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Les gilets jaunes, ça réfléchit

La « sobriété heureuse » commence à apparaître pour ce qu’elle est : le faux nez de l’austérité contrainte

Impressionnant : la mobilisation des « gilets jaunes », qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de citoyens le 17 novembre et se poursuit, revêt une ampleur sans précédent dans l’Histoire de France pour un mouvement sans organisateur institué. Les développements à venir restent incertains, mais il est déjà possible de pointer les composantes de cette colère jaune, portée par des acteurs dont c’était pour beaucoup la première manif, et qui jouit d’un soutien populaire écrasant.

Son déclencheur mérite attention : la détermination gouvernementale à augmenter les taxes sur le carburant, particulièrement sur le diesel, repose explicitement sur la volonté d’imposer un changement des comportements et des modes de vie, nommé « transition énergétique ». Que près de deux sondés sur trois estiment que le pouvoir d’achat doit passer avant la conversion écologique constitue une claque d’une violence inouïe infligée au pilonnage multi-quotidien quant à l’obligation de « sauver la planète ». La « sobriété heureuse » commence à apparaître pour ce qu’elle est : le faux nez de l’austérité contrainte.

Evidemment, au-delà de l’essence, c’est le pouvoir d’achat qui a mobilisé. Alimentation, carburant, électricité, gaz, assurances, loyer : des millions de ménages sont pris à la gorge. Les protestataires sont massivement issus du monde du travail, tandis que le mouvement est accueilli avec circonspection (au mieux) parmi la bourgeoisie urbaine.

Facteur supplémentaire : la rage de se sentir ignoré par « ceux d’en haut ». Cela vaut pour le social : on a beau travailler dur, on n’y arrive plus ; mais aussi pour le politique : on a beau renvoyer les sortants, les orientations restent les mêmes. Le souvenir du référendum inversé de mai 2005 est encore cuisant. Le mantra macronien de ladite « souveraineté européenne » a objectivement aggravé les choses : il est ontologiquement incompatible avec la souveraineté du peuple.

Certes, on n’a pas vu brûler de fanion européen le 17 novembre. Mais le drapeau tricolore et la Marseillaise étaient à l’honneur. Dans leur grande majorité, les femmes et les hommes réunis autour des braseros ne se recrutent pas parmi les enthousiastes de l’Union européenne (au demeurant donneuse d’ordre en matière de « paquet énergie-climat », l’europarlement vient d’ailleurs d’en rajouter). Et si les citoyens mobilisés manifestent leur défiance quant aux responsables politiques nationaux en passe de perdre leur légitimité, cela concerne a fortiori des institutions supranationales qui en sont par nature dénuées.

Les syndicats ne sortent pas indemnes de l’épreuve. Des dirigeants de la CFDT et de la CGC se sont lamentés qu’un tel mouvement exclue le « dialogue social » en court-circuitant les « corps intermédiaires ». Quant à la direction de la CGT, elle a d’abord dénoncé un mouvement piloté en sous-main par l’« extrême droite » (mais nombre de ses militants se sont joints au mouvement). Il faudra un jour se pencher sur le rôle du soi-disant « antifascisme » dans l’abandon des fondamentaux « de classe » : sur l’Europe, sur les migrations, ou bien même sur l’appel à voter Macron au second tour, les reniements sont systématiquement justifiés par la peur de se retrouver « au côté de Marine Le Pen », faisant ainsi à cette dernière une publicité qu’elle ne mérite guère, et lui dégageant un espace rêvé.

Alors même que le refrain officiel prétend voir poindre le péril d’un « retour aux années 30 », et pendant que les gilets jaunes se préparaient à prendre le bitume, Bruno Le Maire plaidait, dans le grand quotidien allemand des affaires, pour que l’Europe devienne un « empire ». Un empire « pacifique » précise-t-il (tout de même muni de la « véritable armée européenne » rêvée par le chef de l’Etat), mais qui pourrait enfin faire valoir sa puissance face aux autres grands acteurs mondiaux.

