L’altérité volée, un défi pour la gauche ?

Identity and Alterity - Francis Bacon

L "˜ ALTERITE VOLEE, UN DEFI POUR LA GAUCHE ?

Nous subissons un malaise indéfinissable créé par la politique discriminatoire du gouvernement, mise en oeuvre par un ministre dédié à un nouveau ministère "˜de l’identité nationale…’ dont la création même fut une offense à notre identité bâtie en héritage d’une tradition humaniste éclairée, souvent fautive par incohérence mais toujours consciente de la valeur de ses fondamentaux reconnaissant l’altérité des hommes nés « libres et égaux en Droit ».

Le ministre en charge des basses besognes, nous le savons déjà , laissera trace dans les pages sombres d’une histoire dont nous savons être les contemporains. Je parle de ce malaise indéfinissable qui résulte de cette perception qu’il se joue ici et maintenant quelque chose d’essentiel…Je postule que ce malaise ne peut être dissocié des difficultés actuelles de la gauche pour des raisons multiples :

- Est-il possible que le "peuple de gauche’ se sente violenté par les uns sans pour autant se sentir compris et représenté par les autres ?

- Est-il possible que le "désamour’ pour la gauche trouve ici une de ses racines profondes ? Lorsque les discours politiques tournent le dos à de criantes évidences d’injustices et de violences sociales pour alimenter le sottisier de la lutte des "ego’, qui peut croire qu’un quelconque "désir d’avenir’ renaîtra de la promotion d’autistes cyniques egocentrés ?

- Et si le peuple de gauche gardait une générosité qui fasse qu’il vaille mieux que ceux qui prétendent l’incarner ?

COMMENT EN SOMMES NOUS ARRIVES-LA ?

Nous sommes tous témoins de la discrimination au quotidien et son cortège d’injustices. Le rejet des immigrés avec ou sans papiers, les rétentions sauvages y compris d’enfants et les expulsions arbitraires nous obligent à voir, de notre société, la face sombre dans laquelle nous voudrions ne pas nous reconnaître nous-mêmes.

Nous n’avons pas oublié que certains comportements hideux furent longtemps revendiqués par un seul parti extrême, celui de la "préférence nationale’. Lorsque l’incurie de la gauche en 2002 lui fit perdre deux millions et demi d’électeurs permettant l’émergence visible du péril, le rejet avait été massif. Pourtant en moins de cinq ans un autre candidat sans scrupule cultiva les mêmes idées nauséabondes, ouvertement incluses dans son programme, renforcées par les tentatives de réhabilitation des "bienfaits’ de la colonisation, le déterminisme génétique enfin dont découlait logiquement lors du discours de Dakar que les noirs ne possédaient pas les outils de la maîtrise de leur destin…Aucun "nationalisme’ n’était ouvertement revendiqué, seulement les fondamentaux d’une nouvelle droite convaincue de la supériorité occidentale qui devait transformer notre république en partenaire de "l’axe du bien’…Oui la droite a gagné cette bataille idéologique qui représente le plus grave retournement intervenu depuis 1940…

Comment cela fut-il possible ? Parce que les arguments ouvertement xénophobes sont difficiles à manipuler comme "discours général’, ceux-ci ne sont utilisés que de façon occasionnelle mais répétitive en instrumentalisant tous les "faits divers’ possibles, ni plus ni moins fréquents que précédemment mais opportunément utilisés pour légitimer les amalgames fondant la nouvelle politique sécuritaire. La nouvelle « cause sacrée » est devenue l’exigence sécuritaire au service d’un non-dit qui manipule toutes les peurs possibles. Il nous est demandé à tous de croire que la protection des uns (nous !) nécessite l’extinction de la sensibilité à la souffrance des autres…Cette même logique d’indifférence fait rejeter pour le passé toute idée de "repentance’ et prépare déjà l’idée que les crimes de demain resteront impunis…

Mais cette évolution qui nous voudrait complices du pire possible peut-elle entraîner l’adhésion sincère du plus grand nombre ?

