Posséder ou partager : la seconde vie des choses

Nous avons 35 millions de portables dont la durée de vie est de trois ans en moyenne.

« Le monde du partage devra remplacer le partage du monde. » Claude Lelouch (Extrait d’Itinéraire d’un enfant gâté)

Le titre de cette contribution est là pour attirer l’attention sur un mouvement qui peut ne pas être une mode ou une nécessité dans ce qui nous reste d’espace vital sur une planète de plus en plus abîmée. Dans ce sens nous dit Gérard Charollois qui reprend une interrogation : « Et si l’humanité disparaissait ? »
Un scientifique australien, Frank Fenner, parfaitement rationnel, membre d’une académie de médecine, ose affirmer que l’humanité va disparaître. Il ne s’agit pas d’une prédiction apocalyptique ni d’un verdict sectaire annonçant la foudre d’un quelconque jugement dernier. Pour le scientifique, l’humanité sécréterait les causes de sa perte, accroissant sa vulnérabilité à la mesure de sa maîtrise purement apparente.
Car, écrit l’auteur, en fait, nul ne maîtrise plus rien et les alarmes des scientifiques de toutes les disciplines sur l’altération du climat, l’épuisement des ressources naturelles, les risques viraux résultant de la surpopulation et des échanges planétaires, ne pèsent rien face au rouleau compresseur de l’économie, face à la cupidité de tous les individus, face à la volonté de croissance infinie. La modestie s’impose toujours lorsqu’on évoque le futur. » [1]

Posséder ou partager ?

Faut-il continuer à amasser de l’éphémère coûteux et générateur de déchets ? Martin Denoun et Geoffroy Valadon en parlent : « Dans le nouveau monde qui se dessine caractérisé par une pénurie inexorable d’énergie des changements climatiques de plus en plus récurrents et catastrophiques, faut-il continuer au nom de la boulimie du consommer éphémère, voire inutile ?
La solution ne passe-t-elle pas par le partage et surtout l’impérieuse nécessité de donner du temps aux choses. Et si l’usage ne correspondait pas nécessairement à la propriété ? Soucieuses d’en finir avec l’hyper-consommation d’objets qui ne servent que très rarement, confrontées à un pouvoir d’achat en berne, de nombreuses personnes s’organisent pour partager et troquer. Nous lisons la contribution suivante qui donne des éléments de réponses : « Au domicile de chacun d’entre nous, il existe à la fois un problème écologique et un potentiel économique.
Nous avons dans nos foyers de nombreux biens que nous n’utilisons pas : la perceuse qui dort dans un placard et ne servira en moyenne que treize minutes dans sa vie, les DVD visionnés une ou deux fois qui s’entassent, l’appareil photo qui attrape la poussière plus que la lumière, mais aussi la voiture que nous utilisons en solitaire moins d’une heure par jour ou l’appartement vide tout l’été. La liste est longue. Et elle représente une somme impressionnante d’argent comme de déchets futurs. »
Telle est, en substance, l’accroche des théoriciens de la consommation collaborative. Car, assène avec un grand sourire Rachel Botsman, l’une de leurs chefs de file : « Vous avez besoin du trou, pas de la perceuse ; d’une projection, pas d’un DVD ; de déplacements, pas d’une voiture ! »...

Jeremy Rifkin est celui qui a diagnostiqué cette transition d’un âge de la propriété vers un « âge de l’accès » où la dimension symbolique des objets décroît au profit de leur dimension fonctionnelle : alors qu’une voiture était autrefois un élément de statut social qui en justifiait l’achat au-delà de son usage, les consommateurs se sont mis à louer leur véhicule.

