Quand les médias pactisent avec l’argent saoudien

Un article bienvenu du Washington Post explique comment les Saoudiens soudoient la gauche, la droite et le centre :

Le gouvernement saoudien a un vaste réseau de firmes de relations publiques et de lobbying aux États-Unis

Le gouvernement saoudien et ses affiliés ont versé des millions de dollars à des entreprises étasuniennes de relations publiques et de lobbying et à des cabinets juridiques pour accroître la visibilité de leur pays aux États-Unis et aux Nations Unies à un moment crucial pour eux.
...
Rien qu’en 2015, ils se sont offert les services de cinq firmes de lobbying et de relations publiques, ce qui montre leur grand désir de renforcer leurs liens avec Washington. Les entreprises ont organisé des rencontres entre les responsables saoudiens, des chefs d’entreprise et des médias américains, ...

Les Saoudiens en ont pour leur argent.

- Ce récent portrait dans le New York Times, samedi, était remarquable d’empathie – Un artiste développe une Oasis de Créativité dans une Arabie saoudite conservatrice http://www.nytimes.com/2016/04/16/world/middleeast/abdulnasser-gharem-saudi-arabia.html

- Les vendus incultes de l’Institut Brookings sont toujours prêts à prendre l’argent du Golfe - M. Obama va à Riyad : Pourquoi les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont encore besoin l’un de l’autre http://www.brookings.edu/blogs/markaz/posts/2016/04/14-obama-saudi-arabia-visit-riedel

- Newsweek n’a pas pu résister aux pots de vin – Apprendre à aimer les vilains Saoudiens http://europe.newsweek.com/learn-love-unlovable-saudis-447942?rm=eu

Les trois articles suivants sont sortis aujourd’hui. Notez bien leur thème commun, entièrement inspiré par le lobbying :

- Daily Beast - Pentagone : Il ne faut pas poursuivre les Saoudiens pour le 11 septembre http://www.thedailybeast.com/articles/2016/04/20/pentagon-don-t-sue-the-saudis-for-9-11.html

C’est peut-être vrai qu’ils ont répandu l’idéologie empoisonnée d’Al-Qaïda. Mais l’Arabie Saoudite est un allié trop précieux contre le terrorisme d’aujourd’hui pour permettre aux Américains ordinaires de faire payer le royaume.

- Foreign Policy – L’Arabie Saoudite est un grand allié des Américains http://foreignpolicy.com/2016/04/20/saudi-arabia-is-a-great-american-ally-not-iran/

Alors que Téhéran continue à répandre le terrorisme anti-américain à travers le Moyen-Orient, Riyad détient la clé de la stabilité régionale. Ce n’est pas le moment de s’éloigner de la Maison des Saoud.

- CBS News - A Riyad, les responsables saoudiens réservent un accueil glacial à Obama http://www.cbsnews.com/news/saudi-officials-give-obama-chilly-reception-in-riyadh/

Les Saoudiens sont très en colère à cause de l’accord nucléaire avec l’Iran, et ils croient que seul le prochain président des Etats-Unis - que ce soit Hillary Clinton ou même Donald Trump - sera en mesure de rétablir le statut de l’Arabie saoudite comme principal allié de l’Amérique au Moyen-Orient.

- La palme de la capitulation revient, jusqu’ici, à Bloomberg qui a vendu le numéro de mai de Businessweek, y compris sa couverture, à un prince saoudien : http://www.bloomberg.com/news/features/2016-04-21/the-2-trillion-project-to-get-saudi-arabia-s-economy-off-oil

Le projet de 2 milliards de dollars pour sortir l’économie saoudienne de sa dépendance au pétrole - Huit heures entières d’entretien exclusif avec « M. Tout, », le Prince Mohammed bin Salman.

Les États-Unis pourraient trouver dans le Prince Mohammed, un allié fidèle et bienveillant dans une région chaotique.

Le clan maffieux saoudien n’est pas seulement corrompu lui-même. Il corrompt massivement les autres. Il les arrose pour les entraîner dans ses crimes, peu importe leur noirceur. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire ces lignes extraites d’un article du WaPo (Washington Post) sur le lobbyisme :

En 2014, les consultants du cabinet de relations publiques Qorvis ont écrit les textes des pages YouTube et Twitter de l’ambassade d’Arabie Saoudite, et ont tenu le compte Twitter de la coalition de l’opposition syrienne.

Ce sont les Saoudiens qui mettent le plus d’argent dans la guerre contre la Syrie. Ils concourent au développement d’ISIS et d’Al-Qaïda, non seulement en Syrie, mais aussi au Yémen et ailleurs. Un ancien ministre saoudien des Affaires étrangères, cité dans le Financial Times d’hier (voir ici), l’a même reconnu :

Saud al-Faysal, le respectable ministre des Affaires étrangères saoudien, a protesté auprès de John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, en disant : « Daesh [ISIS] est notre réponse [sunnite] à votre soutien à Da’wa » - le parti chiite islamiste aligné sur Téhéran qui est au pouvoir en Irak.