Au moins le locataire de Bercy a-t-il le mérite de dévoiler crûment le sens véritable de la mondialisation – celle-là même qui était finalement l’accusée ultime du 17 novembre : une dynamique de dominations et de rivalités qui écrase les manants et soumet les peuples. Et qui pourrait bien un jour les jeter les uns contre les autres : n’est-ce pas là la nature même des empires, ces entités qui par définition ne se connaissent pas de limite ?

Certes, faire le lien entre le prix du gazole et les dangereuses ambitions géopolitiques n’est pas spontané. Mais le maître de l’Elysée devrait se méfier. Les gilets jaunes, ça réfléchit.

C’est même fait pour ça.

Pierre LEVY ?

rédacteur en chef du mensuel Ruptures

Editorial paru dans l’édition de Ruptures datée du 28 novembre.
(informations et abonnements : https://ruptures-presse.fr/abonnement/)

 https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-empire-europeen-lemaire-macron/

COMMENTAIRES  

03/12/2018 14:53 par irae

Sobriété pour les uns gabegie aérienne pour les autres.

03/12/2018 15:03 par Frédéric Hargous

Bonjour,

On n’a pas le choix, la sobriété heureuse est notre seul avenir possible. Bien entendu les ultra-riches s’en servent pour essayer de rétablir l’esclavagisme physique (l’esclavagisme idéologique existant lui depuis des décennies).

Je vous invite, si vous avez le temps, à regarder la vidéo "A quand la rupture énergétique ?" de Jean-Marc Jancovici.

La lutte des classes qui fait rage depuis des milliers d’années arrive dans sa phase finale :

soit on arrive à abolir les classes et l’exploitation de tous les pays de la planète par ceux de l’OCDE, eux-mêmes dirigés par des oligarques cupides qui sont juste des sociopathes se laissant bouffer par leur hybris et se mentant à eux-même pour pouvoir dormir la nuit.

soit on a un chaos mondial et des centaines de millions voire des milliards de morts dans les décennies qui viennent.

Comme l’a très bien dit M. Ruffin, je trouve, on pensait que la gravité de la situation écologique allait abolir la lutte des classes, qu’on allait tous prendre conscience que l’indécence des inégalités entre les hommes, la consommation ostentatoire, le productivisme, etc. allaient entraîner une concorde mondiale et une réduction des inégalités, alors qu’en fait elle a durci la lutte des classes (ça + le ralentissement de l’augmentation de la dissipation d’énergie au niveau mondial qui entraîne un ralentissement de la croissance économique). En Europe notre approvisionnement énergétique a baissé de 10 % depuis 2007.

03/12/2018 16:13 par Yannis

On parle parfois d’intelligence du coeur, ici il s’agit d’un mouvement qui sort des tripes (le ventre aussi a son intelligence), certainement scatologique puisque toutes les colères se rejoignent. Mais il nait aussi d’une grande intuition, comme en 2005 pour le rejet du projet européen ultralibèral et antidémocratique, comme le peuple français en a régulièrement fait la preuve dans l’Histoire. Et puisqu’il s’agit de ne pas crever de faim la bouche fermée, les gilets jaunes ne lacheront pas le morceau de si tôt. Sinon la dynamique se poursuivra d’une autre manière, et pas forcément des plus glorifiantes. Les étudiants de l’Université publique, étrangers comme nationaux, des pompiers, certains corps de l’État, excédés, peu d’intellos et penseurs tel F. Lordon, même ce qu’il subsiste de Nuit Debout sort du périmètre des centres urbains confortables et bien éduqués, pour se joindre à cette lame de fond. Nous ne sommes pas au bout des surprises, avec des prises de position des corps constituant de la société française, des sécessions à venir. L’image de ce pays a été complètement déformée par des années de manipulation médiatique et politique.

Le peuple de France veut retrouver ses visages et avoir une vision plus claire du paysage. Il se passera des médias si c’est nécessaire, afin de retrouver ses composantes, sa réalité et un projet de société cohérent, qui ne nous mène pas vers la guerre dans tous les domaines.