Aujourd’hui, c’est même leur propre automobile ou leur propre domicile que les jeunes proposent à la location. S’ils font ainsi le désespoir de nombreux industriels du transport ou de l’hôtellerie, d’autres y voient un détachement vis-à-vis des objets de consommation porteur d’espoir. Les plates-formes d’échange permettent une meilleure allocation des ressources ; elles atomisent l’offre, éliminent les intermédiaires et facilitent le recyclage.
Ce faisant, elles érodent les monopoles, font baisser les prix et apportent de nouvelles ressources aux consommateurs. Ceux-ci seraient ainsi amenés à acheter des biens de qualité, plus durables, incitant les industriels à renoncer à l’obsolescence programmée (...) » [2]

La thèse d’une troisième révolution industrielle par J. Rifkin

Justement, Jeremy Rifkin économiste, essayiste, dans une analyse lumineuse et providentielle, même en ces temps de périls, de l’avenir des sociétés, écrit : « Nous sommes, à la fin d’une ère, celle d’une économie fondée sur les énergies fossiles, le travail à temps plein, une organisation pyramidale des entreprises, une gestion exclusivement marchande du monde...
Et nous entrons dans ce qu’il appelle la troisième révolution industrielle qui va bouleverser nos manières de vivre, de consommer, de travailler, d’être au monde, un nouveau paradigme économique qui va ouvrir l’ère post-carbone, basée notamment sur l’observation que les grandes révolutions économiques ont lieu lorsque de nouvelles technologies de communication apparaissent en même temps que des nouveaux systèmes énergétiques (hier imprimerie/charbon ou ordinateur/ ; aujourd’hui Internet & les énergies renouvelables). La Seconde Révolution Industrielle se meurt donc. Dans un futur proche, les humains génèreront leur propre énergie verte, et la partageront, comme ils créent et partagent déjà leurs propres informations sur Internet. Cela va fondamentalement modifier tous les aspects de la façon dont nous travaillons, vivons et sommes gouvernés.
Comme les première et deuxième révolutions industrielles ont donné naissance au capitalisme et au développement des marchés intérieurs ou aux États-nations, la troisième révolution industrielle verra des marchés continentaux, la création d’unions politiques continentales et des modèles économiques différents. » [3]

Pour Rifkin le défi est triple : La crise énergétique, le changement climatique, le développement durable. Ces défis seront relevés par un changement de la mondialisation à la « continentalisation ».
C’est-à-dire la fin d’une énergie divisée, pour une énergie distribuée. Les cinq piliers de la Troisième Révolution Industrielle sont :

  1. Passer aux énergies renouvelables.
  2. Transformer les bâtiments sur chaque continent en mini-centres énergétiques, créant de nombreux emplois.
  3. Permettre à chaque bâtiment de conserver cette énergie.
  4. Utiliser la technologie internet pour créer un réseau similaire d’énergie. Chaque bâtiment ayant de l’énergie en trop pouvant la vendre sur ce réseau.
  5. Créer des réseaux électriques continentaux dans lesquels les véhicules électriques puissent vendre leurs surplus d’énergie en se branchant à une prise, tout en étant garés. (...) La Troisième Révolution Industrielle conclut-il, est un changement radical spatiotemporel. Elle va créer des citoyens globaux, dans une biosphère partagée, et nous reconnecter avec la planète. Nous avons peu de choix si nous voulons espérer restaurer la santé de la biosphère et préserver la planète pour les générations futures. » [4]

Comment mieux utiliser et partager ce qui existe plutôt que posséder davantage
Dans le même ordre du partage : « Est-il indispensable de posséder une voiture que l’on utilise 2 à 5% du temps plutôt que de louer son usage où et quand on en a besoin ? Est-il judicieux de se déplacer « en solo » quand on peut covoiturer ? Est-il impératif d’acquérir un vélo plutôt que d’utiliser le service mis à disposition dans ma ville ? Est-il nécessaire de construire de nouveaux bâtiments et équipements publics quand ceux existants sont sous-utilisés ?
Il y a un paradoxe. Nous avons des besoins de mobilité ou d’espace. Nous y répondons par la possession d’un véhicule ou la construction d’un nouvel équipement public. Les avantages sont connus : en possédant, la disponibilité de l’usage nous est garantie.
Mais les inconvénients ont commencé à dépasser les avantages dans plusieurs domaines, aux plans individuel et collectif : posséder une voiture en ville est devenu un tracas et une source de dépense considérable, en investissement et en fonctionnement ; les consommations d’énergie et de matières premières sont disproportionnées par rapport aux usages rendus. » [5]