Il devrait être acquis que ceux qui pactisent avec les Saoudiens pactisent avec des ennemis.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

 http://www.moonofalabama.org/2016/04/media-shill-for-well-paying-saudis.html

COMMENTAIRES  

23/04/2016 16:39 par aldamir

citations prises de LGS: :

Ceux qui croient connaître le monde à travers les médias connaissent en réalité un monde qui n’existe pas. D’où la difficulté de communiquer avec eux..- Victor Dedaj

‘’Le combattant qui l’emporte est celui qui gagne la campagne de l’information. Nous en avons fait la démonstration au monde : l’information est la clef de la guerre moderne, stratégiquement, opérationnellement, tactiquement et techniquement ».- Glen Otis, Général US

La CIA contrôle tous ceux qui ont une importance dans les principaux médias.- William Colby, ancien directeur de la CIA

La liberté de la presse est la liberté que les capitalistes ont d’acheter des journaux et des journalistes dans l’intérêt de créer une opinion publique favorable à la bourgeoisie.- Karl Marx

"Acheter un journaliste coute moins cher qu’une bonne call-girl, à peine deux cents dollars par mois" -
un agent de la CIA en discussion avec Philip Graham, du Washington Post, au sujet de la possibilité et du prix à payer pour trouver des journalistes disposés à travailler pour la CIA. dans "Katherine The Great," par Deborah Davis (New York : Sheridan Square Press, 1991)

23/04/2016 17:39 par ghou

et ce n’est pas votre cas avec d’autres que l’Arabie ?...la presse française est la plus corrompue de toutes ...pour pas cher en plus .....sans oublier les écrivains maitres chanteurs ....l’Arabie fera mieux de retirer ses billions des banques françaises ....

24/04/2016 10:11 par chb

@ ghou, à propos de corruption française : la polémique récente autour d’E. Badinter était intéressante de ce point de vue.
Libé par exemple, le 5 avril :
Elisabeth Badinter critiquée pour un contrat de Publicis avec l’Arabie Saoudite
« En l’espace de dix ans, de nombreuses filles des quartiers se sont mises à porter le voile en France. Révélation divine ? Non, montée de la pression islamique ». Ces mots sont ceux d’Elisabeth Badinter, philosophe, féministe, et actionnaire principale de Publicis (que son père a créé). Or, selon le magazine Challenges, la société de communication vient de signer un contrat lui donnant charge d’une partie de la com’ de l’Arabie Saoudite (pays qui, rappelle Metronews, n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 2011). De quoi faire fleurir les critiques à l’égard d’une posture jugée, du coup, hypocrite...

24/04/2016 17:59 par chb

L’argent saoudien est alléchant, pas de doute : nombreux (et obséquieux) sont les français à qui la manne fait tourner la tête. Miam.
Note au traducteur : je ne sais pas comment on dit trillion, mais le pactole Aramco se monte à 2000 milliards plutôt que 2.
Note aux saoudiens : ce Saoud-bashing exacerbé par les primaires US ne vous rappelle-t-il pas la dégringolade du chouchou Saddam Hussein, après qu’il a raté sa guerre contre l’Iran ? Il était devenu soudain un vilain dictateur, on lui a reproché d’avoir des ADM (en omettant de blâmer ses fournisseurs), etc.
Vous croyez que ces années d’amabilités vous protègent, vous aviez même bénéficié de l’exclusivité du ciel étatsunien le 12/09/2001 (pour les avions rapatriant fissa des centaines de saoudiens) et que l’oncle Sam avait passé l’éponge sur l’origine de 15 des 19 pirates. Que nenni. La polémique sur 28 pages de demi-révélations va retomber sur votre encombrante tête, et votre pognon placé à New-York pourrait bien disparaître aussi vite que celui de Gaddaffi. Quant à l’aide que vous apportez en vain aux ennemis du "régime" syrien, pas question d’en rejeter la responsabilité sur le donneur d’ordres : le patron a changé ses plans, d’ailleurs il ne vous a jamais rien demandé, il ne vous connaît bientôt plus. Il n’est plus votre ami : c’est pigé ou il vous faut un dessin ? Et arrêtez de menacer le Congrès pour ces milliards que vous retireriez de l’économie US : encore un petit vote, et ils ne sont plus à vous. Miam.

01/05/2016 22:43 par RedGuff

Ce qu’a écrit chb m’interpelle.
Le parallèle est en effet intéressant.
Que ce passerait-il, en effet, si l’Arabie Saoudite devenait l’ennemi de l’Empire ?
Les armées en présence ne sont pas le seul parallèle à prendre en compte. Une propagande saoudienne de type "c’est tout l’Islam qui est attaqué" est à prévoir, avec des répercutions sur tous les musulmans de tous les pays.

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