03/12/2018 16:56 par dan

D’ailleurs le mouvement des Gilets Jaunes a bel et bien une longueur d’avance sur tous les mouvements politique et syndicaux qui tentent de lui emboiter le pas, bien maladroitement d’ailleurs, car leur mot d’ordre de ralliement est bien ciblée sur le personnage de Macron, "Macron démission" est le mot d’ordre qui fédère le plus et qui est scandé d’un bout à l’autre de la France, alors que tous essaient de trouver une issue de secours pour sauver la tête de macron. A cet égard la proposition de destitution par les voies légales prévues à cet effet me semble être la plus pertinente pour donner un débouché politique à la hauteur des enjeux posés par ce mouvement. D’ailleurs il y a un appel à manifester samedi prochain directement à l’Elysée, qui me semble devoir être soutenu. Comment vont se disposer les forces politiques et syndicales qui ont le verbe haut face à ce nouveau défi ?

03/12/2018 17:18 par Chris

"Certes, on n’a pas vu brûler de fanion européen le 17 novembre. Mais le drapeau tricolore et la Marseillaise étaient à l’honneur. Dans leur grande majorité, les femmes et les hommes réunis autour des braseros ne se recrutent pas parmi les enthousiastes de l’Union européenne"

Allez, encore un petit effort : Au lieu de réclamer la démission de Macron, il est grand temps de faire tomber le système qui nous asservis, nous paupérise et nous individualise : L’UE et son parterre de sociétés multinationales...

03/12/2018 17:57 par Jean Desgens

Bon article, merci.
De même, celui de Daniel Mermet, (là-bas si j’y suis)

"Mais ce n’est rien à côté de la violence des riches, à côte de la violence du président des riches."

Il est normal d’avoir peur, personne n’est superman ou superwoman.

Depuis 40 ans nous sommes « conditionné » par le capitalisme triomphant, à nous battre entre nous pour gagner « sa vie » par la course, la concurrence des individus : les uns contre le autres .
Il faut réapprendre à nous parler et effectivement c’est dur car nous avons été destituer de nos paroles et de nos mots et de ce fait, nous vivons dans la « peur » des uns et des autres.
Mais,
- Si les « banlieues » de France rejoignent la France dite « profonde » c’est ce mouvement qui nous libéra toutes et tous.

- Si les « forces » dite progressives (pas de papier ou de bureaucratie) vont sur le terrain en nombre, les « fachos » soit partiront ou dans les divers actions en nous parlant ils finiront pas comprendre qui est le véritable ennemi : le capitalisme, la finance, et leurs divers souteneurs et ils changeront de vision. Mais oui, ce n’est pas facile.

- A chacun et à chacune suivant ses moyens de libérer la parole, notre véritable politique et pas celle des politiciens professionnels.

- Et non, il n’est pas honteux de dire que l’on peut avoir peur, c’est même normal.
Le mensonge politicien lui n’est jamais honteux mais il nous tue ou nous détruit.

Les femmes du prolétariat sont surexploitées.
les hommes du prolétariat sont exploités.
le sous-prolétariat : femmes, hommes, enfants et plus si affinités sont méprisés, ignorés, dénigrés
depuis le mensonge de Mai 81 et j’en suis.
Et vous.

Carte interactive (au plus prés de chez vous ?)
https://www.blocage17novembre.com/carte-interactive-officielle

Si vous avez d’autres infos, lieux de rassemblements divers, ou critiques positives, négatives, merci de les partager.

03/12/2018 18:00 par robess73

mr levy pas d accord du tout avec le préhembule de votre article.la sobrièté heureuse.choisie démocratiquement,organisée n a strictement rien a voir avec l austérité contrainte qui vient car effectivement nous ne pourrons continuer pareil saccage de la planète bien longtemps.je vous invite a lire ou relire les grands penseurs de la décroissance a ce sujet.

03/12/2018 18:20 par JC

Ceci dit on a beau réfléchir... Y’a des choses qui ne s’inventent pas. Revendiquer l’interdiction des délocalisations sans savoir qu’il faut d’abord sortir de l’UE, sinon l’article 63 nous engage à ne pas pouvoir les empêcher, pareil pour l’évasion fiscale... Espérons que le temps et la repolitisation des couches populaires fasse son œuvre.

