Hebdo est marquée sur la question du sionisme et de l’Islam (et par l’éloge appuyé du pinard et des cuites dans Siné Hebdo).

Quels sont les points communs ? Un goût de la liberté tel qu’aucun de ces hebdos ne saurait se compromettre à relayer le moindre mouvement sociétal, encore moins en initier un, encore moins donner à voir ce qui s’amorce de positif dans le monde. Ajoutons des dessinateurs et chroniqueurs de talent dans les deux, le persiflage, le respect de leur chef.

Bref, la différence entre le Charlie Hebdo de Cavanna et le Charlie Hebdo de Val est plus grande qu’entre le Charlie Hebdo de Val et Siné Hebdo.

Il en résulte que la vraie bonne raison d’acheter Siné Hebdo, c’est de tailler des croupières à Charlie Hebdo, de jouer Siné contre Val, de participer à la vengeance du réprouvé, à un règlement de comptes privé en arguant de la dérive idéologique de Charlie Hebdo. Mais il y a pléthore d’autres titres qui devraient alors être tout autant honnis (pas vrai, Libé ?).

Par malheur, après avoir acheté Siné Hebdo, « en contre », on se retrouve en train de lire un Charlie Hebdo de Cavanna, amputé de quelques pages, celles des prémonitions, du repérage d’un frémissement du pays et du monde, celles des signes vers les jeunes pousses à ne pas piétiner, du refus du manichéisme politique ambiant et surtout, surtout, du rejet du bourrage de crâne médiatique.

Né le 10 septembre 2008, le bébé marche désormais sans son youpala. Ses parents et amis, les lecteurs, l’ont aidé à grandir l’ont nourri, absolvant ses erreurs de jeunesse. Mais l’heure est venue de se demander si le marmot a toutes ses cases.

Un doute survient à constater les lourdes autocomplaisances de l’hebdo de Siné.

Dans son N° 26, deux pages entières (couverture et page 7) et huit dessins sont consacrés à Siné, plus deux autocaricatures. Manquent l’autel et l’encens. Il paraît que Siné (« Ni dieu ni maître ! ») abhorre les génuflexions, conchie Staline et probablement le culte de la personnalité.

Quant à Guy Bedos, dont le talent n’a d’égal que la grosse tête, on s’afflige de le voir écrire à son retour du Québec où il nous révèle qu’il a fait « un tabac » : « Catherine Sinet […] me dit que je vous ai manqué. Dans certains courriers des lecteurs, il paraît qu’on me réclame. »

En page 2 du même numéro, dans sa longue rubrique où il se croque par deux fois, équipé de sa bouteille à oxygène, Siné écrit : « Je me demande pourquoi Jack Lang est le plus détestable ? 1- D’avoir accepté d’être l’émissaire particulier de l’homoncule ou, 2- d’avoir été serrer la paluche de l’abominable stalinien, frère du dictateur gâteux ? J’hésite… les deux me font gerber. »

Siné, il faut faire gaffe avec « homoncule » (petit homme, avorton) et « gâteux ». Sarkozy est plus grand que vous et vous avez l’âge intermédiaire entre Raúl et Fidel Castro. Vous aviez oublié ces détails ?

Autres figures qui feront gerber Siné, les chefs d’Etat suivants qui ont précédé Jack Lang à Cuba en ce début de l’année 2009 : Cristina Kirchner (Argentine), Michelle Bachelet (Chili), Rafael Correa (Equateur), Alvaro Colom (Guatemala), José Manuel Zelaya Rosales (Honduras), Leonel Fernández Reina (République dominicaine) et Hugo Chávez (Venezuela). Nous avions eu, quelques mois plus tôt : Evo Morales (Bolivie), Inácio Lula da Silva, (Brésil), René Préval (Haïti), Daniel Ortega (Nicaragua). Bien avant, Nelson Mandela, à peine élu président d’Afrique du Sud, se précipita à La Havane pour son premier voyage à l’étranger.

