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Martine Gozlan et Axel Gylden bétonnent leur langue de bois

Réponse à l’Express et à Marianne sur Hugo Chavez et Oliver Stone..

L’article de Marianne s’appelle "Hugo Chavez vire - vraiment - autocrate". Avec "Hugo Chavez" écrit en rouge. Une photo le montre brandissant un livre rouge. La légende confirme : "le président vénézuélien s’applique a bétonner son pouvoir personnel". On nous parle de violence, de blessés, d’arrestations, de fermeture de médias, d’un chaos qui "sent la mise au pas", et de mystérieuses lois sur mesure pour baillonner l’opposition. C’est signé Martine Gozlan (19 aout-4 septembre 2009).

Dans l’Express du 8 septembre Axel Gyldèn confirme : "le Venezuela est devenu, sous Chavez, une autocratie gérée comme une hacienda. La pauvreté n’a pas reculé. La criminalité a explosé. Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient. Les atteintes à la liberté d’informer sont devenues la norme. La guérilla "bolivarienne" des FARC (coupable de crimes odieux et d’enlèvements par centaines) compte sur l’appui déclaré du président "bolivarien".

Mais pourquoi le Venezuela excite-t-il à ce point la langue de bois du Parti de la Presse et de l’Argent ? Noam Chomsky, en visite à Caracas il y a quelques jours, expliquait au président vénézuelien : "La mafia des puissants ne vous pardonnera jamais tant que vous ne payez pas leur rançon. Si vous la payiez vous seriez traité comme "un remarquable homme d’État". Mais vous êtes devenu le dangereux microbe à exterminer." (1)

Deux sondages récents, celui de l’IVAD, agence publique et celui de Datanalisis, agence privée peu suspecte de sympathie pour Hugo Chavez, indiquent que la popularité du président continue de grimper. Près de 60 % d’opinions positives en aout 2009, conséquence logique des progrés économiques et sociaux, de la baisse continue de la pauvreté, de l’essor de la santé publique en milieu populaire, etc...

Samedi dernier opposants (minoritaires) et partisans (majoritaires) de la loi sur l’Éducation ont manifesté pacifiquement, sans heurts ni blessés. Les dirigeants de l’opposition sont dépassés par l’adhésion croissante de la population, dont une part de leur propre base, aux avancées sociales, à la democratie participative. Divisée, incapable de proposer une alternative sociale, l’opposition voit fondre ses voix au fil des scrutins. Et ce malgré son quasi monopole des ondes télévisées, radio (80 % du spectre hertzien) et de la presse écrite.

Cette perte d’influence pousse de temps à autre quelques casseurs de droite à fournir les "illusions nécessaires" aux photographes d’AFP et de Reuters. Mais ces gros plans en circuit fermé mondial ne trompent plus la majorité des vénézuéliens, béneficiaires d’une transformation pacifique menée depuis dix ans par la voie des urnes et des lois. Processus remarquable si on compare avec la violence des pays voisins, Colombie ou Mexique. Dans une societe composée à 80 % de secteurs populaires, qui - mis à part une minorité raciste, hantée par la haine de classe comme en Bolivie - s’opposerait sérieusement à une loi créant "l’éducation publique et sociale, obligatoire, gratuite, de qualité, de caractère laïque, intégral, permanent, socialement pertinente, créative, artistique, innovatrice, pluriculturelle, multiethnique, interculturelle et multilingue" ? (2)

"Chavez a fermé une trentaine de radios" s’indigne Martine Gozlan. C’est tout le contraire. En révoquant légalement des concessions périmées ou acquises frauduleusement, la CONATEL - le CSA vénézuelien - se montre plus démocrate que son homologue francais. Elle libère des fréquences que pourront occuper des médias associatifs. Elle tient compte de la revendication des citoyen(ne)s qui veulent s’exprimer en dehors du monopole commercial ou évangéliste. Faire passer, comme le fait Mme Gozlan, une démocratisation (timide) du spectre radioélectrique pour une atteinte a la liberté d’expression, était un classique des campagnes contre Salvador Allende. Le cinéaste Oliver Stone présentait hier son nouveau documentaire "South of the border" à la Mostra de Venise : "Le manque de liberté d’expression que dénoncent les médias et l’opposition vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses trés dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi." (3)

