Le Rapport Anti-empire : Obama, Mumbai,

D’abord les élections, ensuite les questions.

Bon, commençons par le plus évident. Oui, ce fut un moment historique. J’ai moi-même retenu mes larmes plus d’une fois, même si je n’avais pas voté pour lui. J’ai voté pour Ralph Nader, pour la quatrième fois consécutive.

Au cours des huit dernières années, lorsque j’écoutais la radio, je m’arrangeais toujours pour me trouver à proximité de l’appareil pour pouvoir changer de station dés que l’autre énergumène ou un des ses disciples prenait la parole. Je ne suis pas un masochiste, je ne supporte pas les imbéciles et je m’impatiente facilement.

C’est triste à dire, mais je suis déjà en train d’éteindre la radio lorsque Obama s’exprime. Il ne dit rien ou alors pas assez, ou pas assez souvent. Rien que des platitudes, des clichés, des promesses sans consistance, « espoir et changement », pratiquement tout sans la moindre consistance, « changement et espoir », sans autre précision, taillés pour ne froisser personne. Quels sont les principes de cet homme ? Il ne remet jamais en question les fondements de l’empire. Il ne remet jamais en question les fondements de la « guerre contre le terrorisme ».

Je suis content qu’il ait gagné, pour deux raisons : John McCain et Sarah Palin. Et je n’aime pas du tout le fait que le système américain m’oblige à chercher un semblant de réconfort dans la victoire de quelqu’un qui est si éloigné de toutes les valeurs que je défends. Obama a été élu autant par ceux qui n’en pouvaient plus d’étouffer sous les néoconservateurs que par ceux qui croient vraiment en lui. C’est une forme de chantage - votez Obama sinon vous allez en reprendre encore pour un certain temps, il n’y a pas d’autre choix. Mais si vous vous réjouissez à l’idée d’être bientôt débarrassés de l’insupportable bigot George W. Bush, écoutez ceci : « Je crois que le Christ est mort pour mes pêchés et qu’Il est ma rédemption. C’est une source de soutien et d’inspiration quotidienne ». Ce sont là les paroles d’un certain Barack Obama. (1) Décidemment, les Etats-Unis produisent des fanatiques religieux comme le Japon fabrique des voitures. Prions pour que cela cesse.

Comme je l’ai déjà dit, si vous êtes de ceux qui aiment à penser qu’Obama professe une politique de centre-droite juste pour être élu et, une fois installé à la Maison Blanche, il oubliera tous ses mensonges et qu’on verrait alors émerger un Obama authentiquement progressiste, pacifique, respectueux du Droit international et des droits de l’homme… rappelez-vous qu’en tant que candidat au Sénat en 2004 il avait menacé de lancer des missiles contre l’Iran (2) et que le fait d’être finalement élu n’a réveillé aucun pacifiste qui aurait sommeillé en lui. Depuis, il n’a pas cessé de menacer l’Iran.

Le monde est dans un sale état. Inutile de s’étendre là -dessus.

Imaginez comme ce serait merveilleux, divinement merveilleux, d’avoir un président des Etats-Unis qui serait porteur de valeurs progressistes et de courage politique. Imaginez tout ce qu’il pourrait faire. Comme un retrait rapide et total de l’Irak, par exemple. Vous pouvez l’imaginer aussi bien que moi. Avec la popularité dont il bénéficie, Obama pourrait se permettre pratiquement n’importe quoi, mais le plus probable est qu’il ne prendra pas de risques. Ou, pour être plus précis, il continuera à être lui-même, à savoir un centriste convaincu.

Il n’est pas vraiment contre la guerre. Pas comme vous et moi le sommes. Au cours de ses quatre premières quatre années à la Maison Blanche, les Etats-Unis ne quitteront pas l’Irak. Je doute même qu’il l’autorise au cours d’un second mandat. A-t-il jamais clairement qualifié la guerre d’illégale ou d’immorale, de crime contre l’humanité ?