Tous ces méchants vomitifs étaient venus consulter des dirigeants d’une île où les basanés ne sont pas esclavagés et où, depuis 1959, et contrairement à ce qui se passa chez eux, la police et l’armée n’ont jamais tiré dans la foule, ni torturé les opposants, ni assassiné les dirigeants, ni mis en place une « démocratie » qui vend le pays au puissant voisin. De sorte que le jugement-couperet de Siné est intrinsèquement minable. Cuba, ni paradis ni enfer, dirigée par des hommes, pas par des anges, seule fourmi insolente que, de mémoire de latino-américain, un éléphant furieux n’a pas réussi à écrabouiller, seul pays du monde pourtant que l’armée des USA a le droit d’envahir sans prévenir le Congrès, mérite d’être jugée avec plus de nuances, moins de haine. A cause de l’ensemble de nos médias (Siné Hebdo compris), la France sera bientôt le dernier pays à avoir compris que, dans toute l’arrière-cour US, une aube se lève, un autre monde est en train d’éclore, grouillant d’idées, de projets, d’innovations, grâce à la longue résistance d’une île minuscule soumise à un blocus.

Pourquoi faut-il que Siné se fasse le vecteur d’une vision borgne de l’Amérique latine empruntée à la presse installée, nourrie des rafales de communiqués militants de Reporters sans frontières ?

Donc, rien de nouveau, là non plus. Charlie Hebdo de Val excellait dans ce job (à dire vrai, Wolinski et Charb se démarquent nettement de l’hallali médiatique borné contre Cuba).

Bref, comme disait Coluche « ça valait pas la peine d’en faire deux ».

Autrement dit, on peut vivre sans eux et découvrir tout aussi bien un monde en gestation.

Cependant, qui nous dit que Siné, plus démocrate à lui seul que Philippe Val et Robert Ménard réunis, ne va pas consulter ses collaborateurs (dont beaucoup sont estimables, vraiment) et ses lecteurs pour leur demander : « En quoi pourrait-on s’améliorer. Où est-ce qu’on merde ? Est-ce que ne seraient pas en cours, chez des métèques, des changements qui vont affecter la planète, bousculer l’ordre unipolaire, se répercuter chez nous, chargés d’une autre conception de la vie en société ? Changements qu’on ne voit pas poindre, occupés que nous sommes à concocter un Siné Hebdo prudemment antisioniste, mais résolument franchouillard, myope, sourdingue, acariâtre, viticole, sûr de lui et dominateur. En quoi fait-on réfléchir le lecteur sur ce qu’il ne sait pas déjà  ? En quoi contredit-on les antiennes médiatiques ? Quand avons-nous découvert et propulsé des idées sur l’avenir ? Hormis ce que virent Cavanna et son équipe il y a 40 ans, que voyons-nous que nous voudrions montrer ? ».

Qui nous dit ? Hein ? Qui nous dit ?

A l’approche de sa 81ème année, le grand Siné (1) pourrait enfin nous étonner pour de bon. C’est tout le mal qu’on lui souhaite parce que, et même si ce coup de gueule semble dire le contraire, on aimerait bien voir son hebdo trouver un second souffle, une inspiration, qui le propulseraient à 200 000 exemplaires, toutes fenêtres ouvertes sur « ailleurs » et sur « autre chose » », au grand dam du vaticinateur du 44, rue de Turbigo dont nous serions mortifiés de constater qu’il a pondu son clone inversé.

Validmir MARCIAC
Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info

(1) En raison de la modestie du titre de son hebdo, je n’ai pas pu faire moins que de citer 32 fois Siné dans cet article. Pub gratuite. De surcroît, il est précisé que tout ce qui précède est du deuxième degré (au minimum !). En tenir compte dans les commentaires.

COMMENTAIRES  

09/03/2009 09:28 par Ce que j'ai lu

LGS semblerait bien sévère si l’on oubliait qu’il a publié le 28 juillet 2008 un article de Jean Bricmont, prenant parti pour Siné et dénonçant les malades qui voient des antisémites partout.

Un équilibre existe donc sur ce site et même une cohérence dans les dénonciations des procès truqués, des exécutions expéditives contre ceux qu’on sait ou croit faibles, ceux contre qui l’on pense qu’un consensus est possible : un dessinateur, une île des Caraïbes.

09/03/2009 10:43 par Maxime Vivas

Aïe ! V. Marciac ouvre une polémique.