Le modèle circulaire en application : une autre solution

Tendre vers une société durable et sans déchet, telle est aussi l’ambition poursuivie par l’architecte américain, William McDonough et le chimiste allemand, Michael Braungart ; ils ont publié en 2002 le manifeste du mouvement : « Cradle to Cradle Remaking the way we make things » (« Du berceau au berceau. Repenser la manière dont nous faisons les choses »). En apportant des solutions concrètes aux entreprises ou aux institutionnels qui les sollicitent.
Leur modèle considère que toutes les matières premières entrant dans un processus de fabrication industrielle peuvent être vues comme des « nutriments » qui se divisent en deux grandes catégories. Les « nutriments techniques » comprennent les matières premières non organiques et non nuisibles à l’environnement (les matières synthétiques mais non toxiques sont de celles-là), tandis que les « nutriments biologiques » d’origine organique qui peuvent être compostés sans traitement spécifique reviennent nourrir les sols.
En résumé, il faut « des matériaux totalement sains qui retournent soit à la terre, soit à l’industrie pour être recyclés indéfiniment » expliquent McDonough et Braungart ». [6]

L’Ademe (Agence francaise pour les économies d’énergie donne des pistes de « sobriété » Nous lisons :

« Comment le consommateur peut-il réduire significativement la quantité de déchets qu’il produit et participer ainsi à la mise en place d’une économie circulaire ? Les Français semblent déjà bien informés, puisqu’en 2010 ils sont 98% à avoir déjà donné une seconde vie à un objet quelconque.
Ainsi, le réemploi n’est plus exclusivement associé à des situations de grande pauvreté et se pare d’une image positive, celle du consommateur « malin ». En 2012, près de la totalité des Français (98%) déclarent avoir déjà pratiqué le réemploi et l’on estime à 1 250 millions d’euros par an le chiffre d’affaires lié au réemploi et à la réutilisation.
Le marché de la réparation tire également profit de la crise économique : le nombre d’entreprises de réparation a augmenté de 26% tous secteurs confondus entre 2007 et 2011. La réparation automobile est le secteur le mieux représenté avec 60% des entreprises du secteur.
L’impact sur l’environnement s’en fait d’ailleurs sentir : on estime qu’en 2011,825.000 tonnes de déchets ont été évitées grâce au réemploi et à la réutilisation, participant ainsi au développement de l’économie circulaire. Les efforts doivent être poursuivis pour favoriser ces nouveaux modes de consommation, notamment grâce à la promotion du réemploi ou à l’accompagnement des collectivités locales afin qu’elles développent des partenariats avec des structures spécialisées. » [7]

Et en Algérie ?

Quelques possibilités : les Algériens ont perdu le sens de l’économie, la disponibilité excessive de tout, stérilise toute recherche tendant à éviter le gaspillage ; l’Algérien de 2013 pense que tout lui est dû.
Il est vrai que les scandales en tout genre qui portent sur des sommes colossales lui donnent la conviction que tout est pourri, que c’est le sauve-qui-peut, qu’il faut revendiquer « sa part de la rente », au besoin de façon brutale. Nous avons perdu le sens de l’économie et de la durabilité des choses. Nous avons 35 millions de portables dont la durée de vie est de trois ans en moyenne. Cela veut dire qu’il a un moyen de recycler 3 millions de portables/an. Nos greniers périclitent d’équipements inutilisés qui peuvent avoir une seconde vie si cette philosophie du partage que nous nous vantons d’avoir de par notre culture et notre religion existait réellement.

Nous ne savons pas ce que sont les économies du fait d’une consommation débridée où les utilités sont gratuites. A titre d’exemple, s’agissant du concept « Heure d’été -heure d’hiver ». Dans les pays développés, on fait la « chasse au gaspi ». Un simple calcul permet d’avoir une idée du gain. Pour les cinq millions de logements, c’est un gain de 18 millions de kWh ou encore, c’est l’équivalent de 15.000 tonnes de pétrole ou encore 10 millions de dollars, de quoi retaper les laboratoires des universités. Il nous faut compter le moindre centime et rompre avec le gaspillage.
Nous « produisons », 12 millions de tonnes de décharges. Les décharges sont des trésors si on sait y faire ! Il en est de même justement de la récupération de l’eau de pluie. Nos aînés récupéraient l’eau de pluie au nom de l’autosuffisance. Si on compte seulement 1 million de logements avec une surface de 100 m2 et une pluviométrie de 800l/m2 dans l’année. Avec une récupération à 50%.
C’est au total 80 millions de m3 (près de 10%) de l’eau nécessaire à l’approvisionnement des habitants Nous vivons au-dessus des moyens de la planète. L’alternative est dans la sobriété, le changement de rythme, la décroissance qui suggère un changement de valeur : ne pas stigmatiser la lenteur, ne pas s’éblouir de la nouveauté, ne pas faire dans le mimétisme ravageur de l’Occident ; rouler en 4x4, un portable vissé à l’oreille, se chausser de Nike, ce n’est pas cela le développement. Avec des convictions, de l’inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables.
L’éco-citoyenneté est un combat qui commence à l’école et se poursuit par la suite dans la vie de tous les jours de chacun d’entre nous. Nous n’avons pas le choix. » [8]

