Aéroport de Biarritz, samedi matin : honte à nous.

Samedi matin 10 h 30 la famille RRUSTA arrive à l’aéroport de Biarritz Parme, les parents et leurs quatre enfants.

La Police aux Frontières veille et garde l’accès , impossible d’acceder aux deux véhicules où se trouve la famille.

Des bénévoles RESF de Pau sont venus avec la poussette du petit dernier, des manteaux, de l’argent et tentent sans succès depuis deux heures de pouvoir rencontrer la famille une dernière fois pour leur remettre leurs affaires.

La Police aux frontières ne veut rien entendre, pas plus à l’aéroport qu’au centre de rétention où ils ont été éconduits.

L’attente est longue, on parle aux parents au téléphone, l’institutrice parvient à joindre les enfants, signes des mains, de loin... grillage et uniforme empêchent tout contact physique, pourtant l’émotion d’un côté et la tension de l’autre sont perceptibles et se font face.

Les appels se multiplient, les démarches s’enchaînent comme une ultime tentative désespérée de faire cesser le mouvement, de stopper cette machine cruelle, absurde, et honteuse : c’est une famille que l’on expulse, un père une mère et quatre enfants auxquels un traitement de faveur a été réservé, un avion gouvernemental leur est spécialement destinée, comme un préfet en déplacement officiel.

Peut-être un ministre prendra place après eux sur ces mêmes sièges, honte à lui et aux lois qu’il applique.

Honte à nous qui laissons chaque jour se commettre les mêmes atrocités que nous condamnons sans réserves, commise par nos grands-parents, par cette France de Vichy.

Qu’y a-t-il de différent ce matin ?

Un gendarme finira par convaincre la police de prendre les affaires de la famille.

Un à un, en bout de piste les enfants montent dans l’avion, le bébé dans les bras d’un policier, les parents ensuite.

Honte à nous qui une fois encore, avons oublié Janusz Korczak, et les enfants de l’orphelinat du ghetto de Varsovie avec lesquels il a été déporté de son plein gré pour ne pas les abandonner et qui est à l’origine de la Convention Internationnale des Droits de l’Enfant.

On referme la porte, les moteurs se mettent en marchent et le Kosovo comme ligne de mire s’annonce, inéluctable.

Il fallait être là pour ne pas leur laisser croire que la tâche est banale, juste et honorable.

Il faudra continuer à être là , pour témoigner, pour dénoncer, pour ne pas s’habituer.

Pour le Groupe Local de la CIMADE
Laurence Hardouin

COMMENTAIRES  

24/11/2008 13:39 par Fshatari

Madame,
Je suis étonné de voir comparaître la France de Vichy et la République du Kosovo. Le Kosovo n’est pas un gheto ; les personnes expulées retournet chez eux et ne risquent rien si il n’y a eu de plainte contre eux.
Et puis vous savez ce qu’on disait, il y a quelques années(un premier ministre socialiste français, M.Rocard) : La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde. Aucun pays ne le peut mais chaque pays peut et doit pouvoir recevoir les siens même si le Kosovo abrite sur son sol plus de Français que la France n’abrite des kosovares.

24/11/2008 15:47 par L'Ecosse aux Veaux

"les personnes expulées retournet chez eux"

et s’ils n’ont plus de "chez eux" ?

"et ne risquent rien"

vous connaissez ce cas précis ? Je fais confiance à la CIMADE pour ce genre de jugement.

24/11/2008 20:05 par Anonyme

Je n’ai pas comparé la France de Vichy avec le Kosovo, mais la France d’hier qui est dans les livres d’histoire et celle d’aujourd’hui, qui le sera un jour.
laurence Hardouin

25/11/2008 02:18 par Fodiana

Bonjour, vous avez raison Mme HARDOUIN, c’est inadmissible que les bénévoles ne puissent même pas remettre des affaires à la famille ou aller vers eux, comme si c’était des pestiférés, et devant les enfants qui en garderont un mauvais souvenir. Ce comportement "indigne" m’étonne de la part des autorités. Cela fait un an et demi que j’ai quitté Biarritz, mutée en Guyane, à l’aéroport de Parme, j’ai connu que gentillesse, politesse.
Je ne connais pas le problème de cette famille, expulsée, pourquoi ? Oui la France ne peut sûrement pas récupérer tous les pauvres, mais il y a des limites, les Français sont dans le monde entier et vivent convenablement. Et si un jour, l’inverse se produisait ? Que la France s’apprauvisse et que les Français doivent chercher refuge dans d’autres pays ? Qui pense à ces détails ? Personne. On pense être un Etat fort ? C’est desespérant de voir que le mot : hospitalité doit être rayé du dictionnaire. Mes respects.

25/11/2008 21:34 par laurence Hardouin

Ces personnes n’avaient rien fait de mal, leur seul tort est d’avoir été déboutées de leur demande d’asile et être en situation irrégulière. le déploiement de moyens, un avion gouvernemental (alors que l’école et l’hôpital manquent de tout) n’avait pour autre but que d’éviter les lignes régulières et la mobilisation de passagers scandalisés. Qui accepterait de faire voyager son enfant de 16 mois opéré trois jours avant ?

26/11/2008 11:05 par Chloé Laroche

Je pleure en lisant votre rapport de cette expulsion. je pleure depuis que je sais pour la famille Rrusta. J’ai écrit un article pour eux dans mon blog plus un appel que j’ai écrit pour faire bouger. J’ai écrit au Ministre Hortefeux et au Préfet, suite à l’appel du site http://www.educationsansfrontieres.org
Si vous allez agir, allez signer les pétitions sur ce SITE contre les expulsions. Il y en a raz le bol !!!
Il faut agir. Et vous devriez avoir honte... ceux qui disent qu’on "ne peut recevoir tout le monde". Ceux qui sont là en famille doivent rester. Tous ces enfants expulsés, c’est inhumain, horrible pour eux, pour ces parents ... et d’autres, qu’on sépare de leurs enfants (cf une maman malienne).
S’il vous plaît, résistez !! Chloé (mon blog est : http://sosmaman.20minutes-blogs.fr)

(Commentaires désactivés)