Pourquoi est-il si proche de Colin Powell ? Ignore-t-il le rôle méprisable joué par Powell dans cette guerre ? Nommer le Secrétaire à la Défense de George W. Bush, Robert Gates, un homme qu’on pourrait facilement poursuivre pour crimes de guerre ? Trouvera-t-il aussi une petite place pour Rumsfeld ? Et nommer un gouverneur de la Géorgie, Janet Napolitano, partisane de la guerre, pour diriger le département du « Homeland Security » ? Que dire du général James Jones, un commandant de l’OTAN, qui veut « gagner » la guerre in Irak et Afghanistan, qui a soutenu John McCain, et qui est nommé Conseiller à la Sécurité Nationale ? Jones siège aux conseils d’administration de Boeing Corporation et de Chevron Oil. Par quelle partie obscure de son âme Obama a-t-il été conseillé ?

Comme l’a récemment fait remarquer Chomsky, l’élection d’un indigène (Evo Morales) en Bolivie ou d’un progressiste (Jean-Bertrand Aristide) en Haïti ont été des événements d’une portée historique bien plus importante que l’élection de Barack Obama.

Obama n’est pas vraiment contre la torture non plus. Pas comme vous et moi le sommes. Personne ne sera puni pour avoir pratiqué ou ordonné la torture. Personne ne sera démis de ses fonctions pour motif de torture. Michael Ratner, président du Centre pour les Droits Constitutionnels, déclare que la mise en accusation des officiels de l’administration Bush sera nécessaire pour imposer des limites aux politiques futures. « La seule façon d’empêcher que cela ne se reproduise est de faire en sorte que les responsables des programmes de torture en paient le prix. Je ne vois pas comment nous pourrions retrouver notre statut moral si nous permettons à ceux qui sont directement impliqués dans les programmes de torture de s’en tirer à bon compte et d’aller couler des jours heureux. (3) »

Une fois président, Obama ne pourra plus se taire et devra agir s’il ne veut pas devenir complice des crimes de guerre de Bush et Cheney et devenir ainsi lui-même un criminel de guerre. Fermer Guantanamo ne signifiera rien si les prisonniers sont simplement transférés vers d’autres salles de torture. Si Obama s’oppose réellement à la torture, pourquoi ne déclare-t-il pas qu’après la fermeture de Guantanamo, les prisonniers seront jugés par des tribunaux civils aux Etats-Unis ou renvoyés vers des pays où ils ne risquent pas la torture ? Et d’affirmer tout simplement que son administration respectera scrupuleusement la Convention de 1984 contre la Torture et autres Traitements Cruelles, Inhumaines et Dégradantes, que les Etats-Unis ont signé, et qui stipule : « le terme « torture » désigne tout acte, douleur ou souffrance, physique ou mentale, exercé intentionnellement sur une personne dans le but d’extorquer des informations ou des aveux… infligé par, ou a l’instigation de, ou avec le consentement, ou l’accord d’un officiel ou de toute personne agissant dans un cadre officiel. » La Convention affirme que «  En aucun cas ne pourront être invoqués la guerre ou l’imminence d’une guerre, la stabilité politique interne ou tout autre urgence publique, pour justifier la torture. »

Mais au lieu de cela, Obama a désigné un ancien dirigeant de la CIA, John O. Brennan, comme conseiller dans les affaires du Renseignement et codirigeant de son équipe de transition. Brennan a qualifié la politique de « rendition » - le programme d’enlèvement et de torture mené sous les administrations Bush et Clinton - d’ « outil indispensable », et chanta les louanges des techniques d’interrogation de la CIA qui permettent d’obtenir des informations qui peuvent « sauver des vies ». (4)

Obama pourrait se révéler aussi décevant que Nelson Mandela, qui n’a pas vraiment fait grand-chose pour les masses en Afrique du Sud - tout en faisant cadeau de son pays aux forces multinationales de la globalisation. Je fais cette comparaison non pas parce que les deux hommes sont noirs, mais parce qu’ils ont tous les deux soulevé de grands espoirs dans leur pays et dans le monde.