SURSAUTS ET RESISTANCES :

Ici et là surgissent des solidarités croissantes qui pour l’essentiel ne doivent rien à une posture politique et idéologique préalablement structurée, même si de nombreux militants contribuent à leur développement. Ceux qui en mars 1996 avaient été effarés et traumatisés par l’irruption policière hyperviolente dans l’église Saint Bernard à Paris, occupée par des immigrés, ont depuis gardé les yeux ouverts. Les violences n’ont depuis cessé de croître à Sangatte comme à Vincennes, des immigrés pourchassés se sont défenestrés, les humiliés se comptent par milliers chaque mois dans les contrôles discriminatoires ; dans les squats comme au bord du canal Saint Martin les exclus, les rejetés et pourchassés ont aussi "la peau blanche’ et la société sécuritaire révèle sa vraie nature, celle d’un Ordre social protégeant ses privilèges contre tous les indésirables, du dedans ou du dehors…Surveiller et punir redevient la fonction de l’Etat comme le décrivait déjà Foucault.

Lorsque surgissent les solidarités elles ne doivent rien, le plus souvent, à une sympathie profonde qui aurait supposé une connaissance préalable des "victimes’ concernées. Ce que révèlent les solidarités avec les "sans’ de toute sortes, avec le réseau "éducation sans frontières’ qui fut exemplaire, c’est que le besoin du respect de l’autre reste inscrit au plus profond de nos structures mentales.

Au travers de l’exigence de réhabilitation de tous les "sans droits’ se reproduit la pure aspiration à toutes les époques de ceux qui crient contre l’injustice : les gueux, les sans culottes, les dépossédés et les révolutionnaires qui épousaient leur cause parlent pour que tous "les damnés de la terre’ intègrent l’humanité. La nature profonde du sentiment qui permet cela est tout simplement l’altérité qui est un lien propre à l’homme depuis ses origines.

L’ALTERITE VOLEE.

Aujourd’hui la violence faite aux hommes et aux peuples est une négation de l’altérité. Cette négation fonde une part de nos politiques nationales ou internationales, elle est même nécessaire à l’extension de l’entreprise impériale et post coloniale.

Pourtant nous sommes nombreux, les plus nombreux peut-être, à ressentir au Nord comme au Sud combien cette négation est une régression vers la barbarie. Cette blessure infligée "à l’autre’ est aussi infligée à celui qui la perçoit ; comme une injustice insupportable dont la tolérance vaudrait consentement à sa propre perte de dignité et d’humanité. Lorsque le sujet qui perçoit cela est lui-même déprécié dans une société libérale ou la compétition de chacun contre tous est élevée au rang de vertu peut un temps se développer la rancoeur contre le plus faible que soi dont la stigmatisation est encouragée, mais aussi la perception sourde d’une manipulation collective qui vise à la déshumanisation de tous les dépossédés de la terre.

Le capitalisme triomphant dans ce monde devenu globalisé ne peut empêcher les damnés de la terre d’accéder à la lucidité qui leur permet de "déconstruire’ les processus de la domination. Nos gouvernants le savent qui ne prolongent la survie du modèle que par la discrimination et la peur. L’arme principale est de créer une nouvelle catégorie de "dépossédés’, celle des dépossédés de leur dignité, de leur libre arbitre et de leur capacité même à se reconnaître comme tel…La négation de l’altérité, l’humiliation et l’élimination sont devenus la substance même de nos "divertissements’ télévisuels dont il serait grotesque de croire que la seule finalité serait la "recette publicitaire’ ; la finalité est bien plus grave qui vise à l’asservissement des esprits dont l’ultime liberté est de contribuer ou assister au spectacle de leur propre indignité. La plus grande victoire du capitalisme aura été de rendre superflue et même gênante l’altérité qui faisait la substance du lien entre les hommes et donnait tout son sens au "vivre ensemble’ dans un esprit de justice et de fraternité.

