Georges Ibrahim Abdallah sortira-t-il de prison avant Fourniret ?

Abdallah est un otage détenu par la France, afin de complaire à Washington et Netanyahou. Le 29 octobre le combattant libanais passera le cap des 36 années d'emprisonnement, et est libérable depuis 21 années. Mais la punition ne suffit pas à Washington pour laquelle il n'est de bons morts que ceux assassinés par des drones, des chasseurs, des bombes ou des missiles à bannière étoilée.

Imagine qui veut Sisyphe heureux, bien aise de pousser son inusable caillou, mais nous qui sommes d’autres Sisyphe, sommes profondément malheureux. Enragés d’être assignés à brouetter notre impuissance, à porter des banderoles sur le macadam, à écrire, à crier afin que l’otage de la France, Georges Ibrahim Abdallah (« GIA »), sorte de prison. Ce que nous faisons est inutile mais nous continuerons de le faire. A long terme une affaire de dignité : la justice n’est pas rendue par des pékins recouverts de robes noires, mais par le temps, celui de l’histoire. Après la mise à nu de vieilles archives, des chercheurs attesterons un jour que pas un soleil ne s’est levé sans que nous n’ayons pensé à la liberté d’Abdallah. Un militant libanais du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) âgé de 69 ans, emprisonné depuis le 24 octobre 1984 (36 ans), et « libérable » depuis le 27 octobre 1999. Soit onze années d’enfermement abusif. Et les murs de sa cellule de Lannemezan ne sont pas assez vastes pour que le prisonnier puisse y dessiner la marque de chacun des jours.

Dès que le Liban réapparait dans les titres de haut de page, comme il le fait avec la nouvelle tragédie en cours, nous rêvons que le vieux et intransigeant combattant soit rendu à sa terre. Que parmi les satrapes qui président aux pillages de son pays, depuis leurs palais de Beyrouth, l’un va se réveiller et être assez puissant pour cracher aux petits costumes venus de Paris : « on veut bien écouter les mots de la France, mais libérez d’abord notre otage ». Parfois je suis allé serrer les mains de ces hommes qui n’en sont pas, afin de poser une seule question, celle de la libération de leur compatriote. Rien. Personne n’est un compatriote dans un pays qui n’est qu’une moussaka d’intérêts individuels. J’ai fait parvenir ma question à Michel Aoun, un homme qui affirme présider un Etat, et que j’ai jadis connu habillé en général, terré au septième sous-sol du palais de Baabda, quand les obus tombaient un peu trop. Pas de réponse du « Héros de Souk en Gharb ». Tous ces chefs tribaux ont trop de travail : s’occuper de leurs avoirs, de leur famille et des amis, de la fuite d’eau dans l’appartement de Cannes ou Paris, ça prend du temps et demande de la vigilance. Pas une minute pour Abdallah, l’un des rares combattants qui puisse faire mémoire dans la légende du pays.

En 1982, quand Reagan donne blanc-seing à Sharon afin d’exterminer en un « acte de génocide » les réfugiés des camps de Sabra et Chatila, et que des étrangers venus de l’Occident campent pour faire la guerre dans son pays, Abdallah décide d’ouvrir un nouveau front chez les envahisseurs. Le contre-champ de bataille sera principalement en France. Abdallah, nous dit la Cour antiterroriste, justice d’exception à la française, est le chef des FARL les « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises » qui auraient éliminé un agent du Mossad, un de la CIA, et blessant un autre fonctionnaire de la même agence. Voilà pour la guerre d’Abdallah, et ce côté « planétaire » qu’il entendait donner à sa lutte ne lui sera jamais pardonné. Les occidentaux sont légitimes en allant ouvrir des conflits chez les autres, mais qu’un illuminé ne s’en vienne pas élargir le front. Là nous tombons dans le terrorisme. Avec la poursuite de ses guerres néocoloniales, l’Occident joue à chat perché, je tue qui je veux dans le monde, mais si le boomerang revient chez moi, là je crie « perché ». La mort est pour les autres, si loin qu’on ignore qui ils sont.

