Payer pour vieillir (avant de mourir)

On l’a dit et répété : être maître des mots, c’est tenir le monde dans sa main. Comme de nombreux concepts qui nous pourrissent aujourd’hui la vie, celui de "dépendance", tel que Sarkozy et le classe dirigeante française l’affectionnent, vient de l’anglais. « A dependant » est une personne à charge. Cette acception date de la fin du XVIe siècle. On ne parle plus des vieux (années cinquante), des croulants (années soixante), des seniors (années quatre-vingt), mais des dépendants.

Attention : ce terme est un SCUD. Tiré par la grande bourgeoisie européenne dans une attaque concertée contre les peuples dans le cadre d’expériences locales à visées continentales. Naomi Klein nous a remarquablement expliqué dans La stratégie du choc ; le capitalisme du désastre (http://www.legrandsoir.info/Naomi-Klein-La-strategie-du-choc-La-montee-du-capitalisme-du.html) l’utilisation par la classe dominante de la sidération, de la technique du coup de massue pour tuer un papillon afin d’imposer dans l’angoisse des mesures au seul profit de l’actionnariat et de la finance internationale. Depuis des années, le Royaume-Uni sert de laboratoire en vue de la privatisation totale des universités, l’enseignement supérieur étant devenu une annexe du ministère du Commerce. La Grèce sert de laboratoire pour la privatisation brutale de l’État.

Les instances européennes ont chargé la France du dossier de la dépendance (http://www.legrandsoir.info/La-dependance-selon-Sarkozy-payer-pour-vieillir.html). Il n’y avait aucune urgence à cela, ni démographique, ni même comptable (la seule urgence étant d’enrichir le frère et les amis de Notre Président : Malakoff-Médéric). Le rôle des relais idéologiques de notre kleiner Mann est de nous persuader de la légitimité et de l’urgence de transférer vers le privé tout ce qui relève de la protection sociale publique. Un exemple récent : Le Monde a publié un encart publicitaire pleine page de l’association d’extrême droite Sauvegarde Retraites (http://www.sauvegarde-retraites.org/). L’objectif principal de cette association est de tirer à boulets rouges et sans relâche sur les retraités « privilégiés » de la Fonction publique française, quand elle ne félicite pas Obama pour avoir suspendu l’alimentation des caisses de retraite de ses propres civil servants.

Comme l’expriment les indignados espagnols, on nous pisse dessus, puis on dit qu’il pleut. On privatise la Poste, on diminue de manière drastique le nombre de fonctionnaires de cette ancienne administration, et l’on "découvre" qu’il manque huit millions d’euros pour payer les retraites des postiers. Donc qu’il faut faire appel au privé. Autre exemple : jusqu’à tout récemment, la taxe sur les poids lourds était perçue par les douaniers. Sarkozy vient de décider, en réinventant les fermiers généraux, qu’elle serait perçue par une société privée. Il va donc supprimer des postes de douaniers, ce qui obérera leur caisse de retraite.

On bourre le crâne des Français avec l’antienne mensongère des caisses vides et de l’armée de centenaires voraces et increvables, tueuse du bien-être de nos enfants. Comme pour la RGPP et la "réforme" des services de santé, l’idéologie à l’oeuvre est la fin de la solidarité, nécessaire à l’épanouissement des opérateurs privés. Souvenons-nous de la pitoyable prestation de Jean Rochefort pour Amaguiz (http://bernard-gensane.over-blog.com/article-jean-rochefort-sa-vie-son-oeuvre-74163732-comments.html). Ce qu’impliquait cette pub, c’était bel et bien la fin d’une collectivité solidaire dans la souffrance. Je veux une assurance pour les cors aux pieds, rien de plus car, pour le reste, je pète la forme. Pensons également au slogan récent « Les oreilles n’ont pas de lunettes » : je paie pour ma myopie et mort aux sourds. C’est pourquoi l’on voit désormais de jeunes salariés (y compris des enseignants) refusant de payer pour les enfants qu’ils n’ont pas (encore).

L’idéologie dominante nous présente désormais le gain d’espérance de vie comme une catastrophe dont le seul remède serait la prise en charge uniquement par les intéressés et leurs familles et le désengagement de l’État.

Le rapport parlementaire Rosso-Debord s’est donc attaqué à la prise en charge de la perte d’autonomie. Ce texte préconise trois "réformes" d’importance :

- l’exclusion du champ de l’Aide Personnalisée à l’Autonomie (APA) de 44% des bénéficiaires actuels, c’est-à -dire des personnes qui ne sont relativement autonomes qu’à l’intérieur de leur logement. L’APA provient du tristement célèbre Lundi de Pentecôte et de la contribution des départements.

- le recours sur succession à partir de 100000 euros de patrimoine (un petit appartement), ce qui réduit l’APA à un simple prêt pour une grande majorité des bénéficiaires.

- La souscription d’une assurance dépendance obligatoire à partir de 50 ans (ce qui est en contradiction avec la logique du discours de la "réforme" des retraites selon lequel, à 60 ans, on est encore un jeunot qui a de belles années de travail devant lui). N’en déplaise à Charlotte Rampling qui a prêté (vendu) son concours à une publicité pour Allianz, les assureurs privés exigent un délai de carence d’un an au minimum durant lequel ils n’interviennent pas quand l’assuré devient dépendant (et a peut-être la bonne idée de passer l’arme à gauche).

