Dans la Péninsule italienne le taux de morts sur le travail est le plus élevé d’Europe

La classe ouvrière va en enfer

LA

L’ensemble des mesures politiques, économiques et sociales prises par l’actuel gouvernement Berlusconi constitue un véritable permis de tuer les ouvriers. Non, hélas ce n’est pas une provocation, car en effet, si l’on veut empêcher un crime on légifère, on prend des mesures de prévention et de sanction. On ne ferme pas les yeux, pour ensuite prendre des mesures pour blanchir les coupables. En Italie, au contraire, face au massacre quotidien dans le travail [1] (qu’en Italie on appelle des « morts blanches » ou encore, et plus justement, des « meurtres blancs ») le gouvernement Berlusconi a prévu des mesures qui annulent tout recours en justice contre la précarité. Face au « bilan de guerre » des morts quotidiennes au travail et sachant comment celles-ci résultent directement de la précarisation des conditions de travail, c’est une « prime au meurtre » qui est directement délivrée aux employeurs.

Du paradis à l’enfer

En 1971 Lulù, l’ouvrier italien protagoniste de La classe ouvrière va au paradis [2] d’Elio Petri, rachetait sa dignité d’exploité avec le soutien de ses camarades de lutte, ouvriers comme lui. Prenant conscience de ses conditions de vie et de son aliénation il retrouvait sa dignité grâce à la lutte. Aujourd’hui c’est plutôt en enfer que se trouve la classe ouvrière italienne, comme l’a filmé Simona Ercolani dans son documentaire La classe operaia va all’inferno.

Il ne s’agit pas d’un cauchemar dantesque mais bien d’une tragique réalité que le Censis a mis en évidence dans son rapport [3] d’août 2008. :

«  L’Italie est de loin le pays européen où l’on meurt le plus sur les lieux de travail, presque le double qu’en France et 30% de plus qu’en Allemagne et en Espagne. (…) On meurt deux fois plus que sur la route et huit fois plus que par meurtres. Les meurtres ont même diminué d’un tiers au cour des onze dernières années (de 1.042 cas en 1995 à 663 en 2006), alors qu’en même temps sur les chantiers et lieux de travail, l’année dernière, 1.170 ouvriers ont perdu la vie ».

La situation est si tragique que l’association Peace reporter a demandé au gouvernement d’envoyer l’armée, non pas dans les rue des grandes villes, mais sur les chantiers : « Arrêtons les massacres blancs, les chiffres des accidents sur le lieu de travail sont ceux d’une guerre et pour combattre une guerre il faut des militaires, engageons-les dans un vraie mission de paix » [4]

Le rapport du Censis et la « provocation » de Peace reporter n’ont pas tardé à réveiller le ministre des transports Castelli ( Ligue du Nord) qui a affirmé qu’« il s’agit de chiffres gonflés. » Le ministre a affirmé ne pas avoir lu le rapport (sic !) mais d’être sûr qu’il s’agit d’une manipulation politique de l’opposition qui devrait en avoir honte. Il ajoute enfin qu’il faut cesser d’accabler les entrepreneurs. [5] Le Ministre de l’intérieur Maroni (celui-là même qui a mis en place le décret sur le recensement des roms) a parlé lui aussi de chiffres trafiqués.

Pourtant si l’on en croit toutes les études effectuées dans la péninsule, non seulement les chiffres sont réels mais ils seraient mêmes en dessous de la réalité. En effet le nombre important de travailleurs au noir et les cas de camps d’esclavage dans le midi, où de clandestins travaillent dans une totale absence de contrôle, laisse supposer une situation bien plus tragique encore.

