Qu’est-ce que la RGPP ?

Une analyse de la CGT :

Les méthodes du privé : à la cravache !

La RGPP, Révision Générale des Politiques Publiques, politique de révision du rôle de l’Etat et de ses services publics est le projet phare présidentiel. Dès l’été 2007 Sarkozy en prend l’initiative et confie sa mise en oeuvre à Eric Woerth ministre des Comptes publics et de la Fonction publique dans le cadre du Conseil de Modernisation des Politiques Publiques. Réuni deux fois, le 12 décembre pour définir les grands axes et le 4 avril dernier pour établir les mesures à engager dans chaque ministère, il se réunira une troisième fois mi mai. La RGPP ne passe pas devant les parlementaires. Les ministres ont des consignes de l’Elysée, ils les appliquent sinon ils dégagent.

Un seul but : réduire les moyens du service public à coup de restructurations et de licenciements soit la suppression de 180 000 emplois publics d’ici à 2011 !

La RGPP a deux objectifs :

- accroître massivement le champ des activités privées et lucratives « occupé » aujourd’hui par les services publics,

- réduire drastiquement le nombre d’emplois dépendant du budget de l’Etat

Ainsi, l’Education Nationale devrait, à elle seule, voire disparaître 100 000 emplois en tout, soit 30 000 postes par an ! C’est bien au-delà du non remplacement d’un agent sur deux partant à la retraite. C’est donc qu’il est question de licenciements secs de fonctionnaires. Pour ce faire, un arsenal de mesures parfaitement cohérent est à l’ordre du jour touchant tous les ministères. Par contre, toutes ne prennent pas le même chemin, ni les mêmes formes.

La RGPP est donc un vaste plan de restructuration.

Comme on les connaît dans la production industrielle, les méthodes sont :

1) concentration / fusion

Des directions, des services administratifs, des établissements sont fusionnés : ex. 10 directions centrales du ministère de la Culture fusionneraient en 3 avec 20 % d’effectif en moins.
Dans la Recherche publique, des mutualisation vont conduire à des suppressions d’emplois. Elles concernent :

- la fonction support des universités avec la gestion des UMR (unités mixtes de recherche),

- la fusion des branches d’activités professionnelles des administratifs des organismes publics de recherche et des universités.

2) déclassement / éclatement

Des services à compétence nationale (SCN) seraient transformés en Etablissement Public Administratif (EPA) accélérant par exemple l’éparpillement des établissements et la dislocation du réseau des musées nationaux (Picasso, Fontainebleau, Sèvres) ou encore permettrait de faire des chefs d’établissements et des directeurs d’école des « managers » responsables du recrutement local sur profil et non plus sur concours dans l’Education Nationale.

3) externalisation / privatisation

Recourir à des Partenariats Publics Privés (PPP) en confiant des missions publiques à des entreprises privées, comme l’accueil et les visites du Château de Versailles ou encore « le plan campus » qui permettra à Bouygues d’encaisser des loyers pendant 25 ans.

Introduire massivement dans les Conseils d’Administration les représentants du patronat sous forme de personnalités extérieures : ex. dans les CA des universités et des Réseau Thématique de Recherche Avancée (RTRA), le patronat va directement piloter la recherche et les choix pédagogiques.

Filialiser des activités de service public sous forme de société anonyme : l’activité commerciale de la Réunion des Musées Nationaux ou les opérations scientifiques archéologiques de l’Institut National en Recherche Archéologique Préventive du ministère de la Culture.
Privatiser directement des établissements comme l’Institut du Sport et de l’Education Physique (INSEP) bradé à Lagardère, Vinci, Casino…, au ministère « Jeunesse et Sport »

4) précarisation de l’emploi

La création de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) a permis de multiplier les CDD. Les recrutements de salariés en dehors du statut de fonctionnaire dans les RTRA et les fondations sont déjà à l’oeuvre. Le ministère de l’Enseignement Supérieur a déjà prévu que les recrutements des enseignants-chercheurs pour 2009 puissent se faire sur CDD ou CDI.

« Recadrage » des services publics par l’Etat.

