20 

Chavez est mort (pour le moment)

« Laissez les chiens de l’empire aboyer, c’est leur travail. Le nôtre, c’est de se battre pour achever la véritable libération de notre peuple. » - Hugo Chavez
« Si vous voulez savoir qui était Chavez, regardez qui pleure sa disparition, et regardez ceux qui s’en réjouissent, là vous aurez votre réponse !  » - Fidel Castro

J’avoue qu’en apprenant la mort d’Hugo Chavez, j’ai pleuré. Ce fut bref, mais intense.

J’avoue qu’à la mort de Fidel Castro, je pleurerai jusqu’à la dernière larme de mon corps. Ce sera probablement un peu plus long et un peu plus intense.

J’avoue aussi qu’à chaque annonce de la mort d’un dirigeant occidental, j’ai plutôt tendance à reprendre deux fois des moules.

Oui, j’avoue : j’échangerai la quasi-totalité de la classe politico-médiatique occidentale contre un seul Hugo Chavez. Même malade. Même mort.

Alors que toute la gauche latino-américaine, et même au-delà , décrète le deuil, ici La Gauche la Plus Conne de la Planète, comme à chaque fois que l’occasion lui est offerte, refait son numéro de « démonstration de respectabilité ». Vous savez, parler des "dérives" de Chavez, des "tendances" de Chavez, de la "dictature" de Chavez... et toutes les "prises de distance" avec les uns lorsqu’on cherche à se rapprocher des autres.

La « démonstration de respectabilité » des politicards est aux médias ce qu’un accord signé par la CFDT est au patronat : le geste par lequel le dominé (le syndicat, le politicard) communique son désir de « respectabilité » auprès du dominant (le patronat, les médias), prélude à un éventuel ralliement ou soumission. Le gestuel est connu et rodé : un pas en avant... puis deux pas en arrière ; un pas sur le côté (gauche)... puis deux pas de l’autre côté. Et on recommence, jusqu’à atteindre la respectabilité suprême : être traité «  d’égal à égal » sur un plateau de télé.

Oui, je sais : certains verront dans mes épanchements lacrymaux une répétition en solitaire des scènes de détresse à la mort du «  Petit Père des Peuples » ou du Grand Timonier. Ils se trompent. Je n’ai pas pleuré la mort de Chavez, j’ai pleuré l’incommensurable injustice qui lui a été faite avant, pendant et après.

J’ai pleuré l’insondable médiocrité et bêtise de tous ces gens de très peu qui ne m’ont jamais inspiré autre chose qu’une vague indifférence ou mépris. J’ai pleuré devant ce cirque occidental animé par des couillons, des abrutis, des charlatans, des «  spécialistes », des nullités, des médiocres, des salauds, des omniprésents, des va-t-en guerre humanitaires, des incultes, des mercenaires, des opportunistes, des lèche-bottes, des faux-culs, des traîtres, des bien-sur-soi, des intellectualoïdes, des incompétents, qui se permettent, s’arrogent le droit, s’imposent, se déchaînent, se vautrent, se sentent en droit de, se délectent, se déchaînent contre «  le plus légitime d’entre nous ».

Un jour, un collègue de travail, répétant les propos de son épouse, une Vénézuélienne issue de la haute-bourgeoisie, m’a dit que «  Chavez n’avait en réalité rien fait pour les pauvres ». Ma réaction fut «  Depuis quand la bourgeoisie vénézuélienne s’intéresse-t-elle au sort des pauvres ? C’est maintenant qu’elle les découvre ? Les murs de ses résidences sont donc si hautes qu’elle ne voyait pas, depuis toutes ces années, toutes ces bidonvilles qui s’étalent sur les hauteurs des collines qui entourent Caracas ? ».

Au delà de l’ironie involontaire d’une telle phrase, il faut bien admettre qu’elle contient une certaine dose de vérité, car effectivement, avant Chavez, les pauvres «  n’existaient pas ». Avant Chavez, 80% de la population vénézuélienne «  n’existait pas », il n’y avait que des Miss Monde, leurs sponsors, des présidents gominés et quelques plages. Pas plus que «  n’existait » la misère, l’insécurité, la corruption, la maladie, la faim, le clientélisme, la répression.