La croissance infinie dans un monde fini est une équation intenable. La Terre est un équilibre : les éléments qui la composent (faune, flore, minéraux, eau, etc.) forment un tout indissociable et interdépendant.
Pierre Rabhi écrit : « Le progrès ne libère pas. (...) Il faut que l’humanité se pose la question : Qu’est-ce que vivre ? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de caddies. Cela me terrifie. »
On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui. En 1972, nous étions en dessous de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités, à 85% environ. Aujourd’hui, nous sommes à 150%.
La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, « The world is on track for disaster... », autrement dit, « tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre ».
Le modèle de développement actuel s’avère inefficace et non viable, pas seulement pour l’environnement, mais aussi pour les économies et les sociétés, a déclaré le Directeur général du BIT, Juan Somavia. Il nous faut tourner le dos à l’ébriété énergétique. Ce sera alors l’avènement du BIB (Bonheur Intérieur Brut) au lieu du PIB (Produit Intérieur Brut) qui a amené l’humanité à sa perte en déifiant la croissance et le marché. » [9]

Chems Eddine CHITOUR


COMMENTAIRES  

20/10/2013 21:32 par Lionel

Mr Chitour je trouve étrange, pour ne pas dire suspect ( pardonnez l’offense que je m’apprête à vous faire...) l’emploi d’un mot générique comme "l’algérien est..." qui me rappelle de tristes propos tenus par de bien tristes Sires !
Tenir un discours à partir d’une analyse peut s’avérer utile, les théoriciens pensent pour les autres, pas pour eux-mêmes.
Mais lorsque ce discours est avant tout sous-tendu par une théorie tenue par un homme dont la réputation de capitaliste libéral n’est pas à remettre en cause, avouez que l’on a besoin de lire et relire de peur de se tromper.
J. Rifkin rêve d’un univers ultra-techno avec des foules sans une tête qui dépasse, il n’envisage la fermeture des centrales nucléaires qu’en raison de leur manque de rentabilité, par exemple.
À aucun moment cet homme ne se prononce anticapitaliste, son image psychotique d’un autre monde est l’antithèse de la démocratie.
Et vous avez choisi de vous en faire le chantre ?

20/10/2013 23:07 par Vagabond

@ Lionel,
J’ai entendu des algériens dire qu’ils étaient les derniers pieds noirs, oui tu as bien compris !
Les Kateb Yacine ne courent plus les rues d’Algérie. Et le peuple qui lui était cher n’est plus qu’une masse informe pour "l’élite".

22/10/2013 14:04 par eric

tant qu’il y aura le fric qui corrompt tout on ne pourra rien ESPERER..et si les Français se mettent à "partager" ou échanger c’est plus pour satisfaire leur radinerie légendaire.

Il n’y a que l’urgence (qui est synonyme dans ce cas de cataclysme) qui nous fera changer de mode de production et cette urgence sera surement le "craddle" du totalitarisme (éclairé ! qui mettra fin à notre chére démocratie obscurantiste qui a permis tout ce gâchis)...