L’arrivée d’Emmanuel Macron, comme nouveau mandataire du Liban, laissait penser à quelques crédules que la libération d’un citoyen libanais détenu abusivement depuis vingt et un ans chez nous, serait un premier geste, comme les chocolats offerts d’entrée à la maîtresse de maison. Rien, ni fleurs ni couronnes. Par des courriers comminatoires, pour l’essentiel venus d’Hilary Clinton, les USA ont toujours exigé la prison à, vie, c’est-à-dire à mort, pour Abdallah. Les israéliens étant moins pressants dans ce dossier, convaincus d’assassiner le militant marxiste dès sa libération. Bref, forgée à Washington par ces maîtres-là, la doctrine française reste la même : une mort lente en cellule. Etrange pourtant cette phrase de Macron alors qu’il était interrogé à Beyrouth sur le sort d’Abdallah. Répondant à une question le président français a lancé une phrase dont la fin est restée noyée dans sa gorge : « Il faut pour cela qu’Abdallah signe... ». Signe quoi ? L’élève des jésuites exige-t-il la signature d’un pardon ? Afin d’obtenir la rédemption des péchés ? Que veut-il ? A partir de 1980 Abdallah a agi en toute cohérence et lucidité, « je vais faire la guerre chez eux à ceux qui nous la font chez nous ». Certain de la justesse de son choix, on ne voit pas quelle contrition il pourrait formuler aujourd’hui. Chez celui qui devient un vieil homme, les idées sont intactes.

Démontrée par chacun de ses mots, la méconnaissance qu’a Macron de l’histoire du Liban risque de conduire à un nouveau conflit, dans lequel le cas Abdallah va se perdre. Croyant agir, alors qu’il frappe des poings comme un lapin sur son tambour, le président français s’en tient à réciter des fiches Wikipédia, alourdies de quelques fautes gribouillées par ces diplomates néoconservateurs qui peuplent les étagères du Quai d’Orsay. Dans le drame libanais son unique domaine de compétence est le dossier concernant ces banquiers qui ont transformé leur pays en Titanic. Soyez certain que personne ne lui conseillera de convoquer Jonathan Randal à l’Elysée, afin que cet immense journaliste et écrivain (qui vit en France) lui détaille son expérience, celle rapportée dans un livre toujours actuel bien que publié en 1984, « La Guerre de mille ans ». Ouvrage qui décrit la prise de contrôle du pays par la presque totalité des potentats claniques chrétiens maronites, cela aussi bien en politique qu’en économie. Sorte de coup d’état sans le nom qui va les conduire, avec la bienveillance de Washington et Tel Aviv, à envisager la création d’un état chrétien au cœur même du Liban. Autres mots, qu’Emmanuel Macron devrait écouter les yeux fermés, ceux sortis de la bouche de Georges Corm, l’universitaire essentiel, auteur par exemple du « Proche Orient éclaté ». Ce vieil intello désespéré connait les racines de la misère, celles qui poussent son pays vers une disparition qui s’annonce.

Dans un tel chaos, avec si peu de lumière pour éclairer la scène, on ne peut raisonnablement prévoir la sortie de prison de George Ibrahim Abdallah qu’après celle de Michel Fourniret.

COMMENTAIRES  

05/10/2020 02:22 par babelouest

Pauvre et exemplaire Georges : qui pense encore à lui, à part au GS et dans quelques blogs, parfois ?

Je trouve un parallèle à son cas : celui de Julian Assange. Des héros, hélas ces temps-ci il y en a beaucoup, beaucoup trop. Leur particularité : les trois quarts des humains, voire plus, n’en ont jamais entendu parler. Imaginons déjà qu’il faudrait écrire un bel article sur chaque Palestinien, chaque latino-américain, chaque Africain, emprisonné ou assassiné, comme notre copain Mohamed Nabbous (encore un journaliste) auquel un sniper arracha la vie le 19 mars 2011, à Benghazi.