Mais "Chavez-est-le-grand-ami-du-tyrannique-Amadinejhad !" répète Martine Gozlan en début et en fin d’article pour mieux fixer l’adhésion du lecteur. Il est vrai que le president vénézuélien a reconnu (comme le Washington Post ou le Figaro) que le président iranien a été élu par la majorité et qu’il a précisé qu’une minorité ne peut remettre en cause le verdict des urnes. Le président Lula, qui n’est pas vraiment un intégriste, vient de critiquer vivement les occidentaux : "Les puissances occidentales se trompent dans leur politique vis-à -vis de l’Iran, en faisant pression sans dialoguer. Critiquer le processus électoral revient à s’immiscer dans les affaires intérieures. Je déplore le climat de sanctions que projette l’Occident sans nouer de relation directe avec Téhéran. Il est impératif de parler avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Cela vaut pour Barack Obama comme pour Nicolas Sarkozy ou Gordon Brown." (4). Le coup de "l’axe du mal" Venezuela-Iran permet d’occulter que l’essentiel de la politique extérieure de Chavez, inspirée par l’esprit de Bandoeng et par la vision émancipatrice de Bolà­var, vise l’unité et l’indèpendance de l’Amérique Latine et des pays du Sud en général : Petrocaribe, Unasur, Banco del Sur, Moneda Común, ALBA, Sommet Latino-Africain... tant de chantiers dont on ne nous dira rien.

L’écrivain et historien pakistano-britannique Tariq Ali, auteur de "The Clash of Fundamentalisms : Crusades, Jihads and Modernity" (Verso 2002), est co-scénariste du film d’Oliver Stone. Pour lui, "Qualifier le président vénézuélien d’autocrate populiste est peu objectif ou mal informé. Les médias nord-américains et européens agissent contre l’Amérique du Sud et ses présidents. Nous avons fait ce film pour résister à ces campagnes. Oliver Stone s’est rendu sur place avec sa caméra et a interviewé 5 ou 6 présidents. Pour que le spectateur puisse se faire sa propre opinion. (..) Avant les pauvres étaient invisibles, personne ne se souciait d’eux. En Bolivie 85% de la population sont des indigènes mais on ne parlait jamais d’eux. Evo Morales les a rendus visibles. Au Venezuela les pauvres ne votaient pas parce qu’ils savaient que cela ne servait à rien, que cela ne ferait pas la différence. Aujourd’hui ils votent parce qu’ils savent qu’ils peuvent faire la différence et ils votent pour le président Chavez. Celui-ci a organisé plus d’élections que n’importe quel gouvernement d’Amérique Latine. Chaque fois qu’il l’a fait il avait 80% des médias contre lui et pourtant il a gagné. Plus démocratique que cela, impossible." (5).

Pourquoi Marianne ou l’Express embrassent-ils aveuglément la vulgate mondiale ? Un simple droit de suite démonterait facilement des années de mensonge. Ne nous annoncait-on pas, il y a deux ans, la militarisation du régime, le parti unique, le joug des lois spéciales, la "cubanisation" du Venezuela ? Or qu’en est-il aujourd’hui ? Le régime ne s’est pas militarisé, le parti n’est pas unique (on compte quarante partis de droite à gauche) et les lois spéciales (prévues dans la constitution antérieure à Chavez) ont simplement permis d’accélérer quelques grands projets au service de la justice sociale (nationalisations de secteurs-clefs comme l’électricité, la sidérurgie, les télécommunciations, le ciment pour la construction, , etc...). Les multiples scrutins ont tous été validés par les observateurs de l’UE, de l’OEA ou du Centre Carter comme "transparents, équitables, offrant les garanties nécessaires à l’opposition". Des milliers de conseils communaux pratiquent le budget participatif pour attaquer la corruption et continuer à faire baisser la pauvreté.

