Si je critiquais une action abusive de l’Inde au Cachemire, vous attendriez-vous à ce que je sois accusé de crime de haine anti-hindou ?
Si vous critiquiez une opération militaire indienne, devriez-vous préciser d’emblée : « Je ne hais ni les hindous ni leur religion et je ne suis absolument pas hindouphobe » ?
S’il y avait une opposition internationale à une action des forces armées indiennes, vous attendriez-vous à ce que les gouvernements occidentaux se précipitent pour légiférer afin de museler cette opposition, sous prétexte qu’elle mettrait en danger la communauté hindoue ?
Vous serait-il jamais venu à l’esprit, même dans vos rêves les plus fous, qu’une critique des actions violentes du gouvernement indien puisse être interprétée comme une attaque contre la foi hindoue et ses fidèles ?
Vous voyez où je veux en venir.
Vous ne vous attendez pas à ce que les critiques de l’État indien soient perçues comme une attaque contre sa religion majoritaire, car votre société n’a pas été conditionnée à avoir cette attente. Mais nous avons été conditionnés à avoir cette attente concernant Israël.
L’association entre antisémitisme et critique de l’État d’Israël n’est pas naturelle. Ce n’est pas une idée qui viendrait spontanément à l’esprit d’une personne non avertie.
Si l’on montrait à un homme n’ayant jamais entendu parler d’Israël ou de la Palestine des images du génocide à Gaza, il réagirait instinctivement avec horreur et dirait que ce qu’il voit est abominable.
Si quelqu’un s’empressait ensuite de lui expliquer que ce qu’il vient de dire est en réalité un acte haineux de persécution religieuse, il serait très surpris et déconcerté, car il n’aurait pas été conditionné à faire cette association, de la même manière que vous n’avez pas été conditionné à associer la critique du gouvernement indien à une attaque contre l’hindouisme.
C’est une association totalement contre-intuitive. On ne peut pas la deviner par soi-même, par l’observation ou le raisonnement. C’est quelque chose qui nécessite un enseignement. Il faut qu’on vous l’explique.
C’est la traduction littérale du mot hébreu « hasbara ». Il signifie « explication ». Israël et ses partisans ont passé des décennies à « expliquer » au monde que toute critique de l’État d’Israël est en réalité un crime de haine abominable contre les Juifs et leur religion, car autrement, une personne sensée n’y penserait même pas.
C’est tout simplement stupéfiant. L’idéologie politique qui soutient ce minuscule État d’apartheid a si bien réussi à influencer l’opinion du monde entier que ces efforts ont des répercussions sur nos vies à tous.
Elle est si efficace que, même lors d’une soirée entre amis aux États-Unis, à moins de bien connaître les personnes présentes, si le sujet d’Israël est abordé, vous comprendrez immédiatement que la soirée risque d’être très tendue.
L’influence considérable de cette idéologie sur la culture et les institutions de notre société est sidérante. C’est presque magique.
“Using the magic system, Zionism...” says Daniella Weiss, a far-right Israeli settler leader and former mayor of Kedumim, describing how to overcome the “great difficulty” of establishing Zionist colonies in Gaza. In the BBC 'The Settlers' documentary, she lays out her vision… pic.twitter.com/Ukn4vaNmKK
— Translating Falasteen (Palestine) (@translatingpal) April 29, 2025
« Grâce au système magique du sionisme… », déclare Daniella Weiss, figure de proue des colons israéliens d’extrême droite et ancienne maire de Kedumim, expliquant comment surmonter la « grande difficulté » que représente l’établissement de colonies sionistes à Gaza. Dans le documentaire de la BBC « The Settlers », elle expose sa vision.
Un passage du documentaire de Louis Theroux, « The Settlers », diffusé l’an dernier, m’a particulièrement marqué : Daniella Weiss, figure de proue des colons israéliens, y qualifie le sionisme de « système magique ».
« Les colonies juives à Gaza représentent une étape très difficile qui exige beaucoup d’efforts », a déclaré Weiss à Theroux. « Il faut influencer la gauche, le gouvernement, les nations du monde, grâce à ce système magique : le sionisme. »
Il n’est pas surprenant d’apprendre que Weiss perçoit ses actions comme une forme de magie. Sur le papier, elle et ses semblables ne devraient pas être capables de telles choses. Imposer de force un État ethnique étranger sur une civilisation préexistante et le marteler violemment, en dépit de toutes les dynamiques naturelles de la région, est déjà aberrant. Mais convaincre le reste du monde de soutenir ce projet ?
Au point que cela affecte nos relations interpersonnelles et nos interactions à l’autre bout du monde ?
Ça ne devrait pas marcher. Et pourtant, ça marche.
Je ne sais pas vraiment ce qu’est la magie, mais il est compréhensible que certains sionistes la perçoivent ainsi. Car, vue de l’extérieur, toute cette manipulation psychosociale à grande échelle ressemble à une sorte de sorcellerie inexplicable.
Heureusement, la magie semble s’estomper. Les vieilles combines ne fonctionnent plus. Traiter d’« antisémite » quiconque critique Israël est désormais reconnu comme une manipulation frauduleuse.
Des politiciens pro-palestiniens remportent les élections malgré des campagnes de diffamation savamment orchestrées, prétendant que leur candidature met les Juifs en danger. Tout le monde sait qu’Israël ment systématiquement. La confiance dans les médias est au plus bas, tandis que la prise de conscience du parti pris pro-israélien de la presse traditionnelle est à son comble.
Les gens continuent de participer aux manifestations et aux événements pro-palestiniens. L’opinion publique se retourne contre Israël comme jamais auparavant. Plus personne n’est dupe.
Peut-être que les gens sont en train de découvrir un peu de magie à eux.
Caitlin Johnstone