A cela s’ajoute « l’étatisation » des services publics de proximité dans le cadre de la réforme de l’administration territoriale. Des services déconcentrés en région ou département passent de missions au service de la population avec l’indépendance politique que cela exige à l’exécution des politiques gouvernementales, missions purement de pilotage et de contrôle. Ainsi l’intégration des services déconcentrés des Directions Départementales et Régionales du ministère « Jeunesse et Sport » dans les pôles préfectoraux menace directement leurs compétences spécifiques exactement comme l’intégration dans les même pôles des Service Départementaux de l’Architecture et du Patrimoine (SDAP) du ministère de la Culture.

Loi dite de « Mobilité » : enfin la liberté de licencier à tour de bras !

Mais il ne suffit pas de supprimer des postes faut-il encore « sortir » les agents sans poste. Alors le gouvernement avance ce qu’il appelle lui-même « la boite à outil de la RGPP » : la loi dite de « Mobilité », loi de révision générale du statut de la fonction publique.

Quatre articles sont particulièrement redoutables :

- l’Art 7 des licenciements ou des mises en disponibilité d’office sans solde.

Il permettrait par exemple le licenciement d’un enseignant ayant vu son poste supprimé par restructuration, suit aux mesures de la carte scolaire. Au bout de 2 ans, s’il n’est pas réaffecté, si sa reconversion n’est pas validée et s’il refuse trois postes proposés, y compris non adaptés à sa qualification sur les 3 versants de la Fonction Publique (Etat-Collectivité-Santé) il est mis d’office en disponibilité sans solde !

- l’Art 8 des postes non complet (temps partiel) cumulés sur les trois versants de la Fonction Publique.

Il permettrait à l’Etat de « proposer » aux agents des postes multiples à temps non complet comme par exemple de recruter des enseignants titulaires à temps partiel imposé et de les affecter en complément de service, dans les collectivités locales sur d’autres types d’emploi. Tout refus de ce type de postes renvoie à l’Art. 7

- l’Art 9 du recours aux boîtes d’intérim.

Il permettrait à l’Etat de faire appel à des entreprises privées d’intérim (L1251-1 du Code du Travail) pour assurer les vacances temporaires de postes publics, par exemple des heures supplémentaires dans l’enseignement, assurées avant par des agents publics sous CDD protégés par le statut.

- l’Art 6 de l’intégration directe d’un agent sur un poste.

Il permettrait par exemple d’entraver le droit à mutation d’un enseignant affecté en collège difficile sur un autre poste ouvert sans que l’affectation d’un autre agent sur ce poste ouvert passe par les Commissions Administratives Paritaires (CAP) qui statuent selon les critères d’ancienneté et sociaux et sur les recours.

Il est aussi question de mettre à la retraite d’office les agents surnuméraires, quelque soit leur droit à pension !

Il y a urgence à se mobiliser tous ensemble !

Vouloir tout réduire au modèle de l’entreprise privée, à ses pratiques managériales et à ses valeurs ne peut aboutir qu’à priver pour longtemps la population des services publics et collectifs destinés à lui assurer de bonnes conditions d’existence.

La RGPP doit être « bouclée » avant la fin de l’été, pour que les mesures prises soient inscrites dans la Loi de Finance 2009 voté en automne 2008. La loi dite de « Mobilité » est déjà inscrite aux débats du Sénat pour la rentrée parlementaire (29 ou 30 mai) et mi-mai à l’Assemblée Nationale. Le gouvernement veut l’expédier d’ici avant fin juin alors qu’elle a fait l’objet d’un vote négatif des organisations syndicales au Conseil Supérieur de la Fonction Publique d’Etat et d’un rejet majoritaire à celui de la Fonction Publique Territoriale.

COMMENTAIRES  

08/12/2008 20:39 par Popov17

Sans compter le matraquage de l’opinion publique démontrant que les profs sont nuls et responsables de tous les maux de la société (idées très répandues dans la vie quotidienne et sur les forums)... et comme en plus ils ont la garantie de l’emploi dans une période où un peu tout le monde a tendance à le perdre... ce n’en sera que plus facile de nous effacer du paysage pour nous remplacer par des archi - précaires (vacataires 200 h, 150 h, 50 h ou tout simplement 10 n ?), des étudiants fauchés ou des "europrofs" hyper tendances (super mobiles, au moins quadrilingues et rompus au management brutal à l’anglo - saxonne) ; peut être même laisser ce juteux secteur à des boîtes à fric cotées en bourse...

Pour les parents qui ont les moyens ce sera la fête, pour les autres, ce sera pré - apprentissage dès 12 ans ?