En somme, l’Amérique fut "découverte" en 1492, mais le Venezuela en 1998 seulement (date de la première élection de Chavez).

Par exemple, avant Chavez, l’illettrisme au Venezuela «  n’existait pas ». Après Chavez non plus d’ailleurs, mais pas pour les mêmes raisons... C’est étrange : Chavez aurait fait disparaître quelque chose (l’illettrisme) qui par ailleurs «  n’existait pas »... avant ?

Levons le mystère : l’illettrisme est passée d’une inexistence virtuelle, a-médiatisée, à une inexistence concrète et réelle. Et ça, ça s’appelle une révolution, n’en déplaise à tous nos faiseurs de rien (ou de pire).

"Révolution" : une fois le mot lâché, la meute impatiente et conditionnée n’a plus qu’à se lancer à sa poursuite. C’est ainsi que, sur le chemin de la révolution, on sait déjà qu’on est dans la bonne direction lorsqu’on a la meute derrière soi. Mais qui se laisse encore impressionner par ces toutous ?

Alors oui, Chavez est mort, mais c’est simplement por ahora.

Viktor Dedaj
«  qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? »

COMMENTAIRES  

08/03/2013 08:33 par ADSkippy

Venezuela ; la bien heureuse d’avoir connue l’homme et toute sa passion pour "le peule".

Les corbeaux, hyènes, chacals et autres langues de ( ? ) vipères, tenterons de ternir sa mémoire, mais en vain, car nous, tous les autres, nous sommes maintenant infectes a vie, par son inspiration.

La gauche Française, me fait surtout penser a mon frigo ; frigide et il manque toujours quelque chose. ( dans ce cas ; du courage et de la fierté ; des c... quoi)

SALUT A TOI, CAMARADE CHAVEZ.

08/03/2013 08:42 par Bernard Gensane

Pour paraphraser Desproges : quand Chavez est mort, j’ai pleuré ; quand Hollande est mort, j’ai repris deux fois des moules.

08/03/2013 08:43 par lefrancois

je me rends compte à quel point l éclat de rire est salvateur ! il y a longtemps que je ne ris plus sur le Net car il n y a pas d humour chez les jounalistes,en général.Il décuple les forces et ôte cette chappe de plomb ! merci pour le vôtre."le rire ,ça devrait être obligatoire !"

08/03/2013 09:36 par Bernard Gensane

Aux obsèques de Chavez, la République française sera représentée par le ministre Victorin Lurel. Comment, vous ne savez pas qui est Victorin Lurel ? Permettez-moi de vous dire que vous êtes nuls en politique française.

08/03/2013 11:50 par Sierra

Le représentant espagnol est issue de la famille royale, dommage que les venezueliens acceptent ça, lorsqu’on ce rappel les rapports entre le roi fantoche et Hugo Chavez.

Pour le Venezuela, je confirme point par point tes assertions Viktor, pays que j’ai parcouru quelques années avant l’arrivée de Chavez. Toutes celles et ceux que j’ai croisé moi et mon sac à dos, soit survivaient péniblement, soit attendaient la mort.Dans tout les cas, ils étaient niés dans leur misère.

Alors.....

VIVA CHAVEZ POR SIEMPRE !!!!

08/03/2013 11:59 par GBDC

MERCI VICTOR !

08/03/2013 12:19 par Anonyme

Allez, ne nous faites pas croupir, Bernard Gensane...

Qui est VICTORIN LUREL ?

Ce doit être un homme important en France ! Notre nullité politique doit être majuscule ! Puisqu’il aura l’honneur de cotoyer les 33 présidents d’états qui se sont annoncés aux funérailles d’Hugo Chavez ! Et les 55 pays représentés par soit par leurs présidents soit par des membres EMINENTS de leurs gouvernements.

VICTORIN LUREL représentera la France aux funérailles du plus grand dirigeant d’Amérique latine (Marseillaise et Cocorico !) ?
Mais qu’a donc de mieux à faire notre président qui se dit "de gauche", donc qui défend en principe les "petits" contre les "gros", FRANCOIS HOLLANDE ?

