« Le Mali n’a pas été réveillé par une attaque, mais par un message »

Raïs Neza Boneza

Le 25 avril 2026, le Mali n’a pas été réveillé par une agression militaire seule, mais par un message.
A l’aube, Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal ont été touchées presque simultanément. Des explosions. Des échanges de tirs incessants. Des positions militaires ont été attaquées. Le trafic aérien a été perturbé. Les réseaux sociaux ont été inondés de messages en temps réel, tandis que les communiqués officiels tentaient d’apaiser la situation.
Le gouvernement a fait état de dégâts mineurs et de 16 blessés, soulignant que la situation était sous contrôle. Dans le même temps, des groupes armés – dont le JNIM (Groupement de soutien de l’islam, réd.) qui entretiendrait des liens avec Al-Qaïda et le Front de libération del’Azawad – ont été associés à des actes de violence coordonnés, d’une ampleur sans précédent depuis des années, ou en ont revendiqué la responsabilité.
Et quelque part, dans un bureau diplomatique bien éclairé, quelqu’un a dû rédiger la phrase devenue désormais rituelle : « Nous observons la situation de près. » Bien sûr qu’ils le font.
Le pays est la cible d’une attaque coordonnée – « mais ne vous inquiétez pas – le monde observe ». Avec attention. Peut-être même avec inquiétude. La formule tenant le haut du pavé se révèle être le dernier mot – signifiant, pour certains, la solidarité internationale : ce minable « on observe ».
Mais ce qui rend ce moment autant significatif, ce n’est pas seulement la violence. C’est la mise en scène qui l’accompagne.
Des groupes aux idéologies prétendument différentes – « réseaux djihadistes » et « mouvements séparatistes˚ – ont réussi à frapper, de manière synchronisée sur des centaines de kilomètres, et à cibler des points stratégiques complémentaires. Ce n’est pas de l’improvisation. Ce n’est pas du chaos. C’est de la planification, un échange de renseignements, une logistique approfondie.
C’est une structure. Ce qui conduit à une question qui peut irritér quelques-uns impliqué dans le tout : mais à qui profite-t-elle, cette structure ?
Car les guerres comme celle-ci ne reposent pas uniquement sur de l’idéologie. Elles reposent sur le carburant, les chaînes d’approvisionnement, les flux d’armes, les réseaux de communication, les sources de financement et – surtout – sur le consentement d’une puissance restée à l’abri. Bien sûr, on n’a pas affaire à une autorisation formelle. Ce serait trop évident. C’est plutôt ce genre d’autorisation qui se cache derrière des angles morts, dans une indignation sélective, dans des frontières qui ne sont ouvertes que juste assez, et dans des renseignements qui arrivent trop tard – voire pas du tout.
Le Mali n’est pas seulement confronté à une menace militaire. Il est confronté à une guerre à plusieurs niveaux. Une guerre militaire – attaques, embuscades, pression territoriale. Une guerre économique – blocus, chaînes d’approvisionnement interrompues, pression sur les exportations d’or et la logistique. Une guerre psychologique, mentale – qui sape la confiance du public et révèle la vulnérabilité au cœur même de l’Etat. Et une guerre des récits – dans laquelle le langage lui-même devient une arme.
Car les mots ont du poids.
Lorsque des groupes armés passent aux actions, dans un pays occidental, le vocabulaire utilisé est clair et réglé, tranchant et sans concessions : « terrorisme ».
Lorsque des violences similaires frappent un Etat africain – en particulier en cas d’ un Etat qui s’est distancié de l’influence occidentale – le langage devient soudainement ... nuancé. On parle alors d’« insurgés », de « rebelles », de « groupes armés », de « séparatistes ». La précision fait place à l’hésitation. La brutalité se transforme soudainement diplomatie.
Le Mali paie doublement son prix : ceux qui l’a attaquent l’expliquent ensuite à leur public. Depuis que le Mali a rompu avec la France, a mis fin à l’opération Barkhane, a chassé la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) en se tournant vers de nouveaux partenariats dont la Russie – le pays est devenu bien plus qu’une simple zone de conflit. Il est devenu un cas d’école, montrant au grand public ce qui se passe avec les mauvais élèves. Une question se dresse de tout cela, aux aspects d’ un champ de bataille : Un Etat africain réussira-t-il a aspirer à sa souveraineté – et si oui, en survivra-t-il ? Car le schéma est difficile à ignorer. Les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger changent de cap, réaffirment leur indépendance, renégocient leurs alliances, parlent le langage de la souveraineté – et presque instantanément, la situation sécuritaire se détériore dramatiquement. Tout à coup sont-elles là, les groupes armés, « les rebelles », les « véritables défenseurs de la liberté et du bien—être » des populations martyrisée. Ces groupements mystérieux sont tout-à-coup plus actifs, mieux coordonnés, mieux équipés.