Mandela fut libéré de prison parce que les dirigeants de l’Apartheid pensaient qu’il pouvait devenir président et pacifier la population noire qui s’agitait, tout en appliquant une politique centriste modérée et économiquement libérale qui ne remettrait pas en cause les privilèges des blancs. Ce n’est peut-être pas pour rien que, dans son autobiographie, il élude l’implication de la CIA dans sa capture en 1962 malgré un faisceau d’éléments convaincants. (5)

Il semblerait que Barack Obama ait fait la même impression sur l’élite blanche. Celle-ci l’a souvent choisi et aidé à récolter des fonds et lui a ouvert un véritable boulevard qui l’a mené - dans un espace de temps étonnamment court de quatre ans - d’un poste obscur de sénateur local à celui de président des Etats-Unis. Le soutien financier du monde des affaires pour nous vendre la « marque Obama » fut extraordinaire.

On pourrait peut-être faire aussi une comparaison avec Tony Blair. Les Conservateurs n’auraient jamais pu imposer la fin de la gratuité des études universitaires ni les guerres sans fin, mais le New Labour l’a fait. Les Républicains auraient eu beaucoup de mal à réinstaurer le service militaire (les US ont actuellement une armée composée de professionnels et non d’appelés - NDT), mais je vois bien Obama le faire, le tout accompagné d’un slogan très approprié, une variation de « Oui, nous pouvons ! ».

J’espère me tromper, sur son passé et sur son mandat de président. J’espère me tromper de beaucoup.

De nombreuses personnes appellent tous les progressistes à faire pression sur l’administration d’Obama pour faire sortir « le bon Obama », l’obliger à s’engager, à rendre des comptes. Les réformes audacieuses du New Deal de Roosevelt furent provoquées par de grandes grèves ouvrières et autres actions militantes peu de temps après la fin de l’état de grâce. C’est tout ce que je peux vous offrir. Que Dieu nous aide.

LE FUTUR TEL QUE L’AVONS CONNU N’EXISTE PLUS ET AUTRES PENSEES JOYEUSES.

La lecture des informations en provenance de Mumbai m’ont rendu aussi pessimiste qu’un dinosaure préoccupé par l’avenir de ses enfants.

Comment ont-ils pu faire ça ? Détruire toutes ces vies, de tous ces inconnus, des vacanciers qui prenaient du bon temps… Quelles peuvent-bien être leurs motivations ? Eh bien, ils connaissaient quelques unes de leurs victimes ; ils savaient qu’elles étaient indiennes, américaines ou britanniques, ou sionistes, ou tout autre genre d’infidèle ; ils n’ont donc pas tiré complètement au hasard. Cela nous aide-t-il à comprendre ? Cela peut-il soulager le Weltschmerz ?

Vous pouvez même vous en server : la prochaine fois que vous rencontrez quelqu’un qui défend la politique étrangère des Etats-Unis, quelqu’un qui insiste pour dire que Mumbai justifie les attaques rhétoriques et militaires de Washington contre l’Islam, vous pourriez lui rappeler que les Etats-Unis font régulièrement la même chose. Depuis sept ans en Afghanistan, et pratiquement six en Irak, et pour ne donner que les exemples les plus évidents : ils défoncent les portes et abattent des étrangers, des infidèles, ils traumatisent à vie des enfants, tirent des missiles sur des maisons habitées, bombardent des mariages, les uns derrière les autres, tuant 20, 30 ou 70 personnes, toutes des terroristes bien sûr, et souvent même de hauts dirigeants d’Al Qaeda, le numéro un ou le numéro deux, selon les jours. Autant d’actions qui ne relèvent donc pas du hasard. Les survivants disent que c’était un mariage, que leur frère ou leur neveu ou leur ami, la plupart des femmes et des enfants, sont morts. Les soldats US paient des gens pour savoir où se trouve le méchant untel ou untel. Et les soldats US croient ce qu’on leur dit alors ils larguent les bombes ! Cela vous trouble-t-il autant que Mumbai ?