En refusant d’aider les moins atteintes des personnes âgées, la classe dirigeante sera responsable de l’aggravation de leur état de santé. Les économies seront donc à très court terme, mais pas la souffrance physique et mentale des intéressés. La classe dirigeante établit par ailleurs que la dépendance n’est qu’un problème lié à l’âge dont les personnes âgées doivent seules supporter le coût. Il faut garder à l’esprit que le handicap et la perte d’autonomie, comme la maladie peuvent frapper à n’importe quel âge. Leur prise en charge doit rester à la charge de la solidarité nationale dans le cadre de la Sécurité sociale. Il faut noter que la rente assurancielle privée actuellement prévue est de 1000 euros par mois maximum en cas de dépendance totale contre 1224 euros pour l’APA qui, de plus, offre une aide personnalisée, même en cas d’autonomie partielle.

La perte d’autonomie coûte 25,7 milliards d’euros, la Sécurité sociale maladie 15,6 milliards, les aides publiques sont de 10,1 milliards. Reste à la charge des malades environ 8,4 milliards d’euros. Au lieu d’être apportée par la solidarité nationale, la moitié des 10 milliards d’aides publiques vient des départements, donc des impôts locaux (qui ne sont pas justes), ce qui instaure l’inégalité entre départements riches ou pauvres.

Pour l’instant, le gouvernement a reculé sur la suppression de l’aide aux moins atteints et sur l’obligation d’une assurance privée. Il est resté sur ses positions quant au recours sur succession et à l’alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs (au nom de l’équité, bien sûr). Plusieurs personnalités de droite ont proposé un deuxième lundi de Pentecôte (assuré, comme le premier, par les salariés uniquement). Pourquoi s’arrêter en si bon chemin : au temps de seigneurs, les serfs donnaient un jour sur dix à leur bon maître. Cela s’appelait la corvée, que les révolutionnaires ont abolie le 4 août 1789.

En 2009, les assurances privées chères à Rochefort et Rampling ont gagné 275,4 millions d’euros grâce à la dépendance. Un début prometteur. Ces compagnies sont actuellement à la tête d’un magot de 3 milliards d’euros qui ont échappé en toute légalité à la solidarité nationale.

Pour terminer, deux chiffres qui n’ont rien à voir, mais tout se tient : en 2009, les niches fiscales ont représenté 50 milliards d’euros, et l’évasion du même nom 75 milliards.

Bernard Gensane

Note réalisée à l’aide de travaux de la FSU et de la CGT

http://bernard-gensane.over-blog.com/

COMMENTAIRES  

28/06/2011 16:20 par rouge2256

Soyons clair, la dépendance pour ceux qui prendront cette arnaque
à l’assurance,1)il faudra surtout qu’ils soient bien portant,2)il est hors de question
que vous soyez dans le cadre des maladies de longues durées 36 au compteur de la sécu,
et3) d’aprés certains calculs des compagnies d’assurances 7à 8% des gens en bénéficiront.
l’arnaque globale est en route pour trouver les pigeons

29/06/2011 12:50 par legrandsoir

Ce n’est pas demain la veille que des olibrius dans le genre de Bernard Gensane disposeront d’une poignée de minutes ou de quelques colonnes nécessaires dans nos médias libres (où jamais un journaliste n’a "reçu des pression") pour répéter à un vaste public héberlué (puis indigné) ce que publie ici LGS.

Il est vrai que LGS,site Internet, est par nature un lieu de bidonnage, de rumeurs, d’amateurisme (etc. Vous connaissez la suite).

29/06/2011 13:30 par BOB

L’allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) actuelle serait remplacée
par l’obligation faite aux personnes de plus de 50 ans de souscrire un contrat
d’assurance dépendance auprès d’une compagnie privée ! Cette fois, il n’y a
plus aucune pudeur à dévoiler que le « marché de la dépendance » est ouvert
exclusivement aux intérêts financiers des compagnies d’assurances. Sous
prétexte de gagner en compétitivité, il n’est pas question de taxer les hauts
revenus de la finance, ou les actionnaires du CAC40. Pourtant ce sont biens
les cadeaux fiscaux a ses privilégiés qui creusent le déficit de l’état ! La
dépendance sera donc prise en charge par les personnes elles même et leur
famille. Chaque nouvelle réforme est un prétexte pour casser la solidarité,
imposé des solutions individualistes pour aller au final un désengagement
total de l’état ; Il faut livrer tout les secteurs au marché : Nicolas Sarkozy à été
élu pour cela !
http://2ccr.unblog.fr/2011/01/05/les-vieux-coutent-trop-chers/

01/12/2011 19:34 par peaudane

Pendant qu’on y est, il est possible de recycler les "vieux" dès l’âge de la retraite, pour faire de la chaire à patée ou de l’engrais biologique !!
Esclavage, Fric et escroquerie devraient être le nouvel apanage de notre République !!
vive la république, vive la France ; que sommes-nous en train de devenir ? Une bande de servile citoyen.
Il faut que cela change car nous nous préparons au pire....

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