Pur coïncidence ? Mais elles se répandent curieusement loin, ces coïncidences mortelles.
Un facteur se révèle être déterminant.
Il n’est pas contraignant d’en tirer que tout soit orchestré depuis Paris, Washington, Moscou ou ailleurs. Ce serait trop simple – et les réalités sont rarement autant généreuses. La crise au Sahel a ces racines internes profondes : la marginalisation historique des régions du nord, la fragilité des structures étatiques, les tensions ethniques, l’économie du commerce illégal, la corruption, la longue ombre asphyxiante depuis l’effondrement de la Libye, en 2011, ainsi que la prolifération d’ armes à travers des frontières poreuses. Mais ignorer les intérêts de politique étrangère des grandes puissances serait naïf.
Après la chute de Mouammar Kadhafi – une intervention menée par l’Occident et l’OTAN, soutenue par leurs alliés au Moyen-Orient – les arsenaux libyens abandonnés se sont répandus dans toute la région. Les combattants se sont dispersés – leurs armes ayant afflué dans la région. Dans ce vide de pouvoir, des écosystèmes conflictuels parfaits ont vu le jour. Une décennie plus tard, ces mêmes acteurs expriment leur inquiétude face à l’instabilité – sans vraiment reconnaître que c’est eux-mêmes ayant contribué à l’effondrement de ces structures.
C’est un peu comme si l’on abattait un mur pour ensuite donner des conseils sur la manière de maîtriser les excès du vent.
Ce que révèlent les attentats du 25 avril, ce n’est pas seulement une faille dans la sécurité. C’est un message stratégique adressé à ceux qui ont l’habitude de le déchiffrer
Une attaque près de Bamako, au cours de laquelle le ministre de la Défense très apprécié du Mali a été tué, n’a pas seulement des répercussions militaires. Elle est symbolique. Elle dit : votre capitale est vulnérable. Votre Etat est perméable. Votre souveraineté est fragile. Et au-delà du Mali, le message se propage ailleurs. Au Burkina Faso. Au Niger.
A tout pays en quête de sortir de ce scénario sinistre qu’ils appellent leur « géopolitique ».
C’est ainsi que fonctionnent « les guerres à intensité modérés. Leurs objectifs ne s’atteignent pas toujours par une victoire rapide. Ses objectifs consistent souvent à épuiser l’adversaire. De contraindre les gouvernements à diriger leurs fonds publics destinés aux écoles envers leurs armées avec leurs soldats, et ceux destinés aux hôpitaux aux hélicoptères ou aux drones. De paralyser le développement des économies– pour pouvoir accuser ensuite les dirigeants d’avoir causé la stagnation. De tout faire à ce que la maison se transforme en incendie, puis de critiquer les propriétaire pour leur manque d’entretien.
Le Mali n’est pas au-dessus de toute critique. Aucun Etat en guerre ne l’est. Bonne gouvernance, droits de l’homme, transition politique : ces questions restent d’actualité et indispensables. Mais réduire la situation au Mali à une « junte affaiblie » témoigne d’une certaine paresse intellectuelle.
Avec le Mali on ne se trouve pas face à une simple crise interne. Il s’agit d’un conflit aux multiples facettes – local, régional et mondial – dans lequel un nombre croissant d’acteurs non-étatiques agissent au sein de systèmes qui sont tout sauf le fruit du hasard. Et tandis que le Mali se bat, le monde réagit comme d’habitude les Etats-Unis condamnent n’importe qui sauf eux-mêmes. L’Union européenne observe la situation. La France suit méticuleusement l’évolution des événements La Russie exprime son inquiétude et manifeste son soutien. La Chine fait part de ses observations, en toute prudence. L’ONU appelle à la retenue. Chacun joue son rôle. Ils sont nombreux à s’exprimer. Plus encore à se taire
Rares sont ceux qui agissent.
Car dans un monde multipolaire, les crises comme celle du Mali ne sont pas seulement des tragédies : ce sont des expériences, des enquêtes, des modèles.
Observées, analysées, valorisées, en silence.
Ce gouvernement tiendra-t-il le coup ? Cette stratégie fonctionnera-t-elle ? La souveraineté résistera-t-elle à la pression ?
Pendant ce temps, sur terrain, le Mali ne connaît pas le luxe de pouvoir analyser la situation. Il doit tenir bon. Et c’est peut-être là que tout cela puisse irriter les instigateurs : non pas que le Mali soit instable, mais qu’il concentre ses forces – face à la pression, contre tous les précédents, contre une longue histoire de dépendance contrôlée – de résister à l’effondrement. Pas en silence. Pas poliment. Mais de manière visible et audible.
Je pense que c’est ce genre de circonstances, précisément, qui rendent certaines puissances plus nerveuses que tout le reste.