Il doit avoir beaucoup à "travailler", c’est vrai : difficile quand même de faire passer pour des progrès ce qui est une régression monstrueuse - même quand on est d’apparence "normale"... Pourtant, même Sebastian Piñera, qui a les mêmes obligations en tant que président du Chili, bouscule son "agenda". Et même Lobo, qui met aussi beaucoup d’acharnement à paraître "normal", président mis en place au Honduras après le coup d’État US qui en a chassé le président légitime, MANUEL ZELAYA, fait le voyage.
La distance, alors ? Pourtant, Amadenijad a fait le voyage, lui aussi.

"Pauvre France", disait ma Grand-Mère.

08/03/2013 12:22 par ADSkippy

@ Bernard Gensane

Victorin Lurel ? Bien-sur je sais qui c’est.
C’est la marionnette du ventriloque, "Le President"(Je le reconnais parce-que il avait la main du "Président" dans le derrière, pour faire bouger ses lèvres, je crois).

08/03/2013 13:17 par Jacqueline

Un billet émouvant...- oui, nous avons pleuré en choeur - et qui donne une bonne gifle à ce monde de bien-pensants... A l’ouest le soleil se lève n’en déplaise aux zélateurs de l’Empire. Merci Viktor.

08/03/2013 13:57 par latitude zero

D’accord .
MAIS , PERO, il faut quand même reconnaitre , dans une vérité révolutionnaire, que la « manne » pétrolière était quand même beaucoup beaucoup beaucoup mieux gérer avant Chavez n’est ce pas ?
Quand la grande majorité des bénéfices repartaient en direction des banques du Nord et le reste partagé ( encore inégalement bien sûr , c’est une manie chez eux) entre les corrompus du régime soit , en gros, 1% plus 19% de la population, ceux que nos médias heureusement anti-complotiste ( soyons sérieux) appellent « la classe moyenne dans l’opposition ».

Il faut reconnaitre que nous sommes quand même des gros nul en gestion, faut faire son autocritique quand même !
Redistribuer l’argent du pétrole dans la santé , dans l’alphabétisation, dans l’éducation et les universités, dans les programmes sociaux, dans le logement , dans l’équipement ménager, dans les créations de coopératives etc, bref dans l’avenir du pays ... Mais quel gâchis, quelle gestion de merde vous rendez vous compte !

Soyons responsable, il faut reconnaitre aux capitalistes que sont des gestionnaires rigoureux, en costard cravate , extrêmement spécialisés, qui investissent et se projettent dans l’avenir ( l’avenir de qui ? ta gueule !), qui calculent tout au centime prêt, d’ailleurs tous les actionnaires et les comptables le reconnaissent, vous savez ceux qui passent leur temps à compter, mais quand ils sont arrivés au bout de leur compte , dans la colonne profit y en a une de pleine , les autres sont vides
Alors ça si c’est pas une preuve de saine gestion !!

Victor Dedaj, vous êtes injuste avec la « classe moyenne Vénézuélienne dans l’opposition à Chavez le populiste »
Car ils les connaissez « les autres » , les pouilleux les galeux.
La preuve ils les appelaient « los animales ».

Ah le Vénézuela d’avant Chavez, c’était tellement mieux !

08/03/2013 14:19 par Michel Taupin

Plus j’entends Hugo Chavez, plus je le vois, plus j’ai honte de Hollande (avant c’était de Chirac et de Sarkozy) !
Plus j’entends Fidel, plus je le vois, plus je plains la France !
On doit avoir fait une sacrée connerie pour mériter ça !
En plus on n’a pas droit à la parole, ça craint !
Je ne sais pas ce qui va faire bouger les français et s’ils bougeront un jour. L’idéologie de la soumission a pénétré nos pauvres neurones. On n’est pas encore tombé assez bas. Après Hollande, la Lepen ?

08/03/2013 15:56 par Sierra

Franchement, à part Mélenchon qui a fait levé le sourcil, de par ses connaissances de l’amérique du sud, il y a belle lurette, que la politique française.......tiens...je vais me refaire une tartine de paté.

08/03/2013 17:53 par Roger

J’ai aussi pleuré, et en lisant cet article, les larmes montent irrésistiblement. Merci Viktor pour ces belles pensées et cet hommage tant mérité.
Un excellent indice pour moi de "situer" le professionnalisme réel d’un journaliste, c’est le traitement de Cuba, et sans doute encore plus nettement celui d’Hugo Chavez. Autant dire qu’il n’en reste pas beaucoup qui vaillent la peine d’être respectés...sauf au GS bien entendu (au Diplo aussi)...