Parce que l’altérité est inspiratrice de tout ce qui inspire l’esprit de justice, d’intérêt général et de bien commun, elle représente l’ennemi déclaré, l’obstacle psychologique à détruire, pour toutes les forces de domination et de maintien des privilèges. Parce que l’altérité est la base de toutes les solidarités et de toutes les révolutions elle doit être niée et broyée. Les totalitarismes avaient déjà compris que noyer l’individu dans la masse était le meilleur moyen de contrôler tous les individus en leur donnant l’illusion de participer à un "grand tout’…Nous vivons une forme moderne de cette négation qui vise à rendre possible la passivité du plus grand nombre devant les injustices les plus graves qu’il n’est plus même utile de dissimuler, comme si la connaissance renforçait le sentiment de culpabilité et la dévalorisation de soi qui est la première étape du consentement à l’aliénation. Le "quota’ des expulsés est triomphalement annoncé censé nous sécuriser tous demain, comme sera sécurisant le fichage préventif généralisé dés l’âge de treize ans dans le fichier Edvige de tout sujet acteur social ou en relation avec l’un d’eux ; il s’agit de contrôler l’émergence de tous les « sociopathes » que sont désormais les hommes simplement "libres’…Et cela nous le savons chacun déjà .

PAS DE POLITIQUE A GAUCHE POSSIBLE SANS RECONQUETE DE L’ALTERITE VOLEE :

Le combat pour la reconquête de la dignité de tous est au coeur des enjeux du XXI me siècle. Le siècle écoulé nous avait fait chanter "Debout les damnés de la terre’, mais nous découvrons que l’homme redressé peut encore être mis à genou par ses prêtres ou par ses maîtres, subir sélections et exclusions dans l’indifférence des autres ; nous découvrons que le pire est encore possible.

C’est bien cette perception qui fait les refus, désordonnés souvent, dérisoires parfois, de ces hommes et de ces femmes en soutien des sans voix et des sans droits, en soutien de ceux qui voient leur dignité bafouée. Mais l’histoire nous enseigne que laisser toutes ces bonnes volontés isolées c’est les condamner déjà a être broyées en l’absence de force politique d’appui et de prolongement de l’action. Le fichage des individus est en marche qui permettra demain l’intimidation et la répression à une échelle nationale et internationale.

La gauche ne portera vraiment les aspirations qui devraient être les siennes, celles de l’émancipation humaine présente au coeur de la pensée socialiste, que si elle sait faire priorité de la reconnaissance et de l’accompagnement de toutes ces révoltes "de bas en haut’, par lesquelles des hommes et des femmes exigent vivre dans un monde véritablement plus juste et plus fraternel. Les "moyens’ pour y parvenir ne sont que seconds par rapport à l’indispensable réaffirmation de "l’utopie’ première d’une humanité capable de se regarder dans le miroir sans y voir le bourreau de ses frères.

La gauche en désamour profond avec son ancien électorat doit comprendre qu’il est des "fondamentaux’ plus essentiels que mille subtilités programmatiques. Elle doit aussi comprendre qu’il est des options programmatiques qui invalideront toujours la prétention à incarner encore les fondamentaux même annoncés. Les perversions du socialisme dans ses déviances totalitaires comme dans ses déviances libérales ont montré que la perte de l’altérité avait précédé et de longtemps la victoire idéologique de la droite survenue sur un terrain déjà déblayé des plus sérieux obstacles. Les faux héritiers de Marx et de Jaurès doivent savoir leur part de responsabilité dans ce processus.

Pourtant cette mémoire d’un socialisme d’espoir et de fraternité reste celle des peuples qui ont abattu les féodalités, les anciens régimes, les totalitarismes et les colonialismes. Ces peuples savent qu’ils n’ont pas encore abattu un capitalisme par essence anti-humaniste et qui s’accommode bien de la banalisation de la barbarie. .

ON DIT QUE LA GAUCHE SE RECOMPOSE ?

