30 ans de libéralisme

VILA

Cela fait trois décennies que les trente glorieuses ont sonné leurs glas, et autant de temps que la vague libérale s’est répandu sur la planète. C’est donc depuis une éternité, que l’on nous rabâche qu’il n’y a pas d’alternative et que le sens de l’histoire a pris son élan pour ne jamais plus en être dévié.

La libéralisation de l’économie repose sur quelques piliers dont les différents gouvernements ont usé massivement ce qui a profondément changé les rapports de forces entre le capital et le travail.

La suppression des barrières en tout genre a permis de mettre en concurrence tous les travailleurs de tous les continents, ce qui a contribué à niveler par le bas les salaires. Dans le même temps, les capitaux ouvert au grand monde ont eu tout loisir de fureter à travers le globe pour optimiser leur profitabilité. Que leurs départs massifs entraînent un effondrement de l’économie et leurs arrivées tout aussi massifs entraînent la création de bulle ne les perturbent pas dans leurs quêtes. L’optimisation fiscale comme l’opacité étant indispensables à une bonne libéralisation, les paradis fiscaux jouent le précieux rôle de lubrifiant. La financiarisation a permis de doper l’activité de prêt des banques qui s’est développé trois fois plus vite que l’activité économique dans son ensemble. Les échanges mondiaux de marchandises et de services sont 200 fois moins important que les transactions sur les marchés financiers. La généralisation des crédits a permis temporairement de compenser des salaires érodés pour relancer une consommation en berne, mais a eu aussi pour conséquence d’endetter les salariés ainsi que les différents pays.

Outre l’intensification de la libéralisation des marchés, la logique libérale opère sur la réduction des budgets publics et sociaux. Les plans d’austérité incluent des réductions des fonctionnaires, le non-remplacement des départs à la retraite, le gel des embauches, des baisses de salaires, des réductions des investissements publics, des reports d’âge de la retraite, des baisses de pensions de retraite. Les conséquences inévitables sur la baisse de la consommation n’entrent pas dans le logiciel du capitalisme car cela répond à des logiques d’un terme beaucoup trop long pour lui. Les plans d’austérité ont donc provoqué une régression du pouvoir d’achat des nombreux ménages. Ces plans d’austérité ont par ailleurs conduit à une hostilité croissante à l’impôt qui accentuée par la propagande des médias, conduit une partie de l’opinion à accepter plus facilement les coupes dans les dépenses publiques que la hausse des impôts pour réduire les déficits. La volonté de saborder le seul mécanisme visant à gommer les inégalités fait partie intégrante de la parfaite panoplie libérale. Ainsi les impôts sont ramenés à leur portion congrue.

Le cas des trois individus qui ont incarné ce virage (Thatcher, Reagan et Mitterrand) est emblématique. Ils s’y sont engouffré car ces politiques qui caressaient le grand capital dans le sens du poil leur ont permis de prendre le pouvoir ou de le conserver avec leur aide et leur conseil. Il est important de noter qu’une fois ses précurseurs disparus, leurs successeurs n’ont jamais donner un coup de volant dans le sens inverse. C’eut été beaucoup trop dangereux pour eux. C’est ainsi que la tendance à la libéralisation s’est approfondit.

Mais le point crucial à saisir absolument réside dans le fait que le virage libéral ne résulte pas d’une orientation politique quelconque, ni d’une affaire de goût ou de convenance personnelle. Cette politique libérale est vitale car elle est consubstantielle à la survie (momentané) du capitalisme. La libéralisation de l’économie n’a été que la condition indispensable pour prolonger le capitalisme jusqu’à aujourd’hui, menaçait qu’il était au début des années 1970 par la crise qui ne faisait alors que commencer. C’est donc parce que le capital en avait besoin pour maintenir son taux de profit, que des politiciens affidés l’ont appliqué. Comprendre ceci est d’autant plus important que cela condamne les économistes atterrés qui regrettent le capitalisme des années 60 et cela discrédite les naïfs qui croient au capitalisme vertueux grâce à de puissants gardes fous. Il est, de même manière, illusoire de condamner les politiques d’austérités sans comprendre que dans ce système économique là, c’est leur seul salut.

 http://les-tribulations-de-l-ecocolo-ecoconome.over-blog.com/2016/05/30-ans-de-liberalisme.html

COMMENTAIRES  

07/05/2016 19:47 par ozerfil

Je dirai même mieux : le Monde va de plus en plus mal depuis l’effondrement de l’URSS alors qu’il aurait logiquement dû aller de mieux en mieux puisque le capitalisme avait les mains complètement libres pour répandre ses bienfaits !!

07/05/2016 21:27 par CD

On dit neoliberal pour montrer le "contruit" de la libéralisation repetee (à la différence du liberalime d’avant)

08/05/2016 03:14 par babelouest

Bien sûr la seule solution, car elle existe, est de TUER le capitalisme, quitte à en éliminer les acteurs. Il s’agit seulement D’OSER. S’isoler du grand cirque financier, interdire toute transaction mobilière à terme, déclarer des monnaies inconvertibles... dans un premier temps. Rechercher physiquement les banquiers. Les "regrouper" hors de l’accès à tout téléphone. Déclarer persona non grata la totalité de la représentation US quelque part, ONG comprises. Là, on commence à se sentir mieux. Bien sûr, visas obligatoires pour toute entrée sur le sol national. Même pour les diplomates.

