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Poésie et exil (18)

D’origine anversoise, Pierre Seghers est né à Paris en 1906. Il compte parmi ses ancêtres trois grands peintres flamands du XVIIe siècle. Il se définissait comme éditeur, poète et résistant (dès 1940). Il est mort en 1987.

En tant qu’écrivain, il est l’auteur de trois œuvres de référence : Le Livre d’or de la poésie française, La Résistance et ses poètes, Le Livre d’or de la poésie française contemporaine. Une bonne partie de son œuvre poétique personnelle a été rassemblée dans Le Temps des merveilles, d’où est tiré le texte qui suit, où il évoque l’antifasciste allemand Jean Bauer :

FIDÉLITÉ

Mon ami loin de son pays, avec sa femme
– C’est dans les fermes qu’elle va, pour des journées. Chacun
la croit couturière. Mais elle a traversé l’Amérique
Quand l’Allemagne l’avait chassée ; on sait là-bas
Son nom, le vrai ; on la connaît, dix mille têtes
Criaient vers eux au meeting de Minnesota.

Mon ami seul dans la montagne vit avec elle.
– Il fait son bois et son tabac et des travaux
De paysan. Tous les fermiers des hautes terres
L’ont adopté pour l’un des leurs. Il est savant
Pour les brebis et les canards et pour les fièvres…

Il est savant : il a des mains comme leurs mains.
Il a bêché, semé, sarclé, taillé les arbres,
Construit son lit, refait son toit… est-ce bien lui
Qui labourait un autre sol, la Caroline,
Qui écrivait pour l’avenir un chant sacré,
Lui qui semait dans chaque tête un blé vivace,
Lui qui faisait gronder la foule avec l’espoir ?

Ici traqués, ils ont repris de longue haleine
Le beau travail avec les mots qui germeront.
Ils sont tous deux des inconnus qui recommencent.
Partout, toujours, ils pétriront le nouveau pain.

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