Cosmétique du pouvoir d’achat, par Michel Husson.



Dessin : Christian Pigeon www.sudptt.fr






Sarkozy-Parisot






(Premier titre : Sarko escroc, le peuple aura ta peau !)


Regards, janvier 2008.


L’une des premières lois du nouveau gouvernement s’appelait TEPA : travail, emploi et pouvoir d’achat. Quelques mois plus tard, il faut déjà en faire une autre sur le pouvoir d’achat. Cela veut dire que la précédente ne suffisait pas. Son seul effet immédiat était un nouveau cadeau aux riches et aux accédants à la propriété. Pour les salariés qui ont la « chance » d’en faire, il n’y avait que les heures supplémentaires mieux payées et défiscalisées (au frais de l’Etat). La nouvelle loi est donc une sorte de loi de rattrapage qui prévoit de lâcher du lest aux locataires jusque là oubliés, de permettre aux petites entreprises de verser une prime de 1000 euros nette de cotisations, et, juste en passant, de donner le coup de grâce aux 35 heures et d’arroser les petites entreprises de nouveaux cadeaux fiscaux annoncé par Sarkozy devant un parterre de patrons enthousiastes.

C’est plutôt habile : Sarkozy rebondit sur le mécontentement en feignant d’y répondre, et en profite pour porter l’estocade. Les RTT pourront être rachetées individuellement et les 35 heures pourront carrément disparaître, en fonction d’accords signés entreprises par entreprises. Les syndicats seront ainsi coincés entre la défense générale d’un acquis social et la pression de salariés à qui les patrons feront miroiter la possibilité immédiate de gagner plus. Le Medef a toutes les raisons de se frotter les mains.

Une partie des salariés aura effectivement la possibilité de gagner plus en travaillant plus si les patrons leur en donnent l’occasion. Mais, à terme, c’est l’ensemble des salariés qui ont tout à y perdre. Première raison : les effets sur l’emploi vont être désastreux. 2008 devrait être marqué par un ralentissement de la conjoncture et croissance et les mesures du gouvernement vont inciter les entreprises à recourir aux heures supplémentaires ou au rachat des RTT plutôt qu’à embaucher.

Deuxième raison : le recours à ces compléments de salaires va servir de substitut aux augmentations générales. Les patrons auront beau jeu de répéter jusqu’à plus soif le fameux slogan : vous voulez gagner plus, eh bien travaillez plus ! Ils se trouveront dans une position renforcée aussi par l’individualisation et les divisions résultant de l’accès inégal des salariés à ces mesures.

Troisième raison : si le pouvoir d’achat individuel n’augmente plus que par allongement de la durée du travail, cela veut dire que le salaire horaire est bloqué. Dans ce cas, la part des profits augmente au détriment de celle des salaires, puisque que les patrons peuvent capter l’intégralité des gains de productivité. Ce n’est donc pas une réponse à la revendication de pouvoir d’achat.

Les dernières données de l’Insee ont montré que le revenu salarial annuel stagnait depuis 20 ans, « redécouvrant » un résultat établi il y a plusieurs mois par le Cerc. Mais les comptes nationaux montrent aussi que la part des salaires a légèrement augmenté sur les dernières années. Pour réconcilier ces données contradictoires, il faut prendre en compte deux phénomènes. Le premier est que les grands groupes du CAC 40 réalisent les deux tiers de leur chiffre d’affaires - et donc une proportion similaire de leurs profits - à l’étranger. Le second est que les très hauts salaires représentent une fraction croissante de la masse salariale tandis que la précarisation de l’emploi fait progresser la proportion de bas salaires.

Les récentes mesures pour le pouvoir d’achat, comme celles sur les heures supplémentaires, ne vont pas résorber ces distorsions, parce qu’elles vont s’appliquer à l’aveuglette, et n’auront qu’un effet transitoire faute de poser le principe d’une progression générale des salaires plus équitable. Selon que vous travaillez dans un grand groupe ou une petite entreprise, que vous pouvez ou non faire des heures sup, que vous êtes un homme à temps plein ou une femme à temps partiel, que vous êtes à 35 heures ou à 39 heures, que vous êtes au forfait-heures ou non, la progression de votre salaire sera différente dans les mois à venir. Sans oublier que si vous êtes chômeur, votre chance de retrouver un emploi sera diminuée par les mesures prises.

Et puis, dans six mois ou dans un an, viendront les mesures fiscales (TVA ou CSG, « sociales » ou pas) qui destinées à récupérer, et au-delà , les gains éventuels de pouvoir d’achat. Entre les mesures cosmétiques et la réalité perçue, la course de vitesse est donc engagée avec, en ligne de mire, le nécessaire « tous ensemble ».