Raïs Neza Boneza

 https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2026/nr-10-12-mai-2026/mali-wurde-nicht-von-einem-angriff-geweckt-sondern-von-ein

COMMENTAIRES  

07/06/2026 23:35 par lou lou la pétroleuse

Malheureusement il est très difficile de trouver dans la presse française des analyses précises et non biaisées par les intérêts de nos classes dominantes de ce qui se passe en Afrique, et tout particulièrement dans les pays qui tentent de s’émanciper de la tutelle néocoloniale.
Il faudrait que les ressortissants de ces pays s’emparent davantage de la presse indépendante pour faire connaitre leurs propres analyses.

08/06/2026 10:36 par diogène

De Gaulle avait dit : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »

Je ne sais pas combien de fromages existent au Mali, mais :

- Le pays a trois zones climatiques : les deux tiers nord du pays se situent dans le Sahara, le centre du pays est sahélien, et le sud du pays se trouve dans la savane soudanienne occidentale.

- La population malienne est constituée de différentes ethnies, dont les principales sont, par ordre alphabétique, les Arabes, les Bambaras, les Bobos, les Bozos, les Dogons, les Khassonkés, les Malinkés, les Miniankas, les Peuls (fulfulde ou pular pulaar), les Sénoufos, les Soninkés (ou Sarakolés), les Songhaïs, les Touaregs et les Toucouleurs.

- Le français est la langue de travail, mais la population parle majoritairement les langues nationales qui constituent les langues officielles, le bambara étant la plus utilisée et servant, parallèlement au français, de langue véhiculaire.

- Les religions sont encore plus nombreuses que les ethnies et les langues..

Comment voulez-vous gouverner un tel pays ??

La carte est intéressante, car elle montre le côté artificiel d’un pays dont les contours et les assemblages sont le résultat d’une décolonisation confictuelle entre petits chefs et imposteurs genre Bokassa, attisée pas les dirigeant francais genre Giscard et les néocolons genre Bolloré. Question politiquement incorrecte : s’agit-il d’un état-nation tel qu’on l’entend habituellement

08/06/2026 12:33 par Carlos Ducasse

En mars 2026, Vladimir Poutine a reçu au Kremlin le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Les deux dirigeants ont évoqué les perspectives de coopération dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, de la sécurité et de l’aide humanitaire. Poutine a remercié les autorités centrafricaines pour leur soutien aux initiatives en faveur de la langue et de l’éducation russes, et a annoncé une augmentation du nombre de places réservées aux étudiants russes. Parallèlement, les échanges commerciaux entre les deux pays ont été multipliés par huit au cours de l’année écoulée, atteignant environ 30 millions de dollars.

Les experts considèrent la République centrafricaine comme l’un des rares projets russes véritablement efficaces sur le continent et un avant-poste dans cette partie de l’Afrique, notamment dans le contexte du retrait des troupes françaises de leurs zones de déploiement traditionnelles. Paris a progressivement perdu du terrain : entre 2021 et 2023, des coups d’État ont eu lieu au Mali, au Burkina Faso et au Niger, à la suite desquels les dirigeants militaires arrivés au pouvoir ont exigé le retrait des troupes françaises et réduit la coopération avec les missions de l’UE.
[7/6, 18:08] charlie ducasse : Paris ne semble pas vouloir capituler sans combattre. Selon le Service de renseignement extérieur russe, le gouvernement Macron envisage des coups d’État au Mali, en République centrafricaine et à Madagascar, en s’appuyant sur des groupes armés locaux et des instructeurs ukrainiens fournissant des drones. En janvier 2026, une tentative de coup d’État a été déjouée au Burkina Faso. D’après le SVR, les rebelles avaient pour mission de neutraliser le président Ibrahim Traoré et d’installer un gouvernement fidèle à la France.