Martine Gozlan demande sans rire que Marianne dénonce enfin l’autocrate... "après avoir tant critiqué dans nos colonnes ceux qui l’attaquent". Certes transformer en "autocratie" une démocrate participative soutenue par les mouvements sociaux de tout le continent, présente quelque avantage au cas où les puissants de ce monde repassaient à l’action.

Thierry Deronne
Lic. en Communications Sociales, avec Laynel Fumero et Nelson Cova, politologues vénézuéliens, Caracas, le 8 septembre 2009.

(1) Noam Chomsky, Caracas, aout 2009, voir aussi article sur sa conférence

(2) Sur la désinformation qui pèse sur la nouvelle loi de l’éducation, voir "Mr. Langelier prend un aller simple pour le pays des soviets".

(3) Oliver Stone, conférence de presse à la Mostra de Venise, 06-09-2009. Voir le trailer du film "South of the border" : http://www.youtube.com/watch?v=Hwhau48LUAA

(4) Président Lula, déclarations à TV5, RFI à la veille du voyage de Nicolas Sarkozy au Brésil.

(5) Tariq Ali, conférence de presse à la Mostra de Venise, 06-09-2009.

COMMENTAIRES  

10/09/2009 12:26 par kalna

Un commentaire pas très argumenté. Mais pour moi, il y a longtemps que je considère Marianne comme du vent. On pourrait peut-être la brancher sur une éolienne ...

10/09/2009 17:32 par Alexandria

Merci pour cet excellent article. J’avais lu l’attaque de Gozlan dans Marianne, qui m’avait scandalisée. Mais je ne savais comment répondre, n’étant pas assez documentée. Merci de l’avoir fait.

10/09/2009 19:22 par bobi

Un des plus gros actionnaire de Marianne : Carlyle... Mais ça n’a surement rien à voir, la presse est libre chez nous...

10/09/2009 20:18 par Anonyme

ah dire qu’avant je lisais marianne. Je suis bien contente d’avoir decouvert "legrandsoir", qui est un des rare media à avoir une vision objective du Venezuela. continuez comme ca !

10/09/2009 22:25 par BA

Le scandale du jour : la vidéo de Brice Hortefeux.

Maintenant, Sarkozy devrait nommer un républicain au poste de ministre de l’Intérieur.

Il y a beaucoup de républicains à l’UMP.

Sarkozy devrait choisir un républicain comme nouveau ministre de l’Intérieur car, sinon, les jeunes n’auront plus AUCUNE confiance dans la police nationale et dans " le premier flic de France ".

Sarkozy devrait trancher dans le vif.

Vite.

10/09/2009 22:53 par Anonyme

Interview de Chavez par le Figaro :

Chavez : Ce n’est pas que les Israéliens veulent exterminer les Palestiniens. Ils le font ouvertement. Rappelez-vous la dernière agression israélienne contre Gaza. De quoi s’agit-il sinon d’un génocide.

Lien pour lire l’interview :

http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/08/01003-20090908ARTFIG00580-ma-main-reste-tendue-vers-obama-et-son-peuple-.php

12/09/2009 00:36 par mulot

"Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient", dit L’Express. De quels cas s’agit-il exactement ?