24/10/2013 12:23 par Dominique

Cet article ne parle pas que de la thèse de Rifkin, il en présente aussi d’autres. De plus, il a le mérite de poser plusieurs bonnes questions dont celle de savoir quel est le futur possible de l’humanité, si tant est qu’il y en ait encore un. Personnellement, je suis entièrement d’accord avec Franck Fenner quand il dit « l’humanité sécréterait les causes de sa perte, accroissant sa vulnérabilité à la mesure de sa maîtrise purement apparente. »

Les nouvelles technologies sont une démonstration frappante de ce fait. Selon leurs promoteurs, elles pourraient même sauver l’humanité. Ils disent cela alors qu’ils ne pensent qu’à la valeur de leurs actions en bourse, et qu’en pratique les nouvelles technologies ne suppriment pas les anciennes, elles rajoutent de nouvelles sources d’exploitation des ressources et de pollution aux anciennes.

C’est article relève aussi que Rifkin croit à la fin d’une ère. Il a parfaitement raison, mais le changement sera encore bien plus profond que ce qu’il croit. Il prône une nouvelle révolution industrielle. Elle est en marche mais ne change rien à la nature profonde des problème de l’humanité, problèmes tous liés au fait que toute notre société est basée sur l’exploitation de la nature et de ses ressources. Et cela n’a pas commencé avec la révolution industrielle comme veut le croire un Rafkin, ni même avec le capitalisme comme veulent le croire certains intégristes du marxisme, mais avec l’apparition des peuples de guerrier lors de l’antiquité. L’exploitation de la nature et de l’homme, la guerre et le commerce sont les trois mamelles de la trinité à la base de notre société, à la base de ce que nous appelons une civilisation.

Aujourd’hui, cette civilisation est coincée. Elle ne peut plus reculer car elle a tout conquit et ne sait donc plus où aller. Il ne lui reste donc plus qu’une seule chose à faire pour continuer sa fuite en avant vers toujours plus de profit et de croissance, presser d’avantage les citrons qui lui reste. Cure d’austérité pour les uns, exploitation des gisements qui hier n’étaient pas rentables pour les autres, et la course vers le précipice pour tous.

Face à cela il n’y a qu’un changement de paradigme qui puisse inverser cette course au chaos. Il s’agit ni plus ni moins que de subordonner la satisfaction des besoins humains à la satisfaction des besoins de la nature. Il s’agit ni plus ni moins que de rompre avec l’immuable conflit du bien et du mal qui nous jette dans une lutte à mort contre le reste de la création, lutte que nous ne pouvons que perdre car le reste de la création est notre seule source de vie.

Certains sont tournés vers le passé et croient que la solution à tous nos problèmes sont dans la bible, le Coran ou Confucius. Ces théologies de la mort sont nées en même temps que le commerce, la guerre organisée et l’exploitation universelle. C’est là la seule universalité de toute civilisation : son rejet de l’autre et de sa culture pour pouvoir mieux l’asservir. Le problème est global aujourd’hui. L’action elle, même si aujourd’hui son contexte est global, est locale. Nous devons donc nous réapproprier l’action et reconnaître que pour qu’un changement de société se fasse et qu’il soit à même de restaurer le futur de l’humanité, deux conditions doivent être remplies :

- ce changement se fera que si nous sommes capables de reconnaître, soutenir et développer toutes les luttes de libération locales et de les fondre dans une grande symphonie. Les militants qui continuent à dire qu’ils ne sont pas là pour ça (soutenir les luttes de libération locales) doivent être envoyé travailler dans les champs, ça les changera de leurs théories stériles et leur fera les pieds.

- ce changement doit reconnaître la place de l’homme dans la création et ainsi, subordonner la satisfaction de besoins humains à la satisfaction des besoins de notre seule source de vie, la Terre. Aujourd’hui comme hier, le seul moyen de développer une société durable est de la baser sur le respect universel, non sur son contraire, l’exploitation.

24/10/2013 14:37 par Emilio

Salut Dominique, juste quelques petites choses qui me paraissent ta vision perso , mais une erreur d interpretation

>>>"Et cela n’a pas commencé avec la révolution industrielle comme veut le croire un Rafkin, ni même avec le capitalisme comme veulent le croire certains intégristes du marxisme,"

ben si ces personnes sont "integristes" du marxisme .. plutot des gens qui ont lu Marx tout simplement, adherant ou pas a son analyse (qui est quand meme difficilement contestable , qui conteste son analyse ¿) Marx n a jamais dit que l exploitation de l homme par l homme commençait avec le capitalisme. Sans developper davantage , le capitalisme est le prolongement des feodalismes , ou l argent etait deja le nerf des pouvoirs et des guerres . C est une sophistication et une generalisation planetaire du comment developper au max le capital , le concentrer et faire plus d argent, de profits par la plus value , possible , par tous les moyens possibles, l argent donne le pouvoir et perennise le systeme ..