Je ne crois pas que Siné Hebdo entendra cet appel. Son lectorat va se braquer, car c’est trop le bousculer, tant l’enfumage autour de Cuba est grand.

En effet, Cuba, un cinquième de la France en superficie et en population, recueille autant ou plus d’articles de presse ou d’émissions de télévision que l’ensemble des pays du tiers monde réunis. Ces articles, dans les "grands"(par leur audience) médias, sont à 99,99 % négatifs (un score à la Soviétique.

RSF rédige chaque année, 1000 communiqués qu’elle envoie à la presse qui peut les publier tels quels, le travail d’écriture étant fait. RSF écrit comme ceci : "L’organisation Reporters sans frontières dénonce les menaces contre, etc." Un coupé-collé suffit pour publier. Appréciable en ces temps où la presse a de moins en moins de correspondants à l’étranger et de moins en moins de personnel.

Or, RSF (qui reçoit des dollars des USA depuis 2002) rosse Cuba avec une régularité de métronome et une brutalité de soudard.

Il y a peu encore, on pouvait voir des organisations de gauche qui reprenaient le discours militant de RSF. La presse entière était bernée. L’Huma recommandait le site de RSF, Politis lui offrait des pages de pub, la direction de l’association "Les amis du Monde Diplomatique" comptait (et compte encore ?) un des dirigeant de RSF.

RSF a distillé sur la question Cubaine un poison devenu opinion publique. Il est risqué de suggèrer de contextualiser, de mener une réflexion sur le type de démocratie que Cuba aurait dû développer sans pour autant subir le sort tragique de TOUS les pays de la région qui ont voulu s’émanciper de l’Oncle Sam. Le sort, c’est-à -dire l’invasion US (La Grenade), le putsch militaire fasciste (Chili et tant d’autres), des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de morts (Guatemala) et le retour à la misère, à l’ignorance (l’analphabétisme est réapparu au Nicaragua après le victoire des "contras", mercenaires payés par la CIA grâce à un trafic de drogue).

J’en ai ici déjà trop dit : j’entends déjà l’accusation de stalinisme.

Un mot encore pourtant : RSF est largement discréditée et si son secrétaire général a dû démissionner (il est à présent salarié d’un dictateur arabe). Dans tous les grands pays d’Europe (France exceptée), des parlementaires, des grandes organisations politiques, des journaux ont évoqué les cas des « Cinq de Miami » On a même vu des manifestations de rue. Aux USA aussi, la presse en parle.

Si Val et Siné n’en pipent mot, ce n’est pas par amour des dénis de justice, c’est parce qu’ils ne savent même pas de quoi il est question.

09/03/2009 13:36 par Anonyme

LGS tape juste

09/03/2009 19:15 par Anna

Merci de cet article, j’ai également tilté avec le cliché sur Cuba de cette semaine !
Autant je soutenais complètement Sinet dans son procès pour "antisémitisme", autant cette allusion sur la "dictature stalinienne cubaine" m’a gavée. Faudra me citer le cas d’un dictateur qui a réussi à rester 1 demi siècle au pouvoir, de mémoire, j’en connais AUCUN.
L’Histoire absolvera Fidel Castro comme il l’a prédit, mais ça prendra encore du temps. Tout le continent latino-amérisain l’a compris, certains pays d’Afrique aussi, Obama commence à "comprendre" (même si je ne crois pas à une levée du blocus criminel de si tôt), mais les français resteront probablement les derniers de la classe.
Je précise que j’ai des réserves sur le régime castriste (comme la peine de mort encore en vigueur), mais je saurais contextualiser.

09/03/2009 22:22 par Anonyme

je viens d’apprendre que Siné avait été un des rares journalistes à prendre dans son journal de l’époque (Témoignage chrétien) le parti des rebelles de la Guadeloupe en mai 1967 !