Parfois, pour changer, les Etats-Unis bombardent la Syrie ou tuent des gens en Iran ou en Somalie, tous des méchants… « Selon les autorités syriennes, des troupes US héliportées ont effectué une mission à l’intérieur de la Syrie le long de la frontière Irakienne, tuant huit personnes, dont une femme. » nous informe la BBC (6). … « Selon de hauts officiels étatsuniens, depuis 2004 les militaires US ont eu carte blanche des plus hautes autorités pour mener pratiquement une douzaine d’attaques secrètes contre Al Qaeda et d’autres militants en Syrie, Pakistan et ailleurs… l’ordre secret accorde aux militaires le droit d’attaquer Al Qaeda n’importe où dans le monde, et aussi de mener des opérations dans des pays qui ne sont pas en guerre contre les Etats-Unis, » nous informe le New York Times. (7)

Ouf, tout ceci est donc juste et légale - puisque autorisé - et non l’oeuvre d’une bande de malades mentaux en liberté. Mais peut-être que les terroristes à Mumbai avaient eux-aussi une autorisation signée par je ne sais quelle autorité, disant que leur action était juste et légale ? Ah, je me sens déjà mieux.

(...)

Willam Blum

The Anti-Empire Report : www.killinghope.org

Auteur de Les guerres scélérates : interventions de l’armée US et de la CIA depuis 1945

Traduction VD pour Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info

(…)

Notes

1. Washington Post, August 17, 2008

2. Chicago Tribune, September 25, 2004

3. Associated Press, November 17, 2008

4. New York Times, October 3, 2008

5. Nelson Mandela, Long Walk to Freedom (1994) p.278 ; William Blum, Rogue State, chapter 23, "How the CIA sent Nelson Mandela to prison for 28 years"

6. BBC, October 26, 2008

7. New York Times, November 9, 2008

COMMENTAIRES  

05/12/2008 07:44 par Anonyme

Merci, VD, pour cette traduction ! Les lecteurs qui ne l’auraient pas encore fait peuvent se précipiter sur " Les guerres scélérates . Impérialisme, hégémonie et terrorisme d’Etat", du même auteur (Editions Parangon). "Pour William Blum, ancien fonctionnaire du Département d’Etat, la guerre froide, sous couvert d’anticommunisme, ne fut en réalité qu’un incessant combat pour la domination du monde par les Etats-Unis. L’auteur de L’Etat voyou dresse un réquisitoire contre les guerres scélérates menées par les gouvernements américains successifs, de la Chine dans les années 40, à l’invasion de l’Irak en 2003".(4ème de couverture).

Ecrit de façon magistrale, ce livre est indispensable pour comprendre la politique étasunienne contemporaine. En plus il se lit comme un (excellent, et terrifiant) polar !

Nécessaire, à chaque nouvelle agression des Usa, dans n’importe quelle partie du monde, pour reprendre l’histoire (et la géographie) si ce n’est du début, au moins depuis les 60 dernières années. De façon argumentée, drôle et radicale.

Indispensable pour forger ses propres clés d’analyse sur la politique impérialiste Usraélienne.

m-a patrizio

05/12/2008 23:08 par l.s

Moi aussi je dis grand merci à VD pour cette traduction.