03/12/2018 21:07 par Georges SPORRI

Excellente première phrase ! Les révolutions éclatent lorsque l’essor des forces productives est entravé par la structure des rapports de production... Par exemple : on ne peut pas planter 980 milliards d’arbres dans les régions chaudes - arides, ce qui bloquerait totalement le réchauffement climatique et contribuerait au développement économique des PVD, parce que ça coûte cher et ne génèrera d’énormes bénéfices que dans 40 ans... Par contre, les dépenses militaires mondiales, 100 fois plus chères qu’une opération d’afforestation massive, ne seront pas réduites ni remise en question (vous savez tous pourquoi)...

03/12/2018 21:16 par alexis

’’Sauver la planète’ ou ’sauver le climat’ sont des expressions trompeuses, le climat n’est pas un être vivant et la planète ne va pas exploser non plus avec l’effet de serre additionnel, par contre les rendements agricoles vont probablement s’effondrer et la "civilisation" aussi. Il y a des façons beaucoup plus intelligentes de critiquer l’UE sur le climat, par exemple :
https://corporateeurope.org/economy-finance/2016/12/ecb-quantitative-easing-funds-multinationals-and-climate-change

03/12/2018 21:16 par alain harrison

Excellent article, concis et va droit au Coeur de la problématique : Macron-UE, ce tandem résume parfaitement ce qu’il faut faire NON OUI.
Le mot d’ordre : Macron, on ne veut plus te voir__ comme en Argentine au début de ce siècle__une prophétie !

03/12/2018 à 17:57 par Jean Desgens
Bon article, merci.
De même, celui de Daniel Mermet, (là-bas si j’y suis)
"Mais ce n’est rien à côté de la violence des riches, à côte de la violence du président des riches."
Il est normal d’avoir peur, personne n’est superman ou superwoman.
Depuis 40 ans nous sommes « conditionné » par le capitalisme triomphant, à nous battre entre nous pour gagner « sa vie » par la course, la concurrence des individus : les uns contre le autres .
À lire absolument, partager et reconduire chez les gilets jaunes :
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/en-finir-avec-l-abus-du-droit-de-204884

Il y a un mouvement du Peuple (84% selon sondage qui appuient) qui sonne la cloche.
Réfléchissez bien.
La Constituante (pour la République du Peuple)
Le nouveau pacte social pour unir le Peuple sur le chemin d’un nouveau monde.
Le nouveau paradigme économique pour ABOLIR LE CAPITALISME.

Il faut travailler les contenus et leur prise de conscience.

Nous serons toujours contenus dans un système__pensé__, faut pas se raconter d’histoire, qu’il soit anarchique, les questions d’organisation seront toujours à l’ordre du jour, et les risques d’enfermement.
Mais abordons les choses avec cette prémisse : Krishnamurti : le contenu de la conscience est son contenant, et le contenant de la pensée est son contenu. Conscience et pensée, un tandem, pour l’humain. NON OUI

Ces trois moyens puissants sont la voie de l’Éducation globale (l’état, le niveau de notre conscience psycho-somatique-émotionnelle l’exige ?), et c’est par cette voie que nous passerons de ce système non -humain au monde ou l’ordre écologique social prendra toute sa mesure.
Critique sans solution, et sans la participation du peuple organisé, KAPUT.
Les gilets jaunes montrent la voie, le Vénézuéla (Cuba, Bolivie…) montrent la voie. Le Chili d’Allende n’est pas mort.
Il n’y a qu’une révolution, ce sont les modes de passage qui varient et le partage des expertises réelles.
L’état de droit, soit qu’on en voit le potentiel pour la Révolution, soit qu’on le laisse entre les mains des affairistes. (voir Jaurès _ que fait le Vénézuéla Bolivarien ?)

Macron, on ne veut plus te voir (l’Argentine n’est pas morte)
Mais attention :

Fin de l’ère post-néolibérale en Argentine et ascension de la droite pure et dure
Par Prof. James Petras
Mondialisation.ca, 28 février 2016
La lutte de classes poussée depuis le bas s’était trouvée gravement affaiblie par l’alliance du monde du travail avec le régime de Kirchner, non parce qu’elle en bénéficiait économiquement , mais parce que le pacte a démobilisé les organisations de masses actives dans la période 2001-2003. Tout au long des 12 années suivantes, les salariés ont partie de négociations sectorielles (paritaires) avec l’intermédiation d’un « gouvernement amical ». Les alliances « sectorielles » et les sujets de la vie quotidienne ont remplacé la conscience de classe.
http://www.mondialisation.ca/fin-de-lere-post-neoliberale-en-argentine-et-ascension-de-la-droite-pure-et-dure/5510853

