Gaza - Israel

Moi aussi j’attends la paix

dessin : Latuff (Cc)
Shyankar

Je viens d’apprendre que ça bougeait à Gaza. Ou plutôt que ça bougeait pas. Et c’est là le problème. Un convoi d’aide humanitaire s’est (une fois de plus) fait refouler à un check-point.

Motif ? « Raisons de sécurité » [1].

Mais encore ? « Mettre fin aux tirs de roquettes palestiniennes » (roquettes qui ont, je te le précise, « causé des dégâts à des bâtiments » [2]).

Le porte parole de l’Unrwa (agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés de Palestine), Chris Gunness, résume bien la situation de ces derniers jours : « Nous n’avons plus de denrées. Nos entrepôts sont vides » [3], analysant que « Cela signifie que des enfants, des mères de famille et des personnes âgées parmi les plus vulnérables et les plus défavorisés au Proche-Orient ne recevront plus l’assistance de l’ONU » [3].

Malgré ça, tu as quand même un éditorialiste (qui « attend la paix », comme semble le dire son titre) qui ose écrire : « Au-delà des intentions véritables des dirigeants israéliens, force est de constater que leurs propos témoignent plus que jamais de leur désir de faire la paix. » [4] Je traduis : leurs propos témoignent de leur envie de faire la paix, mais on ne connait pas leurs véritables intentions. Plutôt que de dire ça, autant se taire.

Et, toujours au même d’enchaîner : « Au Moyen Orient, la paix ne se fera pas sans le respect mutuel et la reconnaissance de l’autre, l’envie d’ouvrir les frontières, l’intérêt mutuel que des accords diplomatiques peuvent susciter, échanges économiques, projets communs. » [4] Évidemment, si construire un mur exprime « l’envie d’ouvrir les frontières », on comprend vite pourquoi ça coince. De même que le blocage des camions d’aide humanitaire (sic).

Répondant à des « affrontements sporadiques » (c’est pas moi qui le dit c’est l’AFP) entre Tsahal et le Hamas, Israël inflige donc une punition collective à l’ensemble des 1 400 000 habitants (pour 360 km² de terre...) de la bande de Gaza. Bloquant l’approvisionnement de vivres et de carburant, l’état hébreu montre clairement au yeux du monde sa volonté de « faire la paix », rapidement encensée par nombres d’éditoriaux et de chroniques qui opinent sagement du chef.

Se rejetant la faute comme deux gamins pris en flagrant délit de tabassage en règle, les « c’est lui qui a commencé ! » pleuvent. Rien de bien nouveau sous le soleil en somme.

Certains continuent pourtant de faire semblant, comme le prouve l’éditorial de notre ami : « les propos [des dirigeants israéliens] témoignent de leur envie de faire la paix ».

Mais qu’en est-il des actes a-t-on envie d’ajouter ? N’est-ce pas là la vraie question ?

Shyankar

rédacteur du blog Comprendre ce là -bas
http://shyankar.blogs.courrierinter...

Notes :

[1] : « Israël bloque un convoi d’aide à la bande de Gaza » lemonde.fr avec AFP

[2] : « Gaza flare-up threatens truce » Al-Jazeera

[3] : « Gaza privée d’aide humanitaire, la violence se poursuit » AFP

[4] : « En attendant la paix... » par Guy Senbel in Guysen International News

COMMENTAIRES  

24/11/2008 22:16 par emcee

Mais la situation actuelle à Gaza est bien pire que cela : les populations civiles sont enfermées dans une prison à ciel ouvert, soumises à des représailles collectives - privées de nourriture, de médicaments, de soins médicaux, d’électricité, de carburant.
Il faut parfois des semaines, voire des mois pour obtenir une autorisation de sortie du territoire, même pour raison sanitaire, avec le lot de vexations et de désespoir qui accompagne ces demandes légitimes.
Faute de farine et d’électricité, les boulangeries ferment les unes après les autres.
Et la famine guette.

Voici un extrait du texte sur la situation à Gaza trouvé sur le site Euro-Palestine http://www.europalestine.com/spip.php?article3488 qui appelle à une manifestation contre le blocus de Gaza, le samedi 6 décembre à Paris :

"80% de la population de Gaza vit en dessous du seuil de pauvreté, 1.100.000 personnes dépendent des aides humanitaires, 60% des enfants souffrent de malnutrition, 260 personnes sont mortes soit parce qu’elles ont été empêchées d’aller se faire soigner à l’étranger, soit par manque de médicaments.
Le taux de chômage atteint 65%, 97% des usines et des ateliers ont cessé de travailler, le revenu par personne est de 443 euros par an, soit 1.36 euros par jour.
La liberté de circulation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, Jérusalem et le monde extérieur est bloquée, plus de 1.500 cargaisons et containers de matières premières sont détenus dans les ports israéliens, les projets de construction et de développement des hôpitaux, des cliniques et d’établissements éducatifs sont suspendus et les coupures de courant dépassent les 10 heures par jour".

Alors, mobilisons-nous par tous les moyens.

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