La première fois que j’ai entendu parler de William Blum c’est lorsque j’ai traduit l’un des textes attribués à Ben Laden. Ce dernier recommandait la lecture du livre « l’Etat voyou » pour ceux qui souhaitent comprendre l’insistance de Bush et de sa bande à poursuivre la guerre " il est utile que vous lisiez le livre « l’Etat voyou » qui annonce dans son introduction : si j’étais président, j’arrêterais les opérations contre les USA. Premièrement, je présenterais mes excuses aux veuves, aux orphelins et aux suppliciés, et après je déclarerais que l’ingérence américaine dans les pays du monde est finie et de façon définitive" (http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=2127 )

Au début j’ai pensé qu’il s’agissait d’un livre d’un des potes de Ben Laden et quelle fut ma surprise lorsque j’ai découvert que l’auteur de ce livre est un grand humaniste, un anti-guerre radical, un défenseur acharné de la fraternité entre tous hommes sans distinction.

Personnellement je n’ai pas apprécié qu’un criminel fondamentaliste assoiffé de haine et de guerre comme Ben Laden s’appuie sur le livre de William Blum, devenu l’un de mes auteurs préférés.

Seulement sans cet illuminé je n’aurai peut-être jamais découvert l’existence de Blum. D’ailleurs l’essai politique de William Blum qui se trainaît à la 205.000ème place des ventes d’Amazon est remonté en quelques jours dans les toutes premières places au grand dam des néo-cons au pouvoir qui voient d’un très mauvais oeil le nouveau succès mondial de ce brulôt anti-Bush.

Quant à W. Blum, il a trouvé cette promotion inattendue amusante.

06/12/2008 16:25 par Anonyme

Vous êtes bien certain pour O. Bin Laden ? Les opérations sous faux pavillons sont monnaie courante pour légétimer une guerre impérialiste. Laden et un épouvantail de paille dans un jardin font la même chose : faire peur.

06/12/2008 22:10 par legrandsoir

En tous cas, dans une cassette vidéo un personnage se présentant comme Ben Laden a effectivement cité le livre "Etat Voyou" de William Blum (éditions Parangon), ce qui a valu à ce dernier une notoriété fulgurante.

06/12/2008 23:34 par L.S

Vous êtes bien certain pour O. Bin Laden ? Les opérations sous faux pavillons sont monnaie courante pour légétimer une guerre impérialiste. Laden et un épouvantail de paille dans un jardin font la même chose : faire peur

.

Franchement je ne sais rien du tout, je répète comme un perroquet ce que j’ai entendu dire sur le sir.

Par contre, ce dont je suis sûre et certaine est que Ben Laden est un illuminé qui fait partie de la variante la plus agressive et la plus violente du wahhabisme, une idéologie dangereusement dangereuse. Si cette idéologie s’étendait dans les pays musulman, ce sera un désastre pour la vie quotidienne des musulmans et causera des dégâts irréversible et irréparables à cette belle et délicieuse civilisation musulmane.

Heureusement que le wahhabisme est marginal. Mais les médias occidents l’amplifient et manipulent cette menace wahhabite dans le but de montrer que le terrorisme islamique est endogène et non une conséquence à des facteurs extérieurs.


Voici un texte que j’ai écrit sur l’histoire des différents courants de l’islamisme ou islam politique

La rationalité et la laïcité ne sont pas étrangères au Mouvement de la pensée arabo-musulmane ; les Arabes se sont épris passionnément de la philosophie grecque et ils ont largement contribué à la propager en Europe grâce à un formidable effort de traduction.

La curiosité intellectuelle, excitée par la traduction des ouvrages grecs, latins, indiens et pehlvis, aux VIIIe et IXe siècles a entraîné la fondation de la première école théologique islamique importante, appelée Mo’tazilisme.

Cette doctrine s’appuyait sur la falsafa (philosophie musulmane) pour interpréter le coran ; elle se base sur la raison, la logique rigoureuse et la liberté de penser.