Le travail nuit gravement à la santé

Un consistant dossier de l’hebdomadaire l’Espresso sur le sujet ne craint pas d’accabler les entrepreneurs. Il met en effet en lumière des faits très inquiétants :

« Rythmes infernaux, sous-traitance sauvage, incidents cachés, normes de sécurité ignorées. Ainsi au Nord-Est les entreprises mettent en danger la vie des ouvriers »

Les récits du centre industriel de Porto Marghera (Venise) sont accablants :

« Ce jeudi-là , presque trois jours après le concours, Mauro Calzavara, ouvrier et syndicaliste de la Uil, tombe renversé par une bobine d’aluminium incandescent et écrasé par le chariot qui la transportait dans l’établissement de Porto Marghera. C’est le deuxième mort en un an et demi, et presque de la même manière. Mais selon l’enquête il n’y a aucun rapport entre la mort du syndicaliste et la course entre laminoirs organisée par les dirigeants. Personne ne veut parler du « concours » de production au rythme implacable et des 11 tonnes d’aluminium à l’heure à effectuer. » [6] « Les entrepreneurs du Nord-est savent trouver une explication pour tout » explique l’hebdomadaire.

Ainsi, Giorgio Guerrini, président de Confartigianato, quelques jours après les funérailles des deux premières victimes annuelles de Porto Marghera les explique par : "les excès en discothèque (qui) sont un phénomène réel qui influe sur le niveau d’attention des travailleurs". Guerrini ne fait que répéter les propos des présidents de Confartigianato de Trévise et Padoue, Mario Pozza et Walter Dalla Costa. "La fatigue après des nuits passées à danser peut jouer des mauvais tours ", affirme Pozza. Les secrétariat de Vénitie des syndicats Cgil, Cisl e Uil protestent : "C’est honteux". Paolo Ferrara et Denis Zanon ne sont pas des jeunes « de boites de nuit » lorsqu’ils meurent asphyxiés dans la soute de la World Trader le 18 janvier à Porto Marghera : ils avaient 47 et 39 ans, et cette nuit là , avant l’incident, il n’étaient pas allés danser mais directement au travail. Dimitrios Lenis, le marin Grec écrasé par un poid lourd sur un ferry le 15 janvier avait 33 ans et avait passé sa dernière nuit à bord. Ainsi va l’Italie de la production sans limites. Ainsi va Porto Marghera, Haut fourneau symbole du Nord-est : trois mort et un ouvrier défiguré à l’acide sulfurique en une semaine, triste contribution locale au bulletin national annuel fort de 123 morts sur les lieux de travail , 123.494 blessés et 3.087 invalides pour les deux premiers mois de 2008.

Personne n’est responsable !

Vincenzo Castellano, 31 ans, de Naples, n’était pas non plus allé danser la nuit entre le 9 et le 10 mai, il avait travaillé toute la nuit dans l’entreprise Fincantierieri toujours à Marghera. Lui et deux collègues étaient seuls dans le chantier qui officiellement ne travaille pas la nuit. Appelés en urgence on leur a demandé d’effectuer une soudure en hors de leur temps de travail. Il ne connaissaient pas les lieux, on ne leur a pas indiqué les normes de sécurité, ni fourni le matériel de protection nécessaire, car ils travaillaient pour une entreprise de sous-traitance de la province de Naples, en dehors de toutes les normes relatives aux appels d’offre et normes de sécurité, ainsi lorsqu’un accident survient il est archivé. Mais Castellano a survécu et un procès a lieu. Vincenzo Castellano, continue l’Espresso, habite aujourd’hui avec sa mère et ses frères qui se sont transférés d’Imola à Naples pour s’occuper de lui . "Pour être extrait de ce trou ", dit sa mère, Carmela Volpe, "Vincenzo a du attendre de 5h45 à 8h45. Il ne savaient pas où il était tombé car personne n’avait le plan du navire". Vincenzo Castellano s’est retrouvé sur le sol de la salle des machines, les os brisés après une chute de 30 mètres. Lui aussi a été victime d’une atmosphère de compétition : ils devaient se dépêcher pour terminer un travail non achevé par l’entreprise Meccanonavale. En effet la maison mère Fincantieri (entreprise d’Etat) avait demandé une pause pour nettoyer les conduites du bateau et on voulait rattraper le temps perdu. Aujourd’hui Vincenzo Castellano est paralysé jusqu’à la taille, et presque chaque nuit, dans ses cauchemars, il demande à sa mère de l’aider à mourir.

