L’AUTRE MONDIALISATION : Pour un monde commun vivable, divers, laïque, pluriel et sans sexo-séparatisme.

L’AUTRE MONDIALISATION

Pour un monde commun vivable, divers, laïque, pluriel et sans sexo-séparatisme.

L’autre mondialisation est celle des mobilisés des peuples-classes du monde.

Le néolibéralisme a détruit avec ses politiques de libéralisation des protections utiles en terme de code du travail, de statut du fonctionnaire, de salaire minimal, de sécurité sociale, de droits pour l’égalité hommes-femmes . On voit aujourd’hui qu’il construit d’autres murs, qui eux sont d’oppression et de domination. Cette contribution porte sur cette contradiction : l’altermondialisme revendiqué et pour partie l’altermondialisation en acte milite pour un monde commun vivable.

L’altermondialisme milite pour un monde commun durable, vivable, divers, laïque, pluriel et égal, sans sexo-séparatisme. Contrairement à sa connotation première la perspective de monde commun" ne va pas sans critique des entités globalisantes qui cachent des clivages, des conflits de domination. Citons, sans être exhaustif, par ordre décroissant de taille : le monde, l’Europe, la nation, la société civile, l’entreprise et même la famille. On pourrait y ajouter les territoires et la distribution des services publics. Pour un monde vivable, la pensée écologique du XXI doit s’inscrire dans les rapports sociaux .

Entre cette perspective lointaine d’un monde commun durable quoique pluriel et égal., qui peut apparaître utopique à beaucoup, et le monde existant il y a des transitions à construire qui s’appuient sur les contradictions à l’oeuvre. D’ou la nécessité de rendre en compte les rapports sociaux au lieu de les ignorer. En outre on ne saurait faire le grand saut dans le communisme en ignorant l’Etat toujours là .

1- Le commun : le vivre ensemble et les biens publics.

Cette précision importante étant faite, on peut suivre les quelques indications de Christian Laval (1) sur le "commun" : Il n’est pas ce que l’on a en commun mais ce que l’on doit en commun. C’est affaire de normes, de dons et de dettes. C’est aussi ce qui fait résistance au marché et nous relie les uns aux autres. Le commun est donc plus qu’une résistance à la globalisation du capitalisme, du sexisme et de l’emprise des religions dans la mesure. Monde commun est une notion plus vaste que biens communs ou biens publics qui demeurent néanmoins un axe essentiel de la réappropriation du monde par le peuple-classe. En ce sens, les ATTAC d’Europe défendent une gestion publique des biens publics.

De nombreux débats sont à poursuivre sur ce que signifie "monde commun". Les communistes y ont évidemment leur mot à dire, les écologistes aussi afin que ce monde soit durable, soutenable et vivable pour tous et toutes. Une autre logique, une autre rationalité, celle socialiste de la valeur d’usage, est à introduire dans cette mondialisation financière, marchande, d’appropriation privée.

2 - La diversité, le pluriel.

Le souci de la diversité est une revendication montante issue des résidents ou des migrants discriminés. Il ne s’agit pas d’une politique de la reconnaissance de type identitaire débouchant sur du communautarisme
ni de la promotion de la "discrimination positive" mais de faire barrage aux discriminations en allant vers une égalité réelle pour tous et toutes dans un cadre laïc. Le souci de la diversité milite pour la reconnaissance de toutes les compétences à tous les niveaux de la société.

Le souci du pluriel semble proche de celui de la diversité mais il est différent. Il vient d’Annah Arendt luttant contre le totalitarisme . Il a été ensuite accommodé sur différents registres, celui par exemple de la démocratie (avec Philippe Corcuff), ou du féminisme (avec Françoise Collin et Diane Lamoureux). Cette dernière a fait la jonction avec l’idée de vivre dans un "monde commun". Qui dit vivable signifie certes des avancées significatives contre les prédations et pollutions de la nature mais aussi des niveaux de vie plus rapprochés avec plus de solvabilité pour les pauvres, moins d’accumulation pour les très riches. Au-delà des désaccords du moment entre Verts et Rouge une perspective est ouverte. Il s’agit d’un monde sans ségrégation raciste, sexiste ou "classiste". De nombreux murs doivent donc tomber.

3 - Abattre les murs construire des protections juridiques

Au lieu de tomber, les murs se construisent, s’élève et bien souvent sous une forme physique : les vrais murs et les autres séparations physiques. Avec les murs apparaissent les gardiens, les polices, les armées et les guerres. Pour vivre ensemble il y a besoin d’un déplacement : il faut plus d’ouvertures aux humains mais aussi plus de protections sociales : code du travail, statut du fonctionnaire, salaire minimal, sécurité sociale, loi contre la violence des hommes sur les femmes .