04/12/2018 00:51 par harvest

"Il faudra un jour se pencher sur le rôle du soi-disant « antifascisme » dans l’abandon des fondamentaux « de classe » " (Pierre Levy)
Ce soi-disant « antifascisme » est effectivement un des chiffons rouges agités par les parasites de la bourgeoisie, ceci afin de détourner les combats des peuples vers d’autres cibles qu’eux-mêmes. Sérieusement, quel pourcentage de fascistes au RN ? Sans doute bien moins que chez LREM. Oui, il y a une importante proportion de xénophobes parmi les sympathisants RN, mais il s’agit la aussi d’un des chiffons rouges agités par la bourgeoisie. Ils ont leurs immigrés,on a nos "fachos", résultat : on est tous les dindons de ces farces.

04/12/2018 02:40 par Dominique

En matière de Nature, le problème principal n’est pas le réchauffement climatique mais son massacre perpétré par notre mode de vie. Les chiffres sont là, en quelques décennies la moitié du vivant a disparu ceci aussi bien dans les mers que sur terre. Donc continuer à parler du réchauffement climatique, un problème mineur, ne fait que nous faire perdre un temps précieux.

Un autre péril menace ce mode de vie, cette civilisation industrielle de consommation, de destruction et de domination de masse qui nous dévoie et nous asservit, c’est l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables.

Dans de telles conditions, parler d’augmenter son niveau de vie ne fait aucun sens car il faudrait plutôt parler d’arrêter ce mode de vie suprématiste, mortifère et inégalitaire, condition indispensable pour que l’humanité puisse peut-être s’en sortir et faire autre chose. Condition indispensable car espérer que l’épuisement inéluctable des ressources naturelles non renouvelables règle son compte à la dernière des civilisations suprématistes de l’histoire avant que celle-ci ait fini de régler son compte au vivant dont nous faisons partie pour le meilleur et pour le pire est illusoire tant le massacre en cours du vivant est déjà avancé, rapide et global. Le minéral s’en sortira toujours, nous rien n’est moins sûr.

04/12/2018 08:15 par Danael

Tous les parlementaires ont pris leur trottinette pour rouler derrière les gilets jaunes . Piètre spectacle surtout de la part des 3/4 d’entre eux qui ont construit l’appauvrissement du peuple français et la disparition de sa souveraineté répondant surtout au diktat de l’Europe de la finance et de l’OTAN. Sans doute les prochaines élections européennes obligent à de tels efforts de surface et qui sait, si ce gouvernement tombe, il faut bien rester en première ligne. N’ont rien compris ces nuls de la Ve république. C’est pas l’aumône que nous voulons mais bien un changement de vie radical pour tous et la future génération. Alors le su sucre pour les "modérés" ça va les faire rouler au carburant combien de temps et quel petit périmètre leur sera permis ? Quant aux écolos qui s’empressent d’aller toujours vers ceux qui en réalité piétinent l’écologie, faudra bien qu’ils réalisent que la lutte de classe a plus de chance d’aboutir aux changements attendus si c’est le peuple d’en bas qui la gagne cette fois.

04/12/2018 09:29 par desobeissant

L’appel des gilets jaunes de Commercy
Commercy | Publié le 2 décembre 2018 | |

https://manif-est.info/L-appel-des-gilets-jaunes-de-Commercy-853.html

04/12/2018 11:05 par R3drum

Messieurs,

Sachez que je partage nombre de points de vue présents ici, seulement, je tiens à vous mettre en garde.
Le pouvoir n’aime pas perdre, ni la face, ni une bataille, ni la guerre.

La France est grandement dépendante de l’étranger (et donc des multinationnales), pour énormément de choses. Pour les ressources énergétiques (pétrôle / uranium), pour les ressources financières (la france n’est plus assez productiviste pour vivre dans l’autarcie) et dans beaucoup d’autres domaines clef (médecine / (technologies) / nourriture...)