10/03/2009 11:36 par d.

siné hebdo est décevant, je suis heureux de le lire enfin : articles semi-autobio creux, dessins et textes bien gros pour que les pages ne semblent pas vides, et le tout ni très instructif ni très amusant.

le pire c’est quoi ?

c’est qu’après avoir acheté les premiers numéros, je suis revenu à charlie (oui, j’aime le papier, et on va pas acheter libé quand même)... plus de fond (on peut faire comme moi et ne pas lire val - et cavanna, charb ou fischetti sont quand même très bons), et des dessinateurs plus drôle (charb again, luz, sattouf qui pond l’air de rien qq chose d’unique sur la société actuelle avec sa "vie secrète des jeunes").

sinon, il y a CQFD.

il est là le charlie d’antant dont vous rêvez, sauf que c’est pas charlie, et c’est aujourd’hui (euh).

mais ske j’en dis...

d.

http://www.dessillons.net/

10/03/2009 14:16 par Anonyme

Depuis pas mal de temps la preuve d’une démocratie serait que des gens ayant les mêmes interets se tapent sur la tronche bruyamment et amusent la galerie.
Si à Cuba 99% des gens disent qu’ils ont plaisir à vivre ensemble malgré l’injustice des privations. Ca doit exister ailleurs dans le monde, ce phénomène ?
Je n’ai pas les moyens d’aller à Cuba.Alors j’écoute ceux qui y sont allés....

10/03/2009 15:39 par Vladimir Marciac

La question dépasse Cuba, qui est l’épicentre, l’épine inexpugnable, le mauvais exemple. En effet, presque partout en Amérique latine, à des degrés divers, s’est amorcé un mouvement inouï. En témoignent la fraternité ostensible entre des chefs d’Etat opposés à l’empire, fraternité qui n’est pas de façade car elle se traduit par une solidarité concrète entre ces pays.

A comparer avec l’Europe où chaque pays est en concurrence avec les autres et où l’on oppose les travailleurs entre eux pour mieux les déposséder. Les voyages à Cuba des dirigeants de ces pays sont des signes forts d’insoumission donnés aux USA.

En Amérique latine, il se passe ceci : la recherche d’un socialisme du XXIème siècle, démarqué de celui que l’URSS a caricaturé, dédaigneux du faux socialisme de tous les PS d’Europe, attentif à ce qui a fait tragiquement tomber Salvador Allende. C’est une expérience qui se fait en marchant.

Des terres sont distribuées aux paysans (y compris à Cuba), des entreprises autogérées, des coopératives créées par centaines, des médias alternatifs confiés aux populations, les monopoles démantelés ou nationalisés, tandis que dans tel ou tel de ces pays, les élus sont révocables par leurs électeurs. Dans tous, la solidarité nationale a mis fin à la famine, a permis l’alphabétisation, travaille à donner un toit à chacun (vaste programme).

L’Amérique du Sud s’est mise en marche dans un terrain non défriché. On verra des erreurs de route, mais on voit déjà que tout ce qui se fait est le contraire de ce qui se fait dans l’Union Européenne et dans notre Sarkoland.

Or, dans chacun des pays qui ont choisi cette voie, les dirigeants sont (physiquement) en danger de mort et les peuples risquent de voir surgir les canonnières. A comparer avec la veulerie de nos édiles qui, ne risquant rien dans une Europe puissante, sont néanmoins couchés devant les USA.

Le voyage d’un émissaire de Sarkozy à La Havane est un geste frileux qui signifie que l’ostracisme de la France, qui épousa la politique de Bush, ne peut se poursuivre. Lang a été envoyé dans l’épicentre et ainsi la France s’adresse à l’Amérique latine. Piteuse amorce de revirement.

Ramener cela à une gerbante poignée de main, c’est flirter avec le degré zéro de l’analyse politique et du soutien aux peuples trop longtemps sous le joug du puissant voisin et de ses sanglantes marionnettes.

C’est là que Siné est petit et que son journal est dépassé.

10/03/2009 18:16 par emcee

Monsieur Marciac, j’aime beaucoup ce que vous dites. Et fort bien, en plus.

Ces deux hebdo(s), en effet, se "tirent la bourre" en faisant croire qu’ils font du subversif avec des recettes qui datent de quarante ans.

Et chacun dans son genre délivre des poncifs qu’il rabâche depuis des lustres. Et comme vous le dites, pas de réflexion de fond. Comme si la terre n’avait pas tourné depuis le temps qu’ils nous les servent.