Après l’effondrement des gauches de compromission et de trahison on prétend que la gauche se recompose …Vraiment ? Face aux violences sociales et politiques dont nous sommes tacitement nombreux a être complice, chacun en lui-même ne peut éviter certains questionnements :

Sommes-nous vraiment les acteurs de ce réel infâme ? Sommes-nous capables de cela ou sommes-nous meilleurs que nous le paraissons ? Sommes-nous meilleurs que l’image d’une société abjecte qui colle à notre peau et représente la seule visible pour ceux qui nous observent de loin ? Autour de nous à quoi ressemblent les nouvelles étoiles jaunes que nous refusons de voir ? Que sont devenus ceux dont nous taisons la disparition après avoir tu l’existence ? Qu’as tu fais de nous toi qui nous gouverne ? Pour qui nous prenez nous vous qui prétendez encore représenter la gauche et faites silence sur ce qui nous bouleverse ?

Ce qui nous a été volé est plus important encore que le bien commun, c’est l’altérité qui nous permet de dire sans mentir "frère’ ou "camarade’. C’est cela le premier défi de la gauche.

JACQUES RICHAUD
4 AOUT 2008 (*)

(*) DATE ANNIVERSAIRE DE L ABOLITION DES PRIVILEGES

COMMENTAIRES  

07/08/2008 02:00 par Stelios

Il n’y a aucune alternative à la réalité ! Celle-ci exprime, confirme ou infirme, la direction et la réalisation d’un projet subjectif. L’altérité n’exprime que le caractère de ce qui est autre, elle va sanctionner ou disperser l’identité qu’elle renie. C’est dans l’aliénation que se réalise son projet où, la réalité de son existence, une identité qui est reniée mais qui renaît sous d’autres formes, en existence subjective réelle ou à venir.

L’altérité renie l’identité, elle refuse l’objet réel ou subjectif de sa référence, elle cherche à le détruire en s’identifiant à un autre mais, et c’est ce qui fait le paradoxe des contraires, elle y est soumise ad vitam aeternam. Dans un procès révolutionnaire l’altérité est avant tout un projet réactionnaire, une aliénation de l’objet révolutionnaire qu’elle supporte dans le renom d’une identité qui le soumet à la réaction.

La colère et la révolte sont mauvaise conseillères Jacques, il y a longtemps que l’altérité des socialistes et des communistes, des « gauches » en général, ne fait que détruire l’identité des prolétaires en les entraînant, en les dirigeant vers des alternatives bourgeoises de l’économie politique. Même les travailleurs partisans du communisme ont perdu toute identité avec le prolétaire. L’aliénation est aujourd’hui totale et les altérités bourgeoises, tout comme ses identités d’ailleurs, s’y confondent et disparaissent avec le renom d’une alternative prolétarienne de l’économie politique.

Aucune guérison n’est possible sans moyens, pour des aliénés c’est au retour de leur identité qu’ils doivent servir,et non pas, à un projet d’identité ou à la réalisation d’une altérité subjective nouvelle. Il nous faut d’abord retrouver notre identité de prolétaire, avant de pouvoir offrir une alternative aux conceptions bourgeoise qui nous dominent.

Stelios, voir :

08/08/2008 02:21 par JACQUES RICHAUD (l'auteur)

" Aucune guérison n’est possible sans moyens, pour des aliénés c’est au retour de leur identité qu’ils doivent servir,et non pas, à un projet d’identité ou à la réalisation d’une altérité subjective nouvelle. Il nous faut d’abord retrouver notre identité de prolétaire, avant de pouvoir offrir une alternative aux conceptions bourgeoise qui nous dominent.Stelios,"

Je crois être d’accord avec toi Stelios, la destruction de l’identité (ZIZEK à bien décrit cela) va de pair avec celle de l’altérité . Laquelle précède l’autre ? Je ne sais et les situations sont probablement diverses.J’aurai pu développer aussi cela, mais je voulais surtout dire que rien ne se reconstruira à gauche sans prise de conscience de ces destructions qui touchent aussi bien à la représentation de nous-même qu’à la représentation de l’autre.
Mais je rajoute aussi qu’il n’est pas d’altérité ’que’ bourgeoise selon moi, même si la captation et déformation du sens existe ....Tu parles de cette domination du sens et tu as raison ; mais la solidarité prolétarienne, celle que tente de briser la bourgeoisie et l’idéologie qui nous gouverne existe elle aussi ; elle est la condition basique de la révolte possible sans laquelle aucune émancipation humaine ne me semble imaginable, non ?
Jacques Richaud

10/08/2008 12:36 par Stelios

« La destruction de l’identité… va de pair avec celle de l’altérité. Laquelle précède l’autre ? ».