La ségrégation de classe se manifeste par l’existence de territoires appropriés, de ghettos, sous forme de quartiers réservés aux riches mais aussi sous forme de pays totalement ceinturés. Voici de que rapporte Fethi Gharbi dans "Tous ces murs de la haine" (2) : Wendy Brown, professeur de sciences politiques à l’université de Berkeley constate que depuis que le mur de Berlin s’est effondré, les murs-frontières ne font que proliférer. Le plus tristement célèbre est celui bien entendu construit par les Israéliens dans le but d’écarteler la Cisjordanie. Mais le phénomène semble se généraliser. L’Afrique du Sud s’est dotée d’une barrière de sécurité électrifiée sur sa frontière avec le Zimbabwe. L’Arabie Saoudite est en train de s’envelopper de murailles sur ses frontières avec le Yémen et l’Irak. Des barrières plus élémentaires ont été construites par l’Inde pour s’isoler du Pakistan, du Bangladesh et de la Birmanie. L’Ouzbékistan a clôturé sa frontière avec le Kirghizistan en 1999, et celle avec l’Afghanistan en 2001 ; le Turkménistan en fait autant avec l’Ouzbékistan. Le Botswana a construit une clôture électrifiée sur sa frontière avec le Zimbabwe. La Thaïlande et la Malaisie se sont entendues pour dresser entre leurs deux pays une frontière de béton et d’acier. La Corée du Sud a dressé un mur infranchissable face à la Corée du Nord tout comme le Maroc face au Polisario du Sahara Occidental. Les grandes murailles modernes dressées par les pays riches ont pour vocation de préserver une zone de prospérité contre ceux, plus pauvres, qui voudraient accéder à ces Eldorado.

4 - L’autre mur est sexiste sous forme de sexo-séparatisme.

Le sexo-séparatisme n’épuise pas la question du sexisme puisque la famille, lieu du micro vivre ensemble est aussi une sphère de violence contre les femmes et les enfants . La vie commune, en mixité, est cependant un pas nécessaire a mener pour l’émancipation de tous femmes et hommes, ce parallèlement à la constitution de pratiques d’égalité, de partage et de réciprocité. Il faut donc maintenir ici la mixité dans les écoles, les stades et les piscines .

Une société sexo-séparatiste est un véritable apartheid de genre. Il sépare sous forme de " plafond de verre " ou avec des voiles les femmes privées d’égalité en fonction de leur compétences , d’épanouissement et d’émancipation, voire de possibilité physique de déplacement. Reprenons ici le propos de Françoise Collin repris par Diane Lamoureux (3) : "le monde commun n’est pas le règne de la maîtrise mais du partage". Le partage n’est pas l’échange. Il ne s’accommode pas non plus des inégalités maintenues et encore moins des inégalités grandissantes. Le sexo-séparatisme va à l’inverse de ce monde commun de partage, de réciprocité et d’égalité. Il crée une rupture plus radicale encore pour sortir des femmes ou des hommes du monde déjà commun afin de les placer dans des ghettos imposés très rarement choisis.

Une société sexo-séparatiste est effectivement un apartheid de genre. Avec l’Afrique du sud du XX ème siècle on a connu la ségrégation raciste officielle qui donnent les places et les espaces valorisés aux blancs et les non blancs prenant le reste. Mais le séparatisme ethnico-racial et raciste, qui perdure ici ou là , n’est pas le seul. Il y a aussi un séparatisme de classe ou certains lieux sont réservés aux riches. Le sexo-séparatisme dans les conseils d’administration des grandes entreprises combine la forte exclusion des femmes à celle des non blancs.

Les sociétés à forte dominante sexo-séparatistes sont de type hyper-patriarcale. Cette non-mixité très forte en terre d’islam enferme les femmes à la maison et laisse la sphère du pouvoir politique, économique et idéologique (médiatique et théologique) aux hommes et pèse sur les femmes. Il y a les grandes sociétés sexo-séparatistes comme de nombreux pays musulmans en Orient et les petites société sexo-séparatistes en Occident qui ne sont pas que les communautés religieuses . Il y a aussi les associations réservées aux hommes.

Christian Delarue

1) Réinventer le communisme, instituer les communs par Christian Laval
in Contretemps n° 4

2) Fethi Gharbi dans "Tous ces murs de la haine" sur Le Grand soir :

http://www.legrandsoir.info/Tous-ces-murs-de-la-haine.html

3) Diane Lamoureux

clio-150-13-francoise-collin-l-homme-est-il-devenu-superflu-hannah-arendt-paris-odile-jacob-1999-332-p.pdf

COMMENTAIRES  

07/02/2010 17:10 par CD

MUR DE L’ARGENT

Monde commun, écart de revenus , méritocratie, égalité des chances.

Les deux premiers rapports renvoient aux deux seconds.

1) Monde commun et écart de revenus maxi : 1 à 5, 1 à 10, 1 à 40. Le mur de l’argent.

Trois grandes propositions d’écart de revenu sont repérables. Proposer le 1 à 40 signifie ne pas vouloir aller vers un monde commun. Le 1 à 10 qui admet encore de fortes dominations de classe ne produit pas un tel "effet de monde différent".

Ici la base est le SMIC revendiqué à 1500 euros perçus (net) ce qui modifie les calculs.