"Certains sont tournés vers le passé et croient que la solution à tous nos problèmes sont dans la bible, le Coran ou Confucius. Ces théologies de la mort sont nées en même temps que le commerce, la guerre organisée et l’exploitation universelle."
Euh ..la reference est au passe , mais le message des prophetes ou sages , et la vie des adeptes se conjuguent au present , en fait hors du temps puisque une projection au dela de notre mort physique. Theologies de la mort ¿ si tu ne vois que les consequences des religions avec guerres territoriales , pouvoirs etc… mais theologie de la vie pour beaucoup aussi, qui recherchent par ce biais des relations harmonieuses entre humains et Dieu .. dans les discours et les textes sacres , cet universalisme est toujours mis en avant .. sauf par ceux qui recherchent un pouvoir et le pouvoir divise . On rejoint le marxisme dans son analyse qui regarde les religions sous cet angle de realite historique .. mais laisse de cote l aspect spirituel de la chose qui colle a l humain depuis la nuit des temps. Pas une faille puisque ce n etait pas le but de l analyse marxiste de determinisme scientifique .

Le progres , le developpement des technologies passe d abord et toujours par l armee, quelles nouvelles armes peuvent etre faite avec ces decouvertes, c est la priorite . C est le militaire qui a le pouvoir , la bombe atomique a donne l energie nucleaire civile (pour utiliser les residus , l un entretenant l autre) Internet etait d abord militaire , idem Harp (communication avec les sous marins en utilisant la ionosphere comme antenne , puis agir sur le climat ) etc… si l interet n est pas militaire , la recherche ne suit pas.. C est cette paranoia de l humain civilise qui le conduit a sa perte .. et c est ineluctable . Les risques technologiques lies aux developpements des technologies ne sont pas maitrisables , cas du nucleaire, (fission ou fusion chaude genre Tokamac Iter)
Le progres aurait ete de considerer l humain et son milieu naturel en priorite , pas la suprematie illusoire d un groupe d humain defendant son territoire et se croyant superieur parce qu il a gagne. Victoire temporaire et illusoire , les merdes utilisees ailleurs reviennent dans la face , la terre est ronde et un espace tres limite . Et aujourd hui bien trop contaminee pour entrevoir un futur viable ou pas. L avenir est aux cafards et aux scorpions ))) sauf une intervention divine qui n est quand meme jamais arrive historiquement juste sous forme de conseils mais pas directement , ou extra terrestre qui aurait les moyens technologiques de nettoyer nos merdes contaminantes de milliers d annees. Et en supposant qu encore une fois le pouvoir militaire ne leur tire pas dessus d abord ,pour violation de l espace aerien.. )))
Pour le reste , oui , faire comme si ce monde n existait pas et agir dans un sens solidaire universel sans frontieres et sans pouvoirs … le reve fait vivre et realiser un reve meme modeste est gratifiant pour tous. L evolution des consciences est un devoir d humain qui est gregaire par nature. Le capitalisme m a tuer… parce qu il n a jamais eu cette conscience d amour et don des soi , et qu il a domine tout ce qui est monnayable et tout ce qui ne l est pas.

24/10/2013 20:11 par Dominique

Emilio,

Tu n’es pas visé par ma pique sur les intégristes du marxisme. Ils se reconnaîtront. En résumé, ce sont tous ceux qui sous prétexte de lutter contre le capitalisme, s’interdisent de lutter en refusant de soutenir les luttes de libération locales. Curieuse vision de l’internationalisme, mais il y en a qui sont comme ça. Je ne vais pas m’étendre plus là-dessus car on sort du sujet.

