Aucun groupe ne critique l’ordre mondial actuel avec autant de perspicacité et de justesse qu’eux.

La maturité politique, c’est réaliser que les communistes avaient raison.

La maturité politique, c’est finalement admettre que le communiste le plus en colère et le plus déconcertant que vous ayez jamais rencontré avait raison sur pratiquement tout.

Si vous apprenez suffisamment, si vous restez suffisamment humble et si vous êtes suffisamment attentif, c’est finalement ce qui se passe. Vous réalisez que, d’une manière générale, les communistes les plus virulents ont la compréhension la plus lucide du monde parmi tous les groupes existants, et que la seule raison pour laquelle cela ne vous a pas toujours semblé évident est que vous vivez sous une structure de pouvoir capitaliste qui endoctrine agressivement sa population dès la naissance pour lui faire croire que le communisme est mauvais, très mauvais.

Ils ont la compréhension la plus lucide et la plus correcte du capitalisme. Ils ont la compréhension la plus lucide et la plus correcte de l’extraction impérialiste. Ils ont la compréhension la plus lucide et la plus correcte du bellicisme occidental, des dynamiques de pouvoir mondiales, de la suprématie blanche, du racisme institutionnel et de la misogynie. C’est pourquoi ils ont toujours raison, que ce soit sur les actions militaires américaines, le fascisme de l’extrême droite, la nature abusive des libéraux dits « modérés » ou la dépravation morale des milliardaires et de la classe capitaliste.

La question de savoir comment concrétiser au mieux leur vision du monde reste ouverte, car il s’agirait d’un monde qui n’a jamais existé auparavant, et parce que tous leurs efforts pour construire ce monde ont été systématiquement attaqués et sabotés par l’empire capitaliste. Mais aucune critique de l’ordre mondial actuel n’est plus incisive et précise que la leur.

Si vous avez passé votre vie à fréquenter des cercles suffisamment diversifiés et intéressants, vous avez certainement rencontré des marxistes au franc-parler. Leurs propos vous ont peut-être mis mal à l’aise à l’époque, soit parce que vous étiez encore trop imprégné de la vision du monde de l’empire capitaliste, soit parce que vous étiez encore trop intéressé par les frivolités de la jeunesse pour vous attaquer aux sujets sérieux dont ils discutaient. Et finalement, vous réalisez que le malaise que vous ressentiez s’appelle la dissonance cognitive, ce que l’on ressent lorsqu’on a tort.

Peut-être étiez-vous agacé parce qu’ils prenaient leur politique beaucoup trop au sérieux et en faisaient leur raison d’être, soulignant constamment les injustices et les abus dans tous les sujets abordés, alors que vous essayiez simplement de vous détendre et de profiter de la vie. Et finalement, vous réalisez que la seule raison pour laquelle vous pouviez vous laisser aller sans trop penser à la politique était que votre vision du monde était suffisamment alignée sur le statu quo politique pour vous empêcher de remarquer toute l’exploitation, l’oppression, l’injustice et la propagande qui imprègnent tous les aspects de notre société. Vous ne l’avez pas remarqué parce que cela ne cadrait pas avec votre compréhension du monde à l’époque.

Si vous gardez l’esprit ouvert, continuez à apprendre sur le monde, restez suffisamment humble pour voir vos erreurs et corrigez le tir en conséquence, vous finirez par voir à travers toutes ces distorsions et comprendre que vous vous êtes complètement trompé sur les communistes.

Il y a bien sûr encore des communistes individuels qui se trompent, et comme la plupart des gens dans ce monde psychologiquement déséquilibré, beaucoup d’entre eux sont des épaves émotionnelles qui ont encore besoin de beaucoup de guérison intérieure. Mais aucun groupe ne perçoit mieux, dans son ensemble, la dynamique abusive de cette civilisation avec autant de clarté intellectuelle.

Caitlin Johnstone

 https://caitlinjohnstone.com.au/2026/02/05/political-maturity-is-realizing-the-commies-were-correct/

COMMENTAIRES  

06/02/2026 09:40 par Ernesto

Merci pour cet excellent article, limpide, et surtout très nécessaire dans un contexte de plus en plus oppressant et fascisant qui réprime la pensée émancipée et enferme les esprits dans les dogmes.

Les articles et essais sur le sujet sont rares mais ils ont un rôle essentiel pour dessiller les yeux, du moins de ceux qui ont encore une ouverture d’esprit suffisante malgré la propagande incessante.

Tout aussi nécessaires, mais beaucoup plus rares, sont ouvrages de fiction (romans, nouvelles) qui montrent le projet collectiviste comme peut-être la seule véritable perspective d’échapper à la barbarie qui envahit la planète.
Dans les films, romans, séries, ce concept politique qui peut se résumer à la propriété collective des ressources, et à la priorité d’assurer logement, alimentation, soins et instruction à chaque être humain sans exception et sans distinction, est systématiquement présenté comme un cauchemar, à contresens de toute raison.
Toutes les sources de récits de fiction (non seulement films et séries, mais jeux, publicités, reportages...) diffusent une vision réactionnaire et mercantile de la société, posant l’inégalité et la violence entre les hommes comme des fatalités, et le droit du plus riche comme inéluctable... Il convient donc de lutter aussi avec force sur le terrain de l’imaginaire et des représentations.

Je me permets donc une citation d’un roman récemment paru, qui va bien heureusement à contre-sens de ce lavage de cerveau planétaire (sa couverture reprend à peu près l’illustration en tête de cet article !) :

"Par ailleurs, tout ce qui était diffusé se conformait à la vérité du dogme d’un seul système viable : le capitalisme
libéral. Quand il était question du communisme, c’était uniquement comme repoussoir, en synonyme de cauchemar, accompagné d’un concours permanent d’indignation - évidement hors sujet puisqu’il visait la nomenklatura, le Goulag ou la Stasi, relevant d’époques où le communisme avait depuis longtemps été trahi par des régimes dictatoriaux.
Les commentateurs évoquaient avec des mines consternées les crimes du stalinisme, entretenant sciemment la confusion, et occultant totalement les progrès sociaux immenses obtenus grâce aux luttes engagées et soutenues par les vrais communistes, avant que leur chemin soit barré par le camp adverse - coups d’État, assassinats, embargos, blocus des circuits financiers, subversion, contre-révolution, ou que leur idéal soit trahi de l’intérieur...
Le dogme était inattaquable, presque un objet tangible : " il n’y a pas d’alternative", le système capitalisme est le seul qui fonctionne, la preuve : ’’ le communisme a échoué". Bien que la prémisse fût erronée (ni le stalinisme, ni le maoïsme, ni le castrisme n’étaient véritablement le communisme) et que le raisonnement fût bancal (plusieurs fausses routes, à l’échelle de l’histoire, ne signifient pas impossibilité), il était devenu inadmissible même d’en discuter.."

("Sonia ou l’avant-garde", M. Lévy, Editions Infimes, Orléans)

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