Les dirigeants de l’entreprise, ne se sont même pas présentés au procès et ont essayé de retarder le payement des indemnités, alors que l’inauguration du Queen Victoria est prévue fin novembre et qu’elle a lieu en présence de Romano Prodi, des armateurs et de la marraine, qui se nomme Camilla Parker Bowles. [7]

Cette triste histoire est désormais banale, les riches entreprises du Nord surexploitent des ouvriers plus pauvres recrutés au sud de l’Italie par les entreprises de sous-traitance qui leur appliquent des conditions de travail et de sécurité moindres. Voilà ce que cache le mythe de la Ligue du Nord sur le sud fainéant et le nord industrieux, supposé traîner le boulet des méridionaux, incapables de travailler et de se développer.

Sniffer pour « tenir le coup »

Une récente enquête de Il Manifesto à l’usine Fiat de Melfi a mis en lumière l’usage massif de cocaïne de la part des ouvriers pour réussir à « tenir le coup » : « la cocaïne circule dans l’usine depuis le début, mais cela a pris des proportions massives seulement depuis quelques années » affirme un délégué Fiom [8] de Melfi. Ce fleuron du système Green Field [9] a été installé dans une plaine verte du sud de l’Italie où des jeunes ouvriers ont été soumis, dès le départ, à des conditions de dérogation des normes sur le lieu de travail et à des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues de l’usine Fiat Mirafiori de Turin. « Les ouvriers » ajoute le délégué « le font pendant la pause, tu les reconnaîs parce qu’ils reprennent le travail surexcités, il reniflent et pendant une demi-heure ils produisent comme des malades, puis ils se calment. »(…) « des années de travail dans cette usine sont épuisants. Le rythme est stressant en plus des voyages quotidiens pour arriver sur le lieu de travail. Et puis la vie dans les villages est banale et ennuyeuse, il en a qui font ça pour tenir le stress ». [10]

Face à cela on peut dire que la criminalité organisée, mafieuse ou pas, peut se réjouir trois fois : elle engrange des profits faramineux sur la peau des immigrés et des travailleurs au noir, même italiens, elle s’enrichit par le trafic de drogue sur la peau de ces mêmes travailleurs qu’elle exploite, directement ou indirectement, et pour couronner le tout elle peut profiter d’une classe politique qui lui fournit une absolution tant légale que morale.

Ne parlez pas au conducteur !

Les conditions de travail dans le « service public » ne sont guère meilleures : le 15 août l’entreprise Trenitalia a licencié un cheminot coupable d’avoir signalé des défauts de maintenance susceptibles d’entraîner des accidents graves. L’entreprise lui a adressé un lettre de licenciement et l’a « éconduit » en faisant recours à la police. Dante De Angelis, délégué du syndicat Orsa avait commis la faute de signaler (avec d’autres délégués syndicaux, Cgil) par courrier les dysfonctionnements sur le systèmes de contrôle ( qui avaient déjà provoqué plusieurs incidents) tant à l’Administrateur (ancien délégué CGIL) qu’au Ministre des transports. Il a donc été accusé de violation du code éthique, civique et pénal. De telle pratiques, a fortiori contre un délégué syndical ne s’expliquent que par une dégradation totale des conditions de protection des travailleurs. Cela dénote également l’inertie des syndicats. En effet, si la CGIL a protesté après ce licenciement, on peut se demander ce qu’il se passe pour que des mesures d’une telle violence soient envisagées même contre un délégué syndical qui fait son devoir en essayant d’éviter des accidents et qui appartient à un centrale forte de 5 millions d’adhérents.

Le démantèlement du code du travail, la déréglementation la plus impitoyable et l’acceptation du service minimum ont durablement affaibli les salariés et rendu les grèves tout simplement ridicules. En ce qui concerne « l’opposition », depuis le désastre électoral d’avril dernier il ne semble pas que les partis qui représentaient la gauche ( et dont l’un, l’actuel PD ne se dit même plus de gauche mais de centre) ne semblent pas avoir tiré les leçons de celle-ci.. D’un coté le PD continue comme si de rien n’était sa politique de connivence avec le gouvernement Berlusconi, et après quelques déclarations critiques très mitigées il est de nouveau prêt à s’asseoir à la table des négociations. De l’autre, les partis de la gauche arc en ciel sont toujours aussi affaiblis et divisés.