Ce n’est pas aussi simple et, de toute façon, il n’y a pas de réponse subjective à cette question. L’identité et l’altérité sont les entités contraires d’une négation, comme le maître et l’esclave ou le bourgeois et le prolétaire. Les entités d’une négation ont une forme idéale et donc subjective mais, elles sont et restent avant tout les objets d’une négation, ils ont aussi une forme réelle qui objective la négation et lui donnent un aspect ou un sens réel ou subjectif. La négation identifie ses objets et leurs altérités, l’altérité ne fait que masquer ou révéler l’identité des objets d’une négation.

Pour moi, lorsque Pierre, Paul ou Jacques sont les altérités d’une négation, ils ont une identité de prolétaires lorsqu’ils cultivent des carottes, les récoltent et les mangent et une identité de bourgeois lorsqu’ils jouent au loto pour manger les carottes de Pierre Paul ou Jacques. Tous trois peuvent très bien être les altérités d’une autre négation, Ils ont une identité de révolutionnaires en reproduisant ou améliorant la condition de leur existence humaine et, une identité de réactionnaire en maintenant la condition humaine de leur existence. Pierre, Paul ou Jacques ont avant tout une identité privée mais aussi, une identité commune, humain, français, ouvrier etc.… L’identité est le produit d’une ou de plusieurs négations et son altérité ne peut être que la composition matérielle d’une, ou de plusieurs identités idéales.

Je vais travailler cette thèse et la présenterai en réponse à ton article pour, si tu le souhaite, en débattre avec toi.

Stelios

13/08/2008 00:28 par ZZJR

A suivre donc et avec le plus grand intérêt...Mais attention de ne pas donner le vertige au lecteur ! J’ai encore le tournis... après trois relectures...Même si je crois deviner un peu déjà où tu veux en venir, sans désaccord profond avec toi autre que le souci d’échapper à la contradiction : Si il n’y a pas de réponse subjective à la question, comment progresser encore ? Acceptons les doutes qui sont un outil remarquable pour défaire les noeuds ...
Fraternellement, Jacques

07/08/2008 21:00 par TI4USFR

Si la gauche n’a plus de sens, pourquoi perdre son temps avec.

Le temps d’expliquer à un militant de gauche libérale qu’il est dlui aussi un criminel complice d’états terroristes, est du temps perdu.

Le socialisme et le communisme sont des sous ensemble de la citoyenneté. Celui-là n’est pas encore un ’gros mot’.
Pourquoi vouloir nommer ce que sera demain. Faisons le plutôt, sans violence si possible.

Les organisations montrent souvent plus de limites que d’intérêts : certains ont parlé de génération repentie ou renégate, il y a aussi son pendant de génération perdue.
Ceux qui ont délaissé le soi-disant combat de la gauche ont vécu pour délivrer d’autres territoires, à l’intérieur d’eux-mêmes : ils ont vécus.

Ce que n’a pas fait la gauche, socialos ou coms.
Que reste-t’il d’autres après leur passage dans de nombreuses mairies, régions, etc que des rond-points et des trottoirs neufs.

Par peur de la démocratie et avec les mêmes valeurs morales que leurs ennemis ils ne pouvaient que se fondre avec eux.
Laissons les tiroirs et les partis et attaquons la réalité.
Méfions-nous aussi du romantisme soit-disant situationniste ou autre de certains qui sous couvert de ne rien trouver d’assez radical ne font rien.

Combattons à la fois sur des objectifs à court et à long terme.
Tout est bon à prendre si cela fait avancer les choses.
Je crois qu’un objectif essentiel à court terme est de faire cracher (avec antériorité si possible) la finance qui ne paye pas ses charges sociales : il y a là , entre autres, de quoi financer le maintien de nombreuses conquêtes sociales.