Si le SMIC revendiqué est de 1500 euros (1)

*l’écart souhaitable des revenus allant de 1 à 5 passe sur cette base à 7500 euros . Cette somme constitue la base de départ des revenus des 21 catégories de dirigeants. L’écart de 1 à 5 est clairement anticapitaliste.

* L’écart de 1 à 40 ( 60 000 euros par mois !!!) évoqué il y a peu par Marianne ne touche que l’hyperclasse mondialisée et protège la bourgeoisie nationale tant sa composante rentière que capitaliste. Cette formule légitime ce qu’elle veut combattre. Vouloir un monde commun ne saurait s’accomoder d’un tel écart.

* Un écart de 1 à 10 (1500 à 15 000 euros par mois) parfois proposé frappe l’hyper-classe et une partie de la bourgeoisie mais protège les "grands élus", les professions libérales et les capitalistes entre 7500 et 15000 euros. Il s’agit là d’une formule intermédiaire de type social-démocrate fondée sur une alliance de classe entre le gros du salariat (moins de 3000 euros) et les cadres supérieurs et une fraction de la bourgeoisie nationale. Elle est jugée " réalisable " car susceptible d’être soutenue démocratiquement au plan national.

2) Méritocratie républicaine, néolibéralisme et égalité des chances.

La méritocratie comme son nom l’indique défend l’idée de placer sur les postes de la division hiérarchique du travail les individus compétents. Dans un régime républicain ces compétences sont d’une part validées au titre de la qualification (2) et d’autre part ne seront pas prétexte à sursalaire. Autrement dit la méritocratie républicaine attribue des fonctions et des postes dans la société mais pas une affectation aristocratique des revenus. S’ajoute un autre argument : le travail pénible pas nécessairement employeur de grandes compétences devrait lui être bien payé.

C’est le système capitaliste qui inverse l’ordre des choses, ce n’est ni la méritocratie, ni la logique républicaine. Le néolibéralisme a renforcé cette dynamique inégalitaire. Il a détruit ce que le régime républicain social avait pu construire contre le capital dans une période favorable. Cela ne signifie pas que la république sociale d’alors avait radicalement circonscrit et encore moins éliminé le capitalisme.

L’égalité des chances, discours apparu avec le néolibéralisme, vient casser l’ascenseur social et légitimer la prédation des riches. Les néolibéraux ont cassé les normes juridiques protectrices sous le terme de libéralisation et privatisation. Tous est soumis à la logique marchande, ce qui intégré au marché comme ce qui ne l’est pas. Les grandes firmes profitent de cette marchandisation néolibérale. Dans cette anarchie de marché le thème de l’égalité des chances vient autoriser les forts à devenir prédateurs et cupides et les faibles à ne recevoir que la charité et la compassion.

Confrontation avec François Dubet. Cet universitaire sympathique et fort compétent sur ces questions (3), n’a pas le même point de vue. Il écrit : "L’égalité des chances et la méritocratie qui lui ressemble comme une soeur sont les seules figures de la justice acceptables dans une société où nous sommes égaux tout en occupant des positions sociales inégales". Sont-elles vraiment si ressemblantes ? Il ajoute : "L’ensemble des recherches sociologiques conduites en France et ailleurs montre que ni l’école ni le marché du travail ne parviennent à effacer les effets des inégalités sociales". "L’égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales". "Le principe de l’égalité des chances n’est acceptable que si l’on prend soin de le situer dans un espace des inégalités sociales elles-mêmes acceptables. Sans cela, l’égalité des chances peut n’être qu’une idéologie de vainqueurs justifiant leur succès au nom de leur mérite".

Mais F Dubet semble ici placer le marché à la place de la logique méritocratique républicaine : Dans le monde du marché, la croyance est la même : la prise de risques, les responsabilités et le travail doivent être sanctionnés parce qu’ils mesurent le mérite de chacun. On croit d’autant plus à l’égalité des chances et au mérite que l’on pense souvent que cette forme de justice est efficace : les élites sont les meilleures possibles, chacun est à la place qui lui convient, chacun a intérêt à être efficace, ce qui contribue à l’efficience collective et à « la richesse des nations ». L’ambiguité tient au montant de la "sanction" : si très très élevée en terme de rémunération alors il s’agit du marché mais pas du mérite puisque la méritocratie ne pose que des affectations de postes mais pas des affectations financières. Certes il y a une hiérarchie des salaires et traitements mais cette dernière s’effectue de façon progressive sans grand saut qui soudainement place les "compétents" dans un autre monde, celui des grands possédants.

Christian Delarue

1) Des syndicats proposent 1600 euros mensuels pour le smic.

On peut aussi plaider pour un revenu minimal de mi-carrière entre 40 et 45 ans autour de 2000 euros perçu. Une idée à creuser.

2) Le fondement républicain de la qualification.

http://www.lepost.fr/article/2010/01/28/1911604_le-fondement-republicain-de-la-qualification.html

3) Redoutable égalité des chances par François Dubet , Libération, 12 janvier 2006
http://www.communautarisme.net/Redoutable-egalite-des-chances_a668.html

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