Ainsi lorsque le gouvernent Berlusconi décide de poursuivre les coups de butoir contre le peu qui reste de droit, non pas du travail, mais de droit tout court, les protestation s’expriment mais avec une telle timidité que rien ne semble pouvoir faire fléchir l’exécutif. Les dernières mesures annoncées portent un coup fatal à ce qui reste des conventions collectives et institutionnalisent la précarité. Désormais l’employeur n’est plus obligé d’embaucher le travailleur précaire, même après une longue période. Ce dernier ne pourra plus se prévaloir devant la justice du manque d’embauche, sauf en ce qui concerne les procédures déjà en cours. Ainsi plusieurs constitutionnalistes se sont dressés contre ces mesures qui constituent pour eux une violation de l’article 3 de la Constitution Italienne qui garantit que :

« Tous les citoyens ont une égale dignité sociale et sont égaux devant la loi sans distinction de sexe, de race, de langue ou de religion, d’opinions politiques, de conditions personnelles ou sociales » et il ajoute que :

« C’est le devoir de la République d’ôter les obstacles de nature économique et sociale qui, en limitant de fait la liberté et légalité des citoyens, empêchent le plein développement de la personne humaine et la participation effective de tous les travailleurs à l’organisation politique, économique et sociale du pays. »

En effet ce n’est pas un hasard si Silvio Berlusconi se bat depuis des années contre la Constitution née de la Résistance et si ces dernières années la question de la charte fondamentale est devenue un point de cristallisation de l’opposition anti-berlusconienne. Face à l’inertie des syndicats et à l’inexistence d’une opposition les réactions sont maigres et c’est parfois la justice qui permet de rétablir quelques règles. Ainsi la Cour de Cassation a récemment statué sur les emplois « irréguliers » en donnant ainsi raison à quatre travailleurs génois du secteur des transports, qui avaient refusé d’être appelés à tout moment pour effectuer des travaux « en urgence ».

A qui profite le crime ?

22 aout 2008, la police découvre un atelier de confection clandestin dans une propriété de Roberto Zanetti, Maire-adjoint de la Ligue du Nord pour les activités productives de la commune de Vicenza. Dans l’atelier travaillaient cinq chinois clandestins et une directrice, chinoise, en situation regulière. Cela se passait dans des conditions pitoyables sous une tente, dans le bruit et les mauvaises odeurs. Les agents chargés de la perquisition ont expliqué que les ouvriers vivaient dans un état de ségregation et dormaient dans deux cagibis cachés derrière une armoire, avec un seul W.C dans un état de salété nauseabonde. Le Maire-adjoint essaie de se défendre, il dit qu’il n’était pas au courant ; pourtant son domicile se trouvait à quelques centaines de mètres de l’atelier. Il rejette la responsabilité sur la directrice chinoise :

« ils paraissaient invisibles , ils travaillaient la nuit comme des fourmis, ne dérangeaient personne. Je ne savais pas ce qu’ils faisaient la-dedans, ils avait mis des rideaux aux fenêtres et n’ouvraient à personne. Nous considerions le loyer qu’ils nous payaient comme une sorte de compensation. Au fond, c’est à cause de la Chine si nous avons cessé notre activité d’origine » [11] Déjà le 14 aout, un tunisien de 26 ans, résident à Forlì a été grièvement blessé sur le travail dans l’usine Marcegaglia de Ravenne, qui avait déjà connu un mort avant l’été. La propriétaire de l’usine, Emma Marcegaglia, la nouvelle Présidente de la Confindustria ( Medef italien) n’hesite pas à demander encore plus de flexibilité et de "liberté pour les entreprises" . Dans ce contexte la vague de racisme qui ne cesse de sévir accomplit la double tâche de diviser les travailleurs de la péninsule et d’affaiblir les immigrés que l’on peut ainsi réduire à des condition de vie et de travail inhumaines. Ces tragédies sociales ne semblent pas troubler la tranquillité des dirigeants politiques italiens trop occupés par la « sécurité des honnêtes citoyens et par les réformes institutionnelles. Tout cela est le produit de plus de vingt ans de « réformes » visant à « démocratiser les rapports de travail » et à « sortir du syndicalisme archaïque » pour entrer « dans l’Europe de la modernité » Le résultat, c’est un retour à une usine qui rappelle l’époque de Charles Dickens, voilà qui est très novateur.