Dans cette course, je donnerai cependant deux longueurs d’avance à Siné :

1) il a livré des combats nobles et courageux, contrairement à son ennemi juré qui se fait protéger par la police dès qu’une de ses provocations dépasse la rue Turbigo

2) il a gagné son procès contre l’accusation d’antisémitisme, ce qui fera sans doute jurisprudence et fera peut-être cesser ces accusations ignobles. Et peut-être même que ceux qui les portent sans vergogne seront véritablement condamnés pour avoir dérangé un tribunal pour rien. Ou pour outrage à l’intelligence d’un magistrat.

Et, en effet, la réflexion ne se mènera certainement pas autour de l’un ou l’autre de ces magazines pipole.

10/03/2009 22:32 par Arsène Vigie

il a gagné son procès contre l’accusation d’antisémitisme, ce qui fera sans doute jurisprudence et fera peut-être cesser ces accusations ignobles

.

D’autres avant lui, tout aussi injustement accusés d’antisémitisme, avaient aussi gagné.

Ceux que veulent les procéduriers, ce n’est pas faire condamner (ils ne peuvent que rarement), c’est plaider et faire peur.

Donc générer une autocensure.

10/03/2009 23:03 par Vladimir Marciac

Emprunté à un article récent publié sur plusieurs sites. Auteur : Salim Lamrani, spécialiste en ce domaine :

Un rapport bipartite du Congrès étasunien, rendu public le 23 février 2009, intitulé « Changer la politique à l’égard de Cuba en faveur de l’intérêt national des Etats-Unis », recommande au président d’entreprendre « un premier pas unilatéral » à l’égard de La Havane, avant le prochain Sommet des Amériques du 17 avril 2009. Selon le congressiste de l’Indiana Richard Lugar, promoteur du rapport de 25 pages, ce geste consisterait, dans un premier temps, à éliminer les sanctions de 2004, un simple ordre exécutif étant nécessaire à cela.

« Un tel geste pourrait signaler un important changement et favoriserait un climat de bonne volonté à l’égard des Etats-Unis de la part des pays latino-américains, tout comme la coopération régionale que le gouvernement étasunien recherche dans plusieurs domaines », souligne le document

On a ici une confirmation que les pays latino-américains mesurent la politique des grandes puissances à leur égard à l’aune de ce que ces grandes puissances font avec Cuba.

La venue à La Havane d’un émissaire du président français (et qu’importe en l’occurence qui il est) est vue dans toute l’Amérique latine comme un message envoyé à toute la région.

11/03/2009 03:12 par Vania

Tout à fait d’accord avec vous M.Marciac. Ces deux hebdo sont alimentés par des faux "rebelles", pour faire "diversion" car dans le fond ils sont profondément réactionnaires !
Vania

12/03/2009 00:50 par Anonyme

Le problème avec Siné Hebdo, c’est que c’est un canard parisien (comme Val hebdo, j’arrive pas à dire Charlie). Ce n’étais pas le cas de Charlie Hebdo d’avant Val ou des autres canards de la bande à bernier. C’était des journaux pour tout le monde et la culture se passait dans la capitale. Plus rien ne se passe à Paris et c’est pas dans cette ville qui ressemble de plus en plus à un anus horribilis que cela va changer. L’avenir est ailleurs avec de jeunes dessinateurs qui affutent leurs crayons (Marseille ? Lyon ? Toulouse ? Montpellier ? Lille ? Nantes ? etc...) mais plus à Paris. Cette ville qui n’en finit pas de mourir en se prenant pour une grande capitale est coupée du reste du monde. Attendons les nouveaux journaux. Ne pleuront pas les anciens, le temps passe qu’on le veuille ou non.

12/03/2009 11:17 par Pierre M

Un très on texte, qui effectivement tape juste : Plusieurs trains de retard, un catalogue de chroniques égocentriques, une somme d’informations assez maigre, et un esprit se voulant provocateur mais pédalant dans le vide (à part les billets de l’entarteur, qui sait lier des actes à ses paroles).

et j’approuve ce qui a été dit plus haut : la relève en matière de canard déchaîné mais pas enragé, provocateur mais pas hargneux, sur le fil des mouvements sociaux, le tout dans une ambiance chaleureuse et jubilatoire, c’est CQFD.

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