Regardez ce qu’il s’est passé au Vénézuella, et imaginez ce que serait un embargo financier / energétique si jamais le pouvoir revenait à un vrai représentant du peuple, et non plus un représentant des multinationnales.

Sommes-nous prêts à sacrifier notre confort (pétrole/uranium/....) pour être l’exemple, le premier de cordée (hahaha... ha) ?
Serait-ce suffisant pour que les autres pays emboîtent le pas ?
Ne subirions-nous pas le même matraquage médiatique que les peuples ayant essayé de reprendre le pouvoir au pognon ?

Le Vénézuella tiens bon (trébuche et se relève, résiste), et franchement, je ne suis pas sur qu’un pays comme la France aurait tenu autant. Nous (tous, moi le premier) tenons beaucoup trop à notre confort.

04/12/2018 11:35 par Autrement

Lisez l’appel de Commercy transmis ci-dessus par desobeissant, il vaut son pesant d’or :
Extrait :

(...) Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.(...)

04/12/2018 11:37 par Georges SPORRI

@Dominique / Ton discours me pose problème car tu agites le pronom personnel "nous" et le concept "notre mode de vie" comme si tu ignorais la division de l’humanité en classes sociales antagoniques et la diversité des modes vie. Cela donne l’impression que tu fous dans la même catégorie mes "berlingot" ou Xsara d’occasion 150 000 km que je change tous les 3 ans, le Dodge Ram 400 000 km de mon voisin qui trimballe des selles et de l’avoine, les AUDI Q7 du propio qui achète une bagnole neuve tous les 5 ans, les 25 déplacements en avion annuels des stars qui ont signé l’appel d’Aurélien BARRAU dans un taxi car ils n’ont pas de bagnole.
Déterminées par les rapports de production capitalistes, les divisions de l’espèce humaine en classes sociales dominantes et dominées, exploiteuses et exploitées, privilégiées ou opprimées, constitue le problème central à résoudre. Certains nous disent d’aller à vélo à l’usine pétrochimique où nous travaillons : ils sont amusants !

04/12/2018 18:31 par Jean-Yves LEBLANC

Merci, Pierre Lévy, pour cet article essentiel.

Il jette une lumière crue sur l’état actuel de la gauche politique et syndicale : au mieux, à côté du peuple, au pire contre le peuple.
C’est exactement ce qu’est aussi en train de révéler le mouvement des gilets jaunes qui, brutalement vient démontrer que nos politiciens de gauche sont bien loin des préoccupations du peuple réel.
C’est aussi ce que traduit, pour ce qui concerne la FI, le texte (https://www.marianne.net/debattons/tribunes/pourquoi-je-quitte-la-france-insoumise-djordje-kuzmanovic) de Djordje Kuzmanovic qui accompagne sa démission - et qui suscite fort peu de commentaires alors qu’il pointe des dérives du même type au sein de la FI.

P. Levy gratte là où ça fait mal. Il ose décrire ce qu’est devenue l’écologie aujourd’hui : "le faux-nez de l’austérité". Et là, ça fait vraiment mal car l’écologie est en devanture de tous les partis de gauche radicale, PRCF inclus ! Les écolos, en voie de "radicalisation", sont désormais les principaux théoriciens de l’austérité. Mieux que le T.I.N.A. de Mme Thatcher, le chantage à la catastrophe climatique et son corollaire la "transition énergétique" sont les outils idéaux pour imposer les pires régressions. Il n’y a pas d’alternative (There Is No Alternative) sinon la terre brûle demain ! (ça fait d’ailleurs 20 ans qu’elle doit brûler demain ...) De ce fait, le discours de Macron au lendemain du 24 novembre aurait parfaitement pu être prononcé par un écolo (fermeture des centrales nucléaires, réduction de la consommation d’énergie, maintien et développement des taxes carbone, mise en extinction de la voiture).

P. Lévy évoque aussi quelques autres facettes de cette gauche coupée du peuple (par anti-fascisme, bien entendu) : Par exemple, le zèle pro-migrant qui rend aveugle au but réel de l’immigration : la baisse du salaire et la mondialisation de l’intérieur. Ou encore l’attrait du "no border" (par internationalisme, bien entendu) qui fait détester les frontières, mépriser la nation et aimer l’Europe.