La France et ses alliés entendent venger leurs défaites au Mali, au Niger et au Burkina Faso, notamment en accentuant la pression sur la République centrafricaine. Le motif est évident : le pays possède des réserves d’uranium, de diamants et d’or, sur lesquelles Paris refuse de céder le contrôle.

https://m.tsargrad.tv/news/rossiju-reshili-vykinut-iz-eshhjo-odnogo-regiona-na-jetot-raz-podkljuchilas-neozhidannaja-strana_1722421

https://afrinz.ru/2026/06/afreximbank-nazval-otrasli-gde-rossiya-mozhet-pomoch-industrializatsii-afriki/

08/06/2026 15:28 par Carlos Ducasse

Très peu d’information en effet, ici la Fondation Rosalux Senegal (sociaux democrates allemands, pro UE donc) :

L’émir des djihadistes
À la tête des efforts visant à renverser le régime militaire de Bamako se trouve le chef djihadiste Iyad Ag Ghali, membre de l’ethnie touareg du nord du pays. Depuis les années 1980, il a participé à plusieurs rébellions touaregs, s’inscrivant dans la lutte pour l’indépendance des Touaregs face à leur marginalisation par le gouvernement malien à Bamako. En 2012, il a fondé son propre groupe, Ansar Dine (Défenseurs de l’Islam). À l’instar d’autres chefs de groupes djihadistes opérant non seulement au Mali, mais aussi dans les pays voisins du Burkina Faso et du Niger, il est passé du séparatisme touareg à l’islamisme.

La même année, Ansar Dine s’empara de Tombouctou, ville du désert. Les hommes d’Ag Ghali hissèrent alors le drapeau noir des islamistes et imposèrent la charia à la ville. La campagne d’Ag Ghali étant dirigée contre le soufisme, islam traditionnellement pratiqué dans la région, qu’il cherchait à remplacer par le salafisme, une branche plus rigoriste de l’islam, ses combattants allèrent jusqu’à détruire des lieux saints musulmans. En représailles au meurtre de soldats maliens capturés, la Cour pénale internationale émit par la suite un mandat d’arrêt contre Ag Ghali.

Les deux dirigeants souhaitent transformer le pays en république islamique. La Mauritanie ou la Syrie pourraient servir de modèles pour un « califat islamique » au Mali.
Après la chute de Tombouctou, la France, ancienne puissance coloniale, lança l’opération Serval. Dans un premier temps, l’armée française parvint à repousser les rebelles touaregs et les djihadistes. Cependant, quelques années plus tard, Aghali et Ansar Dine s’allièrent à d’autres groupes armés pour former le JNIM, un groupe étroitement lié à Al-Qaïda. Actif au Sahel depuis les années 1990, ce réseau terroriste international a amassé des ressources financières suffisantes pour poursuivre ses activités, notamment par des attentats et, surtout, par l’enlèvement de touristes occidentaux – pour lesquels il percevait manifestement des rançons de la part d’États occidentaux.

Depuis la fondation du JNIM, Ag Ghali a été l’un des principaux opposants au gouvernement de Bamako. Dans un premier temps, il a mené la lutte contre le gouvernement démocratiquement élu d’Ibrahim Boubacar Keïta. Même les troupes françaises et la MINUSMA, mission de maintien de la paix des Nations Unies, n’ont pas réussi à contrer les tactiques de guérilla des djihadistes, qui opéraient en petites unités mobiles souvent équipées de motos et de pick-ups.

Après la chute du gouvernement Keïta en 2020 et le second coup d’État qui a suivi un an plus tard, le militaire Assimi Goïta s’est imposé comme le dirigeant de facto du Mali. Le JNIM combat la junte militaire depuis lors.