En attendant, la tragédie de Tyssen-Krupp à Turin sera à l’honneur vendredi à la Mostra de Venise avec le film de Mimmo Calopresti [12], La Fabbrica dei tedeschi, (L’usine des allemands.) Il serait de bon augure que la nouvelle vague du cinéma italien, ne craignant pas d’affronter les thèmes les plus brûlants, accompagne également le renouveau d’une prise de conscience sociale et politique. Lors de la sortie de Gomorra certains éditorialistes et hommes politiques avaient critiqué le film en prétextant qu’il donnait une mauvaise image de l’Italie, tout en se réjouissant ensuite lorsque le film a été primé à Cannes. Or c’est précisément cette capacité de dénonciation et le refus de « « laver son linge sale en famille » qui peut redonner une force et une dignité au victimes de la mafia, aux roms et à tous les italiens, ce n’est pas une honte mais c’est notre devoir de dire la vérité, il faut au moins commencer par cela.

L.A.


[1] Voire également "A feu et à sang - Roms, immigrants et ouvriers en Italie", TERRA-Ed., Coll. "Reflets", 2008 :

[2] Il a gagné le Grand Prix du meilleur film au festival de Cannes de 1972.

[3] Centro Studi Investimenti Sociali, C’est un important institut de recerche socio-économique fondé en 1964.

[4] Communiqué de Peace reporter du 5-8-2008

[5] La Repubblica 7 aout 2008

[6] Fabrizio Gatti, Lavoro killer, l’Espresso, 14 février 2008.

[7] Id.

[8] Un po’ di coca e il turno se ne vola via , Loris Campetti dans Il Manifesto.

[9] Il consiste dans la mise en place d’usines dans des terres en friche, loin des traditions ouvrières et syndicales et s’appuyant sur une main d’oeuvre jeune et faiblement qualifié. Ce système permettant de mettre en place une politique de bas salaires et de conditions de travail empruntées partiellement au système toyotiste.

[10] Id.

[11] L’Unità , 22 août 2008

[12] réalisateur engagé, connu en France aussi pour le Film « La seconda volta »

COMMENTAIRES  

30/08/2008 00:29 par Anonyme

« Viré, avec la police, j’espère que ça n’est pas par vengeance »

LORIS CAMPETTI
Dante De Angelis, cheminot. Et un peu plus : il est la conscience critique, le fleuron du mouvement qui se bat pour la sécurité sur les trains - pour ceux qui y travaillent, ceux qui y voyagent, pour les ouvriers qui sont le long des lignes de chemin de fer, souvent salariés d’entreprises de sous-traitance où ce qui compte avant tout est d’avoir des coûts de travail les plus bas possibles.
Bref, Dante est un Rappresentante lavoratori per la sicurezza (Rls) (Représentant des travailleurs pour la sécurité), la seule sécurité qui ne fait pas la une, sauf le jour où on compte les morts. Le jour de Ferragosto (le 15 août, une date quasi sacrée chez les Italiens, NdT), il a été licencié des Ferrovie di stato (l’entreprise équivalente à la Sncf en France, Ndt), motif : le fait d’avoir dénigré l’entreprise. Sa faute ? Avoir soutenu publiquement que derrière les accidents continuels des ruptures de trains italiens, en commençant par l’Etr500 qui est la bannière de notre système ferroviaire, il pourrait y avoir un problème d’usure : « Si la gaffe (crochet) se brise ça veut dire que le contrôle et la manutention laissent à désirer ». Dante collabore depuis longtemps au manifesto, et c’est grâce à sa disponibilité que nous avons pu raconter les dynamiques d’accidents graves, les problèmes d’organisation du travail, et de sécurité, les assemblées des cheminots. Dont certaines organisées justement par lui pour soutenir notre journal dans sa dernière (avant-dernière) (en été 2006, NdT) crise économique.

Dante, comment as-tu appris ton licenciement ?