08/03/2013 17:55 par Dwaabala

Mise à part la grande qualité de la réflexion de Viktor Dedaj,
à Michel Taupin, qui écrit :

On doit avoir fait une sacrée connerie pour mériter ça !

,
il faut se peut-être se dire que le passé colonial et le présent qui le prolonge, et l’impérialisme, de puissance de deuxième rang aujourd’hui, mais entièrement solidaire du plus puissant, pèsent très lourd.

08/03/2013 19:57 par Tou Zensemble

Maxime Vivas squattant le billet de Théophraste, Viktor Dedaj dans cet article, Bernard Gensane dans un commentaire, ça nous fait trois administrateurs qui, pareils à Desproges apprenant la mort de Tino Rossi, jurent qu’ils se gavent de moules quand meurt un dirigeant occidental.
Vous êtes clonés ? Soudés, en tout cas.
LGS, unido, jamas sera vencido !

08/03/2013 20:36 par Sheynat

avant Chavez, les pauvres «  n’existaient pas ».
«  (Ce qui) est passé d’une inexistence virtuelle, a-médiatisée, à une inexistence concrète et réelle. Et ça, ça s’appelle une révolution, n’en déplaise à tous nos faiseurs de rien (ou de pire). »

Merci pour cette définition pertinente de la révolution, merci pour cet hommage à Chavez et au peuple Vénézuelien.

Sheynat

08/03/2013 22:03 par Antar

’’ ... sur le chemin de la révolution, on sait déjà qu’on est dans la bonne direction lorsqu’on a la meute derrière soi.’’

Viktor, celle-là , faudrait l’ajouter à la nouvelle édition de ’’200 citations pour comprendre le monde’’

Mémorable...

08/03/2013 22:39 par Dwaabala

@ Tou Zensemble
Reprendre deux fois des moules, c’est peut-être pour ne pas avoir à reprendre deux fois des lasagnes.
En tous cas, on en reprend du « système », et sans vraiment en redemander !
Léon de Bruxelles et François de Hollande.

10/03/2013 11:31 par Jacques Richaud

Tourbillon de pensées posthumes ...

Merci VIKTOR,
Ils sont assez rares ceux qui "˜réhabilitent’ l’émotion et l’affection vraie que des peuples peuvent avoir pour des hommes d’exception. Rares ceux qui savent introduire cette distinction nécessaire : «  Oui, je sais : certains verront dans mes épanchements lacrymaux une répétition en solitaire des scènes de détresse à la mort du « Petit Père des Peuples » ou du Grand Timonier. Ils se trompent. Je n’ai pas pleuré la mort de Chavez, j’ai pleuré l’incommensurable injustice qui lui a été faite avant, pendant et après.  »…

Le tourbillon des pensées posthumes à un évènement attendu, mais pas moins déchirant, se partage entre :
-  Mais ’comment’ un homme aussi aimé de son peuple peut il susciter ici autant de haines et d’incompréhension, même "˜à gôche’… Les cons est la réponse basique la plus évidente, les salauds est une vérité plus profonde, sans issue peut être…

-  Dans nos renoncements successifs aux valeurs fondamentales de tous les mouvements qui ont permis quelques progrès sur cette planète de misère, comment naissent nos aveuglements ? Comment sommes nous "˜contaminés’ pour rejeter même ceux qui sèment de l’espoir… ? Haïr Chavez, cracher ou ’pisser’ sur Stéphane Hessel, moquer tout leader de gauche qui parle comme parlait Jaurès, Rosa Luxembourg ou le Che ou Louise Michel… Ca vient d’où dans la tête ? Et d’ailleurs est ce bien la tête qui parle alors ou d’autres organes consacrés à l’éructation ?

-  Oui il est mort, "˜pour le moment’Certains ont cru avoir tué le CHE… Les cons ! Les salauds ! Les pauvres imbéciles !

Jacques Richaud 10 mars 2013

10/03/2013 16:23 par fabienne

Très bel article Viktor et du haut du Monte Cinto j’ai crié YO SOY CHAVEZ
Un homme trop bien pour hollande

(Commentaires désactivés)