En route vers un califat ?
Ag Ghali s’est également allié à Amadou Khouffa, fondateur du groupe terroriste Katina Macina au centre du Mali. Khouffa appartient au peuple peul, une ethnie minoritaire importante dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest, persécutée à maintes reprises au cours de l’histoire régionale. À l’instar d’Ag Ghali, Khouffa a adopté une interprétation salafiste de l’islam, notamment en raison de son séjour en Arabie saoudite. Et comme Ag Ghali, Khouffa, ancien prédicateur itinérant, a cherché à islamiser la région.

Cependant, Khouffa avait temporairement rejoint le groupe terroriste État islamique, actif également en Afrique de l’Ouest, ce qui a entraîné de nombreux affrontements sanglants entre djihadistes. Son alliance avec Ag Ghali a considérablement affaibli l’influence de Daech au Mali.

Les deux dirigeants souhaitent transformer le pays en république islamique. La Mauritanie ou la Syrie pourraient servir de modèles pour un « califat islamique » au Mali. Toutefois, au-delà de l’instauration de la charia, leur vision de l’ordre politique demeure floue. Jusqu’à présent, ils se sont attachés à rompre avec l’ancien État laïc postcolonial, profondément impopulaire en raison de sa mauvaise gestion, de la corruption et de la pauvreté.

L’austérité et la privatisation ont érodé l’État postcolonial déjà fragile en transférant ses responsabilités dans des domaines clés tels que l’éducation, la santé et les infrastructures à de grandes agences internationales de développement, des ONG et des entreprises privées.
Les programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale ont contribué à l’effondrement de l’ancien État malien, que les militaires de Goïta – à l’instar des juntes alliées du Burkina Faso et du Niger – prétendent vouloir transformer. Leurs exigences d’austérité et de privatisation ont fragilisé un État postcolonial déjà précaire en transférant ses responsabilités dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et les infrastructures à de grandes agences internationales de développement, des ONG et des entreprises privées. Ce repli sur soi a encore accentué la perte de légitimité de l’État aux yeux de ses citoyens.

Cette situation était d’autant plus dévastatrice qu’elle survenait dans un contexte de crise économique prolongée, qui avait débuté avec la grande sécheresse du Sahel dans les années 1970 et qui n’a cessé de s’aggraver jusqu’à aujourd’hui, notamment en raison des effets du réchauffement climatique.

Scénarios futurs
Un autre dirigeant important est l’influent imam Mahmoud Dicko, qui a déjà joué un rôle de médiateur entre le gouvernement de Keïta et les djihadistes du JNIM. Dicko adhère à l’école salafiste de l’islam et a longtemps présidé le Haut Conseil islamique du pays, auparavant dirigé par des chefs traditionnels qui ne s’immisçaient pas dans la politique et rejetaient le salafisme saoudien.

Dicko avait auparavant appelé à manifester contre le gouvernement de Keïta, mais a été contraint de quitter le pays après le coup d’État militaire. Depuis, il vit en exil en Algérie voisine.

Les analystes voient en ce religieux musulman, toujours influent, un leader potentiel pour l’ère post-militaire, si la population de Bamako se soulevait contre Goïta. Cependant, un tel soulèvement paraît peu probable à l’heure actuelle, notamment parce que le gouvernement militaire a interdit les organisations de la société civile liées à Dicko.

Pour l’instant, il semble plus probable que la lutte militaire pour le contrôle du pays continue de s’intensifier. Cela pourrait mettre en danger la population civile de 22 millions d’habitants, qui avait espéré que l’armée malienne et ses alliés russes ramèneraient la paix.

Les djihadistes, en particulier, semblent bien préparés à une nouvelle escalade militaire, qu’ils ont déjà annoncée en imposant un blocus de la capitale, Bamako. Pour financer leurs opérations, les milices s’appuient sur un vaste trafic de drogue et d’armes, ainsi que sur des taxes qu’elles prélèvent sur l’extraction et le commerce des matières premières, notamment l’or et le lithium. En échange de leur « sécurité », les djihadistes extorquent de l’argent aux mineurs, aux commerçants et aux agriculteurs.

L’enlèvement d’expatriés – des professionnels travaillant à l’international – en vue d’extorquer de l’argent contribue toujours au financement du djihadisme. En octobre 2025, les djihadistes ont réalisé un coup d’éclat en attaquant la ferme de Sanankoroba, près de Bamako. Cette ferme appartient au cheikh Ahmed ben Maktoum Al Maktoum, général à la retraite des Émirats arabes unis (EAU) et membre de la famille régnante de Dubaï. Une rançon importante, estimée à environ 70 millions de dollars américains, aurait été versée pour la libération de deux Émiratis.

Dans le climat tendu qui règne au Sahel, de nombreuses rumeurs circulent. En raison des paiements de rançons et des négociations directes de l’émir de Dubaï avec les djihadistes du JNIM, les Émiratis sont accusés de chercher à exercer une influence au Mali. Certains envisagent déjà un scénario similaire à celui du Soudan , où des puissances régionales extérieures, dont les Émirats arabes unis, alimentent le conflit. Cependant, il semble peu probable que les Émiratis exercent une influence en faveur du JNIM, étant donné l’hostilité traditionnelle de Dubaï envers les forces islamistes.

Le peuple malien est laissé à lui-même pour lutter en grande partie pour l’avenir de son pays.
Contrairement au Soudan ou au Yémen, les acteurs extérieurs ont jusqu’à présent joué un rôle mineur au Mali et ailleurs au Sahel. Même les quelque 2 500 mercenaires russes présents dans le pays ne jouent pas un rôle décisif dans le conflit, comme l’ont démontré les récentes attaques au cours desquelles les troupes de l’African Corps ont été défaites et contraintes de battre en retraite. Il en va de même pour la France, l’ancienne puissance coloniale, qui est perçue avec beaucoup de scepticisme au Mali et dans toute l’Afrique de l’Ouest et qui ne souhaite pas s’engager dans une nouvelle intervention militaire. Ainsi, le peuple malien se retrouve en grande partie seul à lutter pour l’avenir de son pays.

La principale préoccupation de l’Europe devrait être la société civile malienne, qui a actuellement un besoin urgent de soutien. Par ailleurs, il y a aussi la lutte contre le réchauffement climatique qui, indépendamment des luttes de pouvoir internes au pays, déterminera si le Mali restera habitable dans un monde qui pourrait bientôt se réchauffer de deux, voire trois degrés.

https://www.rosalux.de/en/news/id/54874/malis-islamists-are-on-the-rise

09/06/2026 18:56 par Carlos Ducasse

Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a vigoureusement dénoncé les « cabales médiatiques, la guerre informationnelle et les relais médiatiques du terrorisme à la solde de certaines puissances néocolonialistes » qui tentent d’asphyxier cette souveraineté narrative. Il a souligné la lourde responsabilité de la presse, particulièrement africaine, appelant à promouvoir des médias professionnels, contemporains, rigoureux, objectifs et patriotiques, dans le strict respect de l’éthique et de la déontologie.

Sur le plan diplomatique, le ministre a rappelé les fondements de la politique extérieure du Mali : bon voisinage, fraternité, solidarité et non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Il a insisté sur la diversification des partenariats, dans le respect des principes constitutionnels, tout en réaffirmant l’ouverture du pays au raffermissement des liens avec les nations voisines, par principe de solidarité et par pragmatisme géographique.

Se prêtant aux questions des journalistes, les deux ministres ont mis en lumière plusieurs priorités pour concrétiser cette souveraineté narrative : l’urgence de promouvoir une coopération dynamique entre les médias face aux enjeux actuels de communication ; l’accroissement des investissements en faveur des médias africains, pour générer des récits et narratifs en phase avec les réalités locales ; l’existence d’un triptyque terrorisme armé, terrorisme économique et terrorisme médiatique, utilisé à des fins politiques ; la nécessité de renforcer la communication gouvernementale pour contrer un front médiatique qualifié de « véritable arme de destruction massive ».

En conclusion, le ministre Abdoulaye DIOP a mis en avant les efforts importants consentis par le Mali sur ses ressources propres pour sécuriser son territoire, ainsi que les grands chantiers de développement multisectoriel ouverts par les Autorités de la Transition. Ces actions visent à répondre aux aspirations profondes du peuple malien : paix, sécurité et prospérité partagée, tant au niveau national qu’à l’échelle de la Confédération AES.

https://bamada.net/fopame-2026-le-mali-face-aux-guerres-informationnelles-et-au-defi-de-la-souverainete-narrative

09/06/2026 21:37 par sylvain

Le discours mettant la france a l’arrière comme commanditaire officieux ou tête pensante derrière les djihadiste me parait toujours un peu simpliste.

Premièrement parce que la situation n’a pas vraiment changée depuis le départ de l’armée française, elle a juste empirée, mais avec les mêmes acteurs sauf la france.

Deuxièmement parce que le pouvoir malien lui même accuse aussi d’autres puissances d’être derrière les djihadistes

Troisièmement parce qu’il serait difficile de cacher une implication décisive en france.

Mais nul doute que le pouvoir français soutient comme il peut, ou tout du moins doit être satisfait de la situation au Mali

10/06/2026 12:18 par lou lou la pétroleuse

Ce dont nous aurions besoin c’est d’informations précises sur ce que vivent actuellement les maliens. Est-ce que le nouveau pouvoir tend vers une souveraineté populaire ou est-ce qu’il opère un changement de tutelle... au bénéfice de qui exactement ?
Les ressources de l’Afrique ne sont-elles pas le riche gâteau que toutes les puissances mondiales actuelles rêvent de se partager ?

Y a-t-il des maliens dans le public du GS ?

11/06/2026 18:02 par Carlos Ducasse

La lutte efficace contre Ebola menée par les médecins cubains et les constructeurs de systèmes d’eau potable n’est plus possible en raison du renforcement du blocus et des sanctions contre Cuba.
Ceux qui mènent des recherches sur Ebola savent qu’il n’y a plus besoin de propager le virus, IL suffit de refuser sélectivement les médicaments ou de les distribuer aux personnes qui se comportent bien. Cette approche pourrait également être mise en œuvre en Grèce. La Grèce ne dispose pratiquement d’aucune industrie pharmaceutique ni d’aucun centre de recherche.

Selon FOCUS, il a été prouvé que l’armée américaine non seulement envoie des spores d’Anthrax à travers son propre pays, mais distribue également ces germes mortels à ses bases dans le monde entier.

Les conditions et les paramètres de propagation du virus Ebola sont similaires. Les pays dotés de systèmes de santé fonctionnels, d’un accès aux médicaments appropriés et de la capacité de financer la recherche sur les antidotes ne sont pas menacés par les épidémies d’Ebola. Cependant, l’interdiction de la production de médicaments génériques pourrait rendre les économies émergentes vulnérables aux épidémies d’Ebola, car il n’est même pas nécessaire de propager le virus pour paralyser des pays. Il suffit de leur refuser l’accès aux médicaments, et ils se soumettront.

https://www.barth-engelbart.de/archiv/271252

17/06/2026 01:51 par Carlos Ducasse

Les ministres du Commerce de l’AGS ont discuté de la stratégie économique de l’alliance avec le dirigeant du Burkina Faso.

Les ministres du Commerce et de l’Industrie de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont discuté de la stratégie économique de l’alliance avec le président du Burkina Faso et président de l’AES, Ibrahim Traoré. L’information a été communiquée par la présidence de la République du Burkina Faso.

La quatrième réunion des ministres de l’Industrie, du Commerce et du Secteur privé de l’ACS s’est tenue à Ouagadougou.

« La délégation a présenté à Ibrahima Traoré un rapport sur les mesures prises depuis l’entrée en vigueur du traité établissant l’ACS, ainsi que sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des orientations stratégiques définies par les trois chefs d’État », indique le communiqué.

Selon le ministre malien du Commerce, Moussa Alassane Diallo, les parties ont discuté du développement industriel, de l’amélioration du climat des affaires et du renforcement de la compétitivité du secteur privé. Une attention particulière a été portée à la lutte contre la contrebande, à la simplification des procédures commerciales, à l’attraction des investissements et à la transformation des produits agricoles.

Traoré a noté les progrès accomplis et a appelé à accélérer l’adoption de mesures visant à soutenir les petites et moyennes entreprises industrielles, à stimuler l’investissement national et à garantir l’autosuffisance alimentaire dans les pays de la confédération.

Début juin, le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouedraogo, a appelé les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à accélérer la création d’un marché unique et à lever les obstacles au commerce bilatéral. Il a souligné que l’industrie et le commerce devaient constituer le fondement de l’indépendance économique des pays de l’AES

https://afrinz.ru/2026/06/ministry-torgovli-ags-obsudili-s-liderom-burkina-faso-ekonomicheskuyu-strategiyu-alyansa/

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