08/05/2016 08:37 par CN46400

Article fondamentalement juste. C’est bien évidemment la baisse du taux de profit que les capitalistes cherchent à compenser soit en élargissant le marché (mondialisation), soit en récupérant certaines activités qu’ils avaient abandonnées (ex transports ferroviaires dont ils avaient eux même demandé la nationalisation en 37). Cet élargissement est vital pour le capitalisme puisque la baisse des profits, dans un espace clos, conduit, inévitablement, à la baisse du nombre des capitalistes. Suivant le principe connu que, dans un marigot donné, il ne peut y avoir qu’un seul crocodile.

09/05/2016 19:03 par Fald

Il y a, depuis 1973 et le coup d’Etat de Pinochet, 43 ans si je compte bien, que les idées de Friedman ont commencé à s’imposer dans l’économique et le social.

Reagan, Thatcher, Mitterrand & Co ont par contre gagné la guerre idéologique et fait voter leurs peuples pour ce système qui sinon, nécessitait le fascisme. Hélas, le spectacle des gouvernements cacochymes d’Europe de l’Est les a bien aidés.

Mais autre chose les a aidés et les aide encore, c’est la reprise de leur vocabulaire de tricheurs par ceux-là mêmes qui les combattent ou prétendent le faire.

Ainsi cet article : on ne devrait jamais employer le mot libéralisme qu’ils revendiquent, avec sa racine "liber" qui fait croire qu’ils sont pour la liberté. Si tous ceux qui sont authentiquement de gauche ne parlaient que d’ultra-capitalisme, les peuples finiraient peut-être par comprendre.

De même si on parlait systématiquement de la DEUXIEME mondialisation, les peuples se laisseraient moins facilement embobiner avec les discours sur la fatalité et surtout la modernité de la chose.

Dans le même registre de la prétendue modernité, si l’électorat entendait systématiquement parler des REprivatisations, on aurait une petite chance qu’il comprenne à quel point c’est une régression.

J’arrête là, il y a de quoi écrire tout un dico.

Et surtout, ce que je dis ne sert à rien. Les politiciens comme les syndicalistes comme les journalistes de gauche, qui aimeraient bien combattre les idées de l’ultra-capitalisme, continueront d’en reprendre le vocabulaire pour le plus grand profit des idéologues friedmaniens.

10/05/2016 08:37 par macno

@ Fald,
« Ainsi cet article : on ne devrait jamais employer le mot libéralisme(...) »
Très bien vu, le terme de "libéralisme" ne correspond pas du tout à cette peste qui envahit la planète. La preuve indéniable est que les vrais "libéraux" de droite, comme les partisans de l’École Autrichienne d’Économie, sont vent debout contre ce que j’appellerai le Système, ce succédané de libéralisme.
Ce "Système", il faut malheureusement se rendre à l’évidence n’est pas né d’hier, et c’est Eisenhower qui dans son discours de fin de mandat, a le premier alerté le Monde entier de ses dangers en 1961. Ça vaut le coup de le (ré)écouter : https://www.youtube.com/watch?v=917y6IN_S3E.
Dans "Complexe Militaro-Industriel", le terme de "Industriel" est directement lié à celui de Économie.
Les 3 ingrédients des guerres dévastatrices aussi bien physiques qu’économiques qui ont ravagé la planète jusqu’à aujourd’hui étaient donc déjà présents en 1961, mais ils avaient bien longtemps auparavant prouvé leurs méfaits en Europe, et ce à très grande échelle. C’est l’alliance des Banquiers (et pas seulement allemands) des Industriels (de la Ruhr mais pas seulement) avec la Wehrmacht qui a donné le premier complexe-militaro-industriel de l’Histoire, et la suite que l’on connaît...
On est déjà bien plus de 30 ans en arrière, mais ce n’est peut-être pas ça le plus grave.
À partir du moment on utilise le même terme de "Libéralisme" pour qualifier d’un côté le Système et d’un autre côté par exemple les partisans de "l’école autrichienne" (indépendamment du jugement qu’on peut leur porter, je tiens à le préciser), on désigne du même qualificatif deux ennemis profonds, et là c’est pire que grave, c’est extrêmement stupide. Eisenhower à ce que je sache n’était ni un communiste ni un gauchiste pour dénoncer le complexe-militaro-industriel...
La parabole du « château des singes » est très intéressante à étudier politiquement parlant.
Ce dessin animé français conte l’histoire d’une civilisation de singes évolués. Suite à un cataclysme une partie des rescapés vit sur la canopée et a conservé ses traditions de voltigeurs, l’autre partie vit au sol et s’est "civilisée", mais en contre partie est devenue strictement bipède. Elles ne se côtoient absolument pas, et sont donc dans l’ignorance absolue l’une de l’autre. Cela n’empêche nullement ces perpétuels discours :
En haut :" ce qui est en haut est bon, ce qui est en bas est mauvais !", et en bas : "ce qui est en bas est bon et ce qui est en haut est mauvais !".
Je suis d’accord avec Fald et je dirai même plus : j’arrête là car il y aurait de quoi écrire toute une bibliothèque...

13/05/2016 23:10 par vila

je suis d’accord avec vous, on ne devrait parler que de" libéralisme inséré dans le capitalisme". mais il y a eu un infléchissement il y a 30, 40 ans. non pas que le mode de production capitaliste est devenu mauvais mais que comme je dis la seule solution de s’en sortir est mondialisation, financiarisation.

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