Cette école est apparue dès la fin de l’époque omeyyade, mais a connu un véritable essor sous le calife Abbasside al-Ma’moûn . Ce dernier, se heurta à la résistance des milieux conservateurs menés par Ibn Hanbal, fondateur de l’école juridique la plus rigoriste de l’islam sunnite : « ne dire de Dieu que ce qu’en dit Dieu (dans le coran) et son prophète (dans la sunna) ». Ibn Hanbal a incité le calife al-Mutawakkil (848-861) à décréter la fin de l’ère de réflexion et d’interprétation du Coran. Cependant, l’école du Mo’tazilisme survivra plusieurs siècles après sa condamnation officielle et sa chute a laissé un vide dangereux face au hanbalisme triomphant.

La falsafa a permis la progression de la connaissance dans un grand nombre de domaines scientifiques : la médecine, la géographie ou l’astronomie, au service de l’astrologie. Il s’agissait de développer les esprits, de soigner les corps, de mettre les instruments scientifiques, tels que les mathématiques, au service du pouvoir (fiscalité, métrologie, la science des mesures...) et d’une meilleure compréhension de l’univers créé par Dieu.

Dans la lignée des Mo’tazilites, on retrouve Al-Kindi, Al-Farabi, Ibn Sina (Avicenne), Ibn Ruchd (Averroès), et bien d’autres. Tous, ont livré, un combat sans merci à ceux qui ont voulu enfermer la pensée dans le carcan du dogme et ont ouvert la voie à ceux qui, plus tard en Europe, ont permis à la pensée de s’affranchir de la tutelle des religions.

Ibn Taymiya redoutable héritier de Ibn Hanbal est apparue plus tard, au XIVe siècle. Après les croisades et leurs conséquences, l’invasion mongole a porté le coup de grâce et a entraîné la dislocation du califat abbasside ; c’était le point culminant d’une crise marquée pour l’islam par de terribles désastres dont la peur de voir disparaître l’islam a eu pour effet l’effondrement des structures religieuses traditionnelles et le réveil du hanbalisme via Ibn Taymiya .

Ce courant fondamentaliste va être repris par les Wahhabistes, mouvement fondé par Mohamed Ibn Abdelwahhabe (1703-1791). Le but de Ibn Abd Al Wahhab était de chasser les Turcs ottomans de la Péninsule arabique et d’instaurer en Arabie un islam purifié tel qu’il existait à l’époque du prophète Mohammed (570-632) puis de le propager à l’ensemble du monde musulman. A l’instar du hanbalisme et de l’école d’Ibn Taymiya, le mouvement wahhabite est une lecture littérale, rigoriste de l’islam qui refuse l’interprétation, la modernité, l’ouverture sur les autres civilisations et cultures : c’est l’islam strict et puritain.

L’islamisme ou « islam politique » contemporain est traversé par deux principales tendances qui sont le réformisme et le fondamentalisme, chacune de ces tendances développant des courants radicaux qu’il faut également distinguer les uns des autres.

Le fondamentalisme, qui est à distinguer du conservatisme, est le traditionalisme issu de la pensée et de l’action d’Ibn Abd al-Wahhab. Les fondamentalistes ont leurs groupes radicaux et leurs réseaux dont le plus célèbre et sans doute le mieux organisé est le réseau Al-Qaïda. Son foyer mondial, y compris sous sa forme radicale est l’Arabie Saoudite. L’action du fondamentalisme est une expression violente dirigée surtout contre l’Occident et les Etats-Unis.

Le réformisme lui, a été inauguré il y a plus d’un siècle par al-Afghani et Mohammed Abdou, continuée par Rachid Rida et surtout par l’Egyptien Hassan al-Banna, fondateur en 1928 du mouvement des Frères musulmans. Les réformistes ont, eux aussi, leurs mouvements radicaux par exemple celui de Seyyed Qotb et de La jama’at al-islamiyya, responsable de l’attentat perpétré en 1981 contre le président Saddate : « Vouloir commencer par guerroyer contre l’impérialisme, c’est une action inutile et futile, une pure perte de temps. Il nous faut nous concentrer sur notre problème musulman, à savoir l’instauration de la shar’ia dans notre propre pays avant tout, et tout y subordonner à la cause de Dieu. » Ainsi, l’action des réformistes se limite à la prise du pouvoir dans les pays musulmans pour y instaurer la shar’ia.