De la pire manière : hier (le 15 août, Ndr) je me suis rendu au travail au siège du Bureau de la manutention Alta Velocità (Grande vitesse), à San Lorenzo, à Rome, pour prendre la conduite de l’Etr Roma-Rimini. J’avais demandé un jour de congé mais on ne me l’avait pas donné, « pour raisons de service ». Au lieu du train, on m’a remis la lettre de licenciement. J’ai un peu résisté à prendre en main cette mesure incroyable, alors ils ont appelé la police. Oui, j’ai été licencié avec l’intervention de la police. C’est après seulement que j’ai découvert que le 14 août j’avais reçu à la maison une lettre dans laquelle on m’informait que je devais aller retirer un courrier. Mais ce jour là je n’étais pas chez moi, si bien que je ne l’ai trouvée qu’aujourd’hui.

Comment s’est fait ton licenciement ?

Le 14 juillet, il y avait eu une rupture sur un train à Milan, ça avait été un accident très dangereux qui aurait pu provoquer une tragédie. En tant qu’Assemblée des délégués des cheminots (dont font partie les Rls inscrits à divers syndicats, Cgil, Orsa -l’organisation de Dante- Cub et Fest Ferrovie, NdR) on avait donné l’information, moi j’ai avancé certains doutes sur les systèmes de contrôle et sur la manutention des trains, et on avait envoyé notre préoccupation formalisée dans une lettre à l’administrateur délégué Moretti et au ministre des transports Mattioli. A cause de ça, je suis accusé d’avoir violé les codes, éthique, civil, pénal. Sauf que quelques jours après seulement, le 22 juillet, et toujours à Milan, un autre train s’est cassé, et Moretti lui même, répondant à une journaliste, a admis l’existence de quelques problèmes sur les Etr500. Malgré ça, le lancement d’une procédure à mon égard s’est transformé en licenciement sans préavis.

Evidemment Dante De Angelis est perçu dans l’entreprise non pas comme une personne ressource pour définir et remédier aux problèmes mais comme un problème, une gêne dont il faut se débarrasser. Face aux critiques sur la sécurité de notre système ferroviaire, la société répond par la répression sur l’initiative de son administrateur délégué, qui est arrivé aux Ferrovie directement du sommet de la Cgil (équivalent de la Cgt en Italie…, NdT).

Je ne voudrais pas que mon licenciement soit un acte de vengeance, de représailles. Peut-être parce que, avec d’autres collègues, j’ai fait opposition au classement d’une affaire, qui aurait sauvé Moretti et deux autres dirigeants des Ferrovie, Elia et Paganelli, d’une accusation d’homicide involontaire pour la drame de Crevalcuore (une collision entre deux trains en janvier 2005, qui a provoqué 17 morts et 80 blessés, NDR). Le juge avait accepté notre thèse et bientôt, le 23 septembre, va avoir lieu la première audience du procès avec interrogation de Moretti en tant qu’imputé. J’ai peur qu’il y ait un lien entre cette affaire et mon licenciement ».

Bien sûr cette affaire, ouverte par les Ferrovie pour « faute grave » - et ce n’est pas la première aux détriments de Dante- n’est qu’un début. Nous attendons de voir tous les syndicats au complet aux côtés de De Angelis. Et tous ceux qui ont à coeur les droits et la sécurité de ceux qui travaillent et de ceux qui voyagent.

Edition de dimanche 17 août de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/17-Agosto-2008/art21.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

30/08/2008 11:11 par spartacus

sarkozy,fillon et son gouvernement s’inspire de berlosconi et des néo fascistes italiens,pour faire voter des lois,réduisant,les ouvriers,les employés,à l’etat d’esclaves des temps modernes.l’attaque pour la destruction des acquis sociaux et des libertés des citoyens et sans précédent en europe.le néo liberalisme comme ils disent nous méne droit dans le mur,etsarko appuie sur l’accélérateur. la riposte doit etre à la hauteur de l’attaque.

31/08/2008 09:30 par LA

On peut signer la pétition pour la réintegration du cheminot Dante De Angelis sur le site de l’Association 25 avril :

http://lecercle25avril.blogspot.com/

L.A.

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