05/10/2020 09:24 par njama

Le Hezbollah (était) est classé terroriste par Israël et par les États-Unis. Il a été classé terroriste par «  l’entité politique  » Union €uropéenne (qui n’est pas un État Fédéral, du moins pas encore) à l’été 2013 après que le Hezbollah s’était engagé dans la bataille de Qousseir* pour sécuriser la frontière libanaise infestée de terroristes, frontière qui leur servait de base arrière. L’avis de l’U€ n’est que de peu de valeur au plan juridique, c’est une gesticulation politique pour diaboliser le Hezbollah, comme d’autres diabolisent des figures de Syrie, d’Iran, du Venezuela, de Bolivie,... de pays non-alignés en fonction de l’agenda politique de l’Occident.
* https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Qousseir_(2013)
Le Hezbollah a sécurisé le Liban, simultanément qu’il a aidé l’Armée Arabe Syrienne dans cette bataille. Les Libanais savent tout cela. Le conflit en Syrie n’a pas altéré les relations libano-syriennes. Évidemment cela doit faire pester les sionistes de tous bords qui voudraient liquider la question palestinienne et contrôler la région, en plus de la piller probablement s’ils arrivaient à leurs fins...
Les trafics d’armes en provenance de la Libye et de la Croatie (bases de l’Otan) vers la Syrie organisés par le Qatar et consorts pétro-monarques circulaient tant par le Liban, par le port de Tripoli que par la Turquie. L’armée libanaise a mis fin à ces trafics, et neutralisé des islamistes.Le Hezbollah n’est pas intervenu dans ces opérations, sauf peut-être pour du renseignement.
Le Hezbollah n’est pas jusqu’à présent classé terroriste par la France, Emmanuel Macron cherche-t-il à le provoquer pour avancer ses pions en politique étrangère ? satisfaire Netanyahu ?
Emmanuel Macron est soit inculte, soit manipulé, ou alors petit commis d’Israël (?)
Dans le discours de la conférence de presse sur la situation au Liban le 27 septembre, il dit :
(dans la vidéo de 3’30 à 3’59) « Le Hezbollah ne peut être en même temps une armée en guerre contre Israël, une milice déchainée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. Il ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est, et c’est à lui de démontrer qu’il respecte les libanais dans leur ensemble. Il a clairement ces derniers jours clairement montré le contraire. »
https://www.youtube.com/watch?v=L2HGUj6KiYA&feature=emb_logo
Hallucinant et tellement orwellien ! avec E. Macron l’agressé devient l’agresseur, la victime le coupable !
C’est simplement MENTIR aux français, au monde, c’est insulter les libanais et la question palestienne défendue par la Résistance !
Macron va-t-en guerre ? Macron sioniste ?

05/10/2020 09:28 par njama

Rendez au Hezbollah ce qui est au Hezbollah…
Par Mouna Alno-Nakhal, Mondialisation.ca, 25 juillet 2020

Le Hezbollah est le garant principal et incontesté de l’intégrité du territoire libanais comme l’a encore affirmé, M. Ahmad Sweidan, le délégué du Liban au Conseil des droits de l’homme, réuni à Genève le 14 juillet dernier, en réponse au délégué d’Israël qui a qualifié la Résistance libanaise d’organisation terroriste :

« La délégation de mon pays use de son droit de réponse aux allégations terroristes de la force d’occupation, alors que les hasards du calendrier font que nous sommes en pleine commémoration de son agression destructrice sur mon pays en juillet 2006. Une agression qui a consisté en une violation évidente et dangereuse du droit international, au cours de laquelle cette force a commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité restés malheureusement impunis. Une agression contrée par le Liban, son peuple, son armée et sa résistance avec, en premier lieu, le Hezbollah libanais.

Le Hezbollah libanais ou la résistance née de la souffrance des Libanais du fait des agressions continuelles de cette force, de ses crimes et de sa longue occupation de territoires libanais, laquelle perdure dans les fermes de Chab’a. La résistance qui continuera à défendre ces territoires jusqu’à leur libération totale et à protéger les droits économiques du Liban sur son pétrole et son gaz en mer Méditerranée face à cette force qui les vole, comme elle a déjà volé les droits des peuples arabes tout au long de son occupation » [1].
[...] lire l’article : https://www.mondialisation.ca/rendez-au-hezbollah-ce-qui-est-au-hezbollah/5647705

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