17/08/2008 06:55 par Stelios

Mon environnement social est celui du travail, mes 37 ans de métier dans une grosse entreprise m’ont initiés aux pratiques du prolétaire mais, il ne pouvait en être autrement, je suis entré dans cette usine avec ma culture et mon intelligence bourgeoise. Je peux en parler aujourd’hui parce que j’en ai conscience mais c’est à l’usine, au début des années 80, que j’ai commencé à comprendre ma double identité, mes altérités et celles de mes compagnons de travail et amis. Ni bourgeois ni prolétaire mais un mélange des deux ! En ce qui concerne le travail, jamais il n’a été question de concurrence ou de compétition entre nous, les compétences de chacun sont toujours les bien venues pour un « coup de main », le partage de nos connaissances prime et réduit le labeur en cas de « coup dur », les outils et moyens productifs nous sont fournis sans le moindre négoce et, c’est toujours la qualité, pas la quantité du travail accompli, qui renforce notre autorité dans un atelier. Hors du travail, dans son organisation, au réfectoire ou dans la vie civile nos relations sont toutes autres, l’envie de se mettre en valeur, les ambitions qui nous entraînent à dépasser ou rabaisser un collègue pour en prendre le poste, la jalousie sur les salaires, le racisme et le carottage dans une corvée ou, encore plus souvent que l’on puisse le croire, la corruption sous toutes ses formes pour acquérir des privilèges. Toutes ces pratiques foisonnent et démontrent, s’il le faut encore, les altérités bourgeoises de chacun d’entre nous. Abstraits de mon intelligence, bourgeois et prolétaires se matérialisaient dans ma conscience par le reniement de ces altérités abjectes, c’est en les combattant chez moi et dans mon entourage que j’ai découvert mon identité de prolétaire.

Ce n’est déjà pas chose facile, pour un être formaté à la culture bourgeoise, de s’identifier a un prolétaire, mais découvrir et renier ses altérités bourgeoise, sans rompre avec son entourage, sa famille, ses amis ou ses collègues réclame un engagement permanent. Cela n’est pas de tout repos et demande une culture qui, dès le départ, lui est refusée.

Il y a quelques années déjà que je me suis rendu compte de notre double « identité », bourgeoise et prolétarienne dans nos activités économiques ou sociales et, dans nos rapports liés au travail et à l’argent. Je venais à peine de comprendre que notre aliénation était liée à l’abstraction du travail dans la valeur de l’argent, qu’un article que tu connais sur le point de vue des vainqueurs en Amérique latine, m’ouvre des perspectives sur notre double identité qui, en fin de compte, n’est que le résultat d’un point de vue lié à l’argent. Travail et argent sont des valeurs équivalentes, elles ne sont pas liées à cette équivalence mais opposées, elles se font face et se créent ou se détruises l’une de l’autre. Argent et travail sont les contraires d’une seule et même négation et cette négation se manifeste en permanence, devant nos yeux, dans et au travers de toutes nos activités. Pour moi, et jusqu’à la lecture de ton article sur l’altérité volée, nous étions tous des bourgeois parce que notre point de vue, sur la valeur de l’argent ou du travail, est le point de vue des bourgeois. Je savais déjà que nos deux identités sont les contraires d’une négation, j’arrivais tant bien que mal à déceler les objets de leurs révolutions mais ton texte venait m’éclairer sur leurs mouvements et l’influence de la négation sur l’identité de ses contraires et le mouvement de leurs altérités.

Cela fait une semaine que je buche sur cette thèse, j’ai déjà tout en tête mais il va me falloir maintenant expliquer comment l’identité d’un contraire, est altérée dans l’identification de son altérité et comment cette révolution détruit la forme ancienne d’une identité en lui donnant une nouvelle. Comment de l’extrême gauche à l’extrême droite, les altérités détruisent le vieux prolétaire en s’identifiant au bourgeois moderne qui, à son tour sera altéré et détruit par la nouvelle forme du prolétaire futur. Une négation sans mouvement n’existe pas mais, c’est dans l’historique de négations qui se succèdent que l’on peut comprendre, et voir le mouvement révolutionnaire en cour ou, la primauté de l’identité révolutionnaires sur ses altérités réactionnaires.

A suivre….. Stelios.

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