Michel Husson, économiste, administrateur de l’ INSEE, chercheur à l’ IRES (Institut de recherches économiques et sociales), membre de la Fondation Copernic. Auteur entre autres, de "Les casseurs de l’ Etat social", La Découverte.




Le baratineur Sarkozy est en train de nous faire les poches ... par Jean-Jacques Chavigné.



+ + L’usine à gaz Sarkozy, par Michel Husson.


Tepa cap. Et si Sarkozy ne tenait pas la distance ? par Michel Husson.


Aprés les régimes spéciaux ... Sarkozy continue : le dernier rapport du COR prépare pour 2008 l’offensive contre TOUTES les retraites, par J.J Chavigné et G. Filoche.


Franchises médicales : un nouveau coup de boutoir contre l’assurance maladie, par Jean-Jacques Chavigné.

A propos de la loi sur les heures supplémentaires, par Michel Husson.




COMMENTAIRES  

10/12/2007 22:38 par patdinina

Mr husson, vous argumentez bien les choses.
C’est ce que j’explique autour de moi, mais il y a une propagande des médias vantant cette mesurette.

13/12/2007 02:46 par Ben

Mr Husson,

J ai lu votre article avec beaucoup d intérêt. Je suis d accord avec vous sur la nécessite d une régulation de l état par rapport a l attribution des salaires (par exemple inégalité homme femme). Néanmoins j aimerai revenir sur quelques points.

Premièrement, l ensemble des lois Sarkozy sur le travail n ont pour but que de donner aux entreprises et a leurs salaries l opportunité de négocier, au cas par cas les conditions de travail.

Premièrement " le slogan : travailler plus pour gagner"(et la loi sur les RTT qui l accompagne) peut paraître contradictoire avec la volonté de réduire le chômage, comme vous l avez explique dans votre 1ere raison : Confronte a la nécessite d augmenter le nombre d heures travailles, l employeur préférera demander aux employés de travailler plus plutôt qu embaucher. le raisonnement parait logique.
Cependant cette loi s inscrit dans une étape plus générale d assouplissement du marche du travail. Le terme assouplissement fait généralement peur en France : Peur d un retour brutal aux conditions de travail du passe, peur de se faire virer sans raison…
La vérité est que l assouplissement du marche du travail ne revient qu a donner a l entreprise les moyens de s adapter a la conjoncture économique. C est a dire donner les moyens a l entreprise d embaucher quand elle le peut, demander a ses employés de travailler plus si ils le veulent et aussi, et c est ça qui fait peur, de licencier. En effet il parait illogique de garder un employé quand il est inutile.
On peut donc pense que assouplissement= chômage si crise et plein emploi si croissance.
Les 30 dernières années ont montre que cette l état a voulu empêcher l équation crise=chômage en empêchant les entreprises de licencier (AAL en 1978 et 1986 je crois (??))
Avec le résultat assez logique de : si je peux pas licencier, je vais pas embaucher quand je peux, je vais plutôt augmenter la productivité. Ce qui résulte en une France avec les salaries les plus productifs et entre 8 et 12% de chômage. (donc chômage si crise ou croissance)

Je pense au contraire que l état ne doit pas empêcher les licenciements mais aider les chômeurs a retrouver du travail.
Bref la flexi-securite.(politique de formation, une vraie éducation nationale pour tous…)

Ensuite pour reprendre vos 2 et 3eme arguments (l augmentation du salaire ne sera du qu a l augmentation du nombre d heures travaillées), rien n indique que cela soit vrai. En effet même la conception libéral du travail (ou plutôt du salaire) indique l inverse : c est a dire que tout salaire recevra ce qu il mérite (ie les salaires sont indexes sur la productivité)
Si il reçoit moins que ce qu il mérite, il partira ailleurs, s il reçoit plus il se ra vire. Ainsi, le salaire horaire suit bien la productivité dans une conception libérale. Encore une fois rien n indique que le salaire n augmentera que par l augmentation des heures travailles.
(Une précision : j avoue ne pas connaître cette étude de l Insee, montre t elle que le salaire par heure moyen stagne ?)

Est ce que cette mesure est parfaite ? bien sur que non, mais elle va au moins dans le sens de cet assouplissement qui pour moi est primordial. Elle est néanmoins incomplète car il faut bien entendu protéger les salaries de tout abus crée par cette loi :
Par exemple si le salarie ne veut pas travailler plus l employeur pourra alors utiliser la plus grande facilite de licencier.

Cordialement

Benjamin

desole pour les fautes d orthographe

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