Quand aux religions, je sais très bien que leurs livres saints contiennent aussi un message d’amour. Mais il faut bien voir qu’une religion organisée, c’est d’abord une théologie, et il n’y a qu’à lire ces livres saints pour savoir à quoi s’en tenir là-dessus. Le dogmes de base de la bible est l’immuable conflit du bien et du mal. C’est écrit noir sur blanc, je n’invente rien, premier chapitre, la Genèse. C’est la même chose avec Confucius, dogme de base est la complémentarité du yin, du yang et de ce qui les unis. Ces deux dogmes sont à la base de toutes les religions organisées de la planète, et bien que d’apparence contraires, ils permettent d’établir les mêmes hiérarchies entre les dieux, les hommes et le reste de la création, justification morale de la destruction de la nature et de son exploitation aveugle, et entre les hommes, certains se retrouvant plus proches des dieux que les autres, justification morale de tous les racismes et de toutes les exploitations de l’homme par l’homme. Voilà la base théologique de toutes les religions organisées de la planète. Elles peuvent la camoufler avec des bons commandements, cela ne change rien.

Autrement dit, il ne faut pas confondre la nature des choses et la nature des religions. il n’y a pas une religion organisée pour racheter les autres et elles sont toutes intégristes par nature. La religion, comme la foi, doit être une affaire personnelle. Comme le dit si bien Reich, nous serons nos propres sauveurs ou nous nous condamnons nous mêmes à être exploités.

Maintenant, je suis bien conscient que parmi leurs fidèles, il y a beaucoup de gens sincères qui donnent un tout autre sens à leur foi que ce que ses dogmes de base impliquent. Je ne peux donc que leur demander de se poser la question de savoir si les valeurs véhiculées par leur religion correspondent au sens qu’ils entendent donner à leur foi.

Ces dogmes de base ont encore une autre implication contraire à la nature humaine. En plus de créer des hiérarchies superstitieuse entre les choses et les gens, elles figent ces hiérarchies dans le béton en volant la transcendance humaine (cet ordre des choses et immuable), pour la remettre à leur dieu lequel changera cet ordre des choses lors de l’apocalypse (version occidentale), ou en la jetant dans les oubliettes car même leurs dieux ne peuvent changer cet ordre des choses (version du reste du monde).

Après, on pourrait encore parler des tabous véhiculés par les religions organisées dans la société, tabous qui transforment un être sociable et emphatique en son contraire absolu, un frustré incapable de maîtriser l’usage qu’il fait de sa violence. Voir les travaux de William Prescott sur les origines de la violence. Avec ça, la boucle est bouclée. Les religions sont non seulement, comme le disait Garaudy et d’autres, une entreprise de justification de ce qui est, mais également le moyen que les exploiteurs ont utilisé dés l’antiquité pour perpétuer une société raciste, inégale et violente.

Et si nous voulons nous en sortir, il est temps de faire table rase sur ce passé obscurantiste pour instaurer, ou plutôt ré-instaurer, une société dans laquelle l’être humain occupe sa vraie place, et cette place ne peut être fondée que sur le respect de sa seule source de vie, la Terre. Les choses ne sont ni bien, ni mal, ni yin, ni yang par nature, elles sont. Point. Par contre, comme Marx nous le fait très justement remarquer, et c’est pour moi la principale raison pour laquelle les bourgeois le détestent tant, un être humain conscient a le choix de ses actions car il est capable, ici, maintenant et consciemment, de se fixer des buts et de travailler à leur réalisation. Cette capacité humaine a un nom un français, c’est la transcendance. Avec cette transcendance et le respect, nous pouvons commencer n’importe quand, même aujourd’hui, et ici et consciemment, à bâtir un monde meilleur.

Maintenant, que sera ce monde, je n’en sais rien. Ou plutôt, tout ce que j’en sais et qu’il ne sera que ce que nous en ferons. C’est déjà le cas aujourd’hui, le problème est que les pires d’entre nous ont pris le pouvoir lors de l’antiquité et que ce sont toujours eux qui mènent le bal. Ils ne vont pas se laisser faire, mais ils ont peur d’une chose, alors que c’étaient eux qui maniaient le glaive, ce ne sont plus eux qui appuient sur la gâchette. Et c’est bien la seule chose dont ils aient peur. Des pays comme Cuba et le Venezuela nous montre la voie. Ce n’est pas pour rien que le blocus des USA envers Cuba n’est pas levé, et qu’après avoir essayé de renverser et d’assassiner Chavez par tous les moyens, Maduro est aujourd’hui dans leurs viseurs.

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