L’islamisme contemporain se présente donc comme un monde complexe qui s’est nourri du colonialisme et de ses conséquences, de la misère, de l’humiliation, des frustrations et de la succession des échecs dans le monde musulman, sans oublier la répression des régimes corrompus et dictatoriaux qui gouvernent ces pays.

Ces mouvements se nourrissent aussi du mépris de ces polémistes qui présentent les musulmans comme des peuplades hors du « monde libre », bizarres et adeptes d’une religion obscurantiste et réfractaire aux valeurs de la liberté et de la démocratie du « monde civilisé ».

07/12/2008 00:41 par L.S

et causera des dégâts irréversible et irréparables à cette belle et délicieuse civilisation musulmane.

Correction

et causera des dégâts irréversible et irréparables du peu qui reste de cette belle et délicieuse civilisation musulmane.

08/12/2008 14:40 par Olivier un passant sur la terre

Réaction. Islam Occident.

Occident coupable d’une manie colonialiste récurrente, pilleur de richesse, lancé dans une conquête violente du monde pour inspirer la démocratie et la paix, … Mais cette honte enracinée dans les profondeurs de l’histoire n’effleure jamais ses pimpants dirigeants, ou si peu. Un orgueil hégémonique et fanfaron supplante sa culpabilité indécrassable. Le bruit de ses armes cache à ses oreilles les cris de ses victimes. Bourreau aveugle, sourd, imbécile, un barbare fou, écervelé vêtu en prince pacifiste. Il tisse son nid de mensonges, se vautre dans le luxe le front haut et les pieds dans le sang, telle une vierge effarouchée criant au scandale les mains plongées dans ses vices, ses yeux secs inondés d’arrogance se détournent pudiquement de la pluie salée de larmes qui stérilise à jamais des coeurs qui pouvaient encore espérer l’émergence d’un peu de lumière. Briseur de monde décomplexé il choisit la foi en sa folie plutôt qu’une déchirante remise en question. Avide de matière et de richesse pour son corps, il fait de sa force son dieu et de tous les dieux du monde une antique saloperie. Des nuées de bien-pensants ont appris à déverser (médiatiquement), pour gagner leur pain, des textes ou paroles innombrables qui savent habilement justifier leur confort bâti sur le crime, les guerres, le nécessaire combat de l’occident rationnel contre toute mystique intuitive. Tels des parasites affamés, agrippés sur le dos d’une bête ivre de viande toujours fraîche, ils s’arrangent avec complaisance de tous de ses carnages. L’univers s’apprêtait à découvrir sa propre conscience en tous les enfants du monde, et le brasier de toutes les servitudes s’amuse enfin diverti à psychanalyser l’innocence et la joie de ce qui pouvait (en eux) encore prétendre à la vie. Le semeur a semé au coeur des terres les plus simples le poison de sa propre haine. Alors ne soyons pas surpris que le reste de dignité des peuples encore libres de cet occident s’efforce peut-être par soucis de vérité et de cohérence de nous faire goûter aux fruits de nos semences et de polir avec une patience infinie un miroir révélateur pour nos âmes. La racine et le principe du terrorisme sont dans nos coeurs et non dans leurs mains. L’islam a le mérite de faire réfléchir notre propre image. Le courage c’est peut-être encore d’ouvrir les yeux, s’ils ne sont pas déjà et irréversiblement aveugles. La race des esprits meurtriers inspire et susurre le crime, ses mains gantées de blanc. Cette race carnassière n’a pas le courage d’égorger elle-même la viande que son ventre lui réclame. Elle paye le boucher ou la machine pour assoire sa conscience obèse dans l’onctueux confort d’un abrutissement encensé.

"Le monde est davantage menacé par ceux qui tolèrent le mal "¨que par ceux qui s’emploient à le faire.""¨Albert Einstein

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