Les réactions mitigées des lecteurs du GS à cet article reflètent cette fracture qui parcourt la gauche radicale (et dont parle D. Kuzmanovic) entre ceux qui donnent priorité au sociétal et qui sont, au moins partiellement, sur la même longueur d’ondes que Macron et ceux pour qui prime le social et qui comptent dans leurs rangs d’authentiques amis du peuple.
Cette fracture a été masquée par des prises de position internationales correctes ou encore par un commun accord pour critiquer l’ultralibéralisme mais maintenant que le peuple réel fait irruption, avec ses revendications qui ne sont ni l’écriture inclusive, ni le genre, ni la planète, la gauche est au pied du mur. Elle va devoir choisir entre la mobilisation générale au côté du peuple ou le repli dans l’entre-soi bobo pour glaner les voix citadines.

04/12/2018 19:00 par VERITAS

Je ne porte pas de gilet jaune, mais il faudra que le gouvernement MACRON m’explique pourquoi :

Un avion d’affaire, ou un hélicoptère privé survolant une route limités à 80 Km/h, pollue moins d’un vieux véhicule diésel s’y traiant ou que le tracteur d’un paysan labourant son champ sans pouvoir prendre de congés .

Et pourtant qui est surtaxé ???

celui d’en bas

ou celui d’en haut ??

04/12/2018 19:48 par Yannis

Je suis en accord avec le commentaire de D. Sporri. Nous avons eu pendant 2 générations la manifestation de tous les égoïsmes avec évidemment de bonnes raisons pour chacun. Moi d’abord, mon confort, les autres loin derrière est la marque de l’hyperindividualisme français qui a fait très bon ménage avec le consumérisme et surtout l’ultralibéralisme de ces derniers 30 ans. Ensuite est venue la victimisation, autre levier moins "positif" qui permet de faire hurler tous les bien-pensants qui ont démissionné de toute forme de combat politique, sur l’urgence écologique pourtant bien réelle et l’application de solutions très concrètes. Mais defiler et pleurer "pour la planète" est bien plus beau et ethéré, bien plus inofenssif aussi. Cette formule, comme bien relevé dans un autre commentaire, n’étant qu’une abstraction mondialiste qui signifie tout et rien et qui se met à toutes les sauces. Parce que si "pour la planète", il faut par exemple manger moins de viande, combien de ceux qui sont paniqués par le spectacle et le risque de la fin du monde chaque jour offert par notre société de spectacle (mais aussi de ceux qui peuvent encore se payer de la viande à tous les repas) sacrifieront leur steak-frite quotidien ? Ou s’autoriseront de penser un temps soit peu par soi-même, plutôt que de se faire simple relais des moulins à parole et des grandes menaces ??

Plus sérieusement, ce fond bien neutralisant de culture judéo-chrétienne (et très catholique) qui obscurcit bien des esprits, tout ce fond culturel est en train de se déliter sous l’urgence des réalités. Il s’agit bien sûr de la culpabilisation permanente, et de circonscrire la définition de l’être humain à ce qu’il a de plus infantile, ce qu’ont bien repris à leur compte les nouveaux aristocrates et le nouveau clergé : les milliardaires, les idèologues, économistes, spécialistes comme les théoriciens de la fin du monde/fin la civilisation humaine, les médias et les écolos de circonstance.

La peur de changements climatiques catastrophiques et spectaculaires (c’est en cours mais cela se produit millimètre par millimètres) est tout à fait légitime, ce qu’on en fait pour des causes absolument pas nobles est sidérant, et combien tombent dans le piège ! Difficile de s’extirper des vieux schémas, il faut donc s’attendre, en parallèle des gilets jaunes ou autres formes d’action, à un concert de pleureuses de plus en plus animé et qui ne proposera aucune solution réelle mais chantera ses peurs et lâchetés sur tous les tons.
“La planète”, c’est pratique, c’est un peu comme la figure de Dieu qui va nous punir et cela convient pour beaucoup en tant que trame de pensée, certes au raz des paquerettes et faite d’invocations et de croyances. Cela ravive tous les traditionalismes moisis, conforte les apôtres de la catastrophe, les romantiques eschatologiques dans le fatalisme et le nihilisme, dans le non-faire, le non-dire également, et vide toujours plus les mots de leur sens.