Ca arrive tout doucement et la crise sera le déclencheur bien commode pour se débarrasser des profs et des autres catégories de fonctionnaires...

Comme disait Yves Montand : "Vive la crise !"

08/12/2008 23:17 par masamune

quand vous dites :
"accroître massivement le champ des activités privées et lucratives « occupé » aujourd’hui par les services publics"
Pourriez-vous illustrer vos propos par des exemples précis.

Il me semble important d’illustrer ses propos par des faits qui collent à la réalité.

Merci

09/12/2008 07:52 par Orwelle

La politique du gouvernement est entièrement basée sur la méthode exposée, sur le site de l’OCDE, par Christian Morrisson, dans un rapport de 1996 intitulé :

"La Faisabilité politique de l’ajustement"

Cette politique est tout simplement celle de la réduction des coûts et des déficits, et de la libéralisation maximale de tout secteur susceptible de marchandisation. Ces mesures sont en général impopulaires. Le problème est donc de les mettre en oeuvre en catimini et de manière indolore.

Page 17 : « Un gouvernement peut difficilement stabiliser contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes ( c’est-à -dire qu’il serait neutre du point de vue social ) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. »

Extraits

Page 30 : « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

« Baissez la qualité de l’enseignement graduellement [...], en dissociant autant que possible les établissements et en vous gardant bien d’introduire une sélection. Cette mesure permettra à terme de rendre l’école exsangue de façon indolore et de tourner les familles vers la marchandisation de l’enseignement - comme on l’a déjà fait pour l’eau, les télécoms, les énergies, comme on est en train de le faire pour la santé. La voie est tracée. »

Comme on le voit, pourvu qu’il fasse des concessions stratégiques, un gouvernement peut, en procédant de manière graduelle et par mesures sectorielles ( et non globales ), réduire les charges salariales de manière considérable. L’essentiel est d’éviter un mouvement de grève générale dans le secteur public (...) »

http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/...

http://jean-excoffier.over-blog.org...

09/12/2008 14:32 par Bernard Gensane

Avant de répondre à la question de Masamune, à laquelle Orwelle (un pseudo ?) a apporté un éclairage fort utile, deux petites précisions :

1) Ce texte a été rédigé par une section CGT de Montreuil. Comme il m’a paru très clair et que j’y souscrivais, je l’ai envoyé au Grand Soir.

2) Je me permets de corriger le point 7 de ce texte, ce qui ne change rien au fond. Les fonctionnaires ne seront pas, pour le moment en tout cas, licenciés. Ce serait légalement possible car le statut de la fonction possible ne garantit pas l’emploi. Il garantit, plus pour longtemps, je le crains, l’égalité indiciaire de deux fonctionnaires de même niveau. Avec la RGPP, le fonctionnaire sera mis en disponibilité sans solde. S’il retrouve du travail dans le public ou le privé, cela entraînera, de toute façon, un bouleversement dans sa vie professionnelle et dans sa vie personnelle. S’il ne retrouve pas de travail, il s’agira d’une mort sociale.

Pour en revenir à votre question, ce qui est décrit existe depuis fort longtemps, jusques et y compris dans les fonctions régaliennes de l’État comme lorsque le maire de Paris fait appel à des milices privées en lieu et place de la police nationale ou municipale. Il s’agit d’une tendance lourde depuis une vingtaine d’années. On a commencé avec des établissements autrefois publics comme la poste ou les télécommunications. On s’attaque maintenant au coeur de l’État. Ainsi, dans l’enseignement, les présidents d’universités pourront multiplier les contrats de droit privé pour des chercheurs ou à des enseignants. Cela existait déjà à la marge, mais cela va devenir la norme. Les statutaires seront donc en compétition, dans l’optique d’un nivellement par le bas, avec des privés. J’ai découvert, il y a peu, que dans l’enseignement maternel et primaire, les titulaires-remplaçants disparaîtront pour faire place à une agence de remplaçants qui sera, elle aussi, à terme, régie selon les normes du privé.

Sarkozy a de la marge lorsqu’on se souvient qu’en Irak le nombre de soldats privés est plus important que le nombre de soldats publics.
BG

09/12/2008 19:09 par Orwelle

Oui, Bernard, c’est juste un pseudo Orwell, qui fait une sarkoverdose. ;-)

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