12/09/2009 09:57 par www.larevolucionvive.org.ve

L’opposition et ses médias utilisent ici une technique simple, efficace et pas chère : la justice venezuelienne ne peut faire appliquer la loi car si elle tente de l’appliquer c’est une "mesure arbitraire, politique". Si un acte de corruption est commis, un vol, un acte de violence, un coup d’Etat, un délit quelqu’il soit, et que la personne qui l’a commis est militante de lopposition, celle-ci criera aussitot, et son cri sera amplifie par les medias nationaux et internationaux, à  la "represaille politique". C'est le cas par exemple d'un ex-ministre de la defense comme Baduel (ex-compagnon de route de Chavez ensuite devenu opposant), emprisonne pour des actes de corruption, et qui allegue via les medias, qu'il est "prisonnier politique". Variante : des corrompus comme Rosales, ex-gouverneur du Zulia, qui a utilise des fonds publics a des fins personnelles, achetant des terres, des immeubles, des commerces au Venezuela et aux Etats-Unis, etc.. Des qu'une enquete s'est ouverte, il a fui la justice et demandé "l'asile politique" a.. Alan Garcia, president du Pérou (un expert en matiere de corruption). A noter, fait interessant, que l'opposition n'a jamais reussi sur ce theme a faire descendre beaucoup de monde dans la rue, sans doute parce que les gens ne sont pas dupes. Donc quelqu'un qui est  d'opposition et commet des délits, est d'avance soit "prisonnier politique", soit "exilé politique" selon la matrice mediatique du Venezuela dictatorial. Il y a un role des medias dans la creation d'une sorte d'impunite pour ces quelques personnages. Profitons-en pour rappeler qu'un des themes très souvent utilisès par les ennemis de Chavez est la corruption sèvissant au Venezuela. Il est curieux que ces journalistes ninforment pas des enquetes en cours au Venezuela sur des personnalites politiques du camp bolivarien : comme Juan Barreto ex-maire de Caracas ou Manuitt, ex-gouverneur de l’État de Guárico. Ils le taisent car cela parlerait de la lutte actuelle contre la corruption et de lindependance de la justice. Un dernier mot pour dire quau Venezuela il y a separation des pouvoirs. On lit souvent que Chavez controle la justice. C’est faux. En general pour des raisons academiques et sociologiques les fonctionnaires de justice restent tres consevateurs : voir l’impunite de nombreux assassinats (150 a peu près) de paysans par des terratenientes, par exemple... De cela non plus les medias venezueliens ou internationaux ne diront rien.

12/09/2009 14:39 par SilenciA

Surtout qu’un emprisonnement politiQ, par définition, est TOUJOURS arbitraire ...

Vive la Novlangue ultra-libérale !

19/10/2009 21:58 par Anna

Et en feuilletant le torchon "Marianne" de cette semaine chez le marchand de journaux -je ne leur ferait pas le plaisir de l’acheter- (torchon qui se prétend plus "osé", moins "consensuel", que les autres), je lis un article sur la Loi récemment passée en Argentine qui visait à réduire le pouvoir des 2 groupes de presse contrôlant l’information dans le pays, je lis cette fois-ci un article sans parti pris sur le combat de Cristina Kirschner (et qui rappelle même que ça devrait lui permettre de remonter à sa gauche après sa défaite des législatives - défaite méritée, ceci dit-).

Or Cristina K. et Chavez sont sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne la lutte contre le "latifundo des ondes" (avec des nuances près), et la présidente argentine a eu droit aux mêmes attaques sur l’autocratie, le musellement de la liberté de la presse, etc. Donc, pour l’un on confirme les arguments de l’opposition réactionnaire, et pour l’autre, on lui donne le bénéfice du doute, alors que fondamentalement, le projet avait le même but, exproprier progressivement le droit à la parole que s’est arrogée la bourgeoisie compradore -ce qui est totalement démocratique et favorable aux peuples- ?

Il est vrai que les Kirschner sont des sociaux-démocrates et n’ont jamais été perçus comme des révolutionnaires rouges. Il est vrai également que l’Argentine traverse à nouveau une période de difficultés, ce qui la rend plus vulnérable ; donc mieux vaut pour la presse-poubelle vendue aux faucons ménager encore ses dirigeants pour pouvoir mieux la dévorer. J’espère que les Kirschner ont retenu la leçon de leur défaite législative cette fois-ci.

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