Mais ceux qui n’ont pas encore compris que les paradigmes sont en train de changer très vite dans la Nature comme dans la nature humaine – car quitte à faire des sacrifices, de plus en plus se disent, plus rien à perdre, allons-y avec conscience et méthode - ce sont évidemment ceux qui vivent dans des bulles étanches. Elle éclateront les unes après les autres, de gré ou de force, et cela sera plus édifiant et finalement constructif qu’une bonne crise financière, qui reste aussi une forme de menace suprême dans le monde capitalisé et le dogme ulralibéral, cette nouvelle religion pour tant d’hommes et de femmes aujourd’hui.

04/12/2018 21:21 par Feufollet

On peut y croire jusqu’au moment où P. LEVY nous sort
« sauver la planète ». La « sobriété heureuse » commence à apparaître pour ce qu’elle est : le faux nez de l’austérité contrainte.
Là on voit apparaître le puant climato-scepticisme
Qui réjouit tous les productivistes de gauche comme de droite
Le productivisme, c’est comme les Gilets Jaunes ça rapproche les antagonismes de classes
Est-ce-que les Gilets Jaunes pourraient nous sauver du productivisme
Faut quand même pas tout demander en même temps
Et leur souhaiter beaucoup de courage, de foi et d’avenir

05/12/2018 09:51 par Assimbonanga

L’avion d’Angela Merkel a été frappé d’une panne et il n’a même pas pu lâcher du carburant comme cela se fait régulièrement dans le genre de situation pour s’alléger. Vous vous rendez compte ! Non, on ne s’en rend pas vraiment compte que le kérosène non seulement est brûlé au-dessus de nos têtes et de nos poumons mais qu’il est également répandu tel quel sans vergogne...

J’attends impatiemment la réponse de Dominique à Georges Sporri... Moi je n’en pense pas moins !

05/12/2018 12:11 par dan

Jean Yves LEBLANC, c’est très exactement de ce je pense, depuis fort longtemps, merci de l’avoir formulé clairement.

06/12/2018 00:59 par Lyendith

la détermination gouvernementale à augmenter les taxes sur le carburant, particulièrement sur le diesel, repose explicitement sur la volonté d’imposer un changement des comportements et des modes de vie, nommé « transition énergétique ».

Non, ça c’est l’excuse qu’ils donnent, et il serait bon de ne pas la gober tout cru. Absolument rien de ce que fait le gouvernement ou l’UE ne va dans le sens d’une quelconque "transition énergétique" ou politique écologique, et c’est justement le problème − au mieux on prend des mesures cosmétiques ou en trompe-l’œil, tout en prenant des mesures qui vont dans le sens inverse à côté. Par exemple, taxer le diésel d’un côté mais rendre l’usage de la voiture toujours plus indispensable de l’autre (fermeture des services publics de proximité, construction de centres commerciaux toujours plus loin des centres-villes…)

C’est aussi une des raisons de la révolte : personne chez les Gilets jaunes n’est dupe du fait que cette histoire de taxe n’a aucun foutu rapport avec l’écologie. L’hypocrisie qui s’ajoute au mépris, en somme.

06/12/2018 12:49 par Thierry

Pour donner du poids au mouvement des gilets jaunes, il faut absolument qu’il se coordonne au niveau européen. Il est plus que temps de mettre fin au dictat et à l’hégémonie plutocratique de la commission européenne.

06/12/2018 15:08 par Assimbonanga

Un soulèvement européen. Tous les Nicolas Beytout, tous les Stanislas Guerini, tous les Wauquiez, les Bernard Arnaud, tremblant de peur perdre le commandement. Tous les Brigitte et Manu obligés de recevoir 500 gilets jaunes sur la moquette neuve du palais présidentiel...
Je crois qu’après ça, ils reconstruiraient ailleurs un palais façon forteresse high tech et que c’en serait fini du bon temps où on savait qu’ils étaient juste là derrière le